
Au travers de cet article que nous avons voulu le plus complet possible, nous avons souhaité vous présenter tous les lieux d’intérêts incontournables de l’Égypte, ceux que vous devez absolument voir, ceux qui représentent son essence même. Certains d’entre eux sont évidents et connus de tous, mais d’autres sont des trésors cachés qui méritent d’être parcourus. C’est pour cette raison que nous espérons que cet article, l’un des plus complets disponible sur Internet, qui vous présente les incontournables de l’Égypte vous aidera à découvrir ce territoire magnifique.
L’Égypte occupe une place centrale dans l’histoire mondiale en tant que berceau de l’une des plus anciennes civilisations connues. Son héritage exceptionnel se manifeste à travers les pyramides, les temples, les tombeaux royaux, les hiéroglyphes et les momies, mais aussi par une continuité culturelle visible dans ses mosquées, églises, quartiers historiques et traditions populaires. Depuis l’Antiquité, le territoire attire voyageurs, érudits et pèlerins, faisant de son activité touristique l’une des plus anciennes au monde.
Le pays se structure autour de plusieurs grandes régions historiques et géographiques. La Basse-Égypte, dominée par le delta du Nil, comprend Le Caire et Alexandrie, pôles politiques, culturels et économiques majeurs. La Moyenne-Égypte marque la transition entre nord et sud le long du fleuve. La Haute-Égypte concentre une succession remarquable de villes-temples sur les rives du Nil. À l’ouest, les oasis du désert occidental, dont Siwa, forment des îlots habités isolés. À l’est, la côte de la mer Rouge et la péninsule du Sinaï se distinguent par leurs paysages maritimes et montagneux.
Les villes égyptiennes présentent des identités contrastées. Le Caire, capitale tentaculaire, abrite le musée égyptien, de vastes quartiers islamiques et se situe à proximité des pyramides de Gizeh. Alexandrie, tournée vers la Méditerranée, conserve un héritage cosmopolite. Louxor constitue un centre archéologique majeur avec Karnak et la vallée des Rois, tandis qu’Assouan offre un cadre plus paisible au sud. Sur la mer Rouge, Hurghada, Charm el-Cheikh et Quseir sont associées au tourisme balnéaire et à la plongée sous-marine.
Parmi les sites majeurs hors des grandes villes figurent Abou Simbel, célèbre pour ses temples monumentaux, Memphis et Saqqara, témoins de l’Ancien Empire, ainsi que Sainte-Catherine, où se trouvent le monastère Sainte-Catherine, le mont Sinaï et le mont Catherine. Dahab et les hauteurs de Taba illustrent quant à elles l’ouverture du pays vers un tourisme plus naturel ou frontalier.
Géographiquement, l’Égypte est un vaste pays transcontinental s’étendant entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Elle est dominée par le Nil, dont la vallée et le delta concentrent l’essentiel de la population, contrastant fortement avec les déserts de l’Est et de l’Ouest. Bordée par la mer Méditerranée et la mer Rouge, l’Égypte combine milieux arides, zones agricoles fertiles et façades maritimes, justifiant la richesse et la complexité de son développement historique et humain.
Fiche pays égypte
1. Le tombeau royal d’Akhenaton (Moyenne Égypte)
Le tombeau royal d’Akhenaton est un ensemble funéraire à plusieurs chambres creusé dans le wadi royal, à l’est d’Amarna, l’ancienne Akhetaton fondée par le pharaon Akhenaton de la XVIIIe dynastie.
L’accès se fait par une vallée désertique spectaculaire qui permet déjà d’apprécier l’isolement choisi pour la nécropole. À l’intérieur, les visiteurs peuvent observer le long corridor incliné menant vers les salles profondes, ainsi que la chambre funéraire d’Akhenaton, seule partie entièrement achevée du complexe. Les parois conservent des scènes liées à la famille royale et au culte d’Aton, offrant un aperçu direct de l’iconographie propre à la période d’Amarna.
La visite permet également d’explorer les salles latérales inachevées du tombeau royal d’Akhenaton, probablement destinées à d’autres membres de la famille royale, dont Néfertiti. Ces espaces révèlent les techniques de creusement dans la roche et les différentes étapes du chantier interrompu. Les reliefs encore visibles témoignent d’un style artistique singulier, caractérisé par des représentations familiales intimes et par la présence omniprésente du disque solaire. Les amateurs d’archéologie apprécieront les détails architecturaux, les niches et les couloirs secondaires qui donnent une idée précise de l’organisation funéraire envisagée.
Au-delà du monument lui-même, la découverte du wadi royal constitue une expérience paysagère marquante, avec ses falaises claires et son atmosphère désertique intacte. La proximité du site avec les vestiges d’Amarna permet de compléter la visite par l’exploration de l’ancienne ville éponyme, capitale fondée par Akhenaton.
2. Beni Suef (Moyenne Égypte)
Ville de Moyenne-Égypte située à environ 115 kilomètres au sud du Caire, Beni Suef occupe une position stratégique sur la rive occidentale du Nil. Connue au Moyen Âge pour sa production de lin, elle demeure aujourd’hui un centre actif de filature de coton et de fabrication de tapis. Son tissu urbain mêle bâtiments modernes, demeures traditionnelles et monuments religieux, offrant un aperçu contrasté de l’évolution historique de la région.
Depuis 1997, la ville abrite le musée archéologique de Beni Suef, situé au nord du zoo. Inspirée de l’architecture de l’ancien temple d’Héracléopolis Magna, sa façade à piliers de granit rose ouvre sur deux niveaux d’exposition. Le rez-de-chaussée est consacré aux périodes pharaoniques, tandis que l’étage supérieur présente des collections coptes et islamiques. La majorité des 3 000 objets exposés proviennent de la région environnante.
Les collections pharaoniques comprennent notamment une statue agenouillée de Thoutmôsis III, une tête en granit attribuée à Hatchepsout ou Thoutmôsis III, une statue d’Amenemhat III, ainsi que des sarcophages, des vases canopes, des amulettes et des figurines d’ouchebtis provenant de sites tels que Sidmant el-Gebel, Abū Ṣīr el-Malaq, Kōm Abū Rāḍī et Dischascha. Ces ensembles illustrent les pratiques funéraires de l’Ancien Empire à l’époque romaine.
Le patrimoine religieux islamique de Beni Suef est représenté par plusieurs mosquées historiques, dont la mosquée de ʿUmar ibn ʿAbd el-ʿAzīz, reconnaissable à son minaret et à son mihrab décoré de mosaïques polychromes, ainsi que la mosquée de la Saiyida Huriya, associée au tombeau d’une sainte vénérée localement. D’autres édifices, comme la mosquée El-Ghamrawi et la mosquée Ed-Deiri, témoignent de l’architecture religieuse des XIXe et début XXe siècles.
La ville compte également un riche patrimoine chrétien, avec l’église de la Sainte Vierge Marie, siège de l’évêché copte orthodoxe, le monastère de la Sainte Vierge, situé au milieu des champs face à la ville, ainsi que l’église Saint-Georges et la cathédrale Saint-Ménas à New Beni Suef. Ces édifices soulignent l’ancienneté et la continuité de la présence chrétienne dans la région.
Parmi les monuments civils figurent le mémorial des aviateurs, exposant un chasseur Sukhoi Su-7, et le mémorial de guerre d’Octobre, commémorant le conflit de 1973. Ces monuments se situent à proximité de l’université, dont le bâtiment principal constitue un repère urbain important.
Le palais de la Culture, marqué par l’incendie tragique de 2005, rappelle les enjeux contemporains liés à la gestion du patrimoine et des infrastructures culturelles. La corniche en-Nil, le pont du Nil à Beni Suef et le stade de Beni Suef structurent quant à eux l’espace urbain moderne.
Enfin, le zoo de Beni Suef, proche du musée et de l’université, complète l’offre de loisirs de la ville.
3. El-Minya (Moyenne Égypte)
Capitale du gouvernorat du même nom, El-Minya ou Al-Minya est surnommée la « fiancée de la Haute-Égypte ». Située sur la rive occidentale du Nil, la ville compte environ 236 000 habitants et constitue un pôle universitaire et économique important. Jadis prospère grâce au commerce du coton, elle s’est diversifiée vers la production de savon, de parfums et de sucre, tout en conservant un rôle central dans la région.
El-Minya est aujourd’hui un point de départ privilégié pour la découverte de nombreux sites antiques et chrétiens, notamment Tell el-Amarna, ancienne capitale d’Akhenaton, et Beni Hasan, célèbre pour ses tombes rupestres. À proximité immédiate de la ville se trouvent également les tombes Fraser, sur la rive est du Nil, qui complètent cet ensemble archéologique majeur.
Le patrimoine muséal de la ville est dominé par le musée Akhenaton, également appelé musée Aton, reconnaissable à son architecture en forme de pyramide. Situé sur la rive est du Nil, il est destiné à devenir l’un des plus grands musées d’Égypte, avec une exposition consacrée à Akhenaton, Néfertiti et leur famille, répartie dans seize salles.
La corniche de Minya constitue un espace de promenade apprécié le long du Nil, offrant des vues dégagées sur le fleuve et les rives opposées. Elle relie plusieurs monuments religieux majeurs, dont la mosquée Al-Fouly, édifice moderne surmonté d’un minaret de 38 mètres, construite selon les plans de l’architecte Mario Rossi.
La ville conserve également des mosquées plus anciennes, telles que la mosquée El-Lamati, datant de l’époque fatimide, et la mosquée El-Amrawi, la plus ancienne de la ville, située près du pont du Nil.
Le patrimoine chrétien d’El-Minya est particulièrement riche, avec l’église Saint-Marc, l’église de la Sainte Vierge, l’église Saint-Théodore de Schutb, l’église Saint-Georges, l’église Saint-Ménas, l’église du Père Antoine et l’église de Jean-Baptiste, ainsi que la cathédrale du Christ-Roi pour la communauté catholique.
Parmi les édifices civils, le théâtre romain rappelle l’occupation antique de la région et l’intégration d’El-Minya dans les réseaux culturels de l’Égypte gréco-romaine. L’université et les infrastructures modernes participent à la vitalité actuelle de la ville.

4. Mallawi (Moyenne Égypte)
Située en Moyenne-Égypte, au sud d’el-Minya et à l’ouest du Nil, Mallawi est une ville d’environ 140 000 habitants, chef-lieu du district du même nom et siège d’un évêché. Son nom copte, signifiant « le lieu du textile », reflète une tradition artisanale ancienne liée à la production et au commerce des étoffes. Implantée dans une région fertile irriguée par le Nil, la ville s’est développée comme centre administratif, religieux et économique, tout en conservant une forte identité patrimoniale.
Le rôle historique de Mallawi est étroitement lié à sa proximité avec plusieurs sites antiques majeurs, notamment Tūna el-Gebel et Meir, qui ont livré d’importantes découvertes archéologiques. Ces liens se matérialisent aujourd’hui dans le musée archéologique de Mallawi, institution centrale pour la compréhension du patrimoine régional. La ville constitue ainsi un point d’articulation entre l’Égypte antique, les périodes copte et islamique, et l’urbanisme moderne du début du XXe siècle.
Fondé en 1963, le musée archéologique de Mallawi fut créé afin d’abriter les découvertes issues des fouilles locales. Il se compose de trois salles situées au rez-de-chaussée et rassemble principalement des objets provenant de Tūna el-Gebel, mais également de Meir. En août 2013, le musée a subi un pillage massif au cours duquel plus de 1 000 pièces furent volées ou détruites. Grâce à des efforts nationaux et internationaux, environ la moitié des objets a pu être récupérée, permettant une réouverture progressive et une revalorisation scientifique du site.
La salle dite de l’Ibis, située à l’est, présente une momie d’ibis, une statue d’ibis, un vase en céramique figurant Isis, Horus et Nephtys, ainsi qu’un bas-relief représentant un homme devant un ibis. Ces objets illustrent le culte de Thot et les pratiques religieuses liées à l’embaumement animal. La salle principale est consacrée aux rites funéraires, avec des masques mortuaires, des vases canopes, un sarcophage en bois provenant de Meir, un sarcophage en pierre de Tūna el-Gebel daté de 65 avant Jésus-Christ, ainsi qu’un sistre rituel.
Parmi les pièces majeures figurent la statue de Maketaton et la double statue de Pepi-Ankh et de son épouse, provenant de Meir et datant de la VIe dynastie. La troisième salle, à l’ouest, expose principalement des statues de divinités et de prêtres, notamment Isis, Osiris et Thot sous sa forme de babouin. Le musée est ouvert tous les jours sauf le mercredi, de 9h à 15h, et demeure l’un des principaux pôles culturels de la ville.
Le patrimoine islamique de Mallawi se manifeste par plusieurs mosquées historiques, dont la mosquée El-ʿAsqalānī, construite en 1779, qui constitue l’un des édifices religieux les plus anciens de la ville. À proximité se trouve la mosquée El-Yūsufī, datant de l’époque ottomane, ainsi que la mosquée Sheikh-ʿĪsā, intégrée au tissu urbain traditionnel. La mosquée En-Nosra, également appelée mosquée Cheikh Muhammad, est située au nord de l’ancien palais de Ḥaiyāt en-Nufus et joue un rôle important dans la vie religieuse locale.
Le patrimoine chrétien est dominé par la cathédrale Saint-Marc, siège de l’archevêché copte de Mallawi. Cette basilique à trois nefs et coupole centrale comprend trois sanctuaires dédiés à Abou Mina, saint Marc et l’archange Michel. L’iconostase en bois sculpté, les mosaïques colorées, les peintures murales et le trône épiscopal témoignent d’un riche héritage artistique. Les coupoles sont surmontées d’images du Christ, tandis que la façade à deux tours confère à l’ensemble une monumentalité affirmée.
À cette cathédrale s’ajoutent l’église de la Sainte Vierge Marie, l’église Saint-Georges et l’église anglicane, qui illustrent la diversité confessionnelle de la ville. Ces édifices, répartis dans le centre urbain, structurent le paysage religieux et témoignent de la coexistence historique des communautés chrétiennes à Mallawi.
L’architecture civile de Mallawi conserve les traces de la prospérité du début du XXe siècle, période durant laquelle de grands propriétaires terriens et industriels firent construire de nombreux palais. Le palais de ʿAbd el-Migīd Pacha Seif en-Naṣr, édifié en 1914-1915, se distingue par son plan en U, ses deux étages et son jardin intérieur. Le palais de Ḥaiyāt en-Nufus, construit au début du XXe siècle et doté d’une façade à arcade et balcon, a toutefois été démoli vers 2017.
La maison Lūqā, reconnaissable à son portail flanqué de deux lions sculptés, constitue un autre exemple de l’architecture résidentielle bourgeoise. Le palais Fūrtīnīya, construit en 1916 par un ingénieur français pour la sucrerie locale, présente trois étages et une cour intérieure, avec les initiales AF visibles au-dessus de l’entrée. À l’extérieur de la ville, le palais de Muhammad Bey Wali, édifié entre 1943 et 1945 à Manschiyat Nasr, complète cet ensemble architectural.
5. Assiout (Moyenne Égypte)
Située sur la rive ouest du Nil, à environ 375 kilomètres au sud du Caire, Assiout occupe une position stratégique au cœur de la Moyenne-Égypte, entre el-Minya au nord et Souhag au sud. Capitale du gouvernorat du même nom, la ville compte environ 390 000 habitants et constitue depuis l’Antiquité un important centre administratif, commercial et religieux. Connue dans l’Égypte ancienne sous le nom de Zawtj et dans l’Antiquité grecque sous celui de Lykopolis, Assiout s’est développée autour du commerce fluvial et terrestre, profitant de sa situation sur les routes reliant la vallée du Nil au désert occidental et à la Nouvelle Vallée.
Le centre historique de Assiout conserve les traces de cette vocation marchande, notamment dans le quartier du bazar el-Qeisarīya, situé au sud-ouest de la gare. Ce quartier médiéval, délimité entre la rue du 26 juillet et la rue Būr Said, témoigne de l’intense activité commerciale qui caractérisait la ville. Des marchandises telles que les épices, le lin et les textiles y transitaient depuis le Soudan, l’Arabie, le Yémen ou la Libye, donnant naissance à de puissantes agences commerciales et à de vastes caravansérails ottomans.
Parmi ces édifices figurent la Wikālat Schalabī, restaurée en 2008, la Wikālat Thābit et la Wikālat Luṭfī. La Wikālat Schalabī, caravansérail tricentenaire, se compose de deux étages organisés autour d’une vaste cour centrale autrefois destinée aux animaux de bât. Le rez-de-chaussée comprend dix-sept entrepôts voûtés, tandis que l’étage supérieur abrite dix-sept chambres aux plafonds soutenus par des poutres en bois de palmier. À proximité se trouve également le Ḥammām Thābit, bain public traditionnel associé à la vie économique et sociale du quartier.
Le patrimoine religieux islamique d’Assiout est dominé par la mosquée de Ǧalāl ad-Dīn al-Asyūṭī, située au cœur du bazar. Cet ensemble comprend un minaret carré, une mosquée et une école coranique, et abrite la tombe de Jalal ad-Din al-Asyuti, érudit majeur du XVe siècle. Non loin se trouve la mosquée al-Mujahidin, édifiée en 1708 sur une colline dominant la rue du 26 juillet. Son minaret mamelouk de 25 mètres, à étages successivement carrés, octogonaux et circulaires, constitue un repère urbain majeur.
La grande Mosquée Umawi, également appelée al-Ǧāmiʿ al-Kabīr, marque la continuité religieuse du centre ancien. S’ajoutent la mosquée Sidi-el-Magdhub, associée à l’ancien cimetière d’el-Magdhub, et la mosquée Nasir, située rue El Nemees.
Le patrimoine chrétien d’Assiout est particulièrement riche. La cathédrale de l’Archange Michel, ornée de peintures murales d’Isaac Fanūs, constitue l’un des principaux lieux de culte copte de la ville. S’y trouvent également l’église Saint-Marquois, l’église de Saint-Apater et de sa sœur Érène, l’église des Cinq Martyrs, ainsi que la cathédrale Saint-Georges, siège de l’Église copte orthodoxe. L’église épiscopale catholique copte complète cet ensemble, illustrant la pluralité confessionnelle enracinée dans la ville.
Assiout est également un centre majeur du protestantisme égyptien, avec la première église évangélique, fondée en 1896, et la deuxième église évangélique, toutes deux affiliées à l’Église presbytérienne libre d’Égypte. La présence de l’école franciscaine, située près de la mosquée Umawi, souligne encore la diversité éducative et religieuse du tissu urbain.
L’architecture civile de la période coloniale témoigne de la prospérité liée à la culture du coton, favorisée par l’irrigation du canal d’Ibrahimiya. Le palais d’Alexandre Pacha, construit en 1910 sur la Corniche, est le plus emblématique de ces demeures. Entouré d’un vaste jardin, il comprend trois étages et de grandes salles de réception.
L’ingénierie hydraulique occupe une place centrale dans l’histoire moderne d’Assiout. Le vieux barrage d’Assiout, construit entre 1898 et 1902, régulait le niveau du Nil et l’alimentation du canal d’Ibrahimiya. À proximité se trouvent le barrage du canal d’Ibrahimiya et le barrage d’el-Magdhub. Le nouveau barrage d’Assiout, inauguré en 2018, intègre une centrale hydroélectrique et un pont routier, illustrant l’évolution des infrastructures hydrauliques égyptiennes.
Sur le plan muséal, la collection archéologique conservée au lycée es-Salam constitue un ensemble majeur. Ce musée, issu des collections de Sayed Chaschaba, présente environ 600 objets allant de la préhistoire à la période islamique, incluant des sarcophages, des momies, des poteries, des textiles coptes et des statues antiques. L’ensemble est complété par des jardins publics, tels que le jardin de Firdus, ouvert en 1988, offrant un espace de détente au cœur de la ville.
Enfin, Assiout conserve plusieurs sites pharaoniques situés à l’ouest de la ville, sur le tumulus d’Istabl Antar, encore inaccessibles mais faisant l’objet de recherches scientifiques. Le monument emblématique de la ville demeure la statue Mère du Héros, installée sur la place de la Guerre et de la Paix, commémorant la victoire sur les Français en 1799.

6. Sohag (Moyenne Égypte)
Située en Moyenne-Égypte, Sohag est la capitale du gouvernorat du même nom et constitue l’un des pôles urbains majeurs de la vallée du Nil dans cette région. Initialement établie sur la rive ouest du fleuve, la ville s’est étendue après la révolution de 1952 vers la rive est avec le développement de Nasr City, formant aujourd’hui une agglomération à deux visages.
Le centre ancien conserve une organisation urbaine dense et traditionnelle, tandis que les quartiers orientaux présentent une physionomie plus moderne et institutionnelle. Héritière de l’ancien gouvernorat de Girga, Sohag a connu une croissance rapide à partir des années 1960, tout en conservant une forte identité religieuse et culturelle, profondément marquée par la période copte.
La renommée historique de Sohag repose en grande partie sur son exceptionnel patrimoine monastique. À l’ouest de la ville se dresse le monastère Blanc, fondé au Ve siècle et dédié à Shenouda l’Archimandrite, figure majeure du monachisme copte. Cet ensemble monumental, construit en calcaire clair, fut longtemps un centre intellectuel et spirituel majeur. À quelques kilomètres au nord se trouve le monastère Rouge, plus ancien encore, datant du IVe siècle, remarquable par sa nef monumentale et ses briques de couleur ocre.
À proximité, le site archéologique d’Athribis, où fut édifié un temple ptolémaïque dédié à la déesse Repyt, souligne la continuité religieuse du territoire depuis l’époque pharaonique.
Le patrimoine islamique de Sohag s’illustre notamment par la mosquée el-Arif, édifiée à l’origine au XIVe siècle et reconstruite à l’époque contemporaine, reconnaissable à ses deux minarets et à son plafond peint. Non loin se trouve la mosquée el-Farshuti, également appelée ancienne mosquée, dominée par un minaret de 53 mètres, l’un des plus hauts de la région. Son architecture actuelle intègre des éléments plus anciens, dont des pierres inscrites datant de l’époque mamelouke.
Le cœur commerçant de la ville s’organise autour du bazar Souq el-Qaisariya, partiellement couvert, tandis que le Souq el-Itnein, marché aux animaux, anime chaque semaine la route de Girga.
Le patrimoine chrétien moderne comprend l’église de la Sainte Vierge, richement décorée de peintures murales et dotée de cinq nefs, ainsi que l’église Saint-Georges, cathédrale copte catholique construite au XXe siècle. L’église de l’Archange Michel complète cet ensemble.
Sur la rive est, Nasr City accueille le musée national de Sohag, ouvert en 2018, présentant près d’un millier d’objets issus des sites archéologiques du gouvernorat. À proximité se trouvent la mosquée Ali ibn Abi Talib et le monument à Rifaa Rafi al-Tahtawi, intellectuel majeur de la Nahda. La vie culturelle contemporaine s’articule autour de l’opéra de Sohag, du palais de la Culture, du stade de Nasr City et de zones de loisirs, confirmant le rôle de Sohag comme centre régional actif et structurant.
7. Beni Hassan (Moyenne Égypte)
Situé à environ vingt kilomètres au sud de Minya, Beni Hasan ou Beni Hassan est à la fois un village et l’un des sites archéologiques les plus importants de la Moyenne-Égypte. Implanté sur la rive orientale du Nil, le site se distingue par une nécropole spectaculaire creusée dans les falaises calcaires dominant la vallée. Cette position élevée offre des panoramas étendus sur le fleuve et les terres agricoles environnantes. Le nom actuel de Beni Hasan dérive d’une tribu arabe installée dans la région à l’époque médiévale, tandis que la nécropole antique était celle du seizième nome de Haute-Égypte, appelé nome de la Gazelle.
La nécropole de Beni Hasan comprend trente-neuf tombes rupestres, utilisées principalement durant le Moyen Empire, en particulier sous les XIe et XIIe dynasties. Douze de ces tombes sont décorées de peintures murales remarquablement conservées, illustrant des scènes de la vie quotidienne, des activités agricoles, artisanales et commerciales, mais aussi des thèmes plus rares comme la lutte sportive, la chasse au désert et le siège de forteresses. Les tombes appartenaient aux gouverneurs provinciaux, ou nomarques, qui administraient la région au nom du pouvoir royal. Devant les falaises se trouvent également près de neuf cents tombes à puits destinées aux fonctionnaires et serviteurs, fouillées au début du XXe siècle.
Parmi les monuments les plus célèbres figurent le tombeau d’Amenemhat, connu pour ses scènes agricoles, de chasse et de procession funéraire, le tombeau de Khnoumhotep II, célèbre pour la représentation d’une caravane asiatique illustrant les échanges avec le Proche-Orient, le tombeau de Baket III, remarquable par ses créatures mythiques et ses scènes de lutte, et le tombeau de Chety, caractérisé par ses colonnes à motifs de lotus et la richesse de ses scènes économiques.
À environ un kilomètre et demi au sud du site se trouve le Speos Artemidos, petit temple rupestre dédié à la déesse lionne Pakht et aménagé sous les règnes d’Hatchepsout et de Thoutmôsis III. Ce sanctuaire, taillé dans la roche, est orné de reliefs commémorant la restauration de l’ordre après la domination des Hyksos. À l’époque chrétienne, plusieurs tombes de Beni Hasan furent réutilisées comme ermitages ou lieux de culte, comme en témoignent des graffitis coptes et des inscriptions pédagogiques.
8. Istabl Antar (Moyenne Égypte)
Situé en Moyenne-Égypte, au sud de Benī Ḥasan et à l’est du Nil, Istabl Antar ou Speos Artemidos constitue un site archéologique rupestre majeur implanté sur la rive sud du Wadi Baṭn al-Baqara. Ce vallon désertique, dont le nom signifie « vallée du ventre de la vache », abrite un sanctuaire creusé dans la roche et plusieurs tombes non inscrites. Le toponyme Antar renvoie à un poète arabe préislamique, tandis que l’appellation grecque speos artemidos témoigne de la réinterprétation hellénistique du lieu.
Le site fut utilisé comme cimetière dès l’Ancien Empire et conserva cette fonction durant le Nouvel Empire. À l’époque romaine, il accueillit une nécropole animale, principalement destinée aux momies de chats, en lien avec le culte local. Cette continuité funéraire illustre la permanence religieuse du site sur plus de deux millénaires, malgré les changements politiques et culturels.
L’élément central est le temple rupestre d’Hatchepsout, également associé à Thoutmôsis III et reconstruit sous Séthi Ier. Dédié à la déesse lionne Pachet, le sanctuaire se compose d’une vaste salle transversale précédée d’une façade de quinze mètres ornée de piliers hathoriques. Une inscription d’Hatchepsout évoque la restauration des sanctuaires après la domination des Hyksos.
Les parois intérieures présentent un programme iconographique dense. S’y observent Thot, Amon-Rê, Weret-Hekau et Pachet, ainsi que des scènes rituelles impliquant le pharaon. Un passage étroit conduit au sanctuaire intérieur, décoré de scènes du festival Sed de Séthi Ier, d’offrandes de vin et de clepsydre, et de vautours peints au plafond.
Autour du temple, plusieurs tombes secondaires sont accessibles avec l’accord des gardiens. Certaines conservent des décorations noircies mais encore lisibles, révélant des figures et inscriptions bleu clair. L’entrée du site est gratuite, bien que les dons soient appréciés, faisant d’Istabl Antar un lieu à la fois discret, riche et profondément marqué par le syncrétisme religieux.

9. Tumulus el-Kōm el-Aḥmar (Moyenne Égypte)
Le village de Zawiyat el-Maiyitin, situé entre Sawāda et Benī Ḥasan, à une dizaine de kilomètres au sud d’El-Minyā, occupe une position stratégique sur la rive orientale du Nil. Au sud du village s’élève le site archéologique d’el-Kōm el-Aḥmar, identifié comme l’ancienne Hébenu, centre cultuel majeur de la Moyenne-Égypte.
Le tumulus d’el-Kōm el-Aḥmar servit de nécropole durant l’Ancien et le Nouvel Empire. Une pyramide à degrés fut édifiée à proximité durant la IIIe ou IVe dynastie, tandis qu’un complexe de temples dédié à Horus fut construit sous Amenhotep III et poursuivi sous Ramsès II. À l’époque romaine, la zone fut partiellement transformée en carrière et en village.
La pyramide à degrés de calcaire, facilement accessible depuis la route, mesure environ vingt-deux mètres de côté et atteignait à l’origine dix-sept mètres de hauteur. Dépourvue de chambre interne, elle demeure énigmatique quant à sa fonction, oscillant entre symbole royal, cénotaphe ou monument rituel associé au pouvoir pharaonique.
Sur les hauteurs rocheuses se trouvent des tombes du Nouvel Empire, dont la plus remarquable est le tombeau de Nefersecheru, scribe royal. Accessible au public, il présente une salle à piliers décorée de scènes d’offrandes, d’hymnes à Osiris, de processions funéraires et de niches statuaires. Une chapelle est attenante à la façade.
À l’est du village s’étend un vaste cimetière musulman et copte, reconnaissable à ses tombeaux à dôme. À proximité se trouve le musée de Hasan Esh-Sharq, consacré à l’artiste autodidacte local dont les œuvres, inspirées de la vie quotidienne, ont acquis une reconnaissance internationale.
10. Site archéologique d’Antinoöpolis (Moyenne Égypte)
Le village d’Esh-Sheikh ʿIbada, dans le gouvernorat de Minya, se développe à proximité immédiate du site antique d’Antinoé ou Antinoöpolis, fondé en 130 par l’empereur Hadrien. La région est occupée depuis l’époque prédynastique, comme en témoignent des vestiges funéraires découverts autour du temple de Ramsès II.
Le temple de Ramsès II, orienté ouest-est, constitue le principal monument pharaonique conservé. Il comprend une cour bordée de colonnes, une salle hypostyle partiellement conservée et des inscriptions dédiant le sanctuaire aux divinités d’Hermupolis et d’Héliopolis. Les reliefs montrent le pharaon offrant aux dieux majeurs du panthéon égyptien.
La ville romaine d’Antinoé fut la seule fondation romaine ex nihilo en Égypte. Bien que largement ruinée, elle conserve les traces d’un cirque romain et de thermes romains, attestant d’une urbanisation monumentale.
Le site présente également un riche héritage copte avec Deir el-Hawa et Deir ed-Dīk, anciens complexes monastiques situés au nord. À l’est, le Bir es-Sahāba, puits sacré entouré d’un cimetière islamique, est associé à une tradition liée à Jésus et demeure un lieu de dévotion populaire.
Enfin, le paysage religieux est complété par l’église double byzantine et la mosquée du cheikh Muhammad ʿIbada bin eṣ-Ṣāmit.
11. Site Abydos (Moyenne Égypte)
Abydos, près d’al-Balyana, est l’un des sites les plus sacrés de l’Égypte antique. Occupée dès la période prédynastique, la ville fut associée au culte d’Osiris et abrita la nécropole royale d’Umm el-Qaʿab, où reposent les premiers rois d’Égypte. Son importance religieuse perdura durant toute l’histoire pharaonique.
Le cœur monumental du site est le temple funéraire de Séthi Ier, célèbre pour ses chapelles dédiées à Amon-Rê, Osiris, Isis, Horus et au roi divinisé. Les peintures originales, la galerie des listes royales et le corridor du taureau en font un chef-d’œuvre de l’art de la XIXe dynastie.
À proximité se trouve l’Osireion, sanctuaire souterrain à vocation cosmologique, orné de textes issus du livre de la Terre et du Livre de Nout. Le temple funéraire de Ramsès II, bien que moins conservé, complète cet ensemble et conserve un récit détaillé de la bataille de Qadesh.
Les périodes anciennes sont représentées par Shūnat ez-Zabīb, vaste enceinte en briques crues associée au roi Khasekhemwy, et par la nécropole d’Umm el-Qaʿab, incluant le tombeau du roi Den.
Le paysage est enrichi par la pyramide d’Ahmôsis, la pyramide à degrés du Sinki et le Deir es-sitt Damyāna, monastère chrétien encore vénéré.

12. Site archéologique Amarna (Moyenne Égypte)
Amarna est un site archéologique majeur de Moyenne-Égypte, situé dans l’actuelle province d’el-Minya, entre la rive orientale du Nil et le plateau désertique oriental. Fondée sous le règne d’Amenhotep IV, devenu Akhenaton, la ville fut établie dans une zone jusque-là presque inhabitée. Ce choix géographique répondait autant à des considérations religieuses qu’idéologiques, la cité devant incarner la rupture avec les anciens cultes.
La configuration naturelle du site, encadrée par des chaînes de montagnes, renforçait symboliquement l’idée de l’horizon solaire, au cœur du culte d’Aton. La ville ne fut occupée que pendant une période brève, ce qui explique l’état fragmentaire de ses vestiges.
La cité d’Akhetaton connut une croissance rapide, atteignant environ 30 000 habitants à son apogée. Elle fut abandonnée peu après la mort de Toutankhamon, lorsque l’élite religieuse et administrative retourna à Thèbes. La majorité des tombeaux rupestres creusés dans les falaises orientales resta inachevée, signe de l’abandon brutal du projet royal. Sous les Ramessides, les constructions furent systématiquement démantelées afin de réutiliser les matériaux ailleurs.
Le cœur religieux de la ville se situait dans la zone centrale, dominée par le grand temple d’Aton et le petit temple d’Aton, deux ensembles cultuels ouverts au ciel, conformément à la théologie solaire. Autour de ces temples s’étendaient des bâtiments administratifs, des entrepôts et des zones de service. Dans ce secteur, furent découvertes les célèbres lettres d’Amarna, archives diplomatiques témoignant des relations entre l’Égypte et les grandes puissances du Proche-Orient. Les sols peints du palais, aujourd’hui conservés au musée égyptien du Caire, illustrent la richesse artistique de cette période.
Les quartiers résidentiels se répartissaient principalement au nord et au sud du centre urbain. La banlieue sud abritait les maisons des fonctionnaires et des artisans, dont l’atelier du sculpteur Thoutmôsis, célèbre pour la découverte du buste de Néfertiti. Plus au sud encore se trouvait le palais de plaisance Maru-Aten, doté de jardins, de bassins et de sols décorés.
Les nécropoles constituent l’un des ensembles les plus impressionnants du site. Les tombeaux du Nord et les tombeaux du Sud sont creusés dans les falaises bordant la plaine et présentent une iconographie étroitement liée à la famille royale et au culte d’Aton. Les scènes représentent Akhenaton et Néfertiti comme intermédiaires exclusifs entre le dieu et les hommes.
Plus à l’est, dans le Wadi Abu Hasah el-Bahri, se trouve le tombeau royal d’Akhenaton, isolé et monumental. Bien qu’il n’ait probablement jamais accueilli la dépouille du pharaon, il renferme des scènes funéraires uniques, notamment les scènes liées à la mort de la princesse Meketaton. Ces tombeaux offrent un témoignage exceptionnel sur l’idéologie religieuse amarnienne.
Les limites de la ville sont matérialisées par quatorze stèles frontières en ruine, gravées de décrets royaux précisant l’étendue et la vocation d’Akhetaton. Ces stèles, réparties dans le désert environnant, affirment la volonté d’Akhenaton de sacraliser l’espace urbain.
Aujourd’hui, la visite du site nécessite une bonne préparation, car une grande partie des structures est recouverte de sable. Les principaux points d’intérêt incluent le palais du Nord, le village des ouvriers et plusieurs stèles accessibles.
13. El-Aschmunein (Moyenne Égypte)
El-Aschmunein, connu dans l’Antiquité sous le nom de Chemenu ou Hermopolis Magna, est un village antique de Moyenne-Égypte situé dans le gouvernorat d’el-Minya. Le site antique s’étend au nord du village actuel, sur la rive ouest du Nil. Il fut la capitale du quinzième nome de Haute-Égypte et un centre religieux majeur dédié au dieu Thot. Cette divinité, associée à l’écriture, au savoir et à la médecine, occupait une place centrale dans le panthéon égyptien. La ville joua un rôle administratif important dès l’Ancien Empire. Aujourd’hui, le site présente des vestiges dispersés mais historiquement significatifs.
Le complexe religieux principal était consacré à Thot et comprenait un vaste temple entouré de murs d’enceinte. Il ne subsiste actuellement que les pylônes du temple de Thot et Khnoum, édifiés sous Ramsès II. Ces structures monumentales témoignent de la grandeur passée du sanctuaire. Le culte de Thot connut un essor particulier durant la XVIIIe dynastie et la période ramesside. À l’époque gréco-romaine, le temple fut reconstruit et enrichi. Les vestiges actuels permettent d’identifier les grandes lignes de l’organisation cultuelle.
Le site actuel présente un paysage archéologique complexe, en partie perturbé par l’exploitation agricole moderne. De nombreux vestiges ont été endommagés par l’extraction du sebakh, utilisé comme engrais. Malgré tout, certains éléments restent visibles, notamment les statues de babouins représentant Thot. Ces sculptures monumentales constituent l’un des symboles les plus reconnaissables du site. La visite nécessite une attention particulière pour distinguer les structures dans un terrain accidenté.
Au sud du complexe antique se dresse la basilique d’Ashmunein, dédiée à la Vierge Marie. Construite au Ve siècle, elle repose sur les fondations d’un temple ptolémaïque plus ancien. Son plan en forme de T et ses dimensions imposantes en font un édifice unique en Égypte. Les colonnes de granit à chapiteaux corinthiens témoignent de l’influence architecturale méditerranéenne.
À l’ouest et au nord-ouest, le visiteur peut également observer les vestiges du temple d’Amon de Merenptah, plus tard usurpé par Séthi II. Bien que partiellement ruiné, le pylône restant conserve des traces de décor sculpté. L’accès au site est libre, ce qui permet une visite sans contrainte, bien qu’un pourboire aux gardiens soit apprécié.
14. Gebel ʿAin Amur (Désert occidental)
Situé au cœur du désert occidental égyptien, Gebel ʿAin Amur correspond à un ancien point d’eau stratégique sur la piste caravanière de Darb ʿAin Amur, reliant Ed-Dāchla à El-Chārga et Asyūṭ. Isolé sur un plateau en pente douce, le site se distingue par la présence conjointe d’une source naturelle et d’un complexe cultuel romain.
L’élément central du site est le temple d’Amon, implanté dans l’angle nord-ouest d’une vaste enceinte quadrangulaire en briques crues. Les murs, épais de près de trois mètres, sont encore conservés sur plusieurs mètres de hauteur, ce qui est exceptionnel dans cette région. L’entrée principale, construite en pierre, conduit directement vers le temple, orienté sud-est/nord-ouest. Une entrée secondaire, plus étroite, permettait sans doute un accès rituel spécifique. L’enceinte servait autant à délimiter l’espace sacré qu’à protéger la source.
Le temple lui-même, bâti en blocs de grès, se compose d’un vestibule étroit, d’une salle presque carrée, d’une salle transversale assimilée à une salle des offrandes, et d’un sanctuaire flanqué de deux chambres latérales. Les plafonds et linteaux en calcaire témoignent d’un soin architectural notable malgré la modestie des dimensions. Les angles sont décorés de simples galons arrondis, sans colonnes monumentales. Cette sobriété suggère un sanctuaire fonctionnel, destiné avant tout à signaler la présence de l’eau dans le désert.
À l’intérieur, les vestiges décoratifs sont rares mais précieux. Sur le mur du fond subsiste une représentation fragmentaire d’Amon à tête de bélier, accompagné d’une divinité ailée et d’un troisième personnage divin. Des traces d’inscriptions grecques et de peintures colorées sont visibles dans le passage entre le vestibule et la salle principale. S’y observent également des graffitis laissés par des voyageurs européens du XIXe siècle, témoins de la redécouverte du site. Ces marques modernes contrastent fortement avec le silence ancien du sanctuaire.

15. Deir el-Anba Samuʾil (Désert occidental)
Deir el-Anba Samuʾil, également appelé Deir el-Qalamun, est l’un des monastères coptes les plus isolés et les plus chargés d’histoire du désert occidental. Implanté au pied du Gebel el-Qalamun, il se trouve à l’extrémité nord de la vallée de Wādī el-Muweiliḥ, ancienne route caravanière reliant el-Minya à el-Faiyūm. Fondé au début du IVe siècle, le monastère s’inscrit parmi les grands centres du monachisme égyptien primitif.
Le cœur du monastère est organisé autour de l’église de la Sainte Vierge, reconstruite en 1958 sur un édifice plus ancien. Cette église à trois nefs est surmontée de douze coupoles, conférant à l’ensemble une silhouette remarquable visible de loin. À l’est se trouvent trois sanctuaires dédiés à l’archange Michel, à la Vierge Marie et à saint Georges. Les reliques de Saint Samuel le Confesseur et de son disciple saint Apollon y sont conservées. L’église constitue aujourd’hui le centre spirituel et liturgique du monastère.
Au sud de la cour intérieure se trouve la partie fortifiée appelée El-Qaṣr, comprenant des cellules de moines, une crypte et l’église de Saint Misaël, liée à la figure de Saint Misaël l’Ermite, personnage central de la tradition locale, connu pour ses prophéties et son ascèse extrême. Les récits de sa vie sont profondément ancrés dans l’identité du monastère. L’église qui lui est dédiée témoigne de la continuité du culte et de la mémoire monastique. L’ensemble forme un espace à la fois défensif et spirituel.
L’église Saint-Michel, construite en 1905, se distingue par son toit pointu et son unique abside. Elle est ornée d’icônes modernes représentant le Christ, la Vierge, les apôtres et plusieurs saints vénérés localement. Non loin de là subsiste une tour défensive du VIe siècle, accessible autrefois par un pont-levis.
À l’extérieur du monastère, la grotte de saint Samuel le Confesseur, creusée dans le Gebel el-Qalamun, constitue un lieu de pèlerinage majeur. Accessible par une piste, elle abrite un autel et un réservoir alimenté par l’eau de pluie. Plus ancienne encore, l’église des Catacombes de Saint-Samuel, enfouie à plusieurs mètres sous terre, est réservée aux moines.

16. Grotte à stalactites d’el-Gāra (Désert occidental)
La région d’El-Gāra, dans le désert occidental, est surtout célèbre pour sa spectaculaire grotte d’el-Gāra, également connue sous le nom de grotte de Rohlfs ou Djara cave. Située à mi-chemin entre Farāfra et Asyūṭ, elle se trouve dans une zone extrêmement isolée, accessible uniquement par expédition en véhicules tout-terrain. Le voyage lui-même fait partie intégrante de l’expérience, traversant plateaux, dunes et anciennes pistes caravanières. Cette grotte constitue l’un des rares exemples de cavités à stalactites en Égypte. Elle représente un site naturel d’exception dans un environnement désertique.
L’entrée de la grotte est de plain-pied, formée par l’effondrement partiel de la voûte. L’intérieur s’étend sur environ 80 mètres de long et atteint une profondeur de 17 mètres. Le sol sablonneux masque en partie les formations, créant une atmosphère silencieuse et feutrée. Les stalactites suspendues au plafond atteignent près de six mètres de longueur, tandis que les stalagmites s’élèvent jusqu’à trois mètres. Les parois sont couvertes d’épaisses couches de tuf calcaire, parfois sculptées en draperies naturelles.
La salle principale, vaste et presque circulaire, est dominée par un ensemble de stalactites surnommé les « Trois Sœurs », reliant visuellement plafond et sol. Deux petites grottes latérales précèdent cet espace central, ajoutant à la complexité du réseau souterrain. Des fragments d’argile et de limon jonchent le sol, indices d’anciens écoulements d’eau. L’éclairage naturel y est quasi inexistant, renforçant la dimension presque mystique du lieu.
À proximité de l’entrée, un bloc de calcaire présente des gravures préhistoriques représentant des bovins, des antilopes, des autruches et une figure humaine. Ces représentations témoignent d’un climat autrefois bien plus humide et d’une occupation humaine ancienne. Elles constituent un contraste saisissant avec l’aridité actuelle du désert. Ces gravures, parfois partiellement enfouies sous le sable, comptent parmi les plus discrètes mais aussi les plus émouvantes du site. Elles rappellent la longue histoire humaine du désert occidental.
À quelques kilomètres se trouve la Véronique Cave, un gouffre vertical aujourd’hui inaccessible, distinct de la grotte principale. Bien que moins spectaculaire, elle complète l’intérêt géologique de la région.

17. Qarat Umm es-Sugheir (Désert occidental)
Qarat Umm es-Sugheir, également appelée el-Gāra ou Wahat el-Qara, est une petite oasis isolée située à environ 140 kilomètres au nord-est de Siwa, sur la bordure intérieure nord-ouest de la dépression de Qattara. Administrativement rattachée au district de Siwa, elle se présente comme un hameau discret, presque hors du temps. Le site est dominé par une colline fortifiée rappelant les anciennes citadelles de Schālī ou Aghūrmī à Siwa. L’arrivée se fait généralement par un premier point d’eau, le bassin de source artificiel, qui annonce la présence vitale de l’eau dans ce paysage aride.
L’élément le plus marquant est le vieux quartier résidentiel, construit sur une falaise calcaire d’environ dix mètres de haut au sud de l’agglomération moderne. Accessible aujourd’hui par un escalier, il était autrefois protégé par une porte faite de troncs de palmiers. Au sommet, une plateforme panoramique permet d’embrasser l’ensemble de l’oasis. Les maisons sur la colline du château, édifiées en argile salée, sont regroupées autour de la place centrale appelée Sūq al-Balad. Elles comportent deux niveaux, de petites ouvertures, des plafonds en troncs de palmiers et un rez-de-chaussée destiné à l’élevage.
Les ruelles étroites séparent les habitations et conduisent à plusieurs éléments structurants du site, dont la fontaine Biʾr al-Fauqī, connue pour son eau saumâtre. Les maisons, les ruelles et les points d’eau sont identifiés par des inscriptions uniquement en arabe. Près de la tour d’observation se trouve un bâtiment interprété comme une ancienne mosquée. L’ascension de la tour offre une vue dégagée sur le vieux village, les falaises environnantes et l’oasis moderne. Au nord-est s’étendent les hameaux modernes, qui constituent aujourd’hui le principal lieu de vie.
À l’ouest de la colline fortifiée se dresse le tombeau du cheikh Yagā, également appelé Maqām ash-Sheikh Yaja. Ce sanctuaire, toujours entretenu, est reconnaissable à son enduit blanc et au tissu vert recouvrant la tombe. Une guirlande d’œufs d’autruche et des paniers en osier complètent cet espace de dévotion locale. Plus au sud-ouest se trouve El-Qaṭṭāra, aussi connue sous le nom de ʿAin el-Qaṭṭāra, une source où l’eau goutte lentement du plafond d’une petite grotte, entourée de roseaux et de fleurs.
D’autres points d’eau complètent le réseau hydrologique de l’oasis, notamment ʿAin Wāḥil et ʿAin Shiṭār à l’est du village, ainsi que ʿAin el-Khashab au sud-ouest. Les falaises de grès à l’ouest présentent des chambres funéraires rupestres sans décoration ni mobilier. Les visites étant rares, l’accueil des habitants, incarné par le cheikh Mahdi, constitue une véritable expérience culturelle, souvent accompagnée de thé, de dattes et de fruits secs.

18. Le Wadi el-Ubayyid (Désert occidental)
Le Wadi el-Ubayyid, également appelé vallée Blanche, est une vallée orientée est-ouest située dans la dépression d’el-Farāfra, au nord du plateau d’el-Quss-Abū-Saʿid. Partiellement intégrée à la zone tampon du parc national du Désert Blanc, elle constitue un site archéologique majeur. La vallée témoigne d’une occupation humaine continue depuis le milieu et la fin de l’Holocène, entre 6000 et 5000 avant Jésus-Christ.
Parmi les sites majeurs figure la vallée Cachée, une vallée encaissée entourée de falaises de craie. Ce secteur abrite un important site préhistorique, révélant des traces d’occupation ancienne. À environ deux kilomètres au nord-ouest se trouve la grotte d’el-Ubeiyid, également appelée Maghārat al-Ubeiyiḍ, située à l’ouest d’un cercle naturel de rochers calcaires. Cette grotte se compose de trois chambres superposées et constitue l’un des ensembles rupestres les plus remarquables de la région.
La première salle de la grotte présente des peintures rupestres figurant des formes géométriques et des animaux tels que girafes, antilopes et chèvres. La chambre arrière est ornée de nombreuses représentations de mains, suggérant un usage rituel ou symbolique. L’orientation sud de l’entrée rend l’observation des peintures délicate en plein soleil, ce qui rend préférable une visite tôt le matin ou en fin d’après-midi. À l’est de la grotte principale se trouvent plusieurs cavités non décorées.
Plus à l’ouest se dresse le rocher des Infidèles, également appelé rocher de l’Incrédulité, une formation rocheuse isolée en forme de pilier. À environ cinq kilomètres de là apparaît la vallée du Sphinx, dont les reliefs évoquent la silhouette de sphinx naturels sculptés par l’érosion. Ces formations confèrent à la vallée une dimension paysagère spectaculaire. Plus au nord-ouest se situe ʿAin ed-Dālla, bien que le site ne soit pas directement accessible par un sentier balisé.
Le Wadi el-Ubayyid ne dispose d’aucune infrastructure touristique. Les restaurants et points de ravitaillement se trouvent exclusivement dans la ville de Farāfra. Cette absence d’aménagement renforce le caractère sauvage et préservé du site.
19. El-Farafra (Désert occidental)
El-Farafra, Farāfra ou Al-Farafra est la seule ville située dans la dépression du même nom, au cœur du gouvernorat égyptien de la nouvelle Vallée. Isolée dans un environnement désertique, elle constitue un point de vie essentiel entre oasis, palmeraies et étendues arides. Son implantation ancienne s’explique par la présence d’eaux souterraines et par sa position stratégique sur les routes caravanières. La ville conserve un caractère rural marqué, où les constructions traditionnelles dominent encore le paysage urbain.
Le principal site historique est la forteresse de stockage el-Qaṣr, aussi appelée Qasr el-Farafra, édifiée comme grenier collectif fortifié. Cette structure imposante servait à entreposer les réserves alimentaires de la population et à les protéger. Elle se distingue par son organisation verticale, pensée pour optimiser l’espace et la défense. Abandonnée depuis le début du XIXe siècle, elle reste un témoignage remarquable de l’architecture oasienne.
À l’intérieur de la forteresse de stockage el-Qaṣr, un réseau de ruelles étroites et sinueuses relie 116 pièces superposées sur plusieurs niveaux. Ces espaces étaient destinés au stockage des provisions de chaque famille. Les portes, fabriquées à partir de troncs de palmiers ou de simples planches de bois, illustrent l’usage exclusif des ressources locales. L’ensemble révèle une ingénierie adaptée aux contraintes climatiques et sociales.
Dans la partie nord de la forteresse de stockage el-Qaṣr, se trouve une citerne d’environ quinze mètres de profondeur. Certains habitants pensaient autrefois qu’il s’agissait d’un puits atteignant une profondeur exceptionnelle. Cette citerne jouait un rôle vital dans l’approvisionnement en eau, confirmant l’importance stratégique du site. Malgré son état de dégradation avancé depuis 1945, la forteresse conserve une forte valeur patrimoniale.
Au sud de l’ancienne forteresse se situe la source ʿAin el-Bilād, qui fut longtemps la principale source d’eau de la dépression. Son eau, naturellement tempérée, permettait l’irrigation et l’usage domestique. Aujourd’hui, son rôle est assuré par le puits Bir Sitta, foré au nord-ouest de la ville. Une autre source chaude : Biʿr Chamsa, complète ce réseau hydraulique essentiel.
Les vastes palmeraies qui s’étendent à l’ouest et au sud de la forteresse structurent encore le paysage d’El-Farafra. Elles témoignent de l’activité agricole traditionnelle, fondée sur la culture du palmier-dattier. Ces espaces verts contrastent fortement avec le désert environnant et participent à l’équilibre écologique local. Ils demeurent une ressource économique importante pour la population.
Le patrimoine culturel contemporain est représenté par le musée de Badr ʿAbd el-Moghnī ʿAli, situé au nord-ouest de la ville. Installé dans une maison traditionnelle en briques de terre crue, il s’organise autour de deux cours intérieures. Les collections comprennent peintures, sculptures en argile, en grès et en bois de palmier, ainsi qu’un jardin de sculptures à l’arrière.
Badr ʿAbd el-Moghnī ʿAli, artiste autodidacte originaire d’El-Farafra, a largement contribué au rayonnement culturel de la ville. Ses œuvres ont été exposées en Égypte et en Europe à partir de 1992. Il est également l’auteur de fresques murales visibles sur certaines maisons anciennes et tenait une modeste pension de famille. Aujourd’hui, le musée est dirigé par son fils, perpétuant cet héritage artistique unique au cœur de l’oasis.

20. Parc national de Gilf Kebir (Désert occidental)
Le parc national de Gilf Kebir, officiellement désigné comme Mahmiyat al-Ǧilf al-kabīr, constitue la plus vaste aire protégée d’Égypte avec une superficie d’environ 48 523 kilomètres carrés. Situé à l’extrême sud-ouest du désert occidental, il s’étend entre la mer de sable égyptienne au nord, la frontière soudanaise au sud, la Libye à l’ouest et la longitude 26° 40′ E à l’est. Créé en janvier 2007, ce parc englobe un paysage désertique monumental où se mêlent plateaux de grès, vallées fossiles, massifs montagneux et témoignages culturels parmi les plus anciens du Sahara. Son isolement extrême en fait l’un des territoires les moins fréquentés du pays.
L’accès au parc national de Gilf Kebir se fait généralement depuis Le Caire via les oasis d’El-Baḥrīya, El-Kharga ou Ed-Dāchla, ces itinéraires permettant souvent la visite préalable du désert Blanc ou de la grotte d’el-Gāra. La plupart des expéditions convergent vers Mūṭ, capitale de l’oasis d’ed-Dāchla, avant de s’engager dans le désert profond. Dès le trajet, le paysage révèle une succession de sites isolés marquant les anciennes routes caravanières et les itinéraires d’exploration du XXᵉ siècle, annonçant l’ampleur du territoire à parcourir.
Parmi les premiers repères figure le rocher de Samīr-Lāmā, formation calcaire remarquable accompagnée d’une plaque commémorative dédiée à l’explorateur égyptien Samir Lama. À courte distance se dressent les rochers du Pain de Sucre, dont la texture poreuse évoque des blocs cristallins érodés par le vent. Plus au sud apparaît la montagne d’eau de Djedefrê, déjà connue pour ses inscriptions pharaoniques liées aux expéditions de Khéops et Djédefrê, attestant de l’exploitation ancienne du désert occidental bien avant l’époque historique classique.
Le parcours conduit ensuite au site d’Abū Ballāṣ, ancien dépôt d’eau destiné aux caravanes reliant la vallée du Nil aux régions de Koufra et de Gebel el-ʿUweināt. Ce rocher conserve à la fois des traces logistiques majeures et des reliefs figurant des animaux et un chasseur dans un style proche de l’art égyptien ancien. Plus loin, le Wādī el-Aswad se distingue par ses yardangs, parfois appelés lions de boue, formations éoliennes issues de sédiments lacustres anciens, témoignant d’un environnement jadis humide.
Le cœur du parc est dominé par le plateau de Gilf Kebir, vaste massif de grès divisé en deux ensembles principaux. La partie sud-est, appelée plateau de Kamāl-ed-Dīn, abrite le Wādī el-Bacht, surnommé vallée du Bonheur, ancien habitat néolithique séparé par une dune de sable. À proximité se trouve le Wādī el-ʿArḍ el-Achḍar, ou vallée de la Terre verte, qui renforce l’image d’un Sahara autrefois verdoyant.
Plus au sud-est se dressent les formations rocheuses des Huit cloches, non loin du monument au prince Kamāl ed-Dīn Ḥusayn, figure majeure de l’exploration du désert au début du XXᵉ siècle. La seule grotte décorée du plateau est Maghārat el-Qanṭara, également appelée grotte de Shaw, qui conserve des représentations de bétail. Le manque général de peintures rupestres sur ce plateau contraste fortement avec les zones situées plus à l’ouest.
Le désert entre le Gilf Kebir et le Gebel el-ʿUweināt est ponctué de sites géologiques remarquables, notamment les cratères de Clayton, structures circulaires formées par l’intrusion de magma, ainsi que les monts Pierre et Paul. D’autres itinéraires mènent aux trois châteaux, anciens dépôts britanniques découverts par László Almásy durant la Seconde Guerre mondiale. Ces éléments rappellent la dimension stratégique de la région au XXᵉ siècle.
Le Gebel el-ʿUweināt représente l’un des joyaux culturels du parc, situé au carrefour de l’Égypte, du Soudan et de la Libye. Ses vallées, notamment Karkūr Ṭalḥ, abritent des milliers de peintures et gravures rupestres datant de l’Holocène, représentant faune, chasseurs et pasteurs. Sur le chemin du retour, le plateau d’Abu Ras révèle des sites majeurs comme la grotte des Nageurs, la grotte des Archers, le Wādī Ṣūra et la grotte de Foggini-Mistikawi, tandis que la mer de sable égyptienne et la région du verre libyen concluent cette traversée exceptionnelle, nécessitant une logistique lourde et une expertise approfondie du désert.

21. Rocher de Samīr Lāmā (Désert occidental)
Le rocher de Samīr Lāmā est une formation rocheuse calcaire isolée située à environ 400 kilomètres à l’ouest du Nil et à 140 kilomètres au sud-sud-ouest de Mūṭ. Il se trouve à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de la route menant au projet d’irrigation de la Nouvelle Vallée, dans une vallée désertique portant le même nom. Ce site dans lequel se trouve une plaque commémorative, se distingue par son isolement et son émergence spectaculaire au-dessus du sable environnant.
Cette formation doit son nom à l’explorateur égyptien Samīr Lāmā, figure majeure de la connaissance moderne du désert occidental. Le rocher est parfois confondu avec le pain de Sucre, une formation rocheuse similaire située à environ 2,5 kilomètres au sud-ouest, bien que les deux structures soient distinctes. Toutes deux sont composées de grès calcaire presque blanc, très poreux, dont la texture rappelle celle de petits morceaux de sucre.
L’origine du rocher de Samīr Lāmā est entièrement naturelle. Le grès, fragile et facilement érodable, a été façonné par le vent et les variations climatiques sur de longues périodes. Un petit rocher adjacent, situé au sud de la formation principale, présente la forme remarquable d’une grande arche naturelle, renforçant l’intérêt paysager et géologique du site.
Une plaque commémorative dédiée à Samīr Lāmā a été installée sur le site en 2005. Elle rend hommage à l’explorateur, rappelant son rôle essentiel dans la reconnaissance et la documentation du Gilf Kebir.
22. Gebel el-ʿUweināt (Désert occidental)
Le Gebel el-ʿUweināt, également appelé Jabal al-Uwainat, est un massif montagneux de grès et de granit culminant à 1 934 mètres d’altitude. Situé à la frontière de l’Égypte, du Soudan et de la Libye, il constitue l’un des reliefs les plus élevés et les plus isolés du Sahara oriental. Son nom signifie « montagne des petites sources », en référence aux points d’eau disséminés dans ses vallées.
Le massif fut redécouvert en 1923 par Aḥmad Muḥammad Ḥasanein Pacha, bien qu’il fût déjà connu des populations locales. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des joyaux du parc national de Gilf Kebir, tant pour la diversité de ses paysages que pour l’extraordinaire richesse de son art rupestre. Montagnes, plateaux et vallées s’y succèdent dans un environnement minéral spectaculaire.
Parmi les sites majeurs figure Karkūr Ṭalḥ, vallée célèbre pour ses nombreuses gravures et peintures rupestres. S’y observent également le plateau d’Hasanein et le plateau italien, ce dernier abritant le mont Bagnold, point culminant du massif. Ces zones offrent une lecture géographique claire de l’évolution tectonique et érosive du massif.
Les vallées telles que Karkūr Murr, Karkūr Ḥamīd, Karkūr Idris et Karkūr Ibrāhīm renferment des milliers de représentations figuratives. Girafes, lions, gazelles, vaches, autruches et figures humaines y sont abondamment représentées, témoignant d’un environnement ancien bien plus humide et d’un pastoralisme développé.
Les sources jouent un rôle central dans l’occupation humaine du massif. ʿAin Dūa, attraction principale du site, ainsi que ʿAin ez-Zuwayya, alimentées par les pluies saisonnières, ont été utilisées depuis des temps immémoriaux. Elles expliquent la concentration exceptionnelle de vestiges culturels dans ces vallées encaissées.
23. Désert Blanc (Désert occidental)
Le parc national du désert Blanc, officiellement nommé Maḥmīyat aṣ-Ṣaḥrāʾ al-baiḍāʾ aṭ-ṭabīʿīya, est une réserve naturelle située à environ trente kilomètres au nord de la dépression d’el-Farāfra. D’une superficie de 3 010 kilomètres carrés, il constitue l’un des paysages les plus singuliers du désert occidental égyptien. Classé zone protégée en 2002, il est réputé pour ses formations calcaires spectaculaires, sculptées par des millions d’années d’érosion éolienne et d’altérations climatiques.
Le paysage du désert Blanc est dominé par des falaises de craie et de calcaire issues de dépôts marins datant d’environ 80 millions d’années. Après le retrait de la mer, le vent a lentement façonné des formes insolites, donnant naissance à des structures évoquant des champignons, des tours, des animaux ou des silhouettes humaines. La diversité des formes résulte des variations de dureté des couches rocheuses et de leur disposition stratigraphique.
Malgré son apparence aride, le parc abrite plusieurs sources permanentes essentielles à la vie locale. Parmi elles figurent ʿAin Chaḍrāʾ, également appelée ʿAin el-Wādī, ʿAin es-Serw et ʿAin el-Maqfī, chacune entourée de palmiers et de zones de repos aménagées. Ces points d’eau ont joué un rôle fondamental pour les populations anciennes et continuent de structurer les itinéraires actuels à l’intérieur du parc.
L’accès au parc est réglementé et soumis à un droit d’entrée, incluant des frais distincts pour les visiteurs, les véhicules et les nuitées. Le territoire est organisé autour de plusieurs pistes balisées, dont la piste 1, la plus longue, traverse une grande variété de formations emblématiques. S’y découvrent notamment el-Chiyām, surnommé les Tentes, et ʿAish el-Ghurāb, connu comme les Champignons, formations calcaires parmi les plus photographiées du parc.
La piste 1 mène également aux sources de ʿAin es-Serw et de ʿAin el-Maqfī, avant de revenir vers l’ouest en direction des rochers jumeaux, appelés aussi Twin Peaks. Ces deux formations dominent une colline isolée et marquent l’un des points de repère majeurs du parc. L’itinéraire se conclut près de l’entrée d’Aqabat, reliant ainsi les différentes zones du désert.
La piste 2, plus courte, relie l’entrée d’Ain Khadra à la source de ʿAin Chaḍrāʾ, réputée pour sa végétation dense. Elle traverse des paysages plus ouverts et passe près de l’acacia es-Sanṭa, espèce emblématique du Nil. Ce secteur est également voisin du Wādī Ḥinnis, inaccessible mais d’intérêt géographique et archéologique. La piste 3, seule située à l’ouest, traverse le Wādī Biddensee et passe par El-Babein, formation surnommée les : Deux Portes, avant d’atteindre El-Qabūr, rocher en forme de doigt.
La piste 4 débute à Bir Regwa et mène vers les formations rocheuses d’Et-Tabalī, également appelées les Tables, vastes blocs plats dominant la plaine. Cet itinéraire rejoint ensuite la piste 1, permettant une exploration circulaire du parc.
Aux marges du parc se trouvent des sites complémentaires tels que la montagne de Cristal, célèbre pour ses cristaux brillants, ainsi que la vallée cachée et la grotte d’el-Ubeiyid, riches en vestiges du milieu et de la fin de l’Holocène.

24. Abou Ballas (Désert occidental)
Abou Ballas constitue un ensemble de stations de cruches anciennes aménagées le long d’un itinéraire désertique stratégique reliant la vallée du Nil au Gebel el-ʿUweināt et à l’oasis de Koufra. Ce réseau, connu sous le nom de sentier d’Abou Ballas, s’étend sur environ 400 kilomètres à travers le désert occidental égyptien. Ces stations, construites à flanc de falaises rocheuses, servaient de dépôts d’eau indispensables aux expéditions traversant cette région aride et isolée.
Le site le plus célèbre se situe à environ 500 kilomètres à l’ouest du Nil, à 90 kilomètres à l’ouest du rocher de Samīr-Lāmā et à près de 190 kilomètres au sud-ouest de Mūṭ, dans la dépression d’ed-Dāchla. Il occupe une position intermédiaire entre Ed-Dāchla et le plateau de Gilf Kebir, ce qui confirme son rôle central dans l’organisation logistique des routes transdésertiques de l’Antiquité.
Au pied de Abū-Ballāṣ-Rock, notamment sur sa face nord-est, se trouvent les vestiges les plus visibles du site, constitués de nombreuses jarres datant du Nouvel Empire, principalement des XVIIIe et XIXe dynasties. Ces récipients, malheureusement en grande partie détruits par les voyageurs modernes, ne subsistent aujourd’hui qu’en quelques dizaines d’exemplaires presque intacts. Leur présence témoigne d’une organisation planifiée du ravitaillement en eau dans un environnement extrêmement hostile.
Les jarres conservées présentent des dimensions remarquables, atteignant environ soixante centimètres de hauteur pour une largeur maximale de trente-huit centimètres à l’épaule. Leur ouverture étroite, d’un diamètre de neuf à dix centimètres, et l’épaisseur relativement fine de leurs parois indiquent une fabrication maîtrisée. Elles sont composées d’un noyau d’argile gris foncé recouvert d’un engobe rouge brique, typique de la céramique utilitaire de l’époque pharaonique tardive.
Moins visibles mais tout aussi importantes sont les gravures rupestres situées sur le côté sud du rocher, à deux emplacements légèrement surélevés. La première scène représente un chasseur armé d’un arc et de flèches, accompagné d’un chien, d’autres animaux et d’une figure féminine, suggérant un contexte de vie quotidienne ou rituel. La seconde gravure montre une vache allaitant son veau, motif fréquent dans l’art rupestre saharien, évoquant un environnement pastoral ancien.

25. Désert Noir (Désert occidental)
Le désert Noir, appelé en arabe aṣ-Ṣaḥrāʾ as-saudāʾ, se situe dans la dépression d’el-Bahrīya, au sud-ouest de la ville d’El-Bawiti. Il s’étend sur environ trente kilomètres de part et d’autre de la route reliant El-Bawiti à El-Farāfra. Son nom provient de la couleur sombre du paysage, due à la présence massive de basalte et de dolérite recouvrant collines et plaines.
Ce désert est facilement accessible par la route principale, ce qui en fait l’un des secteurs volcaniques les plus visités du désert occidental. Toutefois, la mobilité à l’intérieur du désert Noir nécessite un véhicule tout-terrain ou une moto en raison du terrain sablonneux et rocailleux. La marche reste possible, mais requiert un équipement adapté, notamment des chaussures résistantes.
Le paysage est caractérisé par une multitude de collines coniques, parfois hautes de près de cent mètres, recouvertes de fragments de roche volcanique. L’érosion a dispersé ces fragments sur de vastes étendues, donnant au sol une apparence presque entièrement noire, contrastant avec le sable clair visible par endroits. Cette alternance confère au désert une esthétique unique et fortement minérale.
Les affleurements volcaniques sont nombreux dans toute la dépression d’el-Bahrīya, notamment près de Mandīscha, aux abords de la montagne Noire, également appelée montagne Anglaise, ainsi qu’à Gebel Maʿsera et Gebel el-Ḥafḥūf.
L’un des sites les plus remarquables est El-Gebel el-Marṣūṣ, situé au nord du désert Noir, où des colonnes de basalte bien conservées forment un ensemble spectaculaire. Ces colonnes résultent du refroidissement lent de la lave, produisant des structures prismatiques régulières. Ce site constitue un point d’intérêt majeur pour l’observation géologique.
À proximité se trouve la tombe de René Michaud, pionnier suisse du tourisme désertique à el-Bahrīya. Installé dans la région à partir de 1981, il fonda le premier hôtel d’El-Bawiti et contribua largement à la découverte touristique du désert. Après sa mort en 1986, il fut inhumé selon ses souhaits dans le désert Noir, sous un tumulus simple portant son prénom et ses dates.
Le désert Noir offre ainsi un paysage singulier où la géologie volcanique domine sans partage. Associant reliefs sombres, silence minéral et mémoire humaine récente, il constitue un complément naturel et visuel au désert Blanc, illustrant la diversité extrême des environnements du désert occidental égyptien.
26. Mer de sable égyptienne (Désert occidental)
La mer de sable égyptienne, également appelée grande mer de sable, est un immense champ de dunes situé dans le désert occidental égyptien. Elle s’étend sur environ 650 kilomètres de long et 300 kilomètres de large, couvrant une superficie proche de 72 000 kilomètres carrés. Ce vaste erg s’étire depuis le nord-ouest de Siwa jusqu’au plateau de Gilf Kebir, dont seule la partie sud est incluse dans le parc national.
Formée au Quaternaire, la mer de sable égyptienne se compose de chaînes de dunes orientées du nord-ouest au sud-est, atteignant parfois plus de 100 mètres de hauteur. Ces dunes sont séparées par de larges plaines sableuses dont la largeur diminue progressivement vers le nord et l’ouest. L’ensemble constitue une barrière naturelle majeure au cœur du Sahara.
Cette mer de dunes s’inscrit dans une bande désertique mondiale comprise entre les 25e parallèles nord et sud, comparable à l’Er-Rubʿ er-Khalī d’Arabie Saoudite ou aux grands ergs d’Algérie. Son immensité et son uniformité apparente masquent une grande diversité de formes et de textures, révélées par la lumière et le mouvement du sable.
Dans sa partie méridionale se trouve la région du verre libyen, zone exceptionnelle où le sol est jonché de fragments de verre naturel translucide. Ces verres, riches en dioxyde de silicium, présentent des propriétés chimiques uniques et datent de l’ère tertiaire. Leur origine demeure incertaine, oscillant entre hypothèse d’impact météoritique et explosion hydrovolcanique.
Ce matériau fut utilisé dès la préhistoire comme outil tranchant, puis en joaillerie à l’époque pharaonique. L’exemple le plus célèbre est le scarabée en verre libyen ornant le pectoral de Toutankhamon, aujourd’hui exposé au musée égyptien.
La mer de sable égyptienne conserve également des vestiges plus récents, tels que Rainfield, ancien campement de l’expédition de Rohlfs, et un ancien héliport britannique de la Seconde Guerre mondiale.
27. Ghurd Abu Muharrik (Désert occidental)
Ghurd Abu Muharrik est une immense dune mobile du désert occidental égyptien, connue localement sous le nom d’El Muharrik, « la mouvante ». Elle s’étire sur près de 500 kilomètres, depuis le nord-est de Bawiti jusqu’aux confins méridionaux de la dépression d’el-Charga, constituant l’un des phénomènes géomorphologiques les plus spectaculaires d’Égypte. Visible depuis l’espace, cette dune solitaire impose une présence presque abstraite dans l’immensité désertique.
Cette formation sableuse est la plus vaste dune migratrice du pays. Elle couvre environ 6 000 km² et progresse lentement vers le sud à raison d’environ neuf mètres par an. Longtemps mal connue, elle fut sous-estimée par les explorateurs du XIXe siècle avant que l’imagerie satellite moderne ne révèle son ampleur réelle.
L’accès à Ghurd Abu Muharrik se fait généralement depuis la dépression de Bahrīya, en empruntant d’anciennes pistes caravanières. À proximité d’Ain Tūnī, le trajet quitte la route asphaltée pour traverser la plaine d’el-Ḥarra avant d’atteindre le plateau d’el-Gerenāt, reconnaissable à ses collines isolées. Plus au sud, une ancienne piste d’el-Minyā conduit jusqu’au pied de la dune, que l’on longe ensuite vers l’ouest.
L’exploration de cette région requiert une logistique rigoureuse. Plusieurs véhicules tout-terrain, des réserves d’eau conséquentes et un téléphone satellite sont indispensables. Les expéditions sont encadrées par des guides expérimentés originaires des oasis de Bahrīya, Farāfra ou Asyūṭ, dont la connaissance du désert est essentielle pour évoluer dans cet environnement mouvant.
Ghurd Abu Muharrik offre une expérience désertique extrême, fondée sur la contemplation et l’isolement. Les paysages épurés, la monumentalité de la dune et le silence absolu confèrent au site une dimension presque irréelle.

28. La dépression de Qattara (Désert occidental)
La dépression de Qattara est située dans la partie nord du désert occidental, au sein du gouvernorat de Maṭrūḥ. Avec une superficie d’environ 20 000 km² et un point culminant négatif atteignant –133 mètres, elle constitue la plus grande dépression d’Égypte et l’un des points les plus bas du continent africain. Son étendue désertique, presque entièrement inhabitée, lui confère un caractère austère et sauvage.
Le paysage de la dépression se compose de plaines salines, de zones marécageuses et de falaises abruptes. L’absence de villages permanents en son cœur a favorisé une occupation uniquement saisonnière par des groupes nomades. À l’extrémité orientale se trouve dépression d’el-Mughra, connue pour ses sols brun rougeâtre et ses ressources en eau souterraine.
Sur la limite nord de la dépression se succèdent plusieurs sites isolés. Parmi eux figurent Qārat Umm eṣ-Ṣugheir, ancien village dominé par une colline fortifiée, ainsi qu‘Ain el-Ghazalat, Ain el-Qattara et Minqar Abu Tartur, qui marquent d’anciens points d’eau et de passage. Ces lieux témoignent d’une fréquentation humaine ancienne, malgré les conditions extrêmes.
La bordure sud abrite également des sites remarquables, aujourd’hui inhabités. Les paysages marécageux de Tabaghbagh contrastent avec les vestiges archéologiques visibles à El-ʿArag et el-Baḥrein, anciennes dépressions aujourd’hui désertes. Plus à l’est, En-Nuweimisa et Talh Badr ed-Din ponctuent la transition entre la dépression et les plateaux environnants.

29. La dépression de Siwa (Désert occidental)
La dépression de Siwa se situe dans le gouvernorat de Matrouḥ, au nord du désert occidental égyptien, à grande distance des principaux centres du pays, ce qui explique son isolement historique et culturel. Cette oasis, distante de la Méditerranée et de la vallée du Nil, se distingue par une identité propre, marquée par une langue, des traditions et une organisation sociale spécifiques. La ville principale, Siwa, constitue le cœur administratif et humain de la dépression.
Elle concentre la majorité de la population et regroupe les infrastructures nécessaires à l’accueil des visiteurs. Le tissu urbain s’organise autour de la place du marché, de la mosquée Sidi Suleimani et de la maison Siwa, espace consacré à l’histoire locale. À l’est, de vastes palmeraies structurent le paysage agricole, tandis qu’à l’ouest s’étendent les premiers plans d’eau salée, annonçant les grands lacs de la dépression. La position centrale de Siwa en fait un point de départ privilégié pour explorer l’ensemble de l’oasis et ses environs.
À proximité immédiate de la ville se concentrent plusieurs sites historiques majeurs. La vieille ville de Schālī, bâtie en terre salée, domine encore l’oasis malgré son état de ruine avancé. Au nord s’élève le Gebel el-Mautā, vaste tumulus funéraire regroupant des tombes datant de la XXVIe dynastie et de l’époque ptolémaïque. À l’est, le village d’Aghūrmī conserve les vestiges du temple de l’oracle d’Amon, lieu où Alexandre le Grand fut reconnu comme fils du dieu, événement déterminant dans l’histoire égyptienne.
Non loin de là se trouvent les ruines d’Umm ʿUbeida, second temple d’Amon, ainsi que la source de Cléopâtre, connue sous le nom de Soleil. Le bain de Cléopâtre est par extension, une piscine en pierre alimentée par l’eau de source naturelle, et probablement la piscine la plus connue de la région. Plus au sud-est, le village d’Ed-Dakrūr est réputé pour ses bains de sable thérapeutiques, pratiqués durant l’été pour soulager rhumatismes et douleurs articulaires.
À l’ouest de la ville s’étendent les grands ensembles lacustres de la dépression. Le lac Siwa constitue l’un des principaux paysages de l’oasis, bordé par l’île de Fatnās, lieu apprécié pour la baignade et l’observation du coucher du soleil. Plus à l’ouest se trouve le lac Marāqī, autour duquel s’organise la région d’El-Marāqī, comprenant les hameaux de Chamīsa, Mischandide, Tinkamāmū, el-Ḥāgg ʿAlī et Bahī ed-Dīn.
Ces villages sont entourés de jardins traditionnels et de vestiges antiques, notamment à Timāṣīrein et sur la colline de Qārat el-Gārī. Dans cette zone apparaissent également les sites archéologiques de Bilād er-Rūm, riches en tombes gréco-romaines, ainsi que les temples doriques, longtemps associés à tort au tombeau d’Alexandre. Plus au nord-ouest, le lac Shiyāṭa et les rochers calcaires avec des empreintes de pas témoignent d’une occupation humaine très ancienne.
À l’est et au sud-est de Siwa, les paysages deviennent plus désertiques et alternent entre lacs salés et vestiges archéologiques. Le lac Aghūrmī, recouvert d’une épaisse croûte de sel, précède le lac Zeitūn, situé plus au sud. Les villages d’Ain Qureischat, d’Abū Schurūf, d’Ez-Zeitūn, d’Ain Ṣāfī et d’Abū el-ʿAuwāf jalonnent cette partie de la dépression.
Certains, aujourd’hui abandonnés, conservent des temples funéraires, des chapelles et des tombeaux rupestres de l’époque gréco-romaine, notamment autour d’Es-Salām. Ces itinéraires s’inscrivent dans le Darb Siwa, ancienne route caravanière reliant la dépression à El-Baḥrīya, et permettent de rejoindre les marges de la dépression de Qattara et la région de Tabaghbagh, réputée pour ses paysages contrastés.
Au sud de l’oasis s’étend la mer de sable égyptienne, vaste ensemble de dunes où se situe Biʾr Wāḥid, source thermale isolée accessible en excursion. Cette zone marque la transition vers les étendues désertiques les plus spectaculaires du pays. Au nord-est, la colline fortifiée de Qārat Umm eṣ-Ṣugheir constitue un site rarement visité, comparable par son architecture à Schālī, bien qu’elle se situe en bordure de la dépression de Qattara.
L’ensemble de la dépression de Siwa couvre environ 750 km², à une altitude moyenne inférieure au niveau de la mer, et se caractérise par l’alternance de lacs salés, de falaises calcaires telles que Qārat Sīdī Gaʿfir et Gebel er-Rūm, et de zones cultivées. Cette combinaison de paysages naturels, de vestiges antiques et de traditions vivantes confère à la dépression de Siwa une place unique parmi les oasis du désert occidental égyptien.

30. La dépression d’el-Faiyum (Désert occidental)
La dépression d’el-Faiyum se situe à la lisière orientale du désert occidental, à environ quatre-vingt-dix kilomètres au sud-ouest du Caire. Elle est bordée par les gouvernorats de Gīza et de Beni Suef, et son centre administratif est Madīnat el-Faiyūm. Cette oasis constitue l’un des paysages les plus singuliers d’Égypte.
Souvent qualifié de joyau méconnu, le Fayoum associe patrimoine antique et environnement naturel remarquable. L’oasis fertile est structurée par le Bahr Yusuf, ancien canal Joseph, qui alimente le lac Qārūn. Les zones désertiques périphériques contrastent fortement avec les terres cultivées.
Le chef-lieu : Madīnat el-Faiyūm, concentre les fonctions administratives et commerciales. À proximité se trouve le quartier archéologique de Kīmān Fāris, correspondant à l’ancienne Arsinoé ou Krokodilopolis.
Les paysages hydrauliques sont dominés par le lac Qārūn, vaste étendue d’eau salée au nord de la dépression. Plus au sud s’étend la plaine d’el-Malāʾ, parfois associée à l’ancien lac Moeris. L’ensemble forme un système unique d’irrigation hérité de l’Antiquité. Au nord du lac Qārūn se concentrent plusieurs sites archéologiques majeurs, dont Dīmai, ancienne Soknopaiou Nēsos, et Qaṣr eṣ-Ṣāgha, temple du Moyen Empire. S’y trouvent également Deir Abū Līfa et la carrière de Widān el-Faras, proche du Gebel Qaṭrānī.
La rive sud du lac Qārūn abrite de nombreux villages et vestiges antiques. Parmi eux figurent Begig, ʿAin es-Sīlīyīn et Biyahmū, connu pour son sanctuaire d’Amenemhat III.
Plus à l’est se trouvent Charābat Ihrīt, ancienne Théadelphie, ainsi que les monastères de Deir el-ʿAzab et Deir el-Malāk Ghabriyāl. Le village de Hawāra conserve la pyramide d’Amenemhat III et les vestiges du labyrinthe antique. Les sites de Kom Auschim, Kōm Darb Girza et Qaṣr el-Banāt correspondent à d’anciennes cités gréco-romaines.
Au sud-est, El-Lāhūn est célèbre pour la pyramide de Sésostris II et l’ancienne ville de Kahun. Non loin se trouvent Madīnat Māḍī, antique Narmouthis, et Madīnat el-Qūṭa, village antique encore mal identifié. D’autres sites complètent l’inventaire, notamment Qaṣr Qārūn, ancienne Dionysias, la pyramide de Seilā, Umm el-Athl et Umm el-Bureigāt, correspondant à l’ancienne Tebtynis. Le village d’en-Nazla est réputé pour sa production de céramique.
Sur la rive sud du lac, Tunis s’est imposé comme un village d’artistes, accueillant le premier musée de la caricature du Moyen-Orient. Il constitue aujourd’hui un pôle culturel important du Fayoum, en lien avec le tourisme durable. À l’ouest de la dépression, la réserve naturelle de Wādī er-Raiyān offre un paysage de lacs et de cascades. Elle comprend le Deir Wādī er-Raiyān et la vallée des Baleines, site fossilifère inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, clôturant l’ensemble exceptionnel du Fayoum.

31. Le Wadi en-Natroun (Désert occidental)
Le Wadi en-Natroun, également appelé vallée de Natron ou désert skétique, se situe à la lisière du désert occidental et du delta du Nil. Il se trouve à mi-distance entre Le Caire et Alexandrie, dans le gouvernorat d’el-Buḥeira. Cette dépression désertique occupe une place centrale dans l’histoire du monachisme chrétien.
Connue dès l’Antiquité pour ses gisements de natron, la vallée fut exploitée par les anciens Égyptiens pour l’embaumement. Le natron constituait une ressource stratégique, utilisée dans les rites funéraires et la fabrication du verre. Le paysage est marqué par des lacs salés, des étendues sableuses et une grande austérité visuelle.
| L’accès au Wadi en-Natroun s’effectue depuis l’autoroute reliant Le Caire à Alexandrie. Une sortie intermédiaire permet de rejoindre la vallée, puis des routes secondaires mènent aux monastères. Les déplacements internes nécessitent généralement l’usage d’un véhicule. |
À partir du IVe siècle, le Wadi en-Natroun devient l’un des hauts lieux du monachisme chrétien. La région est alors connue sous le nom de Skétis, attirant ermites et ascètes en quête de solitude spirituelle. Près d’une cinquantaine de monastères y existaient à l’époque byzantine.
Aujourd’hui, quatre grands monastères sont encore habités et structurent la vallée. Ils sont dispersés sur l’axe nord-sud et entourés de murs fortifiés. Ces ensembles monastiques demeurent actifs et constituent des centres majeurs de la tradition copte orthodoxe.Le plus septentrional est Deir el-Baramus, également connu comme le monastère de Borrhomaios. Il s’agit de l’un des plus anciens monastères chrétiens encore en activité. Son enceinte renferme plusieurs églises, des cellules monastiques et une importante bibliothèque.
Plus au sud se trouve Deir es-Suryan, le monastère des Syriens, fondé par des moines venus du Proche-Orient. Ce monastère est célèbre pour ses manuscrits anciens et ses fresques murales. Il joue un rôle essentiel dans la transmission du savoir chrétien oriental.Le troisième ensemble monastique est Deir el-Anba Bishoi, dédié à saint Pshoi. Il s’agit de l’un des monastères les plus visités du Wadi en-Natroun. Il abrite le corps du saint et conserve une architecture religieuse remarquable, marquée par des églises successives.
Le plus méridional est Deir el-Anba Maqqar, également appelé monastère de Saint Macaire le Grand. Ce monastère fut un centre théologique majeur dès les débuts du christianisme égyptien. Il demeure aujourd’hui un lieu spirituel influent et un centre de formation monastique.
32. La dépression d’el-Baḥrīya (Désert occidental)
La dépression d’el-Baḥrīya, également appelée Al-Bahariya, se situe dans la partie nord du désert occidental égyptien, au sein du gouvernorat de Gizeh. À environ 350 kilomètres du Caire, elle est facilement accessible par la route et par les transports publics, ce qui la distingue des autres dépressions plus isolées. Sa principale agglomération : El-Bāwīṭī, constitue le cœur administratif, économique et touristique de l’oasis, tout en conservant une forte identité locale liée à l’agriculture et à l’histoire ancienne.
Grâce à la diversité exceptionnelle de ses paysages et à la superposition de vestiges issus de nombreuses périodes historiques, la dépression d’el-Baḥrīya permet de combiner découvertes culturelles, immersion désertique et détente. Les palmeraies, les collines rocheuses, les dunes mobiles et les sites archéologiques coexistent dans un espace relativement restreint. Cette richesse, associée à des infrastructures bien développées, en fait une destination adaptée aussi bien aux voyageurs individuels qu’aux familles.
La ville d’el-Bāwīṭī occupe une position centrale dans la dépression et englobe en partie l’ancien site d’el-Qaṣr, identifiable notamment par les vestiges d’un arc de triomphe romain. Depuis la ville part un ancien sentier d’environ quinze kilomètres menant à plusieurs sites majeurs, parmi lesquels Qārat Qaṣr Salīm, qui abrite le tombeau de Baennentiu, les chapelles d’ʿAin el-Muftillā et le temple d’Alexandre le Grand à ʿAin et-Tibnīya. La localité de Mandīscha, deuxième agglomération de la dépression, complète cet ensemble urbain ancien. Il convient de ne pas oublier le tombeau d’Amenhotep, dit Huy, à Qārat Ḥilwa, la forteresse militaire romaine de Qārat eṭ-Ṭūb et le site tardif de Qaṣr ʿAllām.
À l’est d’el-Bāwīṭī s’égrènent plusieurs villages établis sur des sites d’occupation ancienne, dont El-ʿAgūz, Ez-Zabū, El-Qabāla, ʿAin Tūnī, El-Ḥārra et le village minier moderne d’el-Manāgim. Malgré la présence de constructions récentes, des vestiges des anciens centres villageois sont encore visibles. Non loin de là se trouve le puits de Biʾr el-Maṭār, tandis que la colonie romaine de Quṣūr Muḥārib, associée aux ruines de l’église Dinīsa, ainsi que Qaṣr ez-Zabū, jalonnent une ancienne route caravanière ornée d’inscriptions libyennes.
Les environs orientaux et nord-est d’El-Bāwīṭī offrent des paysages désertiques spectaculaires accessibles en véhicule tout-terrain. Le visiteur y découvre les dunes migratrices de Ghurūd el-Ghurābī, prolongement de la grande dune d’Abū Muḥarrik, ainsi que les reliefs isolés de Gebel el-Maghrafa, Gebel ed-Dist et de la Montagne Noire. Ces formations, tout comme le désert Noir, sont intégrées à l’aire protégée d’el-Wāḥāt el-Baḥrīya créée en 2010 afin de préserver ce patrimoine naturel unique.
Au sud-ouest de la dépression, le paysage devient plus minéral et contraste fortement avec les zones cultivées. Le Désert Noir, caractérisé par ses collines recouvertes de basalte et de dolérite, offre un décor presque lunaire. Sur la route qui y mène se trouve la célèbre vallée des momies dorées, ouverte aux visiteurs depuis 2022, où furent mises au jour des sépultures richement ornées ayant largement contribué à la renommée internationale de l’oasis.
La zone d’el-Ḥeiz, au sud de la dépression, constitue un ensemble à part, composé de petits hameaux tels que ʿAin Rīs, ʿAin Ṭabl Āmūn, ʿAin el-ʿIzza, ʿAin Gumʿa et el-Gharbīya. À l’est de Gebel el-Manṣaf, s’observent les célèbres lions d’argile, formations naturelles issues de l’érosion d’anciens dépôts lacustres préhistoriques. Aux alentours d‘Ain Rīs, se trouvent également l’église Saint-Georges, les vestiges d’une colonie romaine et une forteresse romaine.

33. La dépression d’el-Farāfra (Désert occidental)
La dépression d’el-Farāfra, également appelée oasis d’al-Farāfra, se situe dans la partie occidentale du désert occidental, au sein du gouvernorat de la Nouvelle Vallée, en Égypte. Elle se trouve à environ 300 kilomètres à l’ouest d’Assiout, dans la vallée du Nil, et occupe une position intermédiaire entre les dépressions d’el-Baḥrīya au nord-est et d’ed-Dāchla au sud-est. Bien qu’elle soit la deuxième plus grande dépression habitée du désert occidental, elle demeure la moins peuplée, avec un nombre limité d’agglomérations et de vastes espaces désertiques. Sa forme approximativement triangulaire, dont le sommet se situe au nord-est, lui confère une identité géographique bien distincte au sein du paysage désertique égyptien.
La principale ville de la dépression est El-Farāfra, longtemps unique centre habité permanent de la région. Elle concentre aujourd’hui l’essentiel de la population et des infrastructures locales. La ville dispose de plusieurs hôtels modestes, servant de base logistique pour les excursions dans les zones environnantes, notamment vers le parc national du désert blanc. Parmi les sites d’intérêt urbains figurent le grenier fortifié d’el-Qaṣr, témoin de l’architecture défensive oasienne, ainsi que le musée de l’artiste Badr ʿAbd el-Moghnī ʿAlī, qui présente des œuvres inspirées par le désert et la culture locale. À l’ouest de la ville, des palmeraies s’étendent sur des sols irrigués, offrant un contraste marqué avec l’aridité environnante.
Outre la ville principale, la dépression compte plusieurs villages habités, notamment ʿAin esh-Cheikh Marzūq, situé principalement le long de la route principale, avec plusieurs noyaux au nord et au sud d’El-Farāfra. Ces implantations sont complétées par des zones de puits inhabitées, appelées ḥaṭṭīya, principalement réparties au sud de la ville. Plus au sud encore se trouve Abū Minqār, le village le plus méridional de la dépression, qui marque une transition vers des régions plus isolées et moins fréquentées du désert occidental.
Au nord d’el-Farāfra s’étend le parc national du désert blanc, sans doute l’attraction la plus célèbre de la région. Ce site se distingue par ses formations calcaires spectaculaires, façonnées par l’érosion éolienne, prenant parfois des formes évoquant des champignons ou des animaux. Non loin de là, à environ quinze kilomètres au nord de la ville et à proximité de la limite septentrionale du plateau d’el-Quss-Abū-Saʿid, se trouve le lac Abū-Nuṣṣ, formé à la suite du forage d’un puits. Ce plan d’eau isolé constitue un repère paysager singulier dans un environnement largement minéral.
Au sud d’el-Farāfra, plusieurs sites oasiens témoignent d’une occupation humaine ancienne. ʿAin Gallaw, également connue sous les noms d’Aïn Gillaw ou Aïn Jillaw, est un jardin oasis doté d’un aqueduc souterrain de type puits-galerie. Des tombeaux rupestres anciens, visibles depuis la route, rappellent l’importance historique du site. D’autres oasis comparables, telles que Qushna et Aïn Kuferein, présentent des systèmes hydrauliques similaires, soulignant l’ingéniosité des populations locales face aux contraintes du milieu désertique.
Parmi les sites archéologiques majeurs figure ʿAin Bisāi, aussi appelée Aïn Ibsai, située à environ cinq kilomètres à l’ouest de la route principale et à une dizaine de kilomètres d’E-Farāfra. Ce site renferme des vestiges d’habitats, de puits et de tombes datant de l’époque romaine, attestant d’une occupation structurée et durable. Sur le trajet menant à ce site se trouve la nécropole d’Aïn el-Ḥagar, qui complète cet ensemble funéraire et archéologique remarquable au sein de la dépression.
Au nord-ouest d’el-Farāfra se situe Wādī el-Ubeiyiḍ, l’un des plus anciens villages de la vallée. Ce site est notamment connu pour une grotte ornée de peintures rupestres préhistoriques, témoignant d’une présence humaine très ancienne dans la région. La visite de cette vallée est toutefois soumise à une autorisation spéciale, généralement délivrée au poste de police d’el-Bāwīṭī, dans la dépression d’el-Baḥrīya, ce qui souligne la sensibilité patrimoniale et sécuritaire du site.

34. La vallée d’ed-Dachla (Désert occidental)
La vallée d’ed-Dachla, également appelée El-Dachla ou El-Dakhla, constitue l’un des ensembles oasiens majeurs du désert occidental égyptien, au cœur du gouvernorat de la nouvelle Vallée. Associée dès l’Antiquité à la dépression d’el-Kharga sous le nom de « Grande Oasis », elle se distingue par la diversité de ses paysages et par la superposition de vestiges préhistoriques, antiques et médiévaux.
La ville de Mūṭ, centre administratif et principal point d’ancrage de la dépression, joue un rôle structurant grâce à sa position centrale et à ses infrastructures d’accueil. S’y découvrent notamment le musée ethnographique, la vieille ville de Mūṭ et le site archéologique de Mūṭ el-Charāb, qui témoignent de la continuité de l’occupation humaine dans l’oasis.
La partie occidentale de la vallée concentre la zone habitée la plus importante et plusieurs sites emblématiques. Le village de Qaṣr ed-Dāchla abrite l’une des vieilles villes fortifiées médiévales les mieux conservées de la région, véritable labyrinthe de ruelles en briques crues. À proximité, les tombes de Qārat el-Muzawwaqa, datant de l’époque gréco-romaine, se distinguent par leurs décors peints encore visibles, tandis que le temple de Deir el-Hagar, dédié à la triade thébaine Amon-Rê, Mout et Khonsou, constitue le complexe pharaonique le mieux préservé de la vallée. Plus au nord, le Naqb el-Qaṣr marque un passage stratégique vers la dépression d’el-Farāfra, soulignant l’importance des anciennes routes caravanières.
Au nord de Mūṭ, le long de l’axe menant à El-Farāfra, se succèdent villages, sources et paysages désertiques. Le secteur de Mūṭ Talata est connu pour sa source chaude aménagée, tandis que le lac artificiel de Mūṭ rappelle les tentatives modernes de développement agricole. Les villages d’ed-Duhūs et de Budchulū conservent des traces médiévales, notamment une vieille mosquée et un cimetière ottoman. Plus loin, la source de Biʾr el-Gebel et le plateau du Gebel Edmonstone offrent une lecture géographique de la dépression, entre oasis cultivées et reliefs tabulaires dominant le désert.
À l’ouest d’Ed-Duhūs, un réseau de pistes relie des villages anciens et des sites archéologiques dispersés. Les sources de Biʾr el-Qalamūn et de la source magique ponctuent cet itinéraire, tandis que les villages d’el-Qalamūn, d’el-Gadīda et d’el-Mūschīya illustrent l’évolution de l’habitat oasien du XVIIIe siècle à l’époque contemporaine. Le site romain d’Amḥeida, avec la villa de Serenus, et le tombeau du cheikh eḍ-Ḍahāwī enrichissent ce secteur d’un patrimoine encore partiellement accessible, révélant l’importance administrative et religieuse de la vallée à l’époque romaine.
La partie orientale de la dépression, autour de Balāṭ et de Tinéida, complète cet ensemble par des sites parmi les plus anciens de l’oasis. Le cimetière de Qilāʿ eḍ-Ḍabba, avec ses mastabas de la VIe dynastie, et le site administratif d’Ain Aṣīl rappellent le rôle politique majeur de la vallée à l’Ancien Empire. Les tombeaux romains d’el-Bashandī, les gravures rupestres de Ḥalfat el-Biʾr et le complexe de temples d’ʿAin Birbīya témoignent de la longue fréquentation humaine de ces marges désertiques.
35. La dépression d’el-Kharga (Désert occidental)
La dépression égyptienne d’el-Kharga constitue l’ensemble oasien le plus vaste, le plus peuplé et le plus oriental du désert occidental. Connue en arabe sous le nom d’al-Wāḥāt al-Chāriǧa, « les oasis extérieures », elle occupe une position stratégique entre la vallée du Nil et les profondeurs sahariennes. Longue d’environ deux cents kilomètres, elle se situe à seulement deux cents kilomètres à l’ouest de Louxor, ce qui en fait l’oasis la plus facilement accessible depuis la Haute-Égypte. Son relief associe plaines désertiques, zones cultivées et plateaux calcaires, offrant un contraste marqué entre l’aridité du désert et la verdure des palmeraies.
La ville d’el-Chārga, capitale du gouvernorat de la Nouvelle Vallée, constitue le cœur administratif, économique et logistique de la dépression. Elle concentre la majorité des infrastructures modernes, des établissements hôteliers et des services, tout en servant de point de départ pour l’exploration des sites archéologiques et naturels environnants. Plus au sud, la ville de Barārīs joue un rôle secondaire mais conserve une importance locale, notamment pour l’agriculture et les échanges régionaux.
Au nord du col de Chārga, les paysages désertiques s’ouvrent sur des zones naturelles singulières. Le Wādī el-Baṭṭīch, également appelé champ de melons, se distingue par la présence de milliers de géodes disséminées dans le sable, créant un paysage minéral spectaculaire. Ce secteur marque la transition entre la dépression et les voies anciennes reliant el-Kharga aux régions septentrionales du désert occidental, notamment par le col de Chārga ou col de Ramlīya, passage traditionnel des caravanes.
Au nord de la ville d’el-Chārga, une série de villages et de sites antiques s’égrènent le long de l’axe menant vers Assiout. Le Qaṣr el-Gibb, à l’extrême nord de la dépression, correspond aux vestiges d’une forteresse romaine qui contrôlait l’accès à l’oasis. Plus au sud, Es Sumeira conserve les traces d’une colonie romaine avec forteresse et nécropoles, tandis que ʿIzbat Muḥammad Mustafā illustre une implantation plus récente, située à l’est de la route principale.
Cette concentration de sites se poursuit avec Qaṣr el-Labacha, remarquable par sa forteresse, son aqueduc encore fonctionnel et ses temples, et ʿAin Umm ed-Dabādīb, qui associe fortification, aqueduc et tombes rupestres. Le village d’Izbat Muḥammad Ṭuleib, accompagné des vestiges d’une forteresse romaine, témoigne de l’organisation défensive de la dépression à l’époque impériale. À l’est, El-Munīra et Deir el-Munīra se distinguent par une grande forteresse et un établissement religieux.
Les reliefs qui bordent cette zone recèlent également un patrimoine rupestre ancien. Le Gebel eṭ-Ṭeir abrite des gravures rupestres et la grotte dite de Maria, illustrant une fréquentation humaine bien antérieure à l’époque romaine. Non loin, ʿAin et-Tarākwa signale l’emplacement d’un temple romain en grès aujourd’hui enfoui, tandis que Qaṣr eḍ-Ḍabāschīya conserve un ensemble comprenant columbarium et temple, renforçant l’image d’une oasis fortement structurée à l’Antiquité.
Immédiatement au nord de la ville d’el-Chārga se concentrent les sites les plus emblématiques de la dépression. Le temple Hibis, décoré à l’époque perse, constitue l’un des monuments religieux majeurs du désert occidental. À proximité, le village et le temple en-Nāḍūra complètent cet ensemble sacré. Juste au nord, la Gabbānat el-Bagawāt représente le cimetière paléochrétien le plus important de la région, avec ses chapelles funéraires richement décorées.
Autour de ce noyau chrétien se déploient d’autres établissements religieux et funéraires. ʿAin el-Charāb correspond à un site romano-chrétien avec tombes rupestres, tandis qu‘Ain Muṣṭafā Kāschif et Deir el-Bagawāt rappellent l’implantation monastique dense autour de l’oasis. Plus au nord, ʿAin Saʿaf, avec sa chapelle chrétienne, s’accompagne de structures isolées telles que Ṭāḥūnat Hawāʾ et le château d’El-Hammam, vestiges d’une occupation durable dans un environnement désertique.
À l’ouest de la ville d’el-Chārga, l’oasis s’ouvre sur des sites plus dispersés mais tout aussi significatifs. ʿAin el-Bileida associe un village, un hameau et des temples d’époque romaine, tandis qu‘Ain Chanāfis correspond à une ancienne colonie romaine dotée d’un temple en grès aujourd’hui enfoui.
Au sud de la ville d’el-Chārga, la dépression révèle une continuité remarquable de sites religieux, funéraires et antiques qui prolongent l’occupation humaine bien au-delà du centre urbain. Le monastère ʿAin Muṣṭafā Kāschif et le cimetière d’El-Bagawāt constituent des repères majeurs de la présence chrétienne ancienne, tandis que le côté nord-est du temple de Ghuweita marque la transition entre les espaces sacrés et les zones rurales.
À quelques kilomètres seulement au sud d’el-Chārga, le Qaṣr el-Baramunī correspond à une ancienne colonie romaine dotée d’une forteresse, implantée à l’ouest de la route principale. Ce site stratégique contrôlait les déplacements le long de l’axe nord-sud de la dépression. Non loin de là, la gare d’El-Chārga, inaugurée en 1996 mais aujourd’hui inutilisée, rappelle les tentatives modernes de désenclavement ferroviaire de la nouvelle vallée, soulignant le lien constant entre infrastructures contemporaines et tracés anciens.
Plus au sud-sud-ouest, le Qaṣr en-Nasīma se distingue par la diversité de ses vestiges, associant forteresse, pigeonnier et église. Ce site témoigne d’une occupation prolongée entre époque romaine et période chrétienne, dans un paysage marqué par l’agriculture oasienne. En poursuivant vers le sud, le nouveau village de Būr Saʿīd apparaît comme un projet de peuplement moderne, tandis que Būr Saʿīd el-Qadīma, aujourd’hui partiellement enseveli par le sable, conserve une oasis abandonnée et une ancienne station de pompage, révélant les défis environnementaux de la région.
À environ quinze kilomètres au sud d’el-Chārga, le village de Gināḥ constitue un autre point d’ancrage humain, à proximité duquel se trouvent les vestiges de la colonie romaine d’Ain eḏ-Ḏiʾb, accessible uniquement en véhicule tout-terrain. Ce site isolé, avec ses ruines en briques de terre crue et son cimetière, offre un témoignage direct de la vie quotidienne dans les marges désertiques de l’Empire romain.
Plus au sud encore, le Qaṣr el-Ghuweiṭa abrite un temple dédié à la triade thébaine, situé à l’écart de la route principale. À proximité, le site archéologique d’Ain ʿAskar complète cet ensemble cultuel, tandis que le Qaṣr ez-Zaiyān, consacré à Amenibis, l’Amon de Hibis, illustre la diffusion des cultes thébains dans la dépression. Ces temples, isolés dans le désert, traduisent l’importance religieuse de l’oasis à l’époque pharaonique tardive et gréco-romaine.
Les villages d’Izbat Nāṣir et de Būlāq, implantés le long de la route principale, marquent une nouvelle étape vers le sud. À proximité de Būlāq, le tombeau du prince Khalid, édifié en mémoire d’un pèlerin mort en route vers La Mecque, et le tombeau du cheikh Qamr ad-Daula rappellent la sacralisation islamique de l’espace oasien.
Plus au sud, les villages modernes d’el-Kuweit, Palestine et d’autres encore portent les noms de villes et de pays du monde arabe, soulignant un phénomène toponymique singulier propre à la dépression. Cette concentration de noms prestigieux dans un espace restreint donne lieu à des rapprochements géographiques surprenants.
Au nord de Baris, les villages d’el-Gāgā et d‘Ain Shams ed-Dīn s’accompagnent d’une église et d’un cimetière, illustrant une implantation chrétienne tardive dans la partie méridionale de la dépression. Non loin, le site de Ṭafnīs et le Gebel Ṭafnīs conservent des ermitages chrétiens ornés de graffitis, accessibles uniquement avec un véhicule tout-terrain et sous contrôle archéologique, témoignant de formes de vie ascétique dans des zones reculées.
À l’ouest de la route principale, le village de Hassan Fathy, ancien New Baris conçu par l’architecte égyptien du même nom, constitue un exemple unique d’architecture vernaculaire moderne en briques de terre crue. Plus au sud, les anciens postes de douane d’el-Maks el-Baḥrī et d’el-Maks el-Qiblī, aujourd’hui villages à part entière, rappellent le rôle administratif et fiscal de la région. À proximité, ʿAin el-Waqfa représente l’établissement chrétien romano-byzantin le plus méridional connu, tandis qu’El-Qaṣr marque l’extrémité sud de la dépression avec ses ruines romaines.
Enfin, les chaînes de montagnes qui entourent la dépression structurent son paysage naturel. Le Gebel el-ʿAgūz, le Gebel el-Ghanāyim, le Gebel Ghanīma, le Gebel eṭ-Ṭeir, le Tarif Gebel, le Gebel esch-Cheikh, le Qurn Gināḥ et le Gebel el-Qurn forment un cadre minéral imposant, complété par les confins orientaux du plateau d’Abu Tartur. Ces reliefs soulignent l’isolement relatif de l’oasis tout en mettant en valeur la richesse historique et géographique exceptionnelle de la dépression d’el-Kharga.

36. El-Kharga (Désert occidental)
La ville d’el-Kharga est la plus grande agglomération de la vallée de Kharja et la capitale du gouvernorat de la Nouvelle Vallée. Située à 223 kilomètres au sud-ouest d’Assiout, elle constitue le principal centre administratif et urbain reliant les oasis d’el-Kharga, d’ed-Dakhla et d’el-Farāfra. Sa population et ses infrastructures en font un point de départ essentiel pour l’exploration des régions désertiques environnantes.
L’axe urbain majeur est la rue Gamal ‘Abd el-Nasser, bordée de commerces, de mosquées et de bâtiments administratifs. Au sud de la place Bassatin se trouve le Sūq, tandis que plusieurs édifices religieux jalonnent la rue, dont la mosquée sur Shari‘ Gamal ‘Abd el-Nasser et la Grande Mosquée. L’organisation de la ville reflète une superposition entre quartiers modernes et vestiges anciens.
Les principaux monuments islamiques sont concentrés dans la vieille ville d’el-Chārga, également connue sous le nom de Darb es-Sindadiya. Ce quartier historique, situé au sud-est de la ville, correspond à l’ancien vieux Marché (as-Sūq al-qadīm). Il subsiste aujourd’hui quelques ruelles étroites bordées de maisons en briques de terre crue en ruine, recouvertes d’un enduit d’argile, avec des linteaux renforcés par des troncs de palmiers.
À proximité se dresse le minaret el-Maheibis, datant de la période ayyoubide, situé près du Mīdān Chalīfa el-Bank. Non loin se trouvent plusieurs sanctuaires, dont le tombeau du cheikh ‘Abd Allah, le tombeau du cheikh Sabih et le tombeau du cheikh Saïyid, illustrant l’importance du culte des saints dans la vie religieuse locale.
Parmi les monuments modernes figure le tombeau du Soldat inconnu, mémorial dédié à la guerre d’Octobre 1973. Ce monument associe une colonne en marbre noir et des plaques commémoratives portant les noms des soldats d’el-Kharga tombés au combat, accompagnées d’une inscription coranique.
La ville abrite le musée archéologique d’el-Chārga (musée de la Nouvelle Vallée, musée des Antiquités de Kharga), fondé en 1976 et situé au nord de la ville. Les collections couvrent les périodes pharaonique, gréco-romaine, copte et islamique, avec des pièces majeures provenant de Balat, de Qaṣr ez-Zaiyān, de Kellis, d’Ismant el-Charāb et de Gabbanat el-Bagawat.
Le centre régional de recherche complète l’offre culturelle avec des expositions scientifiques, des objets artisanaux et des maquettes pédagogiques. Il dispose également d’un amphithéâtre et d’une bibliothèque, contribuant à la diffusion du savoir régional.
Les lieux de culte contemporains comprennent la mosquée Gamal Abdel Nasser, la grande mosquée située près de Mīdān esh-Sha‘ala, et l’église de la Sainte Vierge, dont l’intérieur est décoré d’icônes et d’une iconostase en pierre.
L’espace urbain est structuré par plusieurs places majeures, dont Midan Gamal ‘Abd el-Nasser, Midan Bank Misr, Midan es-Saha, Midan ‘Abd el-Moneim Riyad, Midan el-Bassatin et Midan esh-Sha‘ala, chacune jouant un rôle central dans la circulation et la vie quotidienne.
Enfin, el-Kharga se distingue par ses espaces verts, comme le jardin El-Bustan et le jardin de la Paix, ses infrastructures sportives, ses clubs, le palais de la Culture, ainsi que par ses lieux d’achats, notamment le centre d’artisanat de Kharga, la nouvelle usine, le vieux marché, le El-Bassatin Sūq et le marché hebdomadaire, qui témoignent du dynamisme économique et artisanal de la ville.

37. L’oasis el-Faiyum (Désert occidental)
À environ quatre-vingt-dix kilomètres au sud-ouest du Caire, l’oasis el-Faiyum s’étend à la lisière orientale du désert occidental, formant une vaste dépression située entre vingt et quarante mètres sous le niveau de la mer. Bordée par les gouvernorats de Gīza et de Beni Suef, elle constitue aujourd’hui une entité administrative majeure, dont le chef-lieu est Madīnat el-Faiyūm. Longtemps façonnée par l’ingénierie hydraulique, cette oasis est l’une des régions les plus fertiles et les plus densément peuplées d’Égypte.
Le Fayoum se distingue par la diversité de ses paysages, où se côtoient terres agricoles, étendues désertiques et zones humides. Le Bahr Yusuf, ou canal de Joseph, alimente depuis le Moyen Empire le lac Qārūn, le plus grand lac intérieur d’Égypte. Ce système hydraulique ancestral a permis la mise en valeur agricole de l’oasis, transformant d’anciens marécages en terres cultivables, et jouant un rôle fondamental dans l’histoire économique de la région.
Le centre urbain de Madīnat el-Faiyūm concentre les fonctions administratives et culturelles de l’oasis. À proximité, le quartier de Kīmān Fāris abrite les vestiges de l’ancienne cité d’Arsinoë, également connue sous le nom de Krokodilopolis, célèbre dans l’Antiquité pour le culte du dieu Sobek. Les sites archéologiques environnants, tels que Kom Auschim, Kim Faris ou Kōm Darb Girza, témoignent de la densité de l’occupation humaine à l’époque gréco-romaine.
Autour du lac Qārūn, de nombreux sites archéologiques se succèdent. Au nord, Dīmai et Qaṣr eṣ-Ṣāgha rappellent la présence de temples et de cités antiques, tandis que Widān el-Faras et Gebel Qaṭrānī évoquent l’exploitation des ressources naturelles, notamment le basalte.
Au sud du lac, les vestiges pharaoniques sont particulièrement remarquables. Hawāra, avec la pyramide d’Amenemhat III et les restes du légendaire labyrinthe, côtoie Biyahmū et son sanctuaire dédié au même souverain. Les sites de Madīnat Māḍī, Qaṣr Qārūn et Umm el-Bureigāt illustrent la richesse religieuse et architecturale de l’époque ptolémaïque et romaine.
L’oasis el-Faiyum n’est pas seulement un musée à ciel ouvert, elle est aussi un espace de vie et de création. Le village de Tunis, sur la rive sud du lac Qārūn, est devenu un centre artistique renommé, notamment pour sa production de céramique et son musée de la caricature. À En-Nazla, les artisans perpétuent également des savoir-faire traditionnels.
Enfin, le Fayoum se distingue par sa biodiversité et ses espaces naturels protégés. Wādī er-Raiyān et la vallée des Baleines, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, offrent des paysages spectaculaires et une faune remarquable.

38. Le Wadi er-Raiyan (Désert occidental)
Situé au sud-ouest de l’oasis el-Faiyum, le Wadi er-Raiyan est une vaste dépression du désert occidental égyptien, transformée en profondeur par la création de deux lacs artificiels à partir de 1973. Cette région, classée réserve naturelle en 1989, se trouve à environ quarante kilomètres de la ville du Fayoum et à cent cinquante kilomètres du Caire, offrant un contraste saisissant avec les zones urbanisées du Nil.
Le paysage du Wadi er-Raiyan est marqué par une alternance de massifs calcaires, de plateaux rocheux, de dunes de sable et d’étendues lacustres. La dépression atteint jusqu’à soixante mètres sous le niveau de la mer, formant un vaste bassin naturel. Avant l’arrivée des eaux du Nil, seules quelques sources sulfureuses alimentaient sporadiquement la région, conférant au site un caractère aride et isolé.
La création des lacs, dont le lac el-Faiyūm, a profondément modifié la faune et la flore locales. Aujourd’hui, ces étendues d’eau attirent de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs, faisant du Wadi er-Raiyan un lieu privilégié pour l’observation ornithologique. Des observatoires en roseaux ont été aménagés le long des rives, permettant une immersion discrète dans cet environnement naturel.
L’un des sites les plus emblématiques de la réserve est la petite cascade reliant les deux lacs, un phénomène rare en Égypte. À proximité, le centre d’accueil des visiteurs propose des infrastructures de base, telles qu’un parking, une zone de baignade et des espaces de camping. Le site est particulièrement fréquenté par les habitants du Caire lors des week-ends, attirés par la fraîcheur relative et les paysages ouverts.
Autour des lacs se dressent plusieurs formations géologiques remarquables. Gebel el-Mudawwara, la « montagne ronde », se distingue par sa silhouette isolée, tandis que Gebel el-Mungar et el-Gebel el-Muschgiga, la « montagne fendue », offrent des panoramas spectaculaires sur la dépression.
À l’écart des zones touristiques se trouve une zone de sources sulfureuses, dont El-ʿAin el-Baḥrīya, El-ʿAin el-Wasṭānīya, El-ʿAin el-Qiblīya et El-ʿAin esh-Sharqīya. Bien que partiellement asséchées aujourd’hui, ces sources ont favorisé le développement d’une végétation spécifique, composée de tamaris, de palmiers dattiers et d’arbustes désertiques.
39. La vallée des Baleines (Désert occidental)
Située à l’ouest de l’oasis d’el-Faiyum et à l’ouest du Wadi er-Raiyan, la vallée des Baleines, connue en arabe sous le nom de Wadi al-Hitan, occupe une place exceptionnelle dans le patrimoine naturel mondial. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2005, cette zone désertique révèle un paysage aujourd’hui aride, mais qui fut autrefois une vaste baie marine. Le site est également désigné sous le nom de Wadi Zeuglodon, en référence aux fossiles spectaculaires qui y ont été découverts.
| L’accès au site s’effectue généralement depuis El-Faiyūm en direction de Wadi er-Raiyan. Une route asphaltée longe la rive ouest du lac sud jusqu’à un embranchement précis, puis une piste de près de vingt kilomètres mène vers l’entrée de la vallée. Cette dernière portion nécessite un véhicule adapté, en raison du terrain sablonneux et isolé. Des permis et des frais d’entrée sont requis, et la mobilité à l’intérieur du site est réglementée afin de préserver les fossiles. |
Le paysage actuel se compose de collines sableuses, de formations calcaires érodées et de vastes étendues désertiques ponctuées de fossiles apparents. Sur une superficie relativement réduite d’environ huit kilomètres carrés, plus de deux cent quarante squelettes de Basilosaurus, parfois appelés Zeuglodon, ont été mis au jour. Ces fossiles, souvent visibles à la surface, sont remarquablement conservés et permettent d’observer la structure complète de ces anciens cétacés.
Aux côtés du Basilosaurus, des restes squelettiques de Dorudon ont également été découverts. Ces espèces illustrent différentes étapes de l’évolution des baleines, notamment la transformation des membres antérieurs en nageoires et la réduction progressive des membres postérieurs. Le site comprend aussi des fossiles de tortues marines, de poissons, ainsi que des mangroves pétrifiées, témoins d’un ancien écosystème côtier aujourd’hui disparu.

40. El-Bāwīṭī (Désert occidental)
Située au cœur du désert occidental égyptien, El-Bāwīṭī est le centre administratif de la zone oasienne d’el-Bahrīya, dans le gouvernorat d’el-Gīza. La ville est aujourd’hui connue pour sa proximité avec la célèbre « vallée des momies d’or », dont l’importance réelle a souvent été amplifiée, mais qui s’inscrit dans une longue tradition funéraire partagée avec des sites comme Siwa ou le Fayoum.
La ville actuelle résulte de la fusion progressive de deux villages distincts : El-Qaṣr et El-Bāwīṭī. Au début du XIXe siècle, le voyageur français Frédéric Cailliaud constatait encore une séparation nette entre les deux agglomérations, distantes d’environ trois cent cinquante mètres. Quelques décennies plus tard, lors de la visite du botaniste Paul Ascherson, cette frontière avait disparu, marquant l’unification urbaine du site.
Les deux villages sont bordés au nord par une vaste palmeraie d’environ cinq cent cinquante hectares, installée dans une dépression fertile. Cette oasis agricole est structurée autour de cultures variées, comprenant des palmiers dattiers, des abricotiers, des citronniers, des orangers, des manguiers et des oliviers, ainsi que des céréales telles que le blé, le millet et l’orge. Ce paysage verdoyant contraste fortement avec les plateaux arides environnants.
El-Qaṣr, la plus ancienne des deux entités, est attestée dès la Basse Époque égyptienne, notamment sous la XXVIe dynastie. À l’époque gréco-romaine, elle constituait le principal centre urbain de la dépression. Bien que peu de vestiges subsistent aujourd’hui, l’arc de triomphe romain et les mentions d’un temple de Bès rappellent son importance passée. La population du village a connu de fortes variations au fil des siècles, reflétant les conditions économiques et environnementales.
El-Bāwīṭī, probablement fondée à l’époque islamique, doit son nom à un cheikh originaire de Moyenne-Égypte. La ville s’est développée sur les traces d’occupations plus anciennes, comme en témoignent les nombreux sites archéologiques alentour. Elle disposait de nombreux puits, anciens et récents, permettant l’irrigation de vastes surfaces agricoles et assurant la survie de la population dans cet environnement isolé.
Le sentier des antiquités d’el-Bāwīṭī relie plusieurs sites majeurs, accessibles grâce à un billet unique valable une journée. Parmi eux figurent Qārat Qaṣr Salīm, avec ses tombeaux décorés de scènes mythologiques, ʿAin el-Muftillā et ses chapelles dédiées au roi Amasis, ainsi que le temple d’Alexandre le Grand, unique sanctuaire construit par le souverain en Égypte.
41. Siwa (Désert occidental)
Siwa est la principale ville de la dépression de Siwa, située dans l’ouest de l’Égypte. Elle concentre la grande majorité de la population de la vallée, qui comptait environ 13 000 habitants en 2006. Les villages environnants, beaucoup plus petits, ne regroupent qu’environ un millier de personnes. La ville est établie à l’est, au pied de l’ancienne cité de Shali, aujourd’hui en grande partie inhabitée, qui conserve toutefois l’essentiel de son patrimoine architectural en briques de terre crue.
Le centre de Siwa s’articule autour du marché de Midan es-Souq, situé à l’est du mont Shali. Au nord de cette place se trouvent les principales infrastructures publiques : commissariat de police, gare routière, banque et hôpital. Les restaurants et hôtels sont également concentrés au nord et à l’est du marché, tandis que les installations militaires et sportives se situent au sud de la ville. La circulation est facilitée par des lampadaires verts modernes, permettant aux visiteurs de rejoindre facilement les quartiers d’Aghurmi et d’ed-Dakrūr.
Les rues principales de la ville mènent à des sites emblématiques. La rue Aghurmi part du nord-est du marché vers l’est, conduisant à Aghurmi et à l’hôtel Siwa Paradise. La rue Tortar part du sud-est du marché vers Ed-Dakrūr, tandis que la rue Sebūkha relie les deux axes. La rue Anwar el-Sadat, à l’ouest du marché, permet d’atteindre la partie sud de la ville et des sites comme la mosquée Er-Raml. La route principale venant de Marsa Matrouh arrive à proximité du commissariat, de la banque et de l’office de tourisme.
Parmi les édifices religieux, la ville compte plusieurs mosquées majeures. La mosquée du roi Farouk (Ǧāmiʿ Malik Fārūq) se situe au nord du marché. Elle se distingue par son toit plat soutenu par des piliers rectangulaires et un dôme central lumineux. À l’est se trouve le tombeau de Sidi Suleiman (Maqam Sidi Sulaiman), un personnage légendaire connu pour ses miracles et célébré chaque année par le mulid. Les mosquées Ed Dirra (Masjid ad-Dirra) et Gamal al-Machlun (Masjid Ǧamal al-Machlūn), ainsi que la mosquée Er-Raml, complètent le panorama religieux de Siwa, offrant des lieux de prière actifs et des repères historiques pour les visiteurs.
La culture et l’histoire locale sont mises en valeur au musée Maison Siwa (Bait Sīwī), fondé en 1991 et soutenu par l’ambassade d’Italie. Le musée, réparti sur deux étages, présente des objets artisanaux, paniers en osier, outils agricoles, vêtements, bijoux en argent, coffres et instruments de musique. La salle du poêle et la salle d’hiver illustrent les modes de vie traditionnels. Les expositions incluent également des robes de mariée et des tapis ronds.
À proximité, le centre culturel de Siwa (Bait al-Thakāfa Siwa) propose un théâtre et des activités culturelles pour la population locale et les touristes. Le site de Shali, ancienne forteresse en briques de terre crue, constitue le cœur historique de la ville. Shali, avec ses maisons et ruelles étroites, témoigne de l’architecture traditionnelle et de la vie quotidienne des Siwans. À proximité se trouvent Gebel el-Mautā, Aghurmi, Umm ʿUbeida et la source solaire, des sites anciens qui témoignent de l’occupation continue depuis l’époque gréco-romaine et de l’importance religieuse de la région.
Siwa est également célèbre pour ses sources naturelles et son lac. L’île de Fatnas (Ǧazīrat Faṭnās), anciennement située dans le lac Siwa, est désormais accessible par une route asphaltée depuis la ville. La source Fatnas (ʿAin Faṭnās), profonde de sept mètres, dégage des gaz sulfureux et possède une eau à 22 °C. Les rives du lac Siwa, avec palmeraies et paysages désertiques, offrent des panoramas exceptionnels pour les visiteurs, notamment au coucher du soleil. La cafétéria Fatnas accueille les touristes avec boissons locales, narguilé et milkshakes aux dattes.
Les palmeraies à l’est de Siwa offrent un cadre agréable pour des promenades et constituent la base de l’agriculture locale. Chaque année, le festival Siyaha, d’une durée de trois jours, se tient à ed-Dakrūr après les récoltes. Cet événement attire des habitants et des visiteurs de la région, mettant en valeur les traditions agricoles et festives de la vallée. Le festival offre également un aperçu de la culture siwienne et de son patrimoine vivant.
Pour les activités sportives, le complexe olympique au sud de la ville comprend un stade de 20 000 places et diverses installations annexes. Il est situé à proximité de l’hôtel Siwa Oasis, facilitant l’accès pour les visiteurs. La ville propose également des excursions, promenades et baignades dans les sources et le lac, permettant aux touristes de combiner détente et découverte culturelle.
Le commerce reste central dans la vie de Siwa. Le Mīdān es-Sūq accueille de nombreuses boutiques de dattes, olives, confiseries et légumes. Un supermarché et une librairie complètent l’offre commerciale. Des bazars et boutiques de souvenirs, notamment autour de la forteresse de Shali et du pavillon Albabenshal, proposent des produits artisanaux, parfums, textiles, bijoux et objets traditionnels.
Les bâtiments modernes et administratifs de la ville méritent également l’attention. La banque du Caire, au nord de la ville, a été construite dans un style traditionnel avec enduit d’argile recouvrant le béton. La maison d’hôtes présidentielle, construite en 1928 sous le roi Fouad Ier sur le site du Qasr Hassuna, est réservée aux hôtes d’État. Le Qasr Hassuna, lié à la Confrérie Sanūsī fondée par Muḥammad ibn ʿAlī es-Sanūsī en 1837, a joué un rôle majeur dans la vie religieuse et politique de la région et dans la résistance aux colonisateurs italiens et britanniques.

42. Mūṭ (Désert occidental)
Mūṭ est le centre administratif et aujourd’hui la ville la plus peuplée de la dépression d’ed-Dāchla. Le site est habité sans interruption depuis l’Antiquité et constitue probablement le plus ancien établissement permanent de l’oasis. Cette continuité d’occupation explique la richesse de son patrimoine architectural, religieux et archéologique, réparti entre le centre moderne, les quartiers anciens et les sites périphériques. La ville joue également un rôle central dans la vie culturelle et économique de la vallée.
Le principal site culturel de la ville est le musée ethnographique. Il s’agit de l’un des rares musées de ce type en Égypte et d’un complément essentiel à la visite du Qaṣr ed-Dāchla. Situé à l’est de la ville, à l’est du Dakhla Club, il est accessible depuis Mīdān el-Asʿāf en marchant vers l’est, en passant devant l’hôtel Anwar au nord. Bien que le musée ne soit pas ouvert en permanence, son directeur peut être contacté afin d’ouvrir le site aux visiteurs.
De l’extérieur, le musée ethnographique se présente comme un bâtiment discret en béton, sans ornement particulier. L’intérieur révèle cependant une reconstitution fidèle d’une maison traditionnelle de l’oasis. Dès l’entrée, la visite commence par la porte équipée d’une serrure traditionnelle renforcée par un cadenas moderne. Le parcours mène ensuite à un petit vestibule, puis au Salamlik, espace de réception et de séjour réservé aux hommes.
À droite de la maison se trouve le Haramlik, espace dédié aux femmes et aux enfants. Le Salamlik abrite des maquettes de roue à eau et de moulin, illustrant les systèmes hydrauliques traditionnels. Dans les niches latérales et frontales, des groupes de figurines en argile réalisées par l’artiste Mabruk d’el-Kharga représentent des scènes de la vie quotidienne, dont une audience au tribunal figurant sur la façade intérieure.
À proximité du centre moderne se trouvent les ruines de la vieille ville de Mūṭ. Aujourd’hui en grande partie abandonné, ce quartier est constitué de maisons en briques de terre crue s’élevant sur plusieurs étages, bordant des ruelles étroites aux ouvertures réduites. Autrefois, l’ensemble était protégé par une muraille défensive. Le tombeau d’un cheikh se situe à l’ouest du quartier, tandis que l’ancienne mosquée se trouvait au nord.
Au sud-ouest de la ville se trouve le village touristique de Mut, conçu par l’architecte Hassan Fathy, célèbre pour son architecture en terre crue. Le projet n’a jamais été achevé et le site est aujourd’hui abandonné, mais il demeure un témoignage important des tentatives d’architecture vernaculaire moderne adaptées au climat désertique.
À l’ouest de la vieille ville, près de la gare routière, se dresse la grande Mosquée al-Masǧid al-Kabīr, reconnaissable à son minaret et à son dôme central. Depuis cette mosquée, en se dirigeant vers le sud-ouest en direction de l’aéroport de Dakhla, le visiteur atteint après environ 500 mètres les ruines de Mūṭ el-Charāb.
Le site de Mūṭ el-Charāb correspond à l’ancien temple de Mūṭ, autrefois le plus grand complexe religieux de la vallée. L’enceinte en briques crues, vestige le plus impressionnant, mesure environ 240 sur 180 mètres. Le temple, dédié à Seth et à Amon-Rê, fut construit aux XVIIIe et XIXe dynasties et resta en usage jusqu’à l’époque gréco-romaine. Malgré les pillages et les destructions, le site conserve une importance historique majeure, en lien avec d’autres temples dédiés à Seth à ʿAin Birbīya, Deir el-Ḥagar et Ismant el-Charāb.
À proximité se trouvent le site romain de Biʾr esh-Schaghāla, accessible depuis Mīdān el-Asʿāf, ainsi que la maison d’hôtes construite sous le règne de Faroeq Ier, aujourd’hui réservée aux invités officiels. La ville dispose également d’un marché aux fruits et légumes, d’un centre culturel et cinéma, et constitue un point de départ majeur pour les safaris, qu’ils soient à dos de chameau ou en jeep, vers el-Farāfra, el-Baḥarīya, Siwa, el-Chārga, Abū Ballāṣ ou la Grande Mer de Sable.
43. Le Bir Tawil (Haute Égypte)
Le Bir Tawil ou Bi’r Tawīl en arabe égyptien, expression signifiant « puits long » ou « puits profond » constitue l’une des curiosités géopolitiques les plus singulières du monde contemporain. Située à la frontière entre l’Égypte et le Soudan, cette petite région désertique ne fait l’objet d’aucune revendication officielle de la part des deux États voisins. Cette absence de souveraineté reconnue en fait l’un des très rares territoires terrestres considérés comme terra nullius. Le paradoxe découle du différend frontalier portant sur le triangle de Hala’ib : pour affirmer leurs droits sur cette zone stratégique, Le Caire et Khartoum renoncent implicitement au Bir Tawil. Ainsi, ce morceau de désert, dépourvu d’enjeu politique majeur, demeure hors du cadre étatique traditionnel.
Sur le plan géographique, le Bir Tawil se trouve à environ 250 kilomètres au sud-est d’Assouan et prend la forme approximative d’un quadrilatère irrégulier. Il s’étend sur près de 95 kilomètres d’est en ouest dans sa partie nord et sur environ 45 kilomètres au sud, pour une largeur variant de 25 à 31 kilomètres. Sa superficie atteint environ 2 060 km², ce qui correspond à un territoire modeste mais loin d’être insignifiant. La limite septentrionale suit exactement le 22e parallèle nord, ancienne ligne coloniale tracée à la fin du XIXe siècle. Le paysage est typiquement saharien, dominé par des plateaux pierreux et des reliefs isolés.
Le territoire tire son nom d’un puits central qui servait autrefois de point d’eau pour les caravanes. Parmi les repères naturels figurent le Jabal Tawil, montagne de 459 mètres située au nord, et le Jabal Ḩajar az Zarqā’, culminant à 662 mètres à l’est. Au sud serpente le Wadi Tawil, vallée sèche ne s’animant qu’après de rares pluies. Aucun village permanent n’y est établi ; la zone est seulement fréquentée de manière saisonnière par les tribus nomades Ababdehs et Bisharin, qui y conduisent leurs troupeaux de dromadaires et de chèvres. Cette occupation épisodique renforce le caractère presque vide de l’espace.
Malgré son isolement, le Bir Tawil suscite un intérêt économique lié à la présence supposée de gisements d’or. L’absence d’autorité étatique claire a attiré diverses sociétés d’exploration minière qui opèrent sans cadre juridique précis. Des forages ont été réalisés sans contrôle environnemental, provoquant des inquiétudes quant à la dégradation des sols et des nappes phréatiques. Cette situation illustre les limites concrètes d’un territoire sans gouvernance, où aucune réglementation ne peut être véritablement imposée.
L’origine de cette anomalie remonte à l’époque du Soudan anglo-égyptien. En 1899, les autorités britanniques fixèrent la frontière le long du 22e parallèle, créant une ligne droite de 1 240 kilomètres entre la Libye et la mer Rouge. En 1902, une rectification administrative attribua le triangle de Hala’ib au Soudan, car les tribus Bedja y étaient rattachées, tandis que le Bir Tawil fut placé sous gestion égyptienne pour les besoins des Ababdehs d’Assouan. Après les indépendances, chaque état privilégia une version différente du tracé, rendant le Bir Tawil indésirable pour tous. De cette superposition de décisions coloniales est née une enclave sans maître, témoin silencieux des hésitations de l’histoire.

44. La vallée des Reines (Haute Égypte)
La vallée des Reines est un site funéraire du Nouvel Empire destiné aux reines, princes, princesses et hauts dignitaires. Connue dans l’Antiquité sous le nom de Ta-Set-Neferou, elle signifie à la fois « le lieu de la beauté » et « le lieu des enfants royaux ». Les premières grandes fouilles y furent menées au début du XXe siècle.
Le site se compose d’un oued principal regroupant la majorité des sépultures, avec quatre-vingt-neuf tombes et le refuge d’ermite copte QV1. Cet ensemble constitue le cœur de la nécropole et concentre l’essentiel des vestiges visibles aujourd’hui. Autour de l’oued principal s’organisent plusieurs vallées secondaires, dont la vallée du Prince Ahmosé, la vallée de la Corde et la vallée des Trois Puits. Ces secteurs abritent des tombes attribuées à des membres de la famille royale et à des dignitaires de haut rang.
À l’écart se trouve la vallée du Dolmen, remarquable par la présence d’un sanctuaire rupestre dédié à Ptah et Mertseger. Ce lieu est situé sur l’ancien sentier de Deir el-Médineh, reliant le village à la nécropole. Le choix de la vallée comme lieu de sépulture reste incertain, mais la proximité de Deir el-Médineh et de la vallée des Rois a probablement influencé cette décision. L’existence d’une grotte sacrée dédiée à Hathor, associée au rajeunissement des morts, a également pu jouer un rôle symbolique.
Classée au patrimoine mondial de l’Unesco avec Thèbes, la vallée n’ouvre aujourd’hui que quelques tombes au public. Parmi elles figurent les tombes de Khâemouaset, d’Amonherkhépeshef, de Néfertari et de Tyti, qui comptent parmi les ensembles funéraires les plus remarquables du site.

45. Dandara (Haute Égypte)
Dandara, également connue sous le nom de Dendera, est un village de Haute-Égypte situé sur la rive ouest du Nil, au nord de Louxor, dans le gouvernorat de Qina. Le site est mondialement connu pour son exceptionnel complexe cultuel dédié à la déesse Hathor. Capitale du sixième nome de Haute-Égypte, Dandara jouait un rôle religieux et administratif de premier plan dans l’Antiquité.
Le cœur du complexe est occupé par le temple d’Hathor, édifié principalement sous les Ptolémées et complété à l’époque romaine. Contrairement à de nombreux temples égyptiens, il conserve la quasi-totalité de ses structures accessibles au public. Les salles hypostyles, richement décorées, présentent des reliefs polychromes d’une qualité exceptionnelle. Les plafonds astronomiques figurent des constellations et des scènes cosmiques, témoignant d’un savoir religieux élaboré. Les chapiteaux hathoriques des colonnes rappellent le caractère féminin et maternel de la divinité.
Autour du temple principal s’organisent plusieurs édifices secondaires d’un grand intérêt. Le mammisi, ou maison de naissance, était dédié à la célébration de la naissance divine de l’enfant d’Hathor. À proximité se trouvent les vestiges d’une basilique chrétienne, construite après la christianisation du site. Ces superpositions architecturales illustrent la continuité d’occupation religieuse du lieu. Le complexe comprend également un lac sacré, utilisé pour les rituels de purification.
Le toit du temple constitue l’un des éléments les plus remarquables de la visite. Le visiteur y accède par des escaliers intérieurs menant à des chapelles dédiées au culte solaire. Le kiosque d’Hathor, situé sur le toit, offrait un espace cérémoniel lié aux fêtes du Nouvel An. Dans une chapelle du toit, se trouvait le célèbre zodiaque de Dendera, aujourd’hui conservé au musée du Louvre. Les représentations zodiacales sont rares en Égypte et témoignent de l’influence hellénistique. Depuis le toit, la vue d’ensemble permet de mieux comprendre l’organisation du complexe.
Les enceintes du site comprennent plusieurs portes monumentales, dont la porte d’Isis et la porte d’Horus, édifiées sous les empereurs romains. Ces structures marquent l’intégration du culte local dans le cadre impérial romain. Les inscriptions conservées mentionnent notamment les règnes d’Auguste, de Néron et d’Antonin le Pieux.

46. Qina (Haute Égypte)
Qina est la capitale du gouvernorat du même nom, en Haute-Égypte, et compte un peu plus de deux cent mille habitants. La ville occupe une position stratégique sur la rive orientale du Nil et joue un rôle majeur comme nœud de transport régional. Son développement touristique reste toutefois limité, malgré la proximité de sites antiques majeurs. L’activité urbaine s’organise principalement autour des axes routiers, ferroviaires et commerciaux.
La voie ferrée longe la rive sud du canal et structure fortement l’espace urbain. La gare de Qina constitue l’un des principaux points d’entrée de la ville et s’ouvre vers le sud. Elle donne directement accès à la place de la Gare, vaste carrefour animé où se concentrent hôtels, commerces et services. Cet espace marque la transition entre les infrastructures de transport et le centre-ville.
Depuis la place de la Gare, la rue El-Gumhūriya s’étire vers le sud et dessert plusieurs quartiers administratifs et commerciaux. Après environ cinq cents mètres, elle débouche sur la place Mīdān es-Sāʿa, identifiable par son rôle de point de convergence urbain. Autour de cette place se développent des rues transversales importantes, dont la rue du 26 juillet, axe est-ouest structurant.
Une rue parallèle, plus au sud, assure la continuité urbaine et relie différents quartiers résidentiels. Depuis ce secteur, une route mène directement vers le Nil et aboutit au pont du Nil, également appelé pont de Dendera. Cet ouvrage permet de rejoindre la rive occidentale et d’accéder facilement au site de Dendera. Un pont ferroviaire traverse également le fleuve plus à l’ouest.
Au nord de la ville, au-delà du canal, se dresse la mosquée funéraire du cheikh ʿAbd er-Raḥīm el-Qenāwī, édifice religieux moderne construit en 1949. Elle se distingue par son minaret élancé et par l’architecture conçue par l’architecte italien Mario Rossi. Le tombeau du saint, protégé par une grille en laiton, occupe une chapelle latérale.
À l’ouest de la place Mīdān es-Sāʿa se trouve lamosquée Nasir, autre lieu de culte important de Qina. Elle s’inscrit dans le tissu urbain dense du centre-ville et joue un rôle religieux et social majeur pour les habitants du quartier.
Le patrimoine chrétien est représenté par l’église Saint-Georges et par la cathédrale de l’Apôtre Marc, toutes deux situées à proximité du centre urbain. Ces églises constituent des repères religieux essentiels pour la communauté chrétienne locale. Leur présence reflète la diversité confessionnelle de la ville.

47. Qus (Haute Égypte)
Qus est une ville de Haute-Égypte située sur la rive orientale du Nil, dans le gouvernorat de Qina. Elle se trouve à une trentaine de kilomètres au sud de Qina et à courte distance de Louxor. Son implantation ancienne en a fait un centre urbain important à travers différentes périodes historiques. La ville conserve de nombreux vestiges pharaoniques, islamiques et médiévaux.
Parmi les monuments antiques figurent le pylône ouest d’un temple pharaonique, vestige majeur de l’époque ptolémaïque. Il se situe à proximité de la mosquée El-ʿAmrī et longe une route moderne. Seules quelques assises de pierre subsistent, mais les reliefs conservés offrent un aperçu précieux de l’iconographie religieuse de l’époque.
Les scènes sculptées sur le pylône ouest d’un temple pharaonique représentent le roi accomplissant des rituels devant Haroëris et Heket. D’autres reliefs montrent des scènes de victoire et de sacrifice, accompagnées d’inscriptions encore partiellement lisibles.
À une soixantaine de mètres à l’est se dresse le pylône oriental d’un temple pharaonique, dont seul l’encadrement de la porte est conservé. Le passage monumental permettait l’accès à un temple aujourd’hui disparu. Les reliefs visibles évoquent des offrandes royales et des divinités protectrices de la ville.
Le centre-ville abrite plusieurs monuments islamiques remarquables, au premier rang desquels la mosquée El-ʿAmrī, l’une des plus anciennes de Haute-Égypte. Son architecture actuelle date principalement de l’époque mamelouke. Elle se caractérise par une vaste cour intérieure, des arcades multiples et un riche décor en stuc autour du mihrab.
À proximité immédiate se trouve le mausolée du cheikh Moubarak bin Maqlid, édifice funéraire surmonté d’un dôme. Construit à la fin du XIIe siècle, il témoigne de la transition entre traditions fatimide et ayyoubide. Sa structure complexe associe niches décoratives, tambour polygonal et coupole finement percée.
Le tissu urbain comprend également la Wikālat ʿŌda, ancien caravansérail, ainsi que plusieurs mosquées et mausolées de cheikhs locaux. Ces édifices reflètent l’importance religieuse et commerciale de Qus à l’époque médiévale. Ils s’intègrent dans un réseau dense de ruelles et de places modestes.
La ville conserve enfin des activités artisanales traditionnelles, illustrées par le moulin à huile d’el-Hagg Yunis. Cet atelier ancien fonctionne sans machines industrielles et produit des huiles naturelles réputées.

48. Karnak (Haute Égypte)
Karnak est situé à environ trois kilomètres au nord de Louxor, dans le gouvernorat de Louxor. Il correspond à l’un des ensembles religieux les plus vastes et les plus complexes de l’Égypte antique. Le site faisait partie intégrante de l’ancienne ville de Thèbes. Il est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
Le cœur du site est l’enceinte du temple d’Amon-Rê, principal sanctuaire de l’Égypte pharaonique. Ce vaste complexe regroupe pylônes, cours, salles hypostyles et sanctuaires construits sur plus de deux millénaires. Il constituait le centre religieux majeur du culte d’Amon. Son évolution reflète la puissance politique de Thèbes.
L’entrée monumentale mène vers une succession de pylônes et de cours, jalonnées de statues colossales et d’obélisques. La progression à travers l’enceinte du temple d’Amon-Rê illustre la hiérarchie sacrée des espaces. Chaque zone était réservée à des fonctions rituelles spécifiques.
Au centre du complexe se trouve la célèbre grande salle Hypostyle, composée de cent trente-deux colonnes monumentales. Les reliefs qui ornent les murs retracent les exploits de plusieurs pharaons, dont Séthi Ier et Ramsès II. Cet espace impressionnant servait aux grandes cérémonies religieuses.
En poursuivant vers l’est, le visiteur atteint les sanctuaires les plus sacrés, dont le sanctuaire de la barque. Ces espaces abritaient les statues divines et étaient réservés au clergé. Les annales militaires de Thoutmôsis III y sont également gravées, constituant une source historique majeure.
Au sud du complexe s’étend la voie processionnelle reliant Karnak à Louxor. Elle était bordée de sphinx et utilisée lors des grandes fêtes religieuses. Cette voie structurait l’espace sacré et symbolisait l’unité des temples thébains.
Le site comprend également d’autres sanctuaires, parmi lesquels le temple de Khonsou, le temple de Ptah et le temple de Ramsès III. Ces édifices secondaires complètent le paysage religieux et témoignent de la diversité des cultes pratiqués à Karnak.
Enfin, le musée en plein air de Karnak expose des monuments reconstitués, tels que la chapelle blanche de Sésostris Ier et la chapelle rouge d’Hatchepsout. Ces vestiges permettent de comprendre l’évolution architecturale du site. Karnak demeure ainsi un témoignage exceptionnel de la civilisation égyptienne antique.

49. Louxor (Haute Égypte)
49 A. Centre-ville (Louxor)
La ville de Louxor, également connue sous le nom d’el-Uqsur, correspond à l’antique Thèbes, l’un des centres majeurs de la civilisation pharaonique. Située en Haute-Égypte, sur la rive orientale du Nil, elle constitue aujourd’hui la principale destination touristique de la région. Son patrimoine exceptionnel, couvrant une période allant du Moyen Empire à l’époque romaine, en fait un ensemble monumental unique. Les temples, palais et tombeaux qui s’y trouvent figurent parmi les sites égyptiens inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Louxor se situe à environ 712 kilomètres au sud du Caire et à 61 kilomètres au sud de Qina, dans un environnement largement dominé par le Nil.
La ville s’étend entièrement sur la rive est du fleuve et se prolonge naturellement vers le nord jusqu’à la ville voisine de Karnak. Sur la rive occidentale, plusieurs villages tels que Gazirat el-Ba’irat et Sheikh Abd el-Qurna marquent l’entrée de la nécropole thébaine. Cette répartition géographique, opposant la ville des vivants à celle des morts, correspond à une organisation symbolique propre à l’Égypte antique. La corniche du Nil constitue aujourd’hui un axe structurant du paysage urbain et relie les principaux sites historiques de la rive est.
La corniche entre Louxor et Karnak est un espace réaménagé dédié à la promenade. Bordée d’arbres, de bancs et de zones piétonnes, elle longe le Nil et offre une vue dégagée sur le fleuve. Aux abords du temple de Louxor et de l’hôtel Winter Palace, la corniche est séparée de l’eau par une barrière métallique, tandis que des rues commerçantes et des quais s’étendent en contrebas. Plus au nord, la zone jusqu’à Karnak a été entièrement repensée, avec la fermeture de la route à la circulation et la création d’espaces verts ponctués de sculptures et de zones de repos.
Le temple de Louxor constitue l’un des monuments majeurs de la ville. Dédié à la triade thébaine Amon, Mout et Khonsou, il fut édifié principalement sous Amenhotep III et Ramsès II. L’entrée actuelle se situe à l’est, à proximité de la mosquée Abū-‘l-Ḥaggāg. Le pylône monumental est décoré de scènes de bataille de Ramsès II et précédé de statues colossales ainsi que d’un obélisque. À l’intérieur, la cour de Ramsès II, la salle à colonnades d’Amenhotep III et les espaces cultuels successifs témoignent de l’évolution architecturale et religieuse du site.
Le temple conserve également des traces importantes de l’époque gréco-romaine. Une salle de culte impériale ornée de peintures représentant des soldats et des empereurs romains, dont les tétrarques et Dioclétien, illustre cette continuité historique. Le sanctuaire de la barque d’Amon, agrandi sous Alexandre le Grand, ainsi que la salle dite de la Naissance, destinée à légitimer le règne d’Amenhotep III, complètent l’ensemble. Les murs extérieurs présentent de nombreuses scènes militaires et des fragments architecturaux exposés à l’est de la cour d’Amenhotep III.
L’avenue du Sphinx relie le temple de Louxor à celui de Karnak sur une distance d’environ 2,7 kilomètres. Longtemps enfouie sous des constructions modernes, elle a fait l’objet de fouilles approfondies et a été inaugurée en 2021 comme musée à ciel ouvert. Bordée de plus de 1 200 sphinx, dont certains ont été partiellement restaurés, elle permet de comprendre l’ancienne voie processionnelle empruntée lors des fêtes religieuses. Des ateliers antiques, un nilomètre et diverses structures datant de la XXVe dynastie ont été découverts à proximité.
Le patrimoine muséal de la ville est représenté par le musée de Louxor, situé sur la corniche entre le centre-ville et Karnak. Il présente une collection d’objets locaux de grande qualité, couvrant une période allant de la XIIe dynastie à l’époque copte. L’extension consacrée à la « Gloire de Thèbes » met en valeur les succès militaires du Nouvel Empire, notamment à travers la stèle de Kamose et les momies d’Ahmôsis et de Ramsès Ier. Le musée de la momification, situé à proximité, illustre quant à lui les pratiques funéraires grâce à des outils d’embaumement, des vases canopes et plusieurs momies humaines et animales.
La bibliothèque et centre du patrimoine de Louxor, située rue du temple de Karnak, constitue un pôle culturel contemporain. Elle abrite une bibliothèque publique et le spectacle multimédia Culturama, retraçant l’histoire de l’Égypte de l’époque pharaonique à nos jours. Ce centre complète l’offre patrimoniale en proposant une approche pédagogique et synthétique de l’histoire nationale, dans un cadre moderne et accessible.
Le patrimoine religieux islamique est principalement représenté par la mosquée Abū-‘l-Ḥaggāg, édifiée sur les structures antiques du temple de Louxor. Elle abrite les reliques d’un saint local et demeure un lieu de pèlerinage important. À proximité se trouve le minaret fatimide, antérieur à la mosquée, construit en briques de terre crue et culminant à environ trente mètres. D’autres édifices religieux, tels que la mosquée Ahmad Nagm et la mosquée Es-Sayid Yusuf el-Haggagi, témoignent de la diversité architecturale de la ville.
Le christianisme est également présent à Louxor à travers plusieurs églises, dont l’église franciscaine de la Sainte Famille, l’église presbytérienne, l’église Sainte-Marie, la cathédrale dédiée à l’archange Michel, l’église Saint-Antoine et l’église Saint-Georges. Ces édifices, répartis entre le centre-ville et les quartiers périphériques, illustrent la continuité religieuse du site depuis l’Antiquité tardive. À cet ensemble s’ajoutent des éléments du patrimoine moderne, tels que l’hôtel Winter Palace, la clinique vétérinaire Brooke, le Savoy Mall et le nouveau Bazar, qui participent à la vie contemporaine de Louxor tout en s’inscrivant dans un cadre historique exceptionnel.
49 B. Le temple de Louxor (Louxor)
Le temple de Louxor est situé au cœur de la ville moderne, entre la corniche el-Nil et la rue reliant Louxor à Karnak. Dédié à Amon, Mout et Khonsou, il fut édifié principalement durant les XVIIIe et XIXe dynasties du Nouvel Empire.
Le temple jouait un rôle central lors de la fête d’Opet, célébrant la légitimation du roi et le renouveau cyclique d’Amon-Rê. Il est inscrit, avec Karnak et Thèbes-Ouest, au patrimoine mondial de l’Unesco L’entrée monumentale est marquée par le pylône de Ramsès II, flanqué de statues colossales et d’un obélisque encore en place. L’avenue du Sphinx, longue de 2,7 kilomètres, reliait autrefois le temple au sanctuaire de Karnak.
Derrière le pylône s’ouvre la cour de Ramsès II, bordée de colonnes papyracées et de statues royales. Dans son angle nord-est s’élève la mosquée d’Abou el-Haggag, édifiée sur les structures antiques et toujours en activité.Le triple sanctuaire de la triade thébaine, intégré au pylône ouest, est dédié à Amon, Mout et Khonsou. Les chapelles en granit rose conservent des reliefs représentant Ramsès II accomplissant des rites cultuels.
La monumentale salle de la colonnade, construite sous Amenhotep III, est décorée de scènes de la fête d’Opet. Les processions de prêtres, de musiciens et de divinités y sont représentées avec une grande richesse narrative. Plus au sud, la cour d’Amenhotep III mène à la salle de naissance, où est figurée la naissance divine du pharaon. Les scènes montrent Khnoum façonnant le roi, Amon engendrant l’enfant et les déesses protégeant le nouveau-né.
Le cœur du sanctuaire comprend le sanctuaire d’Amenhotep III, remanié à l’époque grecque pour accueillir le sanctuaire d’Alexandre le Grand. À l’extérieur, la chapelle de Sérapis, la cour de Nectanébo Ier et le musée en plein air complètent la visite de ce complexe majeur de la civilisation égyptienne.
49 C. Les colosses de Memnon (Louxor)
Les colosses de Memnon se dressent sur la rive occidentale de Thèbes, au lieu-dit Kôm el-Hettan, le long de la route menant à la nécropole thébaine. Ces deux statues monumentales constituent les derniers vestiges visibles du temple des millions d’années d’Amenhotep III, aujourd’hui presque entièrement disparu.
Érigées durant la XVIIIe dynastie, les statues représentaient le pharaon Amenhotep III assis sur son trône, les mains posées sur les genoux. À ses côtés figurent sa mère Moutemouia et son épouse Tiyi, tandis que le symbole du Sema-Taouy orne les flancs du trône. Le colosse nord, identifié dans l’Antiquité au héros Memnon, fut gravement endommagé par un séisme survenu en 27 avant Jésus-Christ. Une fissure provoqua l’effondrement partiel de la statue, à l’origine du phénomène sonore rapporté par les auteurs gréco-romains.
Les deux statues sont taillées dans une brèche siliceuse de quartzite, matériau extrêmement dense et difficile à travailler. Malgré ces contraintes, les sculpteurs égyptiens ont su atteindre un degré de finesse remarquable dans les proportions et les détails. Le colosse sud mesure près de 17,3 mètres de hauteur totale, tandis que le colosse nord atteint environ 18,4 mètres. Leur masse dépasse chacune mille trois cents tonnes, piédestal compris, illustrant l’ampleur technique du chantier antique.
À l’origine, les statues dominaient le vaste parvis du temple d’Amenhotep III, qui constituait le plus grand complexe cultuel de la rive ouest de Thèbes. L’architecte Amenhotep fils de Hapou supervisa cet ensemble exceptionnel.Depuis 1998, le site est étudié par la mission des colosses de Memnon et du temple d’Aménophis III, dirigée par Hourig Sourouzian. Les travaux ont permis la récupération et l’assemblage de nombreux fragments monumentaux.

49 D. La vallée des Artisans (Louxor)
La vallée des Artisans, située à proximité de Deir el-Medina, constitue l’une des nécropoles les plus fascinantes de la rive ouest de Louxor. A l’intérieur, y furent enterrés les artisans, ouvriers et architectes qui construisirent les tombeaux royaux de la vallée des Rois. Ces hommes vivaient dans le village voisin de Deir el-Medina, spécialement créé pour préserver les secrets des sépultures pharaoniques. La nécropole compte environ 500 tombes creusées dans la montagne, dont plusieurs présentent des décors exceptionnellement bien conservés. Les visiteurs peuvent y découvrir des chapelles funéraires richement décorées, des scènes inspirées du Livre des Morts et des représentations religieuses d’une qualité remarquable, témoignant du talent artistique de ces bâtisseurs de l’Égypte antique.
Parmi les sépultures les plus célèbres figure le magnifique tombeau de Sennedyem (TT1), considéré comme l’un des plus beaux de toute la nécropole. Découvert intact en 1886, il conserve des peintures éclatantes représentant notamment Anubis veillant sur la momie du défunt. Le spectaculaire tombeau de Pashedu (TT3) impressionne également par ses fresques représentant le voyage du défunt vers le royaume d’Osiris, notamment une célèbre scène où Pashedu boit l’eau sacrée sous un palmier. Le très raffiné tombeau d’Inerjau (TT359) dévoile quant à lui des représentations de pharaons du Nouvel Empire, de scènes familiales et de passages du Livre des Morts, tandis que le tombeau d’Irunefer (TT290) conserve de splendides peintures consacrées au voyage dans le monde souterrain.
La vallée des Artisans abrite également le remarquable tombeau de Ja (TT8), découvert intact avec l’ensemble de son mobilier funéraire aujourd’hui conservé au musée de Turin. Ja, architecte royal et chef des travaux des tombeaux royaux, y fut enterré avec son épouse Merit et leurs enfants. À proximité de la tombe se trouve une petite chapelle décorée de scènes familiales et musicales dans un style rappelant la période d’Amarna.

49 E. Le temple funéraire d’Hatchepsout (Louxor)
Le spectaculaire temple funéraire d’Hatchepsout, situé à Deir el-Bahari sur la rive ouest de Louxor, est l’un des monuments les plus impressionnants de l’Égypte antique. Construit sous la XVIIIe dynastie pour la reine-pharaon Hatchepsout, il se distingue par son architecture unique parfaitement intégrée aux falaises abruptes du désert thébain. Contrairement aux temples égyptiens traditionnels, l’ensemble ne possède pas de pylônes monumentaux mais une succession de vastes terrasses reliées par des rampes et bordées de portiques élégants. Une longue voie processionnelle bordée autrefois de sphinx reliait le temple au Nil et au grand sanctuaire de Karnak. Depuis les terrasses, les visiteurs profitent d’une vue spectaculaire sur le cirque naturel de Deir el-Bahari et découvrent l’un des temples les mieux conservés de toute l’Égypte.
Le monument renferme de nombreux espaces remarquables richement décorés. Le célèbre portique de Pount présente les reliefs de l’expédition commerciale organisée par Hatchepsout vers le mystérieux pays de Pount, tandis que la salle de naissance évoque la naissance divine de la reine. Les visiteurs peuvent également admirer la superbe chapelle d’Hathor, reconnaissable à ses colonnes hathoriques ornées du visage de la déesse, ainsi que la mystérieuse chapelle d’Anubis décorée de scènes religieuses et d’offrandes. Plus haut, la vaste cour centrale du troisième niveau conduit vers le majestueux sanctuaire d’Amon-Rê, cœur spirituel du temple, autrefois illuminé par les rayons du soleil pénétrant à travers de petites fenêtres sacrées.
Le temple comprend également plusieurs sanctuaires fascinants comme le sanctuaire solaire, composé d’une cour ouverte et d’un autel dédié au cycle du soleil, ou encore les chapelles d’Hatchepsout et de Thoutmôsis Ier.

50. Thèbes-Ouest (Haute Égypte)
Thèbes-Ouest, appelée en arabe al-Barr al-Gharbī, désigne la vaste zone située sur la rive occidentale du Nil, face à Louxor. Cette rive constitue, depuis l’Antiquité, l’espace funéraire de la capitale thébaine, tandis que les zones d’habitation et les temples principaux se trouvaient sur la rive est. Dans l’Égypte antique, cette séparation symbolique opposait le monde des vivants à celui des morts. La nécropole thébaine forme aujourd’hui le plus vaste site archéologique d’Égypte et regroupe temples, palais et tombeaux inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.
La rive ouest comprend plusieurs agglomérations, dont la plus importante est El-Qurna. L’ensemble du territoire s’étend entre les terres fertiles bordant le Nil et les reliefs désertiques de la chaîne libyque. Les zones d’habitat modernes coexistent avec des vestiges archéologiques d’une densité exceptionnelle, répartis entre vallées, plateaux et piémonts. Les villages actuels se sont parfois installés directement sur les anciennes nécropoles, situation qui a profondément marqué l’histoire récente de la conservation du site.
Entre Madīnat Hābū, El-Qurna et Eṭ-Ṭārif se trouvent de nombreuses tombes privées datant de toutes les périodes de l’Égypte antique, principalement du Nouvel Empire et de la XIIe dynastie. Ces sépultures, connues sous l’appellation de tombes thébaines et numérotées avec le préfixe TT, appartenaient à des nobles, des hauts fonctionnaires et des dignitaires religieux. Elles constituent une source majeure pour la connaissance de la vie administrative, sociale et religieuse de l’époque pharaonique.
El-Qurna désigne l’ensemble de la zone comprise entre les colosses de Memnon et Eṭ-Ṭārif. Elle se subdivise en plusieurs secteurs correspondant aux anciens noyaux familiaux, parmi lesquels Qurnat Maraʿī, el-Ḥarūbāt, el-Ḥasāsnā, Chocha, Nagaʿ el-Ghabāt et Drāʿ Abū en-Nagā. Le village d’Eṭ-Ṭārif, situé plus au nord, marque l’extrémité septentrionale de la nécropole. Cette organisation spatiale reflète l’occupation progressive du site au fil des siècles.
Parmi les villages de la rive ouest figurent Cheikh Abd el-Qurna, ancien village construit directement sur les tombeaux du Nouvel Empire et aujourd’hui en grande partie démantelé, ainsi que les village de Hassan Fathy et Ṭōd el-Baʿīrāt, projet architectural en briques de terre crue conçu par l’architecte Hassan Fathy. Les localités de Gazīrat el-Baʿīrāt et Gazīrat er-Ramla accueillent l’embarcadère du ferry reliant Louxor et proposent des hébergements calmes ainsi que des centres équestres. Plus au nord se trouvent Eṭ-Ṭārif et New Qurna, à proximité du temple funéraire de Séthi Ier.
Les tombeaux royaux constituent l’un des ensembles les plus célèbres de Thèbes-Ouest. La vallée des Rois, incluant la vallée de l’Ouest, abrite les sépultures de la majorité des pharaons du Nouvel Empire et représente l’un des sites archéologiques les plus importants au monde. La vallée des Reines accueillait quant à elle les tombes des épouses royales et des membres des familles princières.
En bordure des terres cultivées se succèdent les grands temples funéraires du Nouvel Empire, parfois appelés Maisons du Million d’Années. Parmi eux figurent le Madīnat Hābū, un temple funéraire de Ramsès III, les colosses de Memnon, vestiges monumentaux du temple d’Amenhotep III, le temple funéraire de Merenptah, le Ramesseum, dédié à Ramsès II, ainsi que le temple funéraire d’Hatchepsout à Deir el-Baḥrī, l’un des monuments les plus visités de la rive ouest. Le temple funéraire de Séthi Ier, situé à Drāʿ Abū en-Nagā, complète cet ensemble exceptionnel.
Plus au sud s’étend la zone d’el-Malqaṭa, où se trouvent les vestiges du palais d’Amenhotep III, vaste complexe palatial en briques de terre crue datant de la XVIIIe dynastie. À proximité se situe le couvent Saint-Tawdrus el-Muharib, important site chrétien copte, ainsi que le Qaṣr el-ʿAgūz, petit temple ptolémaïque de Thot, édifié sous le règne de Ptolémée VIII Évergète.
Le site de Deir el-Madīna occupe une place particulière au sein de Thèbes-Ouest. Ce village abritait les ouvriers chargés de la construction et de l’entretien des tombes royales. Les habitations, les temples et les tombes y sont étroitement liés, offrant un aperçu unique de la vie quotidienne d’une communauté spécialisée. Les visiteurs peuvent y découvrir le règlement des travailleurs, les tombes de Sennedjem, Inhercha, Paschedu, ainsi que les temples ptolémaïques d’Hathor et de Maât et le sanctuaire de Ptah et du Meretseger.
Le secteur de Qurnat Maraʿī conserve plusieurs tombes privées remarquables, dont la tombe d’Amenhotep appelé Huy, vice-roi de Koush, ainsi que les tombes d’Amenemen et d’Amenemhab, liées à l’administration et aux cultes du Nouvel Empire.
Le secteur d’esh-Sheikh ʿAbd el-Qurna constitue l’un des ensembles de tombes de fonctionnaires les plus riches de la nécropole thébaine. Les groupes de tombes y sont organisés selon un axe sud-nord, reflétant à la fois une hiérarchie administrative et une évolution chronologique. Cette zone concentre des sépultures de hauts dignitaires de la XVIIIe et du début de la XIXe dynastie, dont les décors offrent un témoignage exceptionnel sur la vie quotidienne, l’administration et les croyances funéraires du Nouvel Empire.
Le premier groupe comprend les tombes de Menna, scribe des champs du Seigneur des Deux Terres, de Nuit, scribe et astronome d’Amon, et de Amenemipet, trésorier en chef d’Amon. Ces tombes se distinguent par la finesse de leurs peintures murales, illustrant scènes agricoles, rites funéraires et représentations cosmiques. L’ensemble reflète le rôle central des scribes dans la gestion économique et religieuse de Thèbes à l’époque de Thoutmôsis IV et des premiers Ramsessides.
Le deuxième groupe réunit les tombes de Chonsu, premier prophète sous Ramsès II, d’Userhet, scribe royal, et de Benia, surveillant des travaux du Trésor. Ces sépultures mettent en valeur l’appareil administratif royal et la place des fonctionnaires dans l’organisation de l’État pharaonique.
Le troisième groupe est dominé par la tombe de Ramose, maire et vizir sous Amenhotep IV, remarquable par son mélange de styles amarnien et thébain classique. Elle est complétée par les tombes de Userhet et de Chaemhet, toutes deux associées à l’administration royale et aux greniers. Ce groupe illustre la transition artistique et idéologique de la période d’Amarna, tout en conservant des éléments traditionnels profondément ancrés dans la culture thébaine.
Le quatrième groupe comprend les tombes de Sennefer, maire de la Ville du Sud, et de Rechmire, vizir sous Thoutmôsis III et Amenhotep II. Ces tombes figurent parmi les plus célèbres de la nécropole, notamment par la richesse de leurs reliefs et par la précision des scènes décrivant les métiers, les audiences officielles et les relations diplomatiques de l’Égypte du Nouvel Empire.
À proximité s’étend le Wadi Seʿanch-ka-Reʿ, également appelé Wadi Couleur, où subsistent les vestiges du temple de Seʿanch-ka-Reʿ. S’y trouve aussi le tombeau de Mékète, chancelier de la XIIe dynastie. Bien que ce tombeau soit aujourd’hui vide et dépourvu de décor, sa vaste cour et son plan architectural constituent un exemple représentatif des sépultures du Moyen Empire, dont le mobilier funéraire est conservé au musée du Caire.
Le secteur d’el-Chōcha regroupe des tombes de fonctionnaires de haut rang, parmi lesquelles celles de Djehutimes, Nefersecheru, Neferronpet et Néferhotep. Ces tombes se caractérisent par une iconographie détaillée des rituels funéraires, de la gestion des offrandes et du rôle des prêtres et scribes dans le culte d’Amon.
À l’est de Deir el-Baḥrī s’étend El-ʿAsāsīf, vaste nécropole de dignitaires dont les tombeaux monumentaux datent principalement des XXVe et XXVIe dynasties. Parmi eux figurent le tombeau de Monthuemhat, remarquable par son immense cour, le tombeau de Pabasa, célèbre pour ses scènes de vie quotidienne et d’apiculture, le tombeau de l’Anchhor, ainsi que le complexe funéraire de Cheruif. Les vestiges monumentaux du tombeau de Shoshonq complètent cet ensemble imposant.
Le site de ed-Deir el-Baḥrī est dominé par le temple funéraire d’Hatchepsout, chef-d’œuvre architectural du Nouvel Empire, visible en surplomb de toute la région. À proximité se trouvent le temple funéraire de Mentouhotep II, précurseur de l’architecture thébaine monumentale, ainsi que le tombeau de Meru, dignitaire de la XIe dynastie. Ces monuments illustrent la continuité dynastique et religieuse entre le Moyen Empire et le Nouvel Empire.
Les secteurs de Drāʿ Abū en-Nagā sud et Drāʿ Abū en-Nagā nord regroupent de nombreuses tombes de fonctionnaires, dont les tombes de Raya, Niay, Djehuti, Héry, Schuroy, Rai et Amenemopet, ainsi que le temple funéraire de Seti Ier. À proximité se trouve la maison et l’hospice d’Howard Carter, point de départ vers la vallée des Rois, et la réplique du tombeau de Toutankhamon.
Plus au nord, à Eṭ-Ṭārif, les tombes saff des rois Antef, dont Ṣaff Dawaba, témoignent des origines de la nécropole royale. Enfin, la montagne de Thot, avec son ancien temple en briques de terre crue, domine l’ensemble du paysage thébain, tandis que les villages voisins offrent ateliers d’albâtre, restaurants et hébergements, notamment à Gazirat el-Baʿīrāt, Gazirat er-Ramla, esh-Sheikh ʿAbd el-Qurna et Madīnat Hābū.
51. Le triangle de Hala’ib (Haute Égypte)
Le triangle de Hala’ib constitue l’un des territoires les plus sensibles de la géopolitique de la vallée du Nil. Cette région de 20 580 km² est revendiquée à la fois par l’Égypte et par le Soudan, héritage complexe des découpages frontaliers de l’époque coloniale. Depuis l’année 2000, le territoire est toutefois placé sous contrôle effectif égyptien, même si Khartoum continue d’en réclamer la souveraineté. La zone se situe à l’extrémité sud-est de l’Égypte, le long de la mer Rouge, dans un espace à la fois désertique et montagneux. Son nom provient du village principal : Hala’ib, qui constitue le cœur administratif de cette région isolée. L’enjeu du territoire dépasse sa faible population et renvoie à des questions stratégiques, maritimes et symboliques. Le débat frontalier s’inscrit dans l’histoire longue des relations entre les deux États riverains du Nil.
Du point de vue administratif égyptien, la zone est intégrée au gouvernorat de la mer Rouge sous la forme du district de Hala’ib. Ce district ne couvre cependant qu’environ 37 % de la superficie totale du triangle, soit 7 573 km², essentiellement les secteurs habités. Le reste du territoire est rattaché par Le Caire au district voisin de Bi’r Shalatin, bien que ces espaces soient presque totalement vides. Le territoire est peuplé de 2 268 habitants, chiffre révélateur de la faible densité humaine. Les infrastructures y demeurent limitées et concentrées autour de quelques points côtiers. Pour l’Égypte, cette organisation traduit une volonté d’intégration progressive au reste du pays.
La position soudanaise diffère sensiblement. Khartoum considère le triangle comme faisant partie de l’État soudanais d’Al-Bahr al-Ahmar, avec Hala’ib comme chef-lieu de district. Cette divergence résulte des accords de 1899 et de la modification administrative de 1902 qui plaçaient certaines tribus sous gestion soudanaise. Le Soudan affirme que la frontière historique ne suit pas exactement le 22e parallèle mais des lignes tribales et logistiques. Malgré cette revendication, l’administration soudanaise n’exerce plus d’autorité réelle depuis le début des années 2000. La question reste régulièrement évoquée dans les forums diplomatiques régionaux.
Géographiquement, le triangle de Hala’ib présente un relief contrasté. L’intérieur est formé d’un désert montagneux parcouru d’oueds saisonniers, dont l’altitude atteint 1 744 mètres. Les chaînes s’abaissent progressivement vers une plaine littorale sableuse ouverte sur la mer Rouge. La végétation y est très rare, composée d’acacias épars et d’herbes adaptées à l’aridité. La façade maritime s’étend sur près de 260 kilomètres et abrite des récifs coralliens parmi les plus riches du littoral égyptien. Cet environnement place la région dans l’espace historique de la Nubie.
Une grande partie du territoire appartient au parc national de Gebel Elba, l’une des réserves naturelles majeures d’Égypte. Cette zone protégée, qui déborde vers le nord, vise à préserver une biodiversité originale influencée par les pluies de la mer Rouge. La partie occidentale relève quant à elle de l’aire protégée de Wadi al-Alaq. Les quelques habitants, majoritairement nubiens et bédouins, vivent de pêche, d’élevage et de petits commerces. L’isolement a permis la conservation de traditions culturelles anciennes.
Le principal centre habité est le village de Hala’ib, qui compte 1 926 habitants. Plus au nord, s’étend Abu Ramad, dernier terminus des lignes de bus reliant la région au Caire, à Assouan ou à Marsa Alam. Ces localités forment un chapelet d’implantations modestes le long de la côte. Leur développement dépend largement des investissements publics égyptiens récents.
Un autre point notable est le village d’Hadarba, situé directement sur le 22e parallèle, frontière revendiquée par l’Égypte. Cette position en fait une ville frontalière de facto, surveillée par des postes militaires. Immédiatement au nord se trouve la ville d’Ash-Shalatin, pleinement égyptienne et pôle économique local. Du côté soudanais, la localité la plus proche est Marsa Osif, à 26 kilomètres au sud de la ligne politique. Les déplacements transfrontaliers restent toutefois très contrôlés.
La représentation du territoire comme un simple triangle demeure en réalité une simplification cartographique. Seule la frontière sud suit une ligne droite de 290 kilomètres correspondant au 22e parallèle. À l’ouest, le triangle touche l’étrange enclave de Bir Tawil, zone administrée par l’Égypte mais non revendiquée par aucun des deux États. Cette singularité résulte des ajustements frontaliers du début du XXe siècle. Le tracé s’écarte ainsi du parallèle à trois reprises, créant une géométrie complexe.
Au-delà de l’aspect territorial, la région possède un intérêt stratégique majeur. Sa côte ouvre sur des routes maritimes essentielles de la mer Rouge et sur des zones potentielles de ressources minières et halieutiques. Les récifs attirent également un tourisme de plongée encore limité mais prometteur. Le contrôle de l’espace permet à l’Égypte de sécuriser son flanc sud-est et d’étendre son influence vers la Nubie maritime. Le Soudan, de son côté, y voit un accès vital à des ports historiques.

52. Edfou (Haute Égypte)
Edfou, également connue sous les formes Idfou ou Edfū, est une ville de taille moyenne de Haute-Égypte située sur la rive ouest du Nil, dans le gouvernorat d’Assouan, à environ cent kilomètres au sud de Louxor. Comptant près de soixante-six mille habitants, elle vit principalement de l’agriculture, de la poterie et de l’industrie sucrière, tout en conservant un patrimoine archéologique exceptionnel.
Les vestiges mis au jour sur Tell Edfou, comprenant des maisons et des tombes datant de l’Ancien Empire, témoignent de cette occupation ancienne et structurée. À l’ouest et au sud-ouest du temple d’Horus, les sites d’habitation et les cimetières couvrent l’ensemble de la période dynastique, bien que les fouilles archéologiques n’y soient pas encore achevées.
Le cœur monumental d’Edfou se trouve à la périphérie ouest de la ville moderne, où s’étend le vaste complexe de temples dominé par le célèbre temple d’Horus à Edfou. Cet édifice, l’un des temples les mieux conservés d’Égypte, fut édifié en grès à l’époque ptolémaïque. Il succède à une structure plus ancienne datant de la période grecque, tout en perpétuant un culte bien antérieur dédié au dieu faucon Horus.
Utilisé également à l’époque copte, le temple conserve un état de préservation remarquable, tant dans son architecture que dans ses décors. Aujourd’hui, l’entrée se fait par le sud, et le site est ouvert quotidiennement, avec des horaires variables selon la saison, ainsi que des visites nocturnes instaurées depuis 2007.
L’accès au temple se fait en longeant son périmètre occidental jusqu’à l’imposant pylône de soixante-quatre mètres de large, véritable seuil symbolique du sanctuaire. En le franchissant, le visiteur pénètre dans une vaste cour intérieure bordée de colonnades, dont l’entrée est gardée par deux statues monumentales d’Horus en faucon. Le revers du pylône présente une scène rituelle de purification du roi par Horus ou Thot.
La progression mène ensuite au pronaos, séparé de la cour par des murs-écrans, où se déploient des scènes d’offrandes et de pratiques cultuelles attribuées notamment à Ptolémée VIII Évergète II. Le plafond, autrefois orné de représentations astronomiques, reste aujourd’hui à peine lisible en raison du noircissement dû au temps et aux fumées. Deux chapelles latérales, situées derrière les murs-écrans, servaient respectivement de bibliothèque et de lieu de purification.
Depuis le pronaos ou la salle hypostyle adjacente, le visiteur accède au déambulatoire intérieur qui entoure le cœur sacré du temple. Deux vestibules successifs conduisent à la salle de l’écorce, où les reliefs montrent le souverain s’approchant de la barque divine. Au centre se trouve la base en granit noir de l’écorce sacrée, précédant le sanctuaire proprement dit, également taillé dans le granit.
De longues inscriptions gravées sur les murs décrivent avec précision la fonction des salles de stockage, des chapelles secondaires et des espaces cultuels disposés autour du sanctuaire. La première salle située à droite est le Wabet, ou Uabeb, lieu de la cérémonie de couronnement d’Horus célébrée à la veille du Nouvel An, soulignant l’importance rituelle et symbolique du temple dans le calendrier religieux.
Au sud ou au sud-ouest du temple principal s’élève le mammisi, ou lieu de naissance divine, édifié sous les règnes de Ptolémée VIII Évergète II et de Ptolémée IX Sôter II. Cet édifice se compose de deux parvis successifs et d’un temple intérieur comprenant un vestibule flanqué de deux chambres latérales et un sanctuaire attenant.
L’ensemble est entouré d’un déambulatoire à colonnades qui renforçait la dimension cérémonielle des processions liées à la naissance mythique d’Horus. À l’ouest du complexe principal, un musée en plein air permet d’observer divers éléments architecturaux et stèles, dont une stèle en grès de Psammétique, tandis qu’au sud se trouve la colline de la colonie, correspondant à l’ancienne cité d’Apollinopolis Magna.
Au-delà des vestiges pharaoniques, Edfou conserve également des témoignages de la période chrétienne, notamment à la lisière du désert. À environ quatre kilomètres à l’ouest de la ville se trouve le monastère de Saint Pacôme, connu sous le nom de Deir el-Anbā Bāchūm, qui abrite aujourd’hui une communauté d’une trentaine de moines.
Son église, reconstruite aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, est dédiée à saint Pacôme, à la Vierge Marie, à saint Georges et à saint Michel. La fête annuelle du Mulid, célébrée le 22 mai, attire encore de nombreux fidèles.
53. Nagʿ Ḥammādī (Haute Égypte)
Nagʿ Ḥammādī est une ville de Haute-Égypte située sur la rive ouest du Nil, dans le gouvernorat de Qina, à environ 80 kilomètres au nord-ouest de Louxor. Comptant près de 45 000 habitants, elle fait face au village de Nagʿ Sālim sur la rive opposée. La ville moderne occupe une position stratégique entre les terres cultivées du Nil et les reliefs désertiques environnants.
La renommée internationale de Nagʿ Ḥammādī tient à la découverte, en 1945, des célèbres codex de Nag Hammadi, mis au jour dans la région de Gebel eṭ-Ṭārif. Ces manuscrits coptes, datant du Ier au IVe siècle, constituent une source essentielle pour la connaissance du christianisme primitif et des courants gnostiques. Leur découverte a profondément renouvelé la compréhension des traditions religieuses antiques.
Le principal monument civil de la ville est le palais du prince Yusuf Kamal, construit en 1908 sur la corniche du Nil. Conçu par l’architecte italien Antonio Lasciac, cet édifice associe des éléments architecturaux européens et islamiques. Entouré de jardins, il abrite aujourd’hui une importante collection d’objets ayant appartenu au prince, exposée après une restauration complète achevée en 2019.
Le paysage religieux de Nagʿ Ḥammādī est marqué par une grande diversité confessionnelle. La mosquée El-Qanṭara occupe une place centrale dans la vie spirituelle musulmane de la ville. Elle côtoie plusieurs édifices chrétiens, dont la cathédrale Saint-Jean-l’Évangéliste, siège épiscopal copte, ainsi que l’église de la Sainte Vierge Marie et l’église presbytérienne évangélique.
Les rives du Nil constituent un espace privilégié de promenade et de vie sociale, notamment le long de la corniche aménagée sur la rive gauche. Cette ouverture sur le fleuve rappelle le rôle fondamental du Nil dans le développement économique et culturel de la ville, depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine.

54. Assouan (Haute Égypte)
Assouan, connue dans l’Antiquité sous le nom de Sunu puis de Syène, est une ville majeure de Haute-Égypte située sur la rive orientale du Nil. Capitale du gouvernorat du même nom, elle comptait environ 250 000 habitants au milieu des années 2000. La ville marque la frontière méridionale de l’Égypte antique, à proximité immédiate de la première cataracte du Nil.
Le site occupe une position stratégique au nord des deux barrages d’Assouan, qui délimitent le lac Nasser, et au sud des zones fertiles de la vallée. Carrefour commercial avec la Nubie, Assouan fut un centre politique et économique essentiel. Son environnement naturel, entre fleuve, rochers de granit et îles fluviales, structure profondément le paysage urbain.
La partie la plus ancienne de la région se situe sur l’île Éléphantine, dont les premières occupations remontent à la période de Nagada. Le visiteur y trouve les temples de Khnoum et de Satet, le sanctuaire de Heqaib, le musée d’Assouan, ainsi que les zones de fouilles méridionales. Sur la rive occidentale s’élèvent les tombes rupestres de Qubbat Abū el-Hawa, dominant le Nil.
Les carrières de granit constituent un autre héritage majeur d’Assouan. Sur la rive est se trouve le spectaculaire obélisque inachevé, laissé sur place en raison de fissures dans la roche. Sur la rive ouest subsistent également des carrières antiques, dont la carrière de l’obélisque de Séthi Ier, illustrant les techniques d’extraction monumentales de l’Ancien Empire.
Parmi les monuments pharaoniques de la ville, le temple d’Isis d’Assouan occupe une place centrale. Construit sous Ptolémée III et Ptolémée IV, il servait probablement de temple de halte vers Philae. Bien conservé, il présente une riche iconographie dédiée à Isis, Khnoum, Satet et Anoukis, ainsi que des scènes rituelles finement sculptées.
Plus au sud se trouvent les vestiges du temple de Domitien, datant de l’époque romaine. Bien que partiellement ruiné, il conserve un pronaos à colonnes et des reliefs représentant Khnoum, Osiris, Isis et Horus. Ce sanctuaire illustre la continuité du culte des divinités égyptiennes sous la domination romaine.
Le Nil structure également les espaces insulaires d’Assouan, notamment l’île Kitchener, connue pour son jardin botanique, et l’île de Suheil, célèbre pour ses inscriptions rupestres. On y observe la stèle de la famine, les vestiges de la chapelle d’Anuket et un petit temple de l’époque de Ptolémée IV, au cœur d’un village nubien préservé.
L’héritage islamique est bien représenté à Assouan par plusieurs monuments remarquables. Les minarets fatimides fortifiés, dont le minaret de Tabiya et le minaret de Bilāl, servaient à la fois de lieux de prière et de tours de guet. Le centre-ville conserve également les vestiges de la mosquée Eṣ-Ṣāliḥīn.
La mosquée eṭ-Ṭābīya, érigée sur une colline centrale, constitue l’un des édifices religieux les plus emblématiques de la ville. S’ajoute la grande mosquée, au nord d’Assouan, reconnaissable à ses minarets élevés, son dôme central et son décor intérieur de marbre et de peintures ornementales.
Les nécropoles islamiques forment un ensemble architectural singulier, avec les cimetières fatimides et leurs mausolées à coupole. Parmi eux figurent le Mashhad des 77 gouverneurs, le mausolée de l’Aga Khan, visible depuis la rive ouest, et le tombeau du cheikh Harun, situé sur les hauteurs orientales de la ville.
Le patrimoine chrétien comprend plusieurs édifices notables, dont la cathédrale Saint-Michel-Archange, l’église de l’Immaculée Vierge Marie et de Saint Daniel Comboni, les deux églises de la Sainte Vierge, ainsi que la chapelle de l’hôpital de la mission protestante, témoignant de la diversité confessionnelle locale.
Enfin, Assouan possède des espaces culturels et de loisirs majeurs, comme le jardin Ferial, offrant une vue sur l’île Éléphantine, et surtout le musée de Nubie, consacré à l’histoire et aux cultures nubiennes. Le musée du Nil d’Assouan, l’ancien barrage d’Assouan et le haut barrage d’Assouan complètent cet ensemble, tandis que le grand bazar du Schariʿ es-Sūq anime le cœur moderne de la ville.

55. Les sept monastères coptes de la région de Naqāda (Haute Égypte)
Située entre Naqāda et Qamūlā, sur la rive ouest du Nil dans le gouvernorat de Qina, la région abrite un ensemble monastique copte exceptionnel. Ces monastères, fondés entre l’Antiquité tardive et le Moyen Âge, s’inscrivent à la lisière des terres cultivées et du désert. Ils témoignent du rôle spirituel, culturel et historique majeur de la Haute-Égypte chrétienne.
Implantés le long des anciennes routes reliant la vallée du Nil aux plateaux désertiques, ces établissements furent des centres de prière, d’érudition et d’accueil. Plusieurs sont associés à des figures majeures du monachisme copte, comme saint Pisentius ou saint André Abū el-Līf. Leur architecture mêle briques crues, coupoles, basiliques à nefs multiples et vestiges antiques réemployés.
Aujourd’hui, ces monastères constituent un patrimoine religieux unique, encore vivant pour certains, déserté pour d’autres. Leur diversité architecturale et leur continuité historique font de la région de Naqāda un paysage monastique parmi les plus riches d’Égypte.
55 A. Le monastère du Nord de l’Archange Michel (Région de Naqāda)
Le monastère copte orthodoxe du Nord de l’Archange Michel (Deir el-Malāk Mīchāʾīl) est le plus septentrional des monastères situés entre Naqāda et Qamūlā. Implanté à environ huit kilomètres au sud-ouest de Naqāda, il se trouve à l’ouest du Nil, à proximité d’anciens cimetières. L’ensemble est entouré de murs partiels et ouvre à l’est sur des jardins et des terres agricoles.
Le cœur du monastère est constitué de l’église de l’Archange Michel, basilique à trois nefs surmontée d’un dôme. Le haïkal central est dédié à l’archange Michel et précédé d’une iconostase moderne illustrant la Cène. Les murs et piliers portent de nombreuses icônes de saints et de Pères de l’Église.
Au sud se trouve l’église de la Sainte Vierge, également à trois nefs et dotée de trois haïkale dédiés à Abba Abraham, à Marie et à Abba Antoine. À l’ouest, une grande salle de conférence complète l’ensemble monastique, toujours en activité.
55 B. Le monastère de la Sainte-Croix (Région de Naqāda)
Le monastère de la Sainte-Croix de Ḥāgir Danfīq (Dair as-Ṣalīb al-muqaddas) est attesté au moins depuis le VIIᵉ siècle et fut reconstruit à plusieurs reprises. Selon la tradition, sa fondation remonterait à l’impératrice Hélène. Entouré d’une enceinte, il se distingue par la concentration de plusieurs églises dans un espace restreint.
L’édifice principal est l’église de la Sainte-Croix, basilique à trois nefs coiffée d’un dôme. Les haïkale sont dédiés à l’archange Michel, à la Sainte-Croix et à Jean-Baptiste. Des icônes modernes et anciennes, dont celles de Shenouda, d’Hélène et de Constantin, ornent les murs.
Le monastère comprend également l’église de la Bienheureuse Vierge Marie, l’église Saint-Jean-Baptiste et l’église du père Shenouda, chacune accessible par des passages internes. L’ensemble reflète une continuité liturgique rare dans la région.
55 C. Le monastère d’Abū el-Līf (Région de Naqāda)
Le monastère d’Abū el-Līf, dédié à saint André, est situé à courte distance à l’est du monastère de la Sainte-Croix. Il est associé à la figure d’Abū el-Līf, moine ascète connu pour un miracle lié à l’apparition d’une source. Le monastère conserve une forte tradition hagiographique.
L’église principale est une construction à coupole composée de quatre nefs. Les sanctuaires sont dédiés à Abba Antoine, Abba André, Abba Makari et à la Vierge Marie. Les fonts baptismaux se trouvent dans l’angle occidental, près de l’entrée.
À gauche de l’église se situe le réfectoire monastique. Bien que peu de vestiges anciens subsistent, le plan originel du monastère est documenté et transmis par les moines locaux.
55 D. Le monastère de Mar Girgis el-Magmaʿ (Région de Naqāda)
Le monastère de Mar Girgis el-Magmaʿ est perché sur une petite colline désertique au sud de Ḥāgir Danfīq. Il constitue l’un des ensembles monastiques les plus anciens de la région, avec des origines remontant à la fin du IVᵉ siècle. Son implantation marque la transition entre terres fertiles et désert.
Son édifice principal est l’église Saint-Georges, basilique à trois nefs construite en briques crues. Elle est surmontée de dômes soutenus par des arcs transversaux, une structure unique en Égypte. Les sanctuaires sont dédiés à saint Ménas, saint Georges et à la Vierge Marie.
Le site comprend aussi les vestiges de l’église de l’Archange Michel, de l’église Saint-Jean et d’une petite église de la Sainte Vierge. Ces édifices témoignent d’un complexe monastique autrefois étendu et richement décoré.
55 E. Le monastère d’Anba Pisentius (Région de Naqāda)
Le monastère d’Anba Pisentius fut initialement érigé autour du tombeau de Saint Pisentius. Situé au nord de Qamūlā, il est entouré de remparts et borde le désert. Sa forme actuelle date du début du XXᵉ siècle, bien que le culte y soit beaucoup plus ancien.
L’élément central est l’église à coupole dédiée à saint Pisentius, basilique à trois nefs. Les haïkales sont consacrés à Anba André, à Anba Pisentius et à la Vierge Marie. L’iconostase présente des scènes de la Cène et de la vie du Christ.
Des icônes de saints coptes et de l’archange Michel ornent les piliers. Le monastère demeure un lieu de pèlerinage régional important, lié à la mémoire spirituelle de la Haute-Égypte.
55 F. Le monastère de Mar Buqtur (Région de Naqāda)
Le monastère de Mar Buqtur, dédié à saint Victor, est aujourd’hui inhabité. Documenté depuis le XIIIᵉ siècle, il se situe dans la région de Qamūlā, à l’écart des zones agricoles. Il est associé à la figure du moine Athanase, devenu évêque de Qus.
L’ensemble est entouré d’une enceinte et comprend deux églises dédiées à saint Victor. L’église la plus ancienne, probablement fondée entre le VIIIᵉ et le IXᵉ siècle, est une basilique à trois nefs surmontée de coupoles. Les chapelles sont dédiées à la Vierge Marie, à saint Victor et à l’archange Michel.
Des vestiges de fresques représentant anges et saints subsistent dans les chambres à coupole. Une église plus récente, également dédiée à saint Victor, fut construite au sud de la première.
55 G. Le monastère du Sud de l’Archange Michel (Région de Naqāda)
Le monastère du Sud de l’Archange Michel (Deir el-Malāk Mīchāʾīl) à Qamūlā aussi appelé monastère de la Source, est attesté dès le début du XIIIᵉ siècle. Il doit sa renommée à une source d’eau réputée, mentionnée par les chroniqueurs médiévaux. Le site est entouré d’anciennes tombes aujourd’hui abandonnées.
Le monastère est ceint d’un mur et comprend deux églises reliées entre elles. La plus ancienne, au sud, est composée de neuf nefs à coupoles identiques. Le chœur et l’abside forment un ensemble triconque, caractéristique rare dans la région.
L’église nord, dédiée à la Vierge Marie, possède douze coupoles et trois haïkale. Elle la seule partie actuellement accessible aux visiteurs. L’ensemble illustre l’évolution architecturale du monachisme copte en Haute-Égypte.

56. El-Qal’a (Haute Égypte)
El-Qal’a est un village de Haute-Égypte situé sur la rive orientale du Nil, au nord de Qift, dans le gouvernorat de Qina. Entouré aujourd’hui d’un tissu d’habitations rurales, le site conserve un caractère discret malgré son importance archéologique. Le village tire son nom de la présence d’un ancien sanctuaire, visible depuis les zones périphériques, et intimement lié à l’histoire religieuse de la région de Coptos.
Le principal site est le temple d’Isis, implanté au cœur même du village. L’édifice, de dimensions modestes, s’intègre directement dans l’environnement bâti actuel. Ses côtés est et sud restent les plus accessibles et permettent d’observer les deux entrées correspondant à des axes cultuels perpendiculaires, disposition relativement rare pour un sanctuaire de cette époque.
L’entrée orientale menait autrefois à un vestibule donnant accès à des cryptes situées dans les angles.
Le sanctuaire occidental est entouré sur trois côtés par un déambulatoire. Il dessert plusieurs espaces symboliques, notamment le Per-wer et le Per-nu, associés aux cultes de Haute et Basse-Égypte. Au sud, une porte mène au Wabet, espace rituel utilisé lors des cérémonies du Nouvel An, ainsi qu’à une crypte destinée à la conservation des images de culte.
L’originalité du temple réside dans son second axe cultuel. L’entrée sud conduit à un sanctuaire secondaire, également dédié à Isis, mais selon une conception théologique différente. Les reliefs de sacrifices visibles sur cette façade sont particulièrement lisibles lorsque le soleil éclaire directement la pierre, révélant des scènes impériales finement sculptées.
Les murs extérieurs sud et ouest conservent des registres décoratifs remarquables, représentant l’empereur offrant des sacrifices à diverses divinités. Ces scènes, baignées de lumière en milieu de journée ou en fin d’après-midi, constituent l’un des éléments les plus expressifs du site, malgré l’absence de protection architecturale élaborée.
57. Site archéologique El-Gebelein (Haute Égypte)
El-Gebelein est un site archéologique majeur de Haute-Égypte situé sur la rive ouest du Nil, à environ vingt-huit kilomètres au sud de Louxor. Il fait face au village d’el-Maʿalla, sur la rive orientale, et se compose de deux collines calcaires dominantes dans le paysage fluvial.
La colline orientale abrite les vestiges du temple d’Hathor, dont les origines remontent à l’époque archaïque. Une stèle royale témoigne d’une occupation dès les premières dynasties, tandis que Mentouhotep II y fit ériger un sanctuaire qui fut agrandi sous Thoutmôsis III.
Après la fin du Nouvel Empire, le temple fut détruit avant d’être reconstruit à l’époque ptolémaïque. Aujourd’hui, seuls subsistent des fragments de murs, des blocs sculptés et des fondations visibles sur le flanc oriental de la colline.
La colline nord-ouest renferme une vaste nécropole composée de tombeaux privés s’étendant de la période prédynastique à la Deuxième Période Intermédiaire. Ces sépultures, creusées dans la roche, témoignent d’une occupation funéraire continue sur plusieurs millénaires.
Parmi les monuments les plus remarquables figure le tombeau d’Iti, daté de la Première Période Intermédiaire. Ses peintures murales, aujourd’hui conservées au Musée égyptien de Turin, représentent des scènes agricoles, artisanales, militaires et le couple du gouverneur défunt.
À l’époque gréco-romaine, la cité antique s’étendait au pied de la colline orientale. Il n’en reste actuellement que des amas de décombres, rappelant l’importance économique du site, fondée sur l’agriculture, la production de lin et l’extraction du calcaire.

58. Monastère Deir el-Fachuri (Haute Égypte)
Deir el-Fachuri est un monastère copte situé dans le gouvernorat de Louxor, sur la rive ouest du Nil. Il se trouve en bordure du désert, au nord-ouest d’Esna, à proximité du village d’Asfun el-Matāʿna et du hameau de Nagʿ el-Zineiqa.
Les origines du monastère remontent à la première moitié du VIIIe siècle. Implanté à l’écart des zones cultivées, il est entouré d’une haute muraille qui souligne son caractère défensif et son isolement spirituel.
Le site est associé à la figure de Saint Matthieu le Potier, moine ayant vécu entre Esna et Asfun. Il aurait d’abord rejoint la vie monastique dans l’église de la Sainte Vierge à el-Maqbabat avant de se retirer dans cette région désertique.
Le cœur du complexe est constitué de l’église Saint-Matthias-le-Potier, célèbre pour ses fresques datées du XIe au XIIIe siècle. Celles-ci représentent notamment Jésus, les douze apôtres, des anges et plusieurs saints coptes.
À l’intérieur se trouvent également trois sarcophages formant le Saint des Saints. Ces monuments sont ornés de peintures murales aux couleurs encore visibles, illustrant la richesse iconographique de l’art chrétien médiéval égyptien.
Après une longue période d’abandon, le monastère est de nouveau habité par des moines depuis 1975. Plusieurs tombes chrétiennes des environs, datant du XVe siècle, complètent l’intérêt historique du site.
59. Monastère Deir ez-Shuhada (Haute Égypte)
Deir ez-Shuhada est un monastère copte situé à environ six kilomètres au sud d’Esna, sur la rive ouest du Nil. Implanté dans le gouvernorat de Louxor, il occupe un espace isolé, propice à la vie monastique et à la méditation.
Le monastère fut fondé au IVe siècle par Ammonius, évêque d’Esna, en mémoire de trois mille six cents martyrs chrétiens persécutés sous les règnes de Dèce et de Dioclétien. La tradition attribue parfois sa fondation à l’impératrice Hélène.
À cette époque, Esna constituait un centre important de la chrétienté. Ammonius partageait son temps entre la communauté monastique et les fidèles de la ville, renforçant le rôle spirituel et mémoriel du site.
Le monastère actuel est entouré d’un haut mur et abrite une communauté d’environ vingt nonnes. L’ensemble architectural est structuré autour de deux églises distinctes, reflétant différentes phases de construction.
L’ancienne église, au nord, date des Xe et XIe siècles et est dédiée aux Saints martyrs. Elle comprend plusieurs sanctuaires décorés de fresques, dont l’inscription de l’année 502 AM, correspondant à 786 de notre ère.
La nouvelle église, construite en 1931 et dédiée à la Vierge Marie, possède trois sanctuaires consacrés à Saint Georges, à la Vierge et à l’archange Michel. Au nord du complexe se trouvent également les ruines du monastère de Saint Isaac, vestige d’un ancien établissement monastique.
60. Shanhur (Haute Égypte)
Shanhur ou Chanhour est un village moderne du gouvernorat de Qina, implanté sur la rive orientale du Nil, à distance modérée du fleuve. Sa position géographique le place entre Louxor et Qift, dans une zone historiquement marquée par les échanges religieux entre les grands centres de Haute-Égypte. Le site actuel recouvre en partie un ancien établissement sacré.
L’attraction principale est le complexe de temples romains, situé à l’ouest du village. L’enceinte, partiellement close par un mur, protège les vestiges visibles d’un sanctuaire dédié à Isis et à des divinités associées. L’accès au site demeure réglementé, soulignant la fragilité et la valeur patrimoniale de l’ensemble.
La construction du temple principal débuta sous Auguste et se poursuivit sous plusieurs empereurs romains. Le pronaos constituait l’entrée monumentale du complexe, avec une façade à colonnes et une salle transversale reliant le temple principal à une chapelle latérale. Les bases de colonnes et les sols permettent encore de restituer la circulation rituelle.
Le temple se compose de trois salles successives menant au sanctuaire et à son déambulatoire. Il dessert plusieurs chapelles, des cryptes et l’accès à la cour du Nouvel An. Le Wabet, espace central des rites solaires, conserve des éléments décoratifs tardifs, dont un plafond astronomique partiellement lisible.
Les murs intérieurs présentent une iconographie dense organisée en registres. Les scènes montrent l’empereur accomplissant des offrandes devant Isis, Amon-Rê, Osiris et d’autres divinités locales. Cette décoration illustre l’intégration de traditions thébaines et coptes dans un même programme religieux.
Au nord du temple se trouvent les vestiges de la mosquée Hammām-esch-Shanhūrī, identifiable par son minaret en briques de terre crue. L’édifice, attribué à un notable régional du XVIIIe siècle, témoigne de la continuité d’occupation du site et de la superposition des fonctions religieuses au fil des siècles.

61. El-Madamud (Haute Égypte)
El-Madamud est un village de Haute-Égypte situé au nord-est de Louxor, sur la rive orientale du Nil. À l’ouest de l’agglomération se trouve l’un des plus anciens sites cultuels documentés du pays, attestant d’une occupation religieuse continue depuis les périodes les plus anciennes de l’histoire égyptienne.
Le site archéologique principal est le temple du mois, édifié à l’emplacement de l’antique Madu. Ce sanctuaire, consacré à Montou, remonte à la fin de l’Ancien Empire, bien que les vestiges visibles aujourd’hui appartiennent essentiellement à la période gréco-romaine. L’accès est généralement soumis à une autorisation spéciale.
Depuis l’ancien quai, une allée de sphinx d’environ deux cents mètres menait autrefois au temple. À proximité se dressent les vestiges de la porte de Tibère, marquant le point de passage rituel lors des processions. Cette mise en scène architecturale souligne l’importance cérémonielle du site.
Le temple lui-même est aujourd’hui très ruiné. Les fondations, les bases de colonnes et quelques éléments du pronaos permettent néanmoins d’en reconstituer l’organisation. Cinq colonnes presque intactes, attribuées à Ptolémée VIII, figurent parmi les éléments les plus impressionnants conservés sur place.
Au sud du temple se trouvent un lac sacré et un puits datant de l’époque ptolémaïque. La présence de plusieurs accès occidentaux laisse supposer l’existence d’autres édifices cultuels aujourd’hui disparus, témoignant d’un ensemble religieux plus vaste qu’il n’y paraît.
Des fragments architecturaux dispersés au sud de la porte de Tibère conservent des cartouches et des scènes en relief. Ces blocs, principalement datés de la période gréco-romaine, rappellent la richesse décorative initiale du sanctuaire malgré l’état très lacunaire des structures actuelles.
62. Et-Tod (Haute Égypte)
Et-Tod ou Et-Tôd est une ville de Haute-Égypte située sur la rive orientale du Nil, au sud de Louxor, face à Armant. Centre religieux majeur de l’Antiquité, le site faisait partie des principaux lieux de culte dédiés à Month, divinité guerrière et solaire vénérée avant l’ascension d’Amon.
Le cœur archéologique de la ville est le temple du mois, dont les origines remontent à la IVe dynastie et au Moyen Empire. Les structures visibles aujourd’hui datent principalement de la période gréco-romaine, mais les fouilles ont révélé une occupation continue jusqu’à l’époque copte.
L’accès au site s’effectue par l’est, à proximité du quai antique. De là part une allée de sphinx construite sous Ptolémée IV, menant vers l’entrée monumentale du temple. Cette mise en scène fluviale et processionnelle souligne l’importance rituelle du complexe.
Le temple conserve partiellement son pronaos et sa salle hypostyle, édifiés sous Ptolémée VIII et Antonin le Pieux. La cour à colonnades livrait autrefois accès à plusieurs salles secondaires, dont la salle dédiée à Tjenenet, déesse associée aux naissances royales.
Les décors intérieurs montrent Month sous diverses formes ainsi que des scènes d’offrandes à Rê et aux grandes divinités thébaines. Le site est également célèbre pour le Trésor de Tod, découvert dans les fondations du temple et aujourd’hui conservé au musée égyptien du Caire.
Au sud de la ville se trouve le monastère des Saints du diocèse de Louxor, témoin de la continuité spirituelle du lieu. Cet édifice chrétien s’inscrit dans un paysage sacré façonné par plusieurs millénaires de pratiques religieuses successives.
63. El-Maʿalla (Haute Égypte)
El-Maʿalla est un village de Haute-Égypte situé sur la rive orientale du Nil, à une quarantaine de kilomètres au sud de Louxor. Il est principalement connu pour avoir donné son nom à une ancienne nécropole rupestre, liée au 3e nome de Haute-Égypte. Le paysage est dominé par des falaises calcaires, au pied desquelles s’étendent les vestiges funéraires.
Le site archéologique d’Abū Saʿīd se trouve immédiatement au nord du village. Il correspond à l’ancienne nécropole provinciale associée à la cité disparue de Hefat. Aucun vestige urbain de cette ville n’a été identifié, mais son existence est attestée par les inscriptions funéraires et par la continuité du culte local.
La nécropole comprend plusieurs tombes rupestres creusées dans la falaise occidentale. Ces sépultures appartenaient aux gouverneurs provinciaux du 3e nome et datent de l’Ancien Empire et de la Première Période Intermédiaire. Leur implantation élevée symbolisait à la fois le prestige social et la proximité avec le monde divin.
Le monument le plus remarquable est le tombeau d’Ankhtifi. Il s’agit d’une vaste salle transversale soutenue par de nombreux piliers, dont les parois sont couvertes de scènes peintes et de rares reliefs. Les représentations décrivent des activités quotidiennes, agricoles, artisanales et militaires, offrant un témoignage exceptionnel sur la vie provinciale.
Les piliers du tombeau portent également une longue autobiographie idéalisée d’Ankhtifi. Le gouverneur y relate les famines, ses actions en faveur de la population et ses campagnes militaires menées entre Éléphantine et Thèbes. Ce texte est l’un des documents historiques majeurs de la période troublée précédant la XIe dynastie.
Au nord se trouve le tombeau de Sobekhotep, plus modeste et moins bien conservé. Il comprend plusieurs puits funéraires et des reliefs fragmentaires représentant des animaux et des porteurs d’offrandes. La visite du site reste encadrée, les billets étant délivrés à la billetterie du temple de Louxor.
64. Deir esh-Shalwit (Haute Égypte)
Deir esh-Shalwit est un site archéologique situé sur la rive ouest du Nil, au sud de Médinet Habou, en bordure immédiate des terres cultivées. L’ensemble se distingue par son isolement relatif et par son bon état de conservation après plusieurs campagnes de restauration.
L’accès se fait par la route longeant la rive thébaine occidentale, en passant devant de grands ensembles monumentaux. À proximité se trouve la maison de fouilles française, repère discret dans ce paysage archéologique dominé par les temples antiques.
Le site est centré sur le temple d’Isis et Montou, édifié à l’époque romaine. De dimensions modestes, il est construit en grès et précédé à l’est par un propylée indépendant intégré à une vaste enceinte en briques. Cette disposition souligne le caractère sacré et fermé du sanctuaire.
Les reliefs du propylée montrent plusieurs empereurs romains accomplissant des offrandes à de nombreuses divinités égyptiennes. Les scènes associent traditions pharaoniques et iconographie impériale, illustrant la continuité religieuse sous domination romaine.
À l’intérieur, seuls le sanctuaire et les piliers d’une chapelle conservent des décors. S’y observent des scènes d’adoration impériale ainsi qu’un escalier menant au toit et à une crypte rituelle. Le reste du temple demeure inaccessible, mais lisible dans son organisation.
Bien que connu dès le XIXe siècle, le temple fut étudié de manière approfondie au XXe siècle. Les restaurations récentes ont permis de stabiliser les structures et de rendre le site accessible, offrant un exemple rare de sanctuaire romain rural en Haute-Égypte.

65. Kom Ombo (Haute Égypte)
Kom Ombo est une ville moyenne de Haute-Égypte, située sur la rive orientale du Nil, entre Edfou et Assouan. Son développement moderne repose principalement sur l’agriculture, tandis que son importance historique est liée à son célèbre sanctuaire antique. La ville compte aujourd’hui environ soixante-douze mille habitants.
Peu de vestiges antérieurs à l’époque gréco-romaine subsistent, bien que des traces du Paléolithique et de la XVIIIe dynastie aient été identifiées. Le site majeur se situe à l’écart de la ville, sur les rives du Nil, facilement accessible depuis le centre urbain.
Le temple double de Kom Ombo, dédié à Sobek et Haroéris, constitue l’un des exemples les plus singuliers de l’architecture religieuse ptolémaïque. Sa structure parfaitement symétrique reflète la dualité du culte, avec deux entrées, deux sanctuaires et des salles parallèles.
La cour intérieure mène à un pronaos richement décoré de bas-reliefs, où les deux divinités reçoivent des offrandes royales. Les scènes se poursuivent dans les salles hypostyles et les antichambres, jusqu’aux sanctuaires intérieurs, dédiés séparément à Sobek, dieu crocodile, et à Haroéris, dieu faucon.
Autour du temple se trouvent plusieurs annexes, dont le mammisi, les nilomètres, ainsi que des vestiges de chapelles secondaires consacrées à Sobek et à Hathor. Ces structures complètent la compréhension du fonctionnement rituel et hydraulique du complexe.
À proximité immédiate se trouve le musée du crocodile, qui expose des crocodiles momifiés, des œufs, ainsi que des statues et reliefs liés au culte de Sobek.

66. Gebel el-Silsila (Haute Égypte)
Gebel el-Silsila est le plus important site de carrières de grès de l’Égypte antique, situé sur les deux rives du Nil, là où le fleuve se resserre entre de hautes falaises. Ce lieu stratégique a fourni la pierre destinée à de nombreux temples majeurs de Haute-Égypte, de l’époque pharaonique à l’ère gréco-romaine.
Sur la rive ouest se concentre la majorité des monuments accessibles, dont le remarquable Speos de Horemheb, vaste temple rupestre dédié à Amon, Mout, Khonsou, Sobek et au pharaon divinisé. Les piliers, sanctuaires et galeries sont richement décorés de scènes rituelles et de stèles royales.
À proximité se trouvent plusieurs stèles rupestres, dont les stèles de Ramsès III, Shoshenq Ier et Ramsès V, témoignant de l’exploitation continue du site pour les grands projets monumentaux, notamment ceux liés au temple de Karnak.
Le site compte également vingt-huit chapelles rupestres du Nouvel Empire, servant de cénotaphes à de hauts dignitaires. Certaines sont attribuées à des personnages majeurs comme Senenmout ou Hapouseneb, illustrant le lien étroit entre pouvoir administratif et contrôle des carrières.
Plus au sud apparaissent les zones d’extraction, avec des carrières antiques, des galeries creusées dans la roche et les stèles rupestres de Séthi Ier, Ramsès II et Merenptah, dédiées aux divinités du Nil.
La rive est, moins fréquentée, offre des vestiges complémentaires, tels que des sphinx inachevés, le kiosque d’Amenhotep III, le bassin portuaire, et de nombreux dessins rupestres. Elle permet également une vue d’ensemble sur les monuments monumentaux de la rive occidentale.
67. El-Kab (Haute Égypte)
El-Kab, anciennement Nekheb, est l’un des plus anciens centres religieux de Haute-Égypte, dédié à la déesse-couronne Nekhbet. Occupé du Paléolithique à l’époque ptolémaïque, le site conserve une stratification exceptionnelle de vestiges religieux, funéraires et urbains. Il se situe sur la rive orientale du Nil, à environ quinze kilomètres au nord d’Edfou, dans un paysage dominé par des falaises de grès.
Les puissantes fortifications en briques crues de la ville antique, visibles de loin, témoignent de l’importance stratégique d’El-Kab. À l’est de la route moderne se trouvent les zones accessibles aux visiteurs, notamment les tombeaux rupestres et les temples du désert. Le Nil, aujourd’hui proche des remparts, coulait autrefois plus à l’ouest, modifiant la topographie du site.
La nécropole du Nouvel Empire comprend plusieurs tombes majeures, dont le tombeau de Paheri, célèbre pour la richesse de ses scènes agricoles, religieuses et funéraires. Les reliefs colorés illustrent la vie quotidienne, les rites funéraires et le rôle administratif du défunt, maire de Nekheb et grand prêtre de Nekhbet.
À proximité se trouvent le tombeau de Setau, daté de l’époque ramesside, et le tombeau d’Ahmose, fils d’Ibana, remarquable pour sa grande inscription biographique retraçant les guerres contre les Hyksos. Ces textes constituent des sources historiques majeures sur la XVIIIe dynastie.
Le tombeau de Reneni complète cet ensemble par ses scènes agricoles et ses banquets funéraires, illustrant les élites provinciales sous Amenhotep Ier. L’ensemble des tombes offre une lecture détaillée de l’organisation sociale, économique et religieuse de la Haute-Égypte pharaonique.
Dans le désert oriental se trouvent les temples rupestres, notamment les Hémispéos ptolémaïques, le temple de Setau (el-Hammām) et le temple d’Amenhotep III. S’ajoutent des inscriptions rupestres, le temple principal de Nekhbet, et la Beit Somers Clarke, maison historique du début du XXe siècle, inscrite au patrimoine.
68. Madinat Habu (Haute Égypte)
Madinat Habu est l’un des plus vastes sites archéologiques de la rive ouest de Louxor. Situé en bordure des terres fertiles, il formait un complexe religieux et administratif majeur, destiné au culte funéraire royal et au culte d’Amon.
L’ensemble est entouré d’un puissant mur d’enceinte percé de plusieurs accès monumentaux, dont la porte Haute et la porte Ouest. Ces portails marquaient la transition entre le monde profane et l’espace sacré du complexe.
Le cœur du site est le temple funéraire de Ramsès III, véritable forteresse cultuelle. Ses pylônes, ses cours et ses salles hypostyles sont couverts de reliefs célébrant les victoires militaires du souverain et les rituels accomplis en l’honneur des dieux.
À l’intérieur de l’enceinte se trouvent également le temple d’Hatchepsout, souvent appelé Petit Temple, ainsi que plusieurs bâtiments annexes. Parmi eux figurent les chapelles funéraires des épouses du dieu Amon, le lac sacré et le palais royal, étroitement liés aux cérémonies.
Le complexe comprenait aussi des espaces administratifs et cérémoniels, comme la revue, où se déroulaient des rassemblements rituels.
À l’extérieur de l’enceinte, au nord-est, se trouvent les vestiges du temple funéraire d’Ay et Haramhab. Bien que très ruiné, cet ensemble complète la compréhension du paysage sacré de la rive ouest à la fin du Nouvel Empire.
69. Armant (Haute Égypte)
Armant est une ville de Haute-Égypte située sur la rive ouest du Nil, en face d’Et-Tod. Elle fut l’un des principaux centres de culte du dieu Month, divinité guerrière et solaire, bien avant l’essor religieux de Thèbes.
Des vestiges prédynastiques témoignent d’une occupation très ancienne du site. Sous la XIe dynastie, Armant joua un rôle clé dans la réunification du pays, et plusieurs souverains portèrent le nom de Montouhotep en référence au dieu local.
Le temple d’Armant, dédié à Month, fut agrandi à plusieurs reprises avant d’être détruit puis reconstruit à l’époque gréco-romaine. Aujourd’hui, seuls subsistent des vestiges de fondations visibles en plein centre-ville, au cœur du quartier du bazar.
Au nord-ouest de la ville s’étendait la nécropole des taureaux sacrés Buchis, connue sous le nom de Bucheum. Ce vaste ensemble funéraire était consacré aux animaux divins associés à Month et resta en usage jusqu’à l’époque romaine.
Armant fut également un centre copte important et siège d’un évêché. Bien que l’ancienne basilique ait disparu, la tradition chrétienne demeure fortement ancrée dans la région environnante.
À une dizaine de kilomètres au sud-ouest se trouve le monastère Saint-Georges d’ar-Rizaiqat, lieu de pèlerinage réputé. Toujours habité, il attire chaque année de nombreux fidèles lors des célébrations dédiées à saint Georges.

70. Esna (Haute Égypte)
Esna est une ville de Haute-Égypte située sur la rive ouest du Nil, entre Louxor et Edfou. Occupée depuis le Paléolithique, elle constitue un ancien carrefour entre la vallée du Nil, le désert occidental et les routes caravanières menant vers le Soudan. Son tissu urbain conserve de nombreuses strates historiques.
La ville s’est développée à l’extrémité méridionale du gouvernorat de Louxor et comptait environ soixante-neuf mille habitants au début du XXIe siècle. Longtemps centre commercial actif, Esna reliait la vallée du Nil aux pistes caravanières de la dépression d’el-Kharga et à la route de Darb el-Arbaʿīn.
Le monument antique majeur est le temple de Khnoum, enfoui en grande partie sous la ville moderne. Son pronaos, seul élément dégagé, date essentiellement de la période romaine et constitue l’un des ensembles décorés les plus tardifs de l’Égypte pharaonique. L’accès se fait par un escalier descendant sous le niveau de la rue.
Les colonnes monumentales sont couvertes de scènes cultuelles représentant plusieurs empereurs romains accomplissant des rituels selon l’iconographie pharaonique traditionnelle. Les plafonds du pronaos sont décorés de remarquables représentations astronomiques. Le visiteur y distingue le parcours du soleil, des constellations, les décans et la déesse céleste Nout. Ces scènes constituent l’un des ensembles cosmiques les plus complets conservés dans un temple égyptien.
À proximité immédiate du temple se trouve la basilique, édifice chrétien tardif construit au même niveau que le sanctuaire antique. Elle présente une organisation simple à colonnes et abside, témoignant de la transition entre l’époque romaine et l’implantation du christianisme dans la région.
L’édifice copte le plus important de la ville est l’église de la Sainte Vierge, située au sud du temple. Elle comprend trois nefs et plusieurs heikales dédiés à saint Georges, à la Vierge Marie et à l’archange Michel, avec un riche ensemble d’icônes conservées.
Parmi les monuments islamiques, le minaret d’el-ʿAmrīya domine le quartier du temple. Daté de l’époque fatimide, il se distingue par sa structure segmentée et son cadran solaire encore visible. Il fait partie d’un ensemble de minarets édifiés pour affirmer le pouvoir religieux dans la vallée.
Au nord du temple se dresse le Wikālat el-Gidāwī, ancien caravansérail ottoman destiné au commerce transafricain. Sa cour intérieure servait aux échanges et à l’hébergement des marchands, tandis que les marchés couverts environnants animaient le quartier du bazar Qaiṣārīya.
L’Esna moderne conserve également des ateliers traditionnels, dont le moulin à huile de Bakur, ainsi que des maisons coptes anciennes et des villas de la période coloniale. En périphérie, le vieux barrage d’Esna, le nouveau barrage et le barrage du canal d’Aṣfūn illustrent l’histoire de la régulation du Nil et complètent la visite de la ville.
71. Lac Nasser (Haute Egypte)
Le lac Nasser est un immense réservoir artificiel situé au sud de l’Égypte, en Basse-Nubie, au sud d’Assouan. Il s’étend sur environ cinq cents kilomètres, dont une partie importante se trouve sur le territoire soudanais, où il est nommé lac de Nubie. Sa création a profondément modifié le paysage naturel et culturel de la vallée du Nil.
Le Nil constituait depuis l’Antiquité la seule source de subsistance de l’Égypte, mais ses crues imprévisibles rendaient l’agriculture incertaine. Afin de maîtriser le fleuve, un premier ouvrage, l’ancien barrage d’Assouan, fut construit à la fin du XIXᵉ siècle, sans parvenir à éliminer durablement les inondations estivales.
Face à la croissance démographique et aux besoins agricoles et énergétiques, le haut barrage d’Assouan fut édifié entre 1960 et 1971. Cet ouvrage colossal, long de 3,6 kilomètres et haut de 121 mètres, permit la régulation permanente du Nil et la production d’électricité à grande échelle.
La mise en eau du barrage entraîna la formation du lac Nasser, recouvrant l’ancien paysage nubien et de nombreux sites archéologiques. Une vaste campagne internationale permit le déplacement de monuments majeurs, aujourd’hui classés au patrimoine mondial de l’Unesco, parmi lesquels Abou Simbel, Kalabsha et Wadi es-Sebua.
Historiquement, la Nubie constituait une zone de contact entre les cultures égyptienne et nubienne, sans jamais appartenir pleinement à l’Égypte antique. Les royaumes nubiens et égyptiens y exercèrent tour à tour leur influence, laissant de nombreux vestiges aujourd’hui submergés ou déplacés.
Depuis les années 1990, le lac Nasser attire chercheurs, passionnés d’égyptologie et amateurs de pêche. Les croisières permettent de découvrir des sites isolés, des paysages désertiques spectaculaires et des monuments antiques réinstallés sur ses rives, témoins d’un patrimoine sauvé des eaux.
71 A. Nouveau Kalabsha (Lac Nasser)
Le nouveau Kalabsha, également appelé Kalabsha el-Gadida, est un site archéologique situé sur une île proche de la rive ouest du lac Nasser, à environ neuf kilomètres au sud du haut barrage d’Assouan. Il accueille plusieurs monuments déplacés afin d’échapper à la submersion liée à la création du lac.
Le monument principal est le temple de Kalabsha, dédié au dieu nubien Mandulis, assimilé à Horus. Reconstruit à l’époque romaine sous l’empereur Auguste, il repose sur des fondations plus anciennes remontant à la période ptolémaïque et à la XVIIIᵉ dynastie.
Le temple se compose d’une cour ouverte, d’un vestibule et de trois sanctuaires successifs, entourés d’une enceinte de pierre. Les reliefs représentent Auguste accomplissant des rites devant Mandulis, Isis et Horus, mêlant iconographie égyptienne traditionnelle et influences romaines.
À proximité immédiate se trouve la chapelle rupestre de Dedun, dédiée au dieu nubien de l’encens. Ce sanctuaire comprend une cour ouverte et une chambre creusée dans la roche, accompagnée d’une stèle commémorative évoquant les campagnes nubiennes de Séthi Ier.
Le kiosque de Qirtasi, de dimensions modestes mais élégantes, rappelle par son architecture celui de Philae. Il conserve des colonnes hathoriques et composites, ornées de reliefs représentant le pharaon devant Isis-Hathor et Harpocrate.
En contournant le complexe vers le nord, le visiteur atteint le temple rupestre de Beit el-Wali, édifié sous Ramsès II. Ses reliefs exceptionnels illustrent les campagnes militaires du souverain contre les Nubiens et les Syriens, ainsi que des scènes rituelles conservant encore leurs couleurs d’origine.
71 B. New Subuʿ (Lac Nasser)
Le New Subuʿ, également nommé Subuʿ el-Gadida, est un site archéologique reconstruit sur la rive ouest du lac Nasser. Il regroupe plusieurs temples déplacés afin de préserver les monuments antiques menacés par la montée des eaux après la construction du haut barrage.
Le site n’est accessible que par croisière sur le lac Nasser, ce qui renforce son caractère isolé. Il constitue l’un des ensembles monumentaux les plus impressionnants de Nubie, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco avec les autres sites environnants.
L’Ouadi es-Seboua ou la « vallée des lions » dévoile un ensemble de temples fascinant, dominé par un grand temple hémispéos édifié sous Ramsès II. Construit entre la 35ᵉ et la 50ᵉ année de son règne, ce sanctuaire occupait autrefois une position stratégique, à la croisée des routes caravanières et à l’entrée d’un coude du Nil redouté des navigateurs. Lieu de résidence du vice-roi de Koush à l’époque ramesside, le site succédait à un ancien sanctuaire d’Amenhotep III dédié à Amon, plus tard réorienté vers le culte d’Horakhty durant la période amarnienne.
En approchant du temple, le voyageur emprunte une allée autrefois gardée par des sphinx, qui valut au site son nom arabe. Deux cours à ciel ouvert, bordées de statues monumentales et de sphinx à têtes humaines ou de faucon, précèdent une vaste cour intérieure. Partout, Ramsès II s’affiche en souverain triomphant, célébrant sa longévité et ses fêtes-Sed, entouré de ses épouses royales et d’une impressionnante descendance sculptée sur les murs. Malgré la qualité inégale de certaines œuvres, due à l’emploi d’une main-d’œuvre locale, l’ensemble frappe par sa mise en scène du pouvoir et de la divinisation du pharaon.
La partie rupestre du temple conduit à une salle hypostyle aux piliers osiriaques, puis au naos, le saint-des-saints, où reposait la barque sacrée honorée par Ramsès devenu dieu parmi les dieux. Le temps et l’histoire ont transformé le lieu : au Ve siècle, le temple fut converti en église chrétienne, mêlant iconographie pharaonique et images saintes. Le plan et les statues osiriaques rappellent fortement les statues d’Abou Simbel, dont il constitue une variante régionale.
À courte distance se trouve le temple d’Ed-Dakka, dédié à Thot de Pnubs. D’origine nubienne, ptolémaïque puis romaine, il offre un ensemble architectural complexe avec plusieurs sanctuaires successifs et des reliefs bien conservés liés au mythe de l’Œil du Soleil.
Le site comprend également le temple d’el-Maharraqa, petit édifice romain inachevé dédié à Isis et Sérapis. Chaque soir, l’illumination des trois temples offre une mise en valeur spectaculaire de cet ensemble unique, témoignage de la sauvegarde du patrimoine nubien.
71 C. Nouvelle Amada (Lac Nasser)
La Nouvelle Amada est un site archéologique égyptien situé sur la rive ouest du lac Nasser, en Basse-Nubie. Il a été créé afin d’accueillir plusieurs monuments déplacés lors de la montée des eaux consécutive à la construction du haut barrage d’Assouan. L’ensemble est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
Le site regroupe les monuments majeurs d’Amada et d’ed-Derr, ainsi que le tombeau rupestre de Pennūt, tous transférés depuis leurs emplacements d’origine menacés par la submersion. Cette opération de sauvegarde constitue l’un des plus grands projets archéologiques internationaux du XXᵉ siècle.
L’accès à la Nouvelle Amada s’effectue principalement par croisière sur le lac Nasser, avec un débarcadère aménagé au sud du site. Bien que la zone soit reliée au réseau routier, la visite touristique reste étroitement liée aux itinéraires fluviaux contrôlés.
Une route asphaltée relie le site à l’axe Assouan vers Nouveau Abou Simbel, avec un parking situé au carrefour principal. La circulation interne est simple, car le périmètre est limité et tous les monuments sont accessibles à pied sans difficulté particulière.
Le monument central est le temple d’Amada, édifié sous Thoutmôsis III, Amenhotep II et Thoutmôsis IV. Construit en grès, il est le plus ancien temple nubien conservé sur les rives du lac Nasser et se distingue par la qualité exceptionnelle de ses reliefs.
Le décor du temple d’Amada illustre de nombreuses scènes rituelles et historiques. Les inscriptions mentionnent les restaurations de Séthi Ier et Ramsès II, ainsi qu’un texte célèbre de Merenptah relatant une victoire contre les Libyens lors de la quatrième année de son règne.
Les salles internes du temple présentent des scènes détaillées montrant Thoutmôsis III et Amenhotep II accomplissant des offrandes devant Amon-Rê et Rê-Horakhty. Le sanctuaire conserve une inscription commémorant l’achèvement du temple et une campagne militaire en Syrie.
À proximité se trouve le temple rocheux d’ed-Derr, commandé par Ramsès II. Inspiré du plan d’Abou Simbel, il comprend deux salles à piliers osiriaques et un sanctuaire dédié à Rê-Horakhty, Amon-Rê, Ptah et Ramsès II divinisé.
Les reliefs du temple d’ed-Derr représentent notamment la campagne nubienne de Ramsès II et des scènes de triomphe royal. Les murs intérieurs montrent également des processions religieuses et des rituels liés au jubilé royal et au couronnement.
Le troisième monument majeur est le tombeau rupestre de Pennūt, dignitaire et administrateur de Nubie sous Ramsès VI. Unique en Nubie, ce tombeau déplacé conserve des scènes de l’au-delà, des rites funéraires et des représentations familiales, offrant un témoignage exceptionnel de l’élite nubienne à l’époque ramesside.
71 D. Qasr Ibrim (Lac Nasser)
Qasr Ibrim est un site archéologique majeur situé sur un promontoire rocheux au milieu du lac Nasser. Autrefois établi sur la rive orientale du Nil, il domine toujours les eaux à près de soixante-dix mètres de hauteur, constituant le seul site de la région à ne pas avoir été submergé.
Occupé sans interruption pendant plus de trois millénaires, Qasr Ibrim fut successivement un centre pharaonique, nubien, romain, chrétien et musulman. Cette continuité exceptionnelle permet de retracer l’évolution politique, religieuse et culturelle de la Nubie.
À l’époque pharaonique, plusieurs sanctuaires furent édifiés sous Hatchepsout, Amenhotep Ier, Thoutmôsis Ier, Thoutmôsis III, Amenhotep II et Ramsès II. Ces monuments étaient dédiés notamment à Horus de Miam, Satet et Hathor.
Le site est également célèbre pour ses inscriptions méroïtiques, dont une stèle attribuée à la reine Amanishakheto. Ces textes constituent des sources majeures pour l’histoire des royaumes nubiens indépendants de l’Égypte.
En 23 avant Jésus-Christ, Qasr Ibrim fut conquis par les troupes romaines de Caius Petronius, préfet de l’empereur Auguste. L’occupation romaine fut toutefois brève, et la ville fut ensuite réinvestie par les populations nubiennes locales.
À partir de la fin du VIᵉ siècle, le site devint un centre chrétien important. Le temple de Taharqa fut transformé en église, puis une cathédrale dédiée à la Vierge Marie fut construite, faisant de Qasr Ibrim un évêché régional.
L’édifice le plus remarquable est la cathédrale Sainte-Marie, vaste construction à cinq nefs mesurant trente-deux mètres sur dix-neuf. Elle fut édifiée à partir de blocs réemployés provenant de monuments plus anciens.
Aujourd’hui, les vestiges supérieurs de Qasr Ibrim restent visibles sur le promontoire, tandis que certaines chapelles et éléments architecturaux ont été transférés au musée de Nubie à Assouan, assurant la préservation d’un site unique dans l’histoire du lac Nasser.
71 E. Abou Simbel (Lac Nasser)
Le nouvel Abou Simbel, également appelé Abou Simbel el-Gadida, est un village égyptien d’environ deux mille cinq cents habitants situé sur la rive ouest du lac Nasser. Il se trouve à près de deux cent quatre-vingts kilomètres au sud-ouest d’Assouan et à quarante kilomètres de la frontière soudanaise. Le village moderne est indissociable du déplacement des temples antiques d’Abou Simbel, sauvés des eaux lors de la création du lac Nasser. L’ensemble forme aujourd’hui l’un des sites les plus emblématiques de Haute-Égypte. Les temples reconstruits sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.
Le cœur historique et symbolique du site repose sur les grands projets monumentaux de Ramsès II. Point culminant de son programme architectural en Nubie, Abou Simbel devait affirmer la domination égyptienne et la divinisation du souverain. Deux complexes furent taillés dans la falaise de grès : le grand Temple dédié à Ptah, Amon-Rê, Rê-Horakhty et au roi divinisé, et le petit Temple consacré à Hathor d’Ibshek et à son épouse Néfertiri. Les inscriptions situent la construction vers la trente-quatrième année de règne de Ramsès II. Le culte solaire y occupe une place centrale.
Longtemps enfouis sous le sable, les temples restèrent méconnus jusqu’au XIXᵉ siècle. En 1813, l’explorateur suisse Johann Ludwig Burckhardt fut le premier Européen à signaler leur existence lors de son expédition en Nubie. Les dégagements progressifs révélèrent peu à peu l’ampleur et la qualité exceptionnelle de ces sanctuaires rupestres. Leur renommée grandit rapidement auprès des voyageurs et des savants. Abou Simbel devint alors un symbole majeur de l’Égypte pharaonique.
Le grand Temple impressionne d’emblée par sa façade monumentale de trente mètres de haut. Quatre statues colossales de Ramsès II, hautes de vingt-deux mètres, encadrent l’entrée, accompagnées de figures plus petites représentant la reine Touya, Néfertiri et des enfants royaux. Au-dessus du portail figure Rê-Horakhty, incarnant le nom de trône du souverain. À l’intérieur, une vaste salle à colonnes osiriaques mène à une succession de salles rituelles. Les reliefs célèbrent notamment la bataille de Qadesh et les campagnes militaires du roi.
Au fond du grand Temple, le sanctuaire abrite les statues de Ptah, Rê-Horakhty, Ramsès II divinisé et Amon-Rê. Deux fois par an, lors du phénomène appelé le miracle du soleil, les rayons solaires pénètrent jusqu’au sanctuaire et illuminent trois de ces figures. Seul Ptah, dieu lié au monde souterrain, demeure dans l’ombre. Cet événement, observé aujourd’hui les 21 février et 21 octobre, attire des milliers de visiteurs. Il constitue l’un des spectacles astronomiques les plus célèbres de l’Égypte antique.
Le petit Temple, situé au nord du grand sanctuaire, est dédié à Hathor et à Néfertiri. Sa façade présente six statues de dix mètres de haut, alternant les effigies de Ramsès II et de la reine, fait exceptionnel dans l’architecture pharaonique. L’intérieur comprend une salle à piliers hathoriques, une salle transversale et un sanctuaire. Les reliefs mettent en valeur le rôle religieux et symbolique de Néfertiri aux côtés des déesses Hathor et Mout. Le sanctuaire est orné d’un demi-relief représentant la vache d’Hathor.
Autour des temples, plusieurs monuments secondaires complètent la visite. Se trouvent notamment la stèle du mariage de Ramsès II avec une fille du roi hittite Hattushili III, ainsi qu’un ensemble de stèles rupestres datant pour la plupart de l’époque ramesside. Après le déplacement, une colline artificielle en béton armé, recouverte de sable et de pierre, fut construite pour restituer l’aspect de la montagne d’origine. Ce dôme, visible depuis la billetterie, n’est toutefois pas accessible au public.
Le village du nouvel Abou Simbel conserve également des éléments de la vie locale, comme la mosquée Abou Simbel et la mosquée Badr, situées le long de la rue Ramsis et près du marché. Les visiteurs peuvent se rendre au marché du village ou au bazar situé non loin de l’hôtel Seti Abu Simbel pour acheter artisanat et souvenirs.

71 F. Le temple de Philae (Lac Nasser)
Le temple de Philae, situé près d’Assouan se rejoint en bateau et figure parmi les plus célèbres sanctuaires de Haute-Égypte. Aujourd’hui installé sur l’île d’Agilkia après avoir été déplacé pour être sauvé des eaux du barrage d’Assouan, ce vaste complexe religieux dédié principalement à la déesse Isis impressionne autant par son cadre insulaire que par la richesse de ses monuments. Le site s’organise autour du majestueux temple d’Isis, auquel le visiteur accède par un spectaculaire dromos bordé de colonnades et de vestiges antiques. Il est possible de découvrir également les immenses pylônes décorés de reliefs hiéroglyphiques, le monumental premier pylône, la vaste cour du temple et le superbe second pylône, qui marque l’entrée vers les salles sacrées du sanctuaire.
Autour du temple principal se trouvent de nombreux édifices remarquables qui témoignent de l’importance religieuse de Philae durant l’époque ptolémaïque et romaine. Le célèbre kiosque de Trajan, élégant pavillon à colonnes dominant les rives du Nil, constitue l’un des monuments les plus emblématiques du site. Les voyageurs peuvent également admirer le très ancien kiosque de Nectanébo Ier, le charmant petit temple d’Hathor décoré de scènes musicales et de représentations festives, ainsi que le mystérieux mammisi, la « maison de naissance » consacrée à Horus enfant. D’autres édifices comme le temple d’Imhotep, le temple d’Arensnuphis-Dedun, la chapelle de Mandulis ou encore le bastion d’Hadrien enrichissent encore la découverte de ce complexe exceptionnel.
L’intérieur du temple d’Isis révèle des salles richement décorées de scènes religieuses et de reliefs représentant les divinités égyptiennes. Le pronaos à colonnes, les sanctuaires du naos et la chapelle funéraire d’Osiris plongent les visiteurs dans l’univers spirituel de l’Égypte antique. Les nombreux reliefs consacrés au mythe d’Osiris, à la naissance d’Horus et au culte d’Isis font de Philae l’un des sites les plus fascinants du pays pour comprendre la religion égyptienne.

72. La vallée des Rois (Haute Égypte)
La vallée des rois se situe dans les vallées montagneuses désertiques de la rive ouest du Nil, face à Louxor. Elle constitue l’un des ensembles funéraires les plus importants de l’Égypte antique et du monde. Ce site fut choisi comme lieu de sépulture des pharaons du Nouvel Empire afin de protéger leurs tombes des pillages. Isolée, encaissée et dominée par des falaises abruptes, la vallée offrait un cadre naturel propice au secret et au sacré. Elle est aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.
La nécropole royale fut utilisée principalement entre la XVIIIᵉ et la XXᵉ dynastie. Les souverains abandonnèrent alors les pyramides monumentales au profit de tombes creusées profondément dans la roche. Cette évolution répondait à des impératifs religieux et sécuritaires, tout en permettant une richesse décorative inégalée. Les parois des tombeaux sont couvertes de textes funéraires illustrant le voyage du roi dans l’au-delà. La vallée devint ainsi un véritable livre de pierre de la théologie funéraire.
Les tombeaux les plus anciens appartiennent à la première phase d’utilisation de la vallée. Le tombeau de Thoutmôsis III est le plus ancien connu dans la nécropole. Creusé à l’extrémité sud, il se distingue par son plan ovale et sa décoration sobre en rouge et noir. Les douze heures de l’Amduat y sont représentées de manière schématique. Son accès, long et escarpé, renforce l’impression de pénétrer dans un espace sacré et retiré.
| La vallée des Rois est ouverte tous les jours, avec des horaires variables selon la saison : de 6h00 à 18h00 en été et de 9h00 à 17h00 en hiver. Depuis 2004, la billetterie se situe directement à l’entrée du site et non plus à proximité des Colosses de Memnon, ce qui simplifie l’accès et la gestion des flux de visiteurs. Les billets sont valables uniquement le jour de l’achat et incluent l’accès à trois tombeaux royaux parmi ceux ouverts au public. Chaque tombeau supplémentaire nécessite toutefois l’achat d’un billet distinct, ce qui implique de bien planifier sa visite en fonction de ses centres d’intérêt et du temps disponible. Il convient également de noter que toutes les tombes ne sont pas accessibles en permanence : certaines sont définitivement fermées, tandis que d’autres peuvent être temporairement interdites d’accès pour des raisons de conservation ou de restauration. Les modalités de paiement ont évolué afin de mieux encadrer la fréquentation du site : les billets ne peuvent désormais être réglés que par carte de crédit ou de débit, comme Visa ou MasterCard, ou réservés en ligne, ce qui requiert également une carte bancaire. Le tarif d’entrée général pour la Vallée des Rois est fixé à 750 livres égyptiennes, avec un tarif réduit à 375 livres pour les étudiants (Tarifs en vigueur en février 2026). Certains tombeaux emblématiques font l’objet d’un billet spécifique, comme le tombeau d’Ay à 200 livres, celui de Ramsès VI à 220 livres, le tombeau de Toutankhamon à 700 livres, ou encore le tombeau de Séthi I, dont l’accès est fixé à 2 000 livres, sans réduction pour les étudiants. Le prix d’entrée n’inclut pas l’utilisation du petit train reliant l’entrée à la première tombe, dont le trajet coûte 5 livres supplémentaires. La réglementation relative à la photographie est particulièrement stricte : toute prise de vue est interdite dans l’ensemble de la Vallée des Rois, et les appareils photo doivent être déposés à l’entrée puis récupérés à la sortie. Un billet vidéo spécifique, au tarif de 300 livres, autorise exceptionnellement les photos et vidéos dans trois tombeaux par billet, à l’exclusion du tombeau de Séthi I. Afin d’améliorer la compréhension du site, chaque tombeau est désormais doté d’un panneau explicatif détaillant son histoire, son architecture et son décor, accompagné de plans et de photographies de référence. Ces supports ont été réalisés par l’Autorité des antiquités égyptiennes avec l’appui du Projet de cartographie thébaine. Il est enfin recommandé, lorsque cela est possible, de sélectionner des tombeaux appartenant à différentes phases de développement afin d’appréhender l’évolution architecturale et artistique des sépultures royales du Nouvel Empire. |
Le tombeau d’Amenhotep II marque une étape majeure dans l’architecture funéraire. Il abrita non seulement le sarcophage royal, mais aussi plusieurs momies royales déplacées à l’époque tardive pour être protégées. Le tombeau d’Amenhotep III, récemment rouvert, se situe dans une vallée latérale. Il témoigne de l’ampleur des projets funéraires du souverain à l’apogée de la XVIIIᵉ dynastie. Son accès est strictement réglementé en raison de sa fragilité.
La période suivant Amarna est illustrée par des tombes plus modestes mais historiquement majeures. Le tombeau de Toutankhamon est le plus célèbre en raison de sa découverte intacte en 1922. Bien que de dimensions réduites, il contenait un mobilier funéraire exceptionnel aujourd’hui conservé au musée du Caire. Le tombeau d’Ay, situé à l’ouest, présente une décoration très proche. Son isolement offre une vision différente et plus paisible de la vallée.
La transition vers la XIXᵉ dynastie est marquée par le tombeau d’Horemheb. Dernier roi de la XVIIIᵉ dynastie, Horemheb introduit des innovations architecturales qui influenceront durablement les tombes ramessides. Le tombeau de Séthi Ier est considéré comme l’un des plus beaux de toute la vallée. Sa décoration d’une finesse exceptionnelle couvre presque l’intégralité des textes funéraires majeurs. Il représente l’apogée de l’art funéraire royal.
La période ramesside voit la multiplication des tombeaux monumentaux. Le tombeau de Ramsès Ier est relativement simple, tandis que le tombeau de Ramsès III est richement décoré et très étendu. Les tombeaux de Ramsès V et Ramsès VI sont particulièrement remarquables par la qualité de leurs plafonds astronomiques.
D’autres tombes complètent cet ensemble ramesside, comme le tombeau de Ramsès VII ou le tombeau de Ramsès IX, aujourd’hui fermé. Le tombeau de Merenptah abritait un sarcophage colossal et de vastes salles. Le tombeau de Siptah et le tombeau de Tausret et Sethnacht illustrent la fin de l’utilisation royale de la vallée.
73. El-ʿArīsh (Sinaï)
Située sur la côte méditerranéenne du nord du Sinaï, El-ʿArīsh constitue le principal centre urbain du gouvernorat du Sinaï Nord. Comptant environ 138 000 habitants au milieu des années 2000, la ville occupe une position stratégique à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de la frontière avec Gaza, près de Rafaḥ. Son implantation actuelle succède à l’antique Rhinokorura, ville frontière de l’Antiquité, établie à l’embouchure du Wādī el-ʿArīsh, identifié comme le « fleuve d’Égypte » biblique. Cette position frontalière fit longtemps d’El-ʿArīsh une clé d’accès entre l’Égypte et le Levant, expliquant son importance militaire et commerciale à travers les siècles.
Jusqu’au XIXe siècle, l’agglomération était située plus à l’intérieur des terres, à l’ouest du wādī, avant de se déplacer vers la côte. Aujourd’hui, la ville s’étend le long de plages de sable bordées de palmiers et connaît un développement progressif comme station balnéaire, essentiellement fréquentée par un tourisme national. Des hôtels modernes se sont installés directement en bord de mer, et un port de plaisance accompagne cette évolution touristique. La baignade y est réputée plus agréable que sur les côtes de la mer Rouge, grâce à un littoral plus accessible et des eaux plus calmes.
Le principal établissement culturel de la ville est le musée national d’El-ʿArīsh, inauguré en 2008 à l’extrémité orientale de l’agglomération. Réparti sur deux niveaux, il présente environ 1 500 objets provenant de plusieurs musées égyptiens, principalement du Caire. Le parcours met l’accent sur l’histoire militaire du Sinaï, le sentier d’Horus et les fortifications protégeant la frontière orientale de l’Égypte.
Face au musée national se trouve le musée du patrimoine du Sinaï, consacré à l’ethnologie et aux traditions bédouines. Il présente costumes, objets domestiques et artisanat local, offrant un contrepoint culturel à l’approche historique et militaire du musée national. Parmi les vestiges architecturaux notables figure la forteresse d’El-ʿArīsh, construite en 1560 sous Soliman le Magnifique. Bien que partiellement démantelée à l’époque moderne, elle conserve ses remparts délimitant un espace d’environ 75 mètres de côté. À proximité se trouvent la mosquée El-ʿAbbāsī et la mosquée Er-Rifāʿī, repères religieux de la ville.
Parmi les autres éléments urbains figurent le jardin zoologique d’El-ʿArīsh et le phare d’El-ʿArīsh, haut de 39 mètres, reconnaissable à ses bandes noires et blanches. La ville accueille également des courses internationales de chameaux organisées chaque année en février et en octobre, entre la limite ouest de la ville et l’hôtel Coral Beach. Le marché bédouin hebdomadaire, tenu le jeudi, demeure un lieu central pour l’achat de fruits, de légumes et d’artisanat, ancrant El-ʿArīsh dans ses traditions régionales malgré son évolution touristique récente.

74. Taba (Sinaï)
Taba est une petite ville frontalière de la péninsule du Sinaï, située sur le golfe d’Aqaba, à la limite orientale de l’Égypte. Elle jouxte directement Israël, la ville d’Eilat se trouvant à une dizaine de kilomètres seulement. Cette situation géographique confère à Taba un rôle stratégique et symbolique, matérialisé par un poste frontière actif. La ville est également connue pour avoir été restituée à l’Égypte en 1989, événement commémoré dans l’espace public.
Le tissu urbain de Taba demeure limité et essentiellement structuré autour du tourisme. La ville ne possède que peu d’attraits culturels ou architecturaux, se composant principalement d’hôtels, de cafés et de boutiques de souvenirs. À l’ouest, un parc municipal offre un espace vert rare dans cet environnement désertique. À proximité se trouve un bâtiment signalé comme musée d’histoire de Taba, actuellement fermé, témoignant d’un projet culturel resté inachevé.
Un lieu hautement symbolique est la place du Drapeau, également appelée Flag Plaza, située à l’est du Mövenpick Resort. Elle commémore officiellement le retour de Taba à la souveraineté égyptienne le 19 mars 1989. En dehors de l’agglomération, la vaste réserve naturelle de Taba s’étend sur environ 3 600 kilomètres carrés, protégeant des paysages désertiques et marins caractéristiques du sud du Sinaï.
La mer Rouge constitue le principal attrait de Taba, offrant de nombreuses possibilités de baignade, de plongée sous-marine et de snorkeling. Les plages, composées de galets, donnent accès à des récifs coralliens riches en faune récifale. Entre Taba et Taba Heights se succèdent plusieurs sites de plongée réputés, tels que The Canyon, Pharaoh’s Island, Fjord Bay, Maxwell’s Reef ou Devil’s Head. Les plongeurs peuvent y observer une grande diversité d’espèces, avec parfois la présence de dauphins ou de requins.
Les possibilités de shopping restent limitées en raison de l’isolement géographique de la ville. Dahab et Nuweiba constituent des alternatives plus intéressantes pour les achats. À défaut, chaque hôtel de Taba dispose de sa propre galerie marchande, bien que les prix y soient généralement élevés.
75. Taba Heights (Sinaï)
Taba Heights est une station balnéaire artificielle aménagée sur la côte orientale du Sud-Sinaï, à environ 20 kilomètres au sud de Taba, dans le golfe d’Aqaba. Développée à partir des années 1990 par le groupe Orascom, elle s’inspire du modèle d’El Gouna. La station occupe la baie de Marsa el-Muqabil et s’insère entre la mer et les collines qui lui ont donné son nom. Elle fut conçue principalement pour une clientèle européenne et israélienne.
Le complexe comprend cinq hôtels disposant de plages privées s’étendant sur près de cinq kilomètres. Une promenade aménagée longe le front de mer, bordée de boutiques, de cafés et d’installations touristiques. La station dispose également d’une marina pouvant accueillir cinquante yachts, ainsi que des ferries reliant quotidiennement Taba Heights à Aqaba, en Jordanie. Ces liaisons sont notamment utilisées pour des excursions vers Petra.
Les activités nautiques constituent le cœur de l’offre touristique. La plongée sous-marine et le snorkeling sont accessibles directement depuis les complexes hôteliers, avec de nombreux sites réputés répartis entre Taba et Taba Heights. Un centre de plongée : le monde aquatique de la mer Rouge, propose des formations certifiées PADI. Des excursions en bateau, notamment à bord du boutre MS De Monfreid, permettent de rejoindre l’île du Pharaon ou d’explorer les récifs environnants.
Les loisirs terrestres sont également développés, avec un parc aquatique, des excursions en quad dans le désert et un casino situé au Hilton Taba Resort. Un parcours de golf de 18 trous, conçu par l’architecte américain John Sanford, s’intègre dans le paysage désertique et s’adresse aussi bien aux débutants qu’aux joueurs expérimentés. Les hôtels disposent en outre d’installations de bien-être, incluant spas et grottes de sel artificielles.
Les zones commerciales de Taba Heights se concentrent dans le centre-ville, Uptown et le long de la promenade.

76. Nuweiba (Sinaï)
Nuweiba est une ville portuaire située sur le golfe d’Aqaba, au sud-est de la péninsule du Sinaï. Comptant moins de 3 000 habitants au milieu des années 2000, elle s’étend sur plusieurs kilomètres le long de la côte. Historiquement, la région était habitée par les tribus bédouines des Tarabin au nord et des Muzeina au sud, dont la présence continue d’influencer l’identité locale.
Après la guerre des Six Jours, la zone fut occupée par Israël, qui y établit en 1971 la colonie de Neviot. À la suite du retrait israélien, Nuweiba s’est développée autour de cette implantation initiale et d’un port construit ultérieurement. La majorité des hôtels se situent entre la ville et le port, le long de la route menant à Taba. L’agglomération conserve un caractère étendu et peu dense, marqué par une urbanisation linéaire.
Nuweiba possède peu de sites touristiques urbains à proprement parler. Son intérêt réside principalement dans son environnement naturel et dans les excursions proposées vers les sites majeurs du Sinaï. Les promenades à dos de chameau, les dîners bédouins et les séjours dans le désert figurent parmi les expériences les plus appréciées. Bien que le dauphin Olin, jadis emblématique, ne soit plus présent, des excursions vers Eilat permettent encore d’observer ces animaux.
La plongée sous-marine et la plongée avec tuba constituent des activités majeures. Contrairement aux tombants abrupts de Sharm el-Sheikh ou Dahab, les fonds marins de Nuweiba descendent en pente douce, offrant un environnement idéal pour l’observation de la macrofaune. Les sites tels que Duna Reef, Pipeline ou Ras Mamlah abritent une grande diversité de coraux, de nudibranches, de raies, de tortues et de poissons tropicaux variés.
Enfin, Nuweiba bénéficie de la présence d’une boutique hors taxes liée au port de ferry, accessible aux touristes dans les 24 heures suivant leur arrivée. Pour les achats de souvenirs traditionnels, les quartiers de la Médina et de Tarabin restent les plus indiqués.
77. Charm el-Cheikh (Sinaï)
Charm el-Cheikh est une station balnéaire majeure d’Égypte, située à l’extrémité sud de la péninsule du Sinaï, entre la mer Rouge et le détroit de Tiran. Comptant environ 73 000 habitants, elle fait partie, avec Hurghada, des destinations touristiques les plus importantes du pays. Son emplacement stratégique, au carrefour de l’Afrique et de l’Asie, a favorisé un développement rapide à partir de la fin du XXe siècle. La ville dépend administrativement du gouvernorat du Sinaï du Sud et s’étend sur un littoral long de plus de vingt kilomètres.
La station s’organise autour de plusieurs baies aux plages de sable fin, dont les plus connues sont la baie de Naʿama et, plus récemment, la baie de Nabq. Ces secteurs concentrent l’essentiel de l’activité touristique, des hébergements et des infrastructures de loisirs. Naʿama Bay constitue le cœur animé de la ville, tandis que Nabq, plus au nord, attire les amateurs de sports de glisse grâce à ses conditions de vent favorables. L’urbanisation se compose principalement de complexes hôteliers modernes, intégrés dans un environnement désertique et côtier.
Les plages constituent l’un des principaux attraits de la station. De nombreux hôtels disposent de plages privées équipées de transats et de parasols, accessibles moyennant un droit d’entrée modéré. La qualité des plages varie selon les secteurs, certaines offrant des étendues de sable en pente douce, comme à Naʿama Bay ou dans le vieux Sharm, tandis que d’autres sont bordées directement par des récifs frangeants, accessibles par des jetées.
La baignade et la plongée en apnée sont étroitement liées à la présence de récifs coralliens. Dans plusieurs baies, des passerelles en bois permettent d’accéder à la mer sans endommager les coraux. Les zones de Nabq, Shark’s Bay, Raʾs Gamīla et Gardens Bay possèdent des récifs riches et peu profonds, adaptés à l’observation de la faune marine depuis la surface.
La plongée sous-marine représente l’activité phare de Charm el-Cheikh. La station dispose du plus grand nombre de sites de plongée du golfe d’Aqaba, répartis entre le détroit de Tiran, les récifs locaux et le parc national de Raʾs Muḥammad. Parmi les sites les plus réputés figurent les récifs Jackson, Gordon et Thomas, ainsi que les sites de Shark Reef, Jolanda Reef et Anemone City. Les épaves, dont les épaves du Dunraven et du Thistlegorm, complètent une offre exceptionnelle, faisant de Charm el-Cheikh l’un des hauts lieux mondiaux de la plongée sous-marine.
77 A. Nabq Bay (Charm el-Cheikh)
Nabq Bay constitue l’extension la plus récente de la zone touristique de Charm el-Cheikh. Située à un peu moins de vingt kilomètres au nord-est de la baie de Naʿama, elle s’étend sur près de neuf kilomètres entre le village bédouin de Nabq et la réserve naturelle du même nom. Le secteur est relié à l’ensemble de la station par la route El-Salam, dite « route de la Paix », et des navettes régulières permettent de rejoindre facilement Naʿama Bay.
La particularité majeure de Nabq réside dans son vaste récif frangeant, surtout développé dans la partie nord. Il forme au moins deux lagons naturels aux eaux peu profondes, très appréciés des amateurs de kitesurf et de planche à voile. Les paysages marins alternent entre zones sableuses, herbiers et plateaux coralliens, offrant un cadre idéal pour la baignade et la plongée en apnée. Les complexes hôteliers se sont implantés le long du littoral en conservant de larges espaces ouverts sur le désert environnant.
Les activités nautiques dominent la vie de la baie. La plongée sous-marine permet de rejoindre plusieurs sites réputés du détroit de Tīrān, notamment le récif de Jackson, le récif de Woodhouse et le récif de la Laguna. Ces formations abritent une faune variée faite de poissons récifaux, de coraux colorés et de courants favorables aux dérives.
77 B. Vieille Sharm (Charm el-Cheikh)
La vieille Sharm, ou Sharm el-Qadima, correspond au noyau historique de la ville moderne. Située autour de la baie d’el-Maya, elle fut autrefois un village de pêcheurs devenu centre urbain. Le quartier est connu sous le nom de vieux marché, cœur commerçant animé. Son atmosphère diffère des stations récentes plus au nord. Il reste un lieu apprécié des habitants et des voyageurs indépendants.
Au nord se trouve le quartier d’en-Nūr, doté d’un arrêt de bus, d’un supermarché et d’un hôpital. Le promontoire voisin de Haḍabat Umm es-Sid accueille hôtels et résidences de vacances. Malgré une plage plus modeste que la plage de Naʿama, la zone possède de nombreux restaurants réputés. Les logements y sont majoritairement occupés par les Égyptiens travaillant dans le tourisme. L’ambiance y demeure simple et populaire.
L’édifice emblématique est la mosquée eṣ-Ṣaḥāba, reconnaissable à ses deux minarets élevés. Le musée du papyrus de Charm el-Cheikh présente l’art traditionnel et propose des œuvres à la vente. Un phare au large du vieux Sharm signale l’entrée de la baie. Le centre de Tiran et le marché métropolitain complètent les services du secteur.
Un petit musée du Papyrus, consacré aux techniques anciennes de fabrication et d’écriture complète l’offre culturelle.
La vieille ville constitue enfin un point de départ vers l’ensemble de la station. Son histoire liée aux périodes égyptienne et israélienne a façonné son identité. Les ruelles du vieux marché offrent une expérience plus authentique que les zones hôtelières.
77 C. Ras Nasrani (Charm el-Cheikh)
Le secteur de Ras Nasrani, situé à douze kilomètres au nord de Naʿama Bay et à l’est de l’aéroport, est connu comme l’un des plus beaux sites de plongée de la région. Le cap, dont le nom signifie « cap des Chrétiens », se prolonge par un récif accessible en dérive depuis les bateaux ou depuis la jetée du Sunrise Remal Beach Resort. Le plateau sableux, couvert de gorgones, de coraux mous et de porites, accueille poissons-clowns, barracudas, maquereaux et bénitiers géants. Le courant modéré orienté vers le nord rend la plongée aisée pour tous les niveaux.
Au nord immédiat s’étend Ras Gamila, « le magnifique cap », bordé d’un grand lagon peu profond proche des hôtels Sol Cyrene et Jaz Belvedere. Un phare marque la limite occidentale du détroit de Tīrān et un chenal relie le lagon à la mer ouverte. Les plongeurs y effectuent des dérives tranquilles le long d’un récif riche en coraux tabulaires, poissons-papillons, poissons-anges et balistes. Le site se termine souvent près du phare où les bateaux récupèrent les palanquées.
Plus au sud se trouve Ras Bob, nommé en hommage au caméraman sous-marin Robert Johnson. Ce cap abrité présente un plateau entre six et quatorze mètres de profondeur parsemé de petites grottes. Les parcours circulaires permettent d’observer poissons-crocodiles, murènes jardinières, raies à points bleus et maquereaux. Le lieu convient autant à la plongée qu’à l’exploration en apnée et complète l’ensemble des sites accessibles depuis Ras Nasrani.

77 D. White Knight (Charm el-Cheikh)
La baie de White Knight, au nord de Sharm el-Sheikh et au sud-est de l’aéroport, associe zone balnéaire et site de plongée réputé. Le récif corallien de White Knight, situé face à l’hôtel Savoy, est accessible par plusieurs pontons en bois. Le courant y est généralement faible, ce qui permet des plongées depuis la plage ou depuis un bateau dans d’excellentes conditions de sécurité. Un plateau sableux s’étend à une dizaine de mètres de profondeur.
Au sud du récif s’ouvre un canyon descendant jusqu’à quarante mètres, bordé de coraux tabulaires, de coraux laitue et d’anémones où évoluent les poissons-clowns. Trois grottes accessibles vers treize mètres constituent l’un des attraits majeurs du site. Dans la partie nord, une zone sablonneuse abrite des anguilles jardinières de la mer Rouge. Il n’est pas rare d’y croiser poissons-crocodiles ou raies lors des explorations.
Sur terre, le quartier s’organise autour de la place SOHO, animée de sculptures et de boutiques. À proximité de l’aéroport se dresse le monument de la Paix, œuvre monumentale de 34 mètres de haut réalisée par Mohamed Kamal en 1984. Cette sculpture métallique, inscrite au Livre Guinness des records, symbolise la paix à travers un globe entouré de colombes et soutenu par des ailes stylisées. D’autres sculptures décorent SOHO Square et le vieux marché, renforçant l’identité visuelle de la ville.
La plage de sable, bordée d’un récif frangeant, demeure l’un des lieux privilégiés pour la baignade et la plongée libre.
77 E. Baie des Requins (Charm el-Cheikh)
La baie des Requins, située à une dizaine de kilomètres au nord de Naʿama Bay, doit son nom à un ancien lieu de débarquement des prises de pêche. Malgré cette appellation, les requins y sont rares. Les hôtels s’étagent sur une colline dominant une belle plage de sable et le site est facilement accessible depuis l’aéroport de Charm el-Cheikh par taxi ou navette.
Le site de plongée principal s’étend entre le Pyramisa Resort et le Shark’s Bay Resort. Le visiteur y accède depuis un embarcadère ou directement depuis la plage privée. Sur un plateau sableux reposent plusieurs blocs de coraux durs et mous, malheureusement parfois mêlés à des déchets. Un petit canyon au sud enrichit le relief sous-marin où vivent poissons-papillons, poissons-perroquets, rascasses volantes et poissons-pierres. Les conditions calmes favorisent également les plongées de nuit.
À terre, les visiteurs peuvent rejoindre l’amphithéâtre du Dessole Royal Rojana Resort. Des navettes relient régulièrement la baie à Naʿama Bay, permettant de profiter de l’animation du centre tout en séjournant dans un cadre plus tranquille.
77 F. Tiger Bay (Charm el-Cheikh)
La zone connue sous les noms de Tiger Bay, Coral Bay ou Marsa Umm Mureicha s’étend au nord de Charm el-Cheikh, entre la ville et l’aéroport. Ce secteur touristique, facilement accessible en taxi, constitue une transition entre les quartiers urbains et les grandes baies de plongée. Des navettes assurent la liaison avec Naʿama Bay, cœur commercial de la station.
Le principal pôle d’intérêt terrestre est le parc de la Paix, jardin botanique également appelé Susan Park. À deux kilomètres au sud-ouest se trouve le musée national de Charm el-Cheikh, présentant des artefacts archéologiques du Sinaï et d’Égypte, ainsi que la mosquée es-Salām.
Le musée national de Charm el-Cheikh, ouvert en novembre 2020 sur la route d’El Salam, occupe un vaste espace de 191 000 m². Il comprend neuf salles d’exposition présentant environ 1 200 pièces, principalement issues des collections du musée égyptien du Caire. Les expositions couvrent plusieurs périodes de l’histoire égyptienne et s’accompagnent d’équipements culturels modernes, tels qu’un théâtre de plein air, une salle de conférence, des boutiques et des restaurants. Ce musée constitue l’un des rares pôles culturels majeurs de la station.
Le parcours de golf Maritim Jolie, dessiné par Sanford Golf Design, offre dix-huit trous par 72 avec practice, putting green et bunker d’entraînement, accueillant aussi bien débutants que joueurs confirmés.
77 G. Gardens Bay (Charm el-Cheikh)
Gardens Bay, également appelée Pasha Bay, se situe au nord de Naʿama Bay. Autrefois célèbre pour ses jardins de corail, la zone a souffert de travaux d’aménagement qui ont partiellement altéré le milieu marin. Elle conserve toutefois plusieurs sites de plongée de grande qualité, accessibles depuis les hôtels ou par bateau.
Le plus septentrional, le Distant Garden, se trouve au Continental Garden Reef Resort. Des pinacles coralliens émergent d’un plateau sableux couvert de gorgones et de porites. Deux grottes, dont l’une surnommée « la Cathédrale », abritent poissons-verre, anthias et rascasses. Plus au sud, le Middle Garden, dans l’enceinte du Hyatt Regency, offre un vaste plateau de six à douze mètres où il est possible d’ observer poissons-globes, balistes et raies pastenagues.
À l’extrémité méridionale se situe le Near Garden, petit cap sauvage entouré de blocs coralliens isolés. Les plongées en circuit fermé y révèlent balistes, poissons-verre et raies à points bleus. La baie demeure ainsi un espace privilégié pour la plongée avec tuba et la plongée sous-marine, complétant l’offre des grands sites du détroit de Tīrān.
77 H. Naʿama Bay (Charm el-Cheikh)
Naʿama Bay représente le véritable cœur de Charm el-Cheikh. Située à environ six kilomètres au nord-est du vieux Sharm, cette baie en arc de cercle s’étend sur deux kilomètres et demi et concentre la majorité des hôtels, restaurants et lieux de divertissement. Autrefois simple base pour plongeurs, elle est devenue grâce à sa large plage de sable une destination prisée des vacanciers.
L’accès est aisé depuis l’aéroport distant d’une dizaine de kilomètres. La promenade longeant la mer permet de rejoindre à pied la plupart des services. Parmi les attractions figurent le parc Cleo, parc aquatique familial, et le musée Toutankhamon, présentant des répliques du trésor du pharaon. Une plage publique complète les plages privées des hôtels.
La plongée demeure toutefois l’activité emblématique. Des blocs de corail proches du rivage abritent bénitiers géants, nudibranches, rascasses volantes, mérous et hippocampes. Des bateaux partent quotidiennement vers les récifs du détroit de Tīrān et le parc national de Raʾs-Muḥammad, faisant de Naʿama Bay la porte d’entrée vers les plus beaux fonds marins de la mer Rouge.
77 I. Tower Bay (Charm el-Cheikh)
Tower Bay est une station balnéaire située au sud-est de la baie de Naʿama. Le secteur marque l’extrémité nord de Haḍabat Umm es-Sīd, mais sa densité hôtelière reste plus faible que dans les zones voisines. Le développement touristique y progresse toutefois régulièrement et de nouveaux établissements sont envisagés. Plus à l’ouest s’étend le quartier résidentiel de Ḥaiy en-Nūr, « la lumière », où vivent principalement les employés des complexes hôteliers. Le village constitue un centre de vie locale important.
Le quartier de Ḥaiy en-Nūr abrite deux gares routières, des hôpitaux et plusieurs équipements publics essentiels. Entre Tower Bay et Naʿama Bay se trouve le camp sud de la Force multinationale et des observateurs, installé après le retrait israélien.
Parmi les édifices majeurs figure la mosquée el-Muṣṭafā, la plus grande de la ville, dotée de deux minarets élancés et d’un vaste jardin. La cathédrale céleste, église copte orthodoxe, se distingue par son iconostase et ses vitraux illustrant les miracles du Christ. La cathédrale Sainte-Marie témoigne également de la présence catholique locale. Ces monuments donnent au quartier une dimension culturelle et spirituelle affirmée. Ils sont devenus des repères dans le paysage urbain.
Les activités de plongée constituent l’attrait principal de Tower Bay. Le site des canyons descend jusqu’à 120 mètres et abrite grottes et plateaux coralliens. Le mur de Pinky est réputé pour ses coraux roses et son tombant spectaculaire. La faune comprend poissons-lions, perroquets, barracudas et napoléons. Ces fonds préservés, accessibles depuis le Tower Resort, conviennent aussi aux plongées de nuit.
77 J. Hadabat Umm es-Sid (Charm el-Cheikh)
Le plateau rocheux de Hadabat Umm es-Sid s’étend entre la baie de Naʿama et le vieux Charm el-Cheikh. Implantés sur une colline dominant la mer, de nombreux hôtels descendent en terrasses vers le rivage. L’accès à l’eau se fait principalement par des escaliers et des jetées protégeant les récifs. Le cap Ras Umm Sid forme l’extrémité sud-est du promontoire. Ce quartier combine infrastructures touristiques et zones résidentielles.
En contrebas se concentrent plusieurs complexes tels qu’Amphoras Holiday Resort, Ritz-Carlton, Sunrise Diamond ou Reef Oasis Beach Resort. Les prix y sont généralement inférieurs à ceux de Naʿama Bay, ce qui attire une clientèle variée. S’y trouvent de nombreux restaurants appréciés des habitants. Les services publics, poste et commissariat, desservent l’ensemble de la station. Une mosquée locale et l’église de la Bienheureuse Vierge Marie et de Saint Ménas complètent le tissu urbain.
Le cap est marqué par le phare d’El Fanar et par le mémorial des catastrophes aériennes, dédié au vol 604. Le delphinarium Dolphinella propose des spectacles, tandis qu’un espace voisin accueille des démonstrations de crocodiles et de serpents. Ces attractions diversifient l’offre au-delà du tourisme balnéaire.
Sous l’eau, six sites majeurs attirent les plongeurs : Amphoras, Baie des Tortues, Paradise, Ras Umm Sid, Temple et Ras Katy. Les reliefs mêlent pinacles, talus sableux et jardins de gorgones. S’y observnte poissons-papillons, anthias, murènes et raies à points bleus. Les courants modérés rendent les plongées accessibles aux débutants. Les jetées permettent de rejoindre le large sans endommager les récifs.

78. Dahab (Sinaï)
La ville de Dahab est une station balnéaire située sur la côte est du Sinaï, à environ 85 kilomètres au nord de Charm el-Cheikh. Elle fait partie de la Riviera de la mer Rouge et bénéficie d’un cadre naturel exceptionnel entre mer et montagnes. Longtemps modeste village de pêcheurs, elle est devenue une destination touristique majeure. Son atmosphère demeure toutefois plus simple que l’atmosphère des grandes stations voisines. La côte saoudienne apparaît parfois à l’horizon, à une vingtaine de kilomètres.
Avec environ 4 500 habitants, Dahab attire depuis des décennies les routards grâce à ses hébergements abordables et son ambiance détendue. Le tourisme s’y développe rapidement et modifie peu à peu le visage de la ville. Les voyageurs y recherchent avant tout la tranquillité et la proximité immédiate de la mer. La station est réputée pour la baignade, la plongée avec tuba et la plongée sous-marine. De nombreuses excursions sont également proposées vers le désert et les massifs du Sinaï.
La pêche fut longtemps la principale ressource des habitants avant d’être supplantée par les activités touristiques. Le district d’el-ʿAṣṣala, au nord, constitue le cœur résidentiel le plus peuplé de la ville. Plus au sud se succèdent les quartiers historiques d’el-Masbat puis d’el-Mashrabah, qui concentrent restaurants et petites pensions. À environ un kilomètre à l’intérieur des terres se trouve El-Madīna, la partie administrative moderne. Ces différents secteurs forment un ensemble urbain étiré le long du rivage.
Les activités nautiques dominent la vie locale. Les promenades à dos de chameau longent souvent la plage pour rejoindre des criques isolées. Les récifs coralliens commencent à quelques mètres du bord, ce qui facilite l’accès à la plongée libre. La clarté de l’eau permet l’observation de tortues et de poissons colorés. La ville est devenue l’un des hauts lieux mondiaux de l’apnée.
Les sites de plongée s’égrènent du nord au sud : lagon bleu, Ras Abu Galum, les cloches, le Canyon, jardin des anguilles, le phare, récif de Mashraba, les îles, récif Napoléon, jardin de Muray, trois piscines, Umm Sid, les grottes, trou récifal et Gabr el-Bint. Certains ne sont accessibles qu’à pied ou à dos de chameau. D’autres nécessitent une approche en bateau.
Le site le plus célèbre reste le Blue Hole, gouffre marin profond de 107 mètres. Un tunnel naturel s’ouvre dans le récif à 56 mètres de profondeur. Ce lieu attire des plongeurs du monde entier mais présente de grands dangers. Les autorités rappellent que la profondeur maximale de loisir ne doit pas dépasser 40 mètres. De nombreuses plaques commémoratives témoignent des accidents passés.
La faune sous-marine est particulièrement riche : napoléons, mérous, barracudas, anthias et parfois requins. Les récifs abritent également nudibranches et étoiles de mer. Les conditions de visibilité sont excellentes une grande partie de l’année. L’absence de grands complexes hôteliers a longtemps préservé l’environnement marin. Les initiatives locales cherchent aujourd’hui à maintenir cet équilibre fragile.
Au-delà de la mer, l’arrière-pays offre canyons et plateaux désertiques. Des excursions conduisent vers les oasis bédouines ou les montagnes du Sinaï.
79. Réserve naturelle de Nabq (Sinaï)
La réserve naturelle de Nabq, s’étend sur la côte orientale du Sinaï entre Dahab et le village bédouin de Nabq. Créée en 1992, elle couvre près de 600 kilomètres carrés sur environ 90 kilomètres de long. Ce territoire protège à la fois des écosystèmes terrestres et marins. Le nom de Nabq provient de l’arbuste épine du Christ syrien, dont les fruits orangés sont comestibles. Le parc constitue l’une des zones naturelles les mieux préservées d’Égypte.
Les paysages associent récifs coralliens, lagunes peu profondes et étendues désertiques. Au sud du parc se trouvent les célèbres forêts de mangroves, les plus septentrionales du monde. Ces mangroves abritent de nombreuses espèces d’oiseaux, notamment hérons et échassiers. L’été et l’automne sont les saisons privilégiées pour l’observation. Les visiteurs sont encouragés à utiliser des jumelles afin de limiter le dérangement de la faune.
La zone côtière offre de longues plages de sable fin propices à la plongée avec tuba. Les récifs sont parmi les mieux conservés de la mer Rouge. Les courants modérés permettent une découverte aisée des fonds. Des sorties guidées sensibilisent à la fragilité des milieux. La réserve joue un rôle essentiel dans la protection des ressources halieutiques.
Parmi les sites remarquables figure l’épave du MS Maria Schröder, cargo échoué en 1956 lors d’une tempête de sable. Le navire, aujourd’hui brisé en deux, repose au cœur de la mangrove. Il constitue un repère historique singulier au sein du paysage naturel. L’équipage avait été secouru par les autorités égyptiennes. L’épave est devenue un refuge pour de nombreuses espèces.
À l’ouest s’étendent montagnes et vallées désertiques où vivent hyènes, bouquetins et reptiles. Le Wadi Kid est l’un des ensembles géologiques les plus spectaculaires de la réserve. Des formations rocheuses multicolores y alternent avec des palmeraies isolées. Les pistes ne sont praticables qu’avec des véhicules adaptés. Ces espaces rappellent l’âpreté du Sinaï intérieur.
Deux villages bédouins subsistent au sein même du parc, l’un sur la côte et l’autre dans les hauteurs. Le mode de vie traditionnel s’y maintient malgré l’arrivée progressive de la modernité. Les habitants participent souvent aux activités d’écotourisme. Leur connaissance du territoire est précieuse pour la protection de la biodiversité.
La réserve constitue également un couloir de migration pour de nombreux oiseaux. Les zones humides attirent flamants et sternes durant certaines périodes. Les scientifiques y mènent des programmes de suivi des récifs. La limitation de la pêche et des constructions a permis de maintenir un environnement relativement intact. Nabq représente un modèle de gestion durable.
L’accès à la zone protégée est soumis à un droit d’entrée destiné à l’entretien du site. Les visiteurs sont invités à respecter des règles strictes concernant les déchets et l’approche des animaux. Cette vigilance collective vise à conserver la richesse exceptionnelle de Nabq. Le parc demeure l’un des derniers grands espaces sauvages du littoral du Sinaï.

80. Monastère Sainte-Catherine (Sinaï)
Le monastère Sainte-Catherine, en arabe se dresse au cœur du Sinaï à deux kilomètres du mont Sinaï. Fondé au pied du lieu biblique du Buisson ardent, il est considéré comme le plus ancien monastère habité sans interruption. Inscrit au patrimoine mondial de l’unesco depuis 2002, il constitue un centre spirituel majeur du christianisme. Le site se trouve à 1 570 mètres d’altitude dans le Wadi ed-Deir, la vallée du monastère.
Selon la tradition, Dieu s’y révéla à Moïse. Une première communauté s’y établit dès le IVe siècle. L’impératrice Hélène aurait fait bâtir une église et une tour de défense en 324. Le monastère actuel fut édifié entre 548 et 564 sous l’empereur Justinien Ier. Des mercenaires furent installés pour protéger les moines des attaques.
L’ensemble est entouré d’une muraille massive de douze à quinze mètres de haut. L’ancienne entrée, aujourd’hui fermée, se situait à l’ouest ; l’accès moderne passe par la tour Kléber. Les bâtiments abritent encore une vingtaine de moines grecs orthodoxes. Les offices rythment la journée, de l’aube aux vêpres. Le lieu conserve une atmosphère de recueillement unique.
Au centre se trouve l’église Sainte-Catherine, basilique du VIe siècle. Ses trois nefs sont séparées par des colonnes de granit. L’abside renferme une mosaïque représentant le Christ dans la mandorle. Un reliquaire contient la main et la tête de sainte Catherine. Derrière le chœur s’ouvre la chapelle du Buisson ardent, considérée comme l’espace le plus sacré.
À proximité se situe le puits de Moïse, rappelant l’épisode biblique de l’Exode. Le musée du monastère expose icônes, manuscrits et objets liturgiques anciens. La mosquée Omar, construite au XIIe siècle, témoigne de la coexistence historique des religions. La bibliothèque conserve près de 3 500 manuscrits, l’une des collections les plus précieuses du monde chrétien.
À l’extérieur des murs s’étendent un jardin, le cimetière et l’ossuaire des moines. Le cimetière ne pouvant accueillir que six tombes, les restes sont périodiquement transférés dans l’ossuaire. Dans le village voisin de Sant Katrīn se trouvent la mosquée el-Wadi-el-Muqaddas et le monastère de la Vierge Marie. Ces édifices forment un ensemble religieux exceptionnel.
Le monastère n’ouvre que quelques heures par jour afin de préserver la vie monastique. Une tenue respectueuse est exigée pour la visite. Le site accueille chaque année près de cent mille pèlerins et voyageurs. L’accès au trésor est payant mais l’entrée principale demeure gratuite.
Autour du complexe se trouvent également le tombeau du prophète Haroun et le tombeau du prophète Salih. Le paysage montagneux renforce le caractère sacré du lieu.
81. Le golfe d’Aqaba (Sinaï)
Le golfe d’Aqaba, en arabe Khalij al-ʿAqaba, forme une baie allongée de près de 190 kilomètres séparant la péninsule du Sinaï de la péninsule Arabique. En Israël, il porte le nom de golfe d’Eilat Mifraz Eilat, rappelant l’importance de la ville portuaire située à son extrémité nord. Cette échancrure appartient au système géologique de la vallée du Grand Rift, qui se prolonge jusqu’à la vallée du Jourdain. Ses rives, tant égyptiennes qu’israéliennes et jordaniennes, accueillent de nombreux centres touristiques. La clarté de l’eau et la richesse des récifs en ont fait une destination majeure pour la plongée.
Le golfe présente des caractéristiques différentes des caractéristiques du golfe Suez voisin. Long d’environ 177 kilomètres, large de 19 à 27 kilomètres, il atteint des profondeurs remarquables dépassant 1 800 mètres. L’expédition égyptienne du navire Mabahiss a mesuré en 1935 un fond de 1 829 mètres près de la côte orientale. Au sud, le détroit de Tīrān n’offre qu’un passage étroit de treize kilomètres vers la mer Rouge. Cette configuration explique la présence de courants complexes et d’écosystèmes préservés. Les reliefs sous-marins plongent rapidement après une courte pente côtière.
Quatre États bordent le golfe : l’Égypte avec le Sinaï, Israël avec Eilat, la Jordanie avec Aqaba et l’Arabie saoudite. Pour Israël et la Jordanie, cette ouverture constitue l’accès le plus direct à l’océan Indien. La limite méridionale du golfe est définie par une ligne reliant Ra’s al-Qaṣba à l’île aux Requins, puis traversant l’île de Tīrān jusqu’au sud de la baie de Naʿama. Au nord, le point extrême correspond à la plage centrale d’Eilat, près de l’hôtel Astral Seaside. Ces repères géographiques structurent la navigation.
La côte égyptienne concentre plusieurs stations balnéaires renommées. Taba, à la frontière, offre un cadre paisible propice au snorkeling et aux excursions désertiques. Plus au sud, Taba Heights regroupe hôtels, marina et parcours de golf le long d’une promenade aménagée. Nuweiba séduit par son atmosphère isolée et ses plages sauvages. Dahab, célèbre pour le Blue Hole, attire apnéistes et voyageurs indépendants. Enfin, Charm el-Cheikh demeure le pôle touristique majeur du Sud-Sinaï.
Au large de Taba se dresse Gazirat Firʿaun, connue sous les noms d’île du Pharaon ou Coral Island. Cette île granitique de quatre hectares porte la forteresse croisée Qalʿat Zamān, agrandie par Saladin au XIIe siècle. Située à 200 mètres du rivage, elle domine un paysage marin d’une grande transparence. Son nom, adopté au XIXe siècle, n’a aucun lien avec l’époque pharaonique. Le site constitue aujourd’hui une excursion culturelle prisée des visiteurs du nord du golfe.
La morphologie du bassin explique la variété des habitats marins. Après une bande littorale étroite, le fond descend à 500 mètres puis chute vers des fosses de plus de 1 400 mètres. Deux dépressions principales structurent le golfe, séparées par des seuils rocheux. Une barrière naturelle au niveau du détroit de Tīrān limite les échanges avec la mer Rouge. Cette semi-fermeture favorise une salinité élevée et une biodiversité spécifique. Les coraux y figurent parmi les mieux conservés de la région.
Les zones protégées comme la réserve naturelle de Nabq au nord de Charm el-Cheikh participent à cette conservation. Les plongeurs y trouvent des sites adaptés à tous les niveaux.
Parmi les secteurs emblématiques figure la route de Tīrān, ensemble de récifs accessibles depuis Charm el-Cheikh. Les pentes y accueillent gorgones, requins de récif et bancs de carangues. Les eaux calmes de Nuweiba conviennent à l’initiation, tandis que Dahab propose des tombants plus techniques. Les clubs locaux organisent des sorties vers les jardins coralliens proches de Taba Heights. Cette diversité explique la renommée mondiale du golfe d’Aqaba.
L’économie littorale repose largement sur le tourisme mais aussi sur le transit maritime. Les ports d’Eilat et d’Aqaba assurent l’approvisionnement de leurs pays respectifs. Les routes côtières relient Le Caire aux localités du Sinaï par des bus réguliers. Des marinas modernes complètent les infrastructures historiques comme le phare de Tīrān. Malgré l’essor urbain, de longues portions demeurent peu bâties. Le contraste entre montagnes et mer façonne un paysage singulier.

82. Le golfe de Suez (Sinaï)
Le golfe de Suez, en arabe Khalij as-Suwais, forme une large vallée de rift au nord-ouest de la mer Rouge. Long d’environ 280 kilomètres pour une largeur moyenne de 33 kilomètres, il sépare l’Égypte continentale de la péninsule du Sinaï. Sa profondeur, plus modeste que celle du golfe d’Aqaba, avoisine 80 mètres. Au sud, le détroit de Gobal constitue la porte d’entrée vers la mer Rouge. Cette position en fait un axe maritime de première importance.
Associé au canal de Suez, le golfe permet la liaison directe entre l’Asie et l’Europe sans contourner l’Afrique. La navigation reste toutefois contrainte par de vastes récifs et par plusieurs îles. Le trafic se concentre dans des chenaux balisés reliant les ports industriels. La ville de Suez, située à l’extrémité nord, commande l’accès au canal. Depuis le XIXe siècle, cette voie a transformé les échanges mondiaux.
La rive occidentale accueille plusieurs stations balnéaires. El-ʿAin es-Suchna s’est développée comme destination de week-end pour les habitants du Caire. Plus au sud, Ez-Zaʿfarāna constitue un nœud routier et pétrolier marqué par le cap Raʾs ez-Zaʿfarāna et son phare de 1862. Une auberge Sahara y propose hébergement et restauration aux voyageurs.
À l’extrémité méridionale se trouve la ville industrielle de Ras Gharib, centre d’exploitation d’hydrocarbures. Sur la côte du Sinaï, Et-Tor joue le rôle de capitale administrative du gouvernorat du Sud-Sinaï. Plus au nord, Ras Sudr est devenu un haut lieu du surf, de la planche à voile et du kitesurf grâce à ses vents constants. Les paysages mêlent montagnes désertiques et plages sablonneuses. Le golfe offre ainsi des visages contrastés.
Le détroit de Gobal attire de nombreux plongeurs malgré son éloignement relatif de Charm el-Cheikh. La faible fréquentation a permis la préservation de récifs remarquables. Les amateurs d’épaves y trouvent un terrain privilégié à des profondeurs accessibles. Les conditions marines peuvent toutefois être changeantes. Les safaris plongée y font souvent escale avant de rejoindre la mer Rouge ouverte.
Parmi les zones de récifs, la Stingray Station et le Lonely Mushroom bordent le sud du récif de Shaʿab el-ʿUtaf, à l’ouest du parc national de Ras Mohammed. Le long récif de Shaʿab Mahmud, d’environ onze kilomètres, ferme le détroit à l’est. Ses passages : le Petit Passage et le Grand Passage, permettent l’accès au lagon intérieur. À son extrémité sud se dresse le rocher du Phare. Ces sites constituent des escales classiques des croisières.
Les épaves représentent l’attrait majeur du golfe. Le plus célèbre est le S/S Thistlegorm, navire britannique coulé en 1941 près de Shaʿab ʿAli. Plus au sud gît le S/S Dunraven au pied du rocher du Phare. Dans la zone de Shag Rock repose le S/S Kingston. Le récif de Shaʿab Abu en-Nuhas, proche de l’île Shadwan, abrite plusieurs cargos dont le MS Giannis D., le S/S Carnatic, le MS Marcus et le MS Kimon M..
L’accès au golfe s’effectue principalement par la route. Des liaisons régulières relient Le Caire aux villes côtières et aux localités du Sinaï. Les ports industriels côtoient des marinas touristiques récentes. Les récifs imposent une navigation prudente et balisée. Les autorités égyptiennes développent des projets pour concilier trafic maritime et protection environnementale. La gestion des épaves fait l’objet d’une surveillance spécifique.
Malgré son rôle économique, le golfe conserve des espaces naturels étendus. Les eaux relativement peu profondes favorisent herbiers et nurseries de poissons. Les montagnes arides du désert oriental encadrent le littoral d’un décor minéral. Les visiteurs d’El-ʿAin es-Suchna ou de Ras Sudr découvrent des plages vastes et ventées. Le contraste avec l’activité du canal de Suez demeure saisissant.

83. Parc national de Ras Muhammad (Sinaï)
Le parc national de Ras Muhammad, en arabe Maḥmīyat Raʾs Muḥammad, constitue la première aire protégée créée en Égypte en 1983. Situé à environ douze kilomètres au sud de Charm el-Cheikh, il occupe l’extrémité méridionale de la péninsule du Sinaï. La réserve englobe à la fois un domaine terrestre et un vaste espace marin, ce qui en fait un territoire d’une grande diversité écologique. Son nom provient du cap Raʾs Muḥammad, promontoire de corail fossilisé dominant la mer Rouge. Depuis 2002, une proposition vise son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.
À l’origine, l’aire protégée couvrait moins de cent kilomètres carrés avant d’être progressivement étendue. Elle atteint aujourd’hui plusieurs centaines de kilomètres carrés incluant le détroit de Tīrān et les îles de Tīrān et de Sanafir. La création du parc avait pour objectif de freiner l’expansion urbaine de Charm el-Cheikh et de protéger les ressources halieutiques menacées. La pêche à l’explosif y fut interdite dès les premières années.
Le littoral du parc se compose d’une grande baie au nord, Marsā Bureika, et d’une côte orientale bordée de récifs abrupts. Plus au sud s’étend la plage d’Aqaba, unique interruption naturelle de cette barrière corallienne. À l’ouest se trouvent la plage principale et la plage de Jolanda, proches de la baie Cachée. Un petit lac salé et un chenal de mangrove témoignent de la variété des milieux. Un ancien phare marque l’entrée de l’Old Quay.
Le milieu terrestre, bien que désertique, abrite près de quatre-vingts espèces végétales dont des acacias et des palmiers doum. Les mangroves, parmi les plus septentrionales du monde avec celles de la réserve de Nabq, couvrent environ un hectare. La faune comprend 220 espèces d’oiseaux et quatorze espèces de mammifères. Les migrations de printemps et d’automne traversent le ciel du parc. Ces caractéristiques expliquent l’importance scientifique du site.
Sous l’eau, la richesse est exceptionnelle avec plus de deux cents espèces de coraux et un millier d’espèces de poissons. Les courants puissants apportent plancton et nutriments, favorisant tortues, requins et parfois baleines. Les récifs de Shark Reef et Jolanda Reef figurent parmi les plus célèbres de la mer Rouge. S’y observe encore la cargaison insolite du MS Jolanda, baignoires et cuvettes reposant sur le fond. Le secteur attire plongeurs et biologistes.
D’autres sites jalonnent la côte est du cap : Canoë Shaʿb, Raʾs el-Ghazlānī, Raʾs Zaʿtar ou le cap de la Tour. L’allée des Jackfish est connue pour ses bancs de thons et de barracudas. Le jardin des anguilles borde la plage d’Aqaba tandis que l’observatoire des requins offre un point de vue unique. Sur le versant ouest, la zone du vieux quai complète l’itinéraire sous-marin.

84. Lac Bardawil (Sinaï)
Le lac Bardawil, en arabe Buḥairat al-Bardawīl, s’étend sur la côte nord du Sinaï comme une vaste lagune salée. Long d’environ quatre-vingts kilomètres et large de plus de vingt kilomètres, il compte parmi les plus grands lacs de la péninsule. Séparé de la Méditerranée par un cordon sableux étroit, il communique avec la mer par deux chenaux. À proximité se trouve la petite localité de Biʾr el-ʿAbd. L’ensemble forme une zone humide d’importance internationale.
À l’est du lac s’étend la zone protégée d’ez-Zarānīq, reconnue par la Convention de Ramsar. Cette réserve constitue l’un des principaux refuges pour les oiseaux d’eau en Égypte. Au printemps et surtout en automne, des milliers d’oiseaux migrateurs y font halte avant de poursuivre vers l’Afrique. Le site joue un rôle comparable à au rôle du lac Burullus dans le delta du Nil. Les paysages alternent marais salants, dunes et eaux libres.
Autour du grand lac se trouvent deux plans d’eau plus petits : Sabchat el-Mallāḥa, appelé lac Fouad, et Sabchat esh-Sheikh Zawayed. Ces lagunes peu profondes atteignent rarement trois mètres. Les apports réguliers d’eau de mer augmentent la salinité et façonnent une végétation spécifique. L’envasement progressif modifie cependant leur superficie.
La région abrite six types d’habitats distincts, des dunes mobiles aux dépressions interdunaires. Environ trente pour cent des espèces de la côte méditerranéenne du Sinaï y sont représentées. Les tortues marines et les dauphins à gros nez fréquentent également le secteur. Plusieurs plantes rares, telles Astragalus camelorum ou Iris Mariae, sont considérées comme menacées. Ces richesses confèrent au lac une valeur écologique majeure.
L’activité principale demeure l’observation des oiseaux à Ez-Zarānīq. Parmi les espèces nicheuses figurent le pluvier annelé et la sterne naine. Les ornithologues y recensent flamants, hérons et limicoles par milliers. Des sentiers balisés permettent d’approcher les roselières sans les perturber. Les périodes d’affluence correspondent aux grandes migrations paléarctiques. Le site attire chercheurs et passionnés.
Malgré son isolement, le lac Bardawil joue un rôle économique local par la pêche artisanale. Les communautés riveraines exploitent mulets et dorades dans les eaux saumâtres. Des projets visent à concilier ces activités avec la conservation. L’accès reste contrôlé afin de limiter la pression humaine. .

85. Mont Sinaï (Sinaï)
Le mont Sinaï, ou Jabal Mūsā s’élève à 2 287 mètres au cœur du massif du Sinaï. Montagne sacrée pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, il est associé à la révélation des Dix Commandements à Moïse. Seul le mont Catherine le dépasse en altitude dans la péninsule. Depuis le IVe siècle, les traditions chrétiennes identifient ce sommet au mont de Dieu, bien que d’autres théories évoquent le Gebel Sirbāl. Le site attire chaque année des milliers de pèlerins.
Au pied de la montagne se dresse le monastère Sainte-Catherine, point de départ des ascensions. L’accès se fait par bus ou par route depuis les villes du Sinaï. Les visiteurs doivent s’acquitter d’un droit d’entrée avant d’atteindre le sanctuaire. Le voyage est souvent considéré comme une démarche spirituelle autant qu’une excursion. Les nuits fraîches imposent des vêtements chauds et une lampe.
Deux itinéraires principaux mènent au sommet. Le Sikkat el-Basha, ou chemin du Pacha, tracé au XIXe siècle, serpente en pente douce. Un embranchement conduit vers le Gebel Monēga et la chapelle de la Vierge Marie. Plus haut se trouve l’ermitage Saint-Étienne, fin du parcours accessible à dos de chameau. Les derniers mètres comptent 734 marches offrant un panorama immense. L’ascension nocturne permet d’admirer le lever du soleil.
Au sommet se côtoient une mosquée du XIIe siècle et l’église du Sommet, dédiée à Moïse et à la Sainte Trinité. L’édifice actuel, construit en 1934, remplace une structure plus ancienne. Les lieux sont généralement fermés mais demeurent hautement symboliques. Les Bédouins montrent aussi l’empreinte associée au voyage céleste du prophète Mahomet. Le point culminant offre une vue à 360 degrés.
La descente peut s’effectuer par le Sikkat Saiyidnā Mūsā, connu comme les marches du Pénitence. Ce chemin abrupt compte près de 3 750 degrés irréguliers taillés par un moine au VIe siècle. S’y rencontre la maison aux deux chapelles dédiées aux prophètes Élie et Élisée. Plus bas se dressent la porte de la Foi et la porte de Saint-Étienne, étapes traditionnelles des pèlerins. L’itinéraire exige prudence et bonnes chaussures.
Avant de rejoindre le monastère, le visiteur atteint la chapelle Notre-Dame et le puits de Moïse. Une légende rapporte qu’une apparition mariale aurait sauvé la communauté monastique d’une invasion de vermine. Le sentier traverse ensuite une plaine verdoyante marquée par un cyprès solitaire.
86. Ras Sudr (Sinaï)
Ras Sudr, également nommée Ras Sidr, en arabe Raʾs Sudr, est une station balnéaire établie sur la côte occidentale de la péninsule du Sinaï, dans le golfe de Suez. La ville se situe à environ cinquante kilomètres au sud de Suez et à plus de trois cents kilomètres de Charm el-Cheikh. Implantée sur le cap portant le même nom, elle domine une longue façade maritime ouverte sur des lagons peu profonds. L’agglomération actuelle s’est développée à partir d’un ancien village bédouin. Le climat sec et venté a favorisé l’essor d’activités nautiques.
Au cours des dernières années, Ras Sudr est devenue l’un des centres majeurs de surf, de planche à voile et de kitesurf en mer Rouge. Deux spots principaux se trouvent près du lagon, à proximité de l’hôtel Ramada Resort, où les conditions de vent sont régulières. Les plages de sable clair invitent également à la baignade familiale. À l’est du village s’étend une plage publique très fréquentée le week-end. De nombreux petits cafés se sont installés le long du rivage.
L’économie locale ne repose pas uniquement sur le tourisme. La production et le traitement du pétrole constituent un secteur industriel ancien, hérité des premières prospections du golfe de Suez. Des installations techniques sont visibles au sud de la ville mais restent à l’écart des zones de loisirs.

87. El-Tor (Sinaï)
Et-Tur, également appelée el-Tor ou Tor Sina, en arabe : aṭ-Ṭūr, signifie « la montagne ». Cette ville portuaire se trouve sur la côte ouest du Sinaï, à environ quatre-vingt-dix kilomètres au nord-ouest de l’extrémité méridionale de la péninsule. Chef-lieu du gouvernorat du Sud-Sinaï, elle occupe une position centrale dans le golfe de Suez. Le port constitue depuis longtemps un point d’escale pour les navires reliant la mer Rouge. L’agglomération comptait un peu plus de treize mille habitants au début du XXIe siècle.
Au cœur de la ville se dresse la mosquée El-Kīlānī, principal édifice religieux d’Et-Tur. À proximité se trouve l’église du Prophète Moïse et de Saint Marc, témoignant de la présence d’une communauté chrétienne ancienne. Le monastère de Saint-Georges, également nommé monastère de Raitho, occupe la baie du port et accueille les visiteurs certains jours de la semaine. Ces lieux forment un ensemble spirituel remarquable sur la côte du Sinaï. Les ruelles environnantes conservent une atmosphère provinciale.
Au nord-ouest de l’agglomération se situent les célèbres Ḥammām Mūsā : les bains de Moïse. Ces sources chaudes sont fréquentées pour leurs vertus supposées depuis l’Antiquité. Un petit complexe de restauration s’est développé de l’autre côté de la route. Plus loin apparaissent les vestiges du monastère de Raithu, fondé au VIe siècle et entouré d’une muraille protectrice. S’y distinguent encore deux basiliques et des cellules de moines.
À une dizaine de kilomètres au sud se dresse la forteresse de Raʾs Rāya, construite elle aussi au VIe siècle. L’ouvrage, de plan carré, possède des tours d’angle et des murs élevés en grès et blocs de corail. Une ancienne route reliait la forteresse à une petite mosquée à quatre piliers. L’ensemble témoigne de l’importance stratégique du cap à l’époque byzantine et au début de la période islamique.
La vie culturelle d’Et-Tur s’organise autour du palais de la Culture et du stade de football, lieux de rassemblement pour la jeunesse. Le marché quotidien anime les rues proches du port où se vendent poissons et produits du désert. La ville sert également de base administrative pour l’exploration du sud du Sinaï. Les liaisons routières la relient à Charm el-Cheikh et à Sainte-Catherine. Son rôle de capitale régionale demeure essentiel.

88. Katharinenberg (Sinaï)
Le Katharinenberg ou Jabal Katrina, est la plus haute montagne du Sinaï et d’Égypte avec 2 637 mètres d’altitude. Le sommet se situe à cinq kilomètres au sud-ouest du monastère Sainte-Catherine, au cœur d’un massif de granit rouge. Son nom rappelle Sainte Catherine d’Alexandrie, figure vénérée du christianisme. La tradition raconte que ses reliques auraient été découvertes non loin du sommet. La montagne constitue ainsi un lieu de pèlerinage autant qu’un défi sportif.
L’accès au Katharinenberg débute généralement depuis le monastère Sainte-Catherine, point de ralliement des marcheurs. Les guides bédouins accompagnent les visiteurs à travers les vallées pierreuses. Le climat peut être rigoureux en hiver, avec du gel et parfois de la neige. Les indications sur place orientent vers le sentier principal. L’ascension demande une bonne condition physique et une préparation adaptée.
Le chemin traverse d’abord la plaine d’el-Milga, puis s’engage dans le Wadi el-Arbaʿīn. Le visiteur y rencontre la petite chapelle d’Aaron avant d’atteindre le monastère des Saints-Apôtres. Plus loin apparaît le pavillon du roi Fouad, souvenir de l’époque monarchique égyptienne. Après environ une heure supplémentaire se dresse le monastère des Quarante Martyrs, étape traditionnelle des pèlerins. Le paysage devient alors plus minéral.
La montée finale dure près de quatre heures depuis le fond de la vallée. Le sentier serpente entre des blocs de granit aux formes tourmentées. Les bergers bédouins utilisent encore certains abris de pierre. À mesure que l’altitude augmente, la végétation se raréfie. Les panoramas s’ouvrent sur l’ensemble du sud du Sinaï. Le silence de la montagne renforce l’impression de retrait du monde.
Au sommet se trouve la chapelle Sainte-Catherine, modeste construction blanchie à la chaux. Un tapis marque l’endroit où, selon la tradition, furent découvertes les reliques de la sainte. Les pèlerins y déposent parfois des ex-voto ou allument une bougie. Par temps clair, la vue s’étend jusqu’au golfe de Suez et aux montagnes d’Arabie. Le lever du soleil constitue le moment le plus recherché.
89. Sarabit el-Khadim (Sinaï)
Sarabit el-Khadim, également orthographié Serabit el-Khadim, en arabe Sarābīṭ al-Khadim, est un site archéologique majeur du sud-ouest de la péninsule du Sinaï. Il se situe à environ soixante kilomètres au nord-est d’Abū Rudeis et à cinquante kilomètres à l’est d’Abū Zanīma, dans le gouvernorat du Sud-Sinaï. Le lieu est célèbre pour son ancien temple d’Hathor, édifié à proximité d’importantes mines de turquoise exploitées dès l’Antiquité. Les Bédouins locaux assurent aujourd’hui la surveillance du site. Au camping de Barakat, les visiteurs doivent s’enregistrer avant l’ascension.
L’accès au complexe archéologique se fait par une montée à pied relativement exigeante. Le départ du sentier se situe à une altitude d’environ 535 mètres et le parcours s’étend sur près de 3,8 kilomètres. Une partie du chemin est aménagée en escaliers taillés dans la roche. Après environ un kilomètre de marche, s’atteint le site de Rōḍ el-ʿAir, première étape avant le sanctuaire principal. Le temple d’Hathor apparaît ensuite à près de 740 mètres d’altitude.
Le sentier présente plusieurs montées et descentes successives, si bien que le dénivelé réel dépasse largement les deux cents mètres annoncés. Il faut compter entre une heure et une heure et demie pour atteindre le sommet, et un temps similaire pour le retour. Le balisage demeure partiel et uniquement rédigé en arabe. Des panneaux signalent d’autres vestiges miniers disséminés dans les montagnes environnantes. Le paysage désertique accentue l’impression d’isolement.
Le temple d’Hathor constituait un centre religieux lié à l’exploitation de la turquoise, pierre précieuse très recherchée dans l’Égypte ancienne. Des stèles et inscriptions témoignent des expéditions minières envoyées par les pharaons. L’architecture mêle éléments égyptiens classiques et particularités propres au Sinaï. Les fouilles ont révélé des objets votifs dédiés à la déesse protectrice des mineurs. Le site illustre les échanges entre vallée du Nil et monde désertique.
90. Le canyon coloré (Sinaï)
Le Canyon coloré, appelé aussi canyon Arc-en-ciel, en arabe al-Laun Kānyūn ou al-Wadi al-Mulauwan, est un parc naturel situé dans le sud du Sinaï. Ce site spectaculaire est formé de couches de grès aux teintes variées allant du jaune pâle au rouge profond. Il constitue l’une des excursions les plus prisées depuis Dahab, Nuweiba et Charm el-Cheikh. Les parois étroites et sinueuses offrent un décor presque irréel. L’érosion a façonné ces reliefs au fil des millénaires.
L’accès au canyon nécessite souvent l’usage d’un véhicule tout-terrain. Les agences locales proposent des excursions organisées, incluant transport et guide. Une première route part de Nuweiba vers l’ouest par la route 37, puis rejoint l’oasis d’ʿAin el-Furṭāga avant de s’enfoncer dans les wadis. Une seconde piste débute près de l’hôtel Samy Soleiman et rejoint l’extrémité orientale du canyon.
La visite s’effectue obligatoirement à pied à l’intérieur de l’oued. Par endroits, le passage ne dépasse pas la largeur des épaules, obligeant les marcheurs à se faufiler entre les parois. Le canyon s’étend sur environ huit cents mètres et débouche sur une vallée asséchée. Aucune végétation n’y subsiste en raison de l’aridité extrême. Le site est particulièrement photogénique au lever et au coucher du soleil.
Les strates de grès révèlent une palette de couleurs exceptionnelle. Les nuances de jaune, d’ocre et de pourpre témoignent des variations minérales de la roche. L’érosion par les eaux anciennes a sculpté des formes ondulantes et des arches naturelles. Le canyon coloré offre ainsi une véritable leçon de géologie à ciel ouvert. Les guides expliquent volontiers l’origine de ces formations.
Les visiteurs doivent prévoir eau et nourriture, aucun service n’étant disponible à l’intérieur du site. Un petit parking avec un snack-bar marque l’entrée principale du wadi. Malgré sa popularité, le canyon conserve un caractère sauvage. La marche dans ses couloirs étroits procure une sensation d’aventure. Le canyon coloré demeure l’un des joyaux naturels du Sinaï égyptien.

91. Umm el-Huetat (Désert Oriental)
Umm el-Huetat, également orthographié Um El Howeitat, en arabe Umm al-Ḥuwaiṭāt, est un village minier abandonné situé à vingt-sept kilomètres au sud-sud-ouest de Safaga. Il se trouve dans une vallée latérale du Wādī Gāsūs. L’agglomération fut liée à l’exploitation des mines de phosphate voisines. Depuis son abandon, le lieu est devenu une destination touristique connue sous le nom de ville fantôme. Les bâtiments sont restés presque intacts.
Le village se composait principalement de maisons de plain-pied construites en pierre et en briques de terre crue. Les murs étaient liés par un mortier d’argile et recouverts d’un enduit clair. Les toits légers étaient faits de bois et de branchages. Certaines façades conservent encore des peintures évoquant les pèlerinages à La Mecque. Tous les édifices ont été vidés de leur mobilier.
Le seul bâtiment demeuré entièrement debout est la mosquée, reconnaissable à son minaret carré à partie supérieure hexagonale. Une galerie périphérique entoure la salle de prière. À proximité subsiste le tombeau du saint local Awad Suleiman.
À environ cinq cents mètres au sud s’étend le cimetière ancien, simple et dépouillé. Les vestiges des mines de phosphate apparaissent un kilomètre avant l’entrée du village. Rails, trémies et bâtiments techniques rappellent l’activité industrielle passée. Le silence actuel contraste avec l’animation qui régnait autrefois.
92. Monastère de Saint-Paul (Désert Oriental)
Le monastère de Saint-Paul, également nommé Deir Anbā Būlā, se situe dans le désert d’Arabie, au sein du gouvernorat de la mer Rouge. Il se trouve à environ trente-neuf kilomètres au sud-ouest d’Ez-Zaʿfarāna et à près de deux cent quatre-vingt-dix kilomètres du Caire. Ce monastère copte orthodoxe est dédié à Saint Paul de Thèbes, considéré comme l’un des premiers ermites chrétiens. Le site est niché au pied de montagnes arides. Son isolement a favorisé une vie monastique continue.
L’accès au monastère s’effectue par la route depuis Le Caire ou Hurghada. Les visiteurs arrivent généralement en voiture ou en taxi, la région étant peu desservie par les transports publics. À l’approche du complexe, le paysage devient plus rocheux. Des jardins intérieurs contrastent avec la sécheresse environnante. L’accueil reste simple et fidèle aux traditions monastiques.
Le cœur du site est connu sous le nom de Deir Anbā Būlā, ou monastère de Saint-Paul de Thèbes. Les bâtiments actuels ont été reconstruits à plusieurs reprises au cours des siècles. Ils y conservent des icônes anciennes et des manuscrits liturgiques. Une source d’eau aurait permis l’installation des premiers moines dans ce désert hostile. Le lieu demeure un centre spirituel important pour l’Église copte.
La vie quotidienne est rythmée par les offices et le travail agricole. Les moines cultivent de petits vergers à l’intérieur des murailles. Les pèlerins viennent se recueillir sur les traces de l’ermite Paul. Le monastère entretient des liens étroits avec le voisin monastère Saint-Antoine. Tous deux forment un ensemble historique unique dans le christianisme oriental.
93. Monastère Saint-Antoine (Désert Oriental)
Le monastère Saint-Antoine, ou Deir Mar Antonios, est situé à environ cent cinquante-cinq kilomètres au sud-est du Caire, dans une région montagneuse proche du golfe de Suez. Il s’élève au pied du mont Qulzum, à une trentaine de kilomètres de la mer. Fondé par les disciples de saint Antoine le Grand au IVe siècle, il est considéré comme l’un des plus anciens monastères chrétiens du monde. Son histoire se confond avec celle des origines du monachisme. Le site attire pèlerins et chercheurs.
Selon la tradition, saint Antoine s’est retiré dans ces montagnes à la fin du IIIe siècle pour mener une vie d’ermite. Après sa mort, survenue vers 356, ses disciples édifièrent un monastère à son nom. Entre 1231 et 1299, de nombreux manuscrits y furent copiés ou rédigés. Depuis le XVIe siècle, la présence monastique n’a jamais été interrompue. Le complexe fut restauré entre 2002 et 2010.
Le patrimoine artistique du monastère est particulièrement riche. L’ancienne église Saint-Antoine, datée du IVe siècle, conserve des fresques remarquables. L’église Saint-Marc l’ascétique, construite au XVe siècle, témoigne du renouveau médiéval. Une nouvelle église Saint-Antoine et Saint-Paul, édifiée en 1936, complète l’ensemble. Les bâtiments sont entourés de murailles protectrices.
La bibliothèque abrite une collection précieuse de manuscrits coptes et arabes. Des icônes anciennes ornent les chapelles et les couloirs. Les moines perpétuent des traditions liturgiques très anciennes. Le monastère constitue également un centre d’études théologiques. Des travaux de conservation ont permis de sauvegarder ce patrimoine exceptionnel.

94. Mons Porphyrites (Désert Oriental)
Mons Porphyrites, ou Montagne Porphyre, est une ancienne carrière de l’époque romaine située dans le désert d’Arabie, à l’est de l’Égypte. Le site se trouve à environ cinquante-cinq kilomètres à l’ouest d’Hurghada, sur le versant nord du Gebel Abū Duchān. Ce massif renferme l’unique gisement mondial de porphyre rouge-pourpre, connu sous le nom de porphyre impérial. Cette pierre prestigieuse était réservée aux monuments et aux œuvres liées au pouvoir romain. Le lieu constitue aujourd’hui un ensemble archéologique d’un intérêt exceptionnel.
La carrière était implantée le long d’une ancienne route caravanière reliant Maximianopolis dans la vallée du Nil au port de Myos Hormos sur la mer Rouge. Contrairement à d’autres roches égyptiennes, le porphyre n’était pas employé comme matériau de construction à l’époque pharaonique. Son exploitation débuta réellement sous la domination romaine. L’accès moderne s’effectue par une piste tout-terrain partant de la station d’Abū Shaʿr. Le trajet traverse les vallées du Wādī Umm Siḍra puis du Wādī Abū el-Maʿamil.
Dans cette vallée principale subsistent de nombreux vestiges. S’y découvrent les fontaines du sud, dotées d’un canal de drainage, ainsi que les entrepôts centraux entourés d’un mur rectangulaire. Plus au sud se trouve le temple de Sérapis, édifié sous l’empereur Hadrien, dont les colonnes sont encore visibles. Un second sanctuaire, le temple d’Isis, s’élève sur le versant ouest. Ces monuments témoignent de l’organisation quasi urbaine du complexe minier.
Autour du centre se répartissaient plusieurs villages de carriers, notamment le village du sud-ouest et le village de Lycabettos, perché à mille cinq cents mètres d’altitude. Des rampes de chargement, des ateliers de tailleurs de pierre et des puits asséchés jalonnent le paysage. Des blocs pré-travaillés gisent encore à l’endroit même où ils furent abandonnés. L’ensemble permet de comprendre les méthodes d’extraction et de transport des Romains.
95. Mons Claudianus (Désert Oriental)
Mons Claudianus, également appelé Monte Claudiano, est une ancienne carrière romaine de diorite quartzique située à cinquante kilomètres à l’ouest de Safaga, dans le désert oriental. Ce gisement était le seul capable de fournir des blocs monolithiques de très grande taille, connus sous le nom de marbre de Claudianus. Le site fut exploité du Ier au IVe siècle, probablement sous contrôle direct de l’empereur. Le village des ouvriers constitue l’un des ensembles romains les mieux conservés d’Égypte. Les archéologues y trouvent une documentation exceptionnelle.
L’exploitation débuta sans doute sous l’empereur Claude et se poursuivit sous Trajan et Hadrien. Les pierres extraites étaient presque exclusivement destinées à Rome. Elles servirent à la fabrication des colonnes du Panthéon, du Forum de Trajan et du Forum de César. L’accès actuel suit la route menant à Qina, puis des pistes rejoignant le Wadi Fatira. Des stations de pompage romaines jalonnent encore l’itinéraire.
Le principal campement se trouve dans le Wādī Umm Ḥusein. Protégé par une enceinte et des tours, il abritait près d’un millier d’ouvriers. Les maisons, les thermes, le temple de Sérapis et les entrepôts sont conservés presque à hauteur d’origine. Deux puits assuraient l’approvisionnement en eau. L’organisation du village reflète une administration militaire rigoureuse.
Autour de l’agglomération s’étendent des dizaines de carrières numérotées. Dans la carrière 18 subsistent trois colonnes, et dans la 23, deux fûts de dix-huit mètres de long. La pièce la plus spectaculaire se trouve dans le Wādī Pillar : une colonne de deux cents tonnes, longue de dix-huit mètres, encore couchée sur place. Les rampes de chargement et les aires de meulage sont clairement identifiables.
96. Mons Smaragdus (Désert Oriental)
Mons Smaragdus, désigne un vaste ensemble d’anciennes mines d’émeraudes situé dans les montagnes de la mer Rouge. La zone s’étend au nord du Wadi el-Gimal, à l’intérieur du parc national du même nom, sur près de deux cents kilomètres carrés. Jusqu’à la découverte des gisements colombiens de Muzo en 1573, ces mines constituaient la principale source d’émeraudes authentiques pour l’Europe. Les béryls colorés par le chrome y étaient extraits depuis l’Antiquité. Les villages miniers sont encore visibles.
Les sites s’échelonnent d’est en ouest. La zone d’Umm Kābū abritait des ateliers de taille. Plus à l’ouest, Sikait conserve des temples rupestres remarquables, tandis que le Wādī Nugruṣ regroupait des habitations de mineurs. Les secteurs de Wādī el-Gimāl A et B complétent ce réseau d’exploitation. Au nord se dresse le massif du Gebel Zabara, le plus important centre d’extraction.
Les mines consistaient en puits verticaux et en galeries étroites creusées dans la roche métamorphique. Les conditions de travail étaient particulièrement rudes en raison de la chaleur et du manque d’eau. Des puits d’approvisionnement étaient aménagés à proximité des établissements. Les émeraudes extraites étaient transportées vers la vallée du Nil puis vers la Méditerranée. Peu de pierres ont survécu dans les collections européennes.
Les vestiges témoignent d’une organisation complexe. Se distinguent des bâtiments administratifs, des lieux de culte et des ateliers. Les temples rupestres de Sikait constituent l’ensemble le mieux conservé. Les inscriptions grecques et latines rappellent la présence romaine. Le paysage désertique renforce l’impression d’un monde figé depuis des siècles.

97. Parc national de Wādī-el-Gimāl-Ḥamāṭa (Désert Oriental)
Le parc national de Wādī-el-Gimāl-Ḥamāṭa ou Wadi el Gemal Reserve s’étend sur 7 450 km² entre la côte de la mer Rouge et les premiers reliefs du désert oriental. Cette vaste zone protégée se situe à une cinquantaine de kilomètres au sud de Marsā ʿAlam et constitue l’un des ensembles naturels les plus variés d’Égypte. Le territoire associe des milieux marins d’une grande richesse à des paysages désertiques presque intacts. Les récifs coralliens, éloignés du rivage, forment un chapelet d’îlots qui abritent une faune exceptionnelle. Les montagnes de granite et de basalte dominent l’horizon et encadrent de longues vallées sèches. Depuis 2003, le site bénéficie d’un statut de protection renforcé. Il représente un patrimoine à la fois écologique et historique.
La région fut traversée durant l’Antiquité par d’importantes routes commerciales reliant la vallée du Nil aux ports de la mer Rouge. La piste de Bérénice, appelée Berenikes Hodos, reliait Coptos et Edfou au grand port de Bérénice, aujourd’hui modeste village côtier. Par cette voie transitaient les marchandises venues d’Arabie, d’Inde et d’Afrique orientale. Des caravanes transportaient épices, encens, ivoire et textiles vers la Méditerranée. Les vestiges de fortins comme Hydreuma Apollonos ou Vetus Hedreuma rappellent cette activité. Ces stations servaient d’étapes et de points d’eau aux convois. Le désert conserve encore leurs murs de pierre.
L’exploitation minière a profondément marqué l’histoire locale. Dans les montagnes de Gebel Zabāra, de Gebel Nugruṣ et de Gebel Sikait, les anciens extrayaient des émeraudes réputées dans tout le monde méditerranéen. Le secteur de Mons Smaragdus fut, pendant plus d’un millénaire, la principale source de ces pierres précieuses pour l’Europe. Plus au nord, la mine d’or de Ḥangalīya témoigne de travaux remontant au Nouvel Empire. Les galeries abandonnées, les ateliers et les villages de mineurs sont encore visibles. Ils constituent un ensemble archéologique unique dans le désert oriental.
Le relief du parc est dominé par des sommets abrupts. Le Gebel Ḥangalīya atteint 1 240 mètres tandis que les massifs de Gebel Ḥafāfīt ou de Gebel Ḥamāṭa forment des barrières rocheuses spectaculaires. Entre ces montagnes s’étirent de larges oueds, dont le principal est Wādī el-Gimāl, long de soixante-cinq kilomètres. Les pluies rares mais violentes y font naître des crues éphémères. Des acacias et des tamaris survivent grâce aux nappes souterraines. Ces vallées constituent les rares couloirs de vie du désert.
Plusieurs sources jalonnent le territoire et ont toujours attiré les voyageurs. Biʾr Wādī Laḥmī ou Biʾr Sarṭūṭ offrent encore de l’eau douce, parfois accompagnée de petites cascades. Les Bédouins d’Ababda y conduisent leurs troupeaux de chèvres et de chameaux. Leur mode de vie semi-nomade demeure étroitement lié aux ressources du parc. Les guides locaux connaissent chaque piste et chaque point d’eau. Ils jouent aujourd’hui un rôle essentiel dans l’accueil des visiteurs.
La façade maritime présente une grande diversité. Le delta de Wādī el-Gimāl forme une zone humide fréquentée par les oiseaux migrateurs. Plus au sud s’ouvrent les baies de Charm el-Luli et de Laḥmī, célèbres pour leurs plages claires. Les mangroves du golfe de Qulʿān constituent un écosystème rare en Égypte. Autour de l’île de Wadi el-Gimal et des Gazāʾir Qulʿān, les récifs attirent plongeurs et biologistes. La présence de dauphins et de tortues marines renforce l’intérêt scientifique du site.
Le littoral conserve également des traces de l’époque moderne. Près d’Abū Ghuṣūn se dresse un ancien terminal de chargement de phosphate. Non loin gît l’épave du navire Hamada, devenue un repère pour la plongée sous-marine. Plus au large, le banc de Fureur rassemble une vingtaine de récifs redoutés des marins.
À l’intérieur des terres, des sites isolés témoignent d’une occupation continue. Le poste de Kaʿb Marfūʿ ou la station de Mangam el-ʿAṭschān illustrent l’organisation des routes antiques. Les vestiges se mêlent au paysage minéral sans le dénaturer. Les visiteurs parcourent ces lieux dans un silence presque absolu. Le parc demeure peu fréquenté et conserve un caractère sauvage.
Les autorités égyptiennes ont développé un tourisme respectueux de l’environnement. Des campements légers existent près de Ḥamāṭa et de Marsa Saṭāyaḥ. Les excursions privilégient l’observation de la nature et la rencontre avec les communautés bédouines. Les règles du parc limitent l’accès motorisé aux zones sensibles. Cette gestion vise à préserver les récifs et la faune désertique.
98. Aire protégée d’Elbe (Désert Oriental)
L’aire protégée d’Elbe, appelée aussi réserve naturelle d’ʿIlba, couvre environ 35 600 km² à l’extrême sud-est de l’Égypte. Elle s’étend depuis les abords de Hamāṭa et de Bérénice jusqu’à la frontière soudanaise. Le territoire englobe une partie du triangle de Ḥalāʾib et associe espaces marins, montagnes et plaines désertiques. Cette région, longtemps difficile d’accès, demeure l’une des plus sauvages du pays. Le nom de la réserve provient du Gebel ʿElba, sommet emblématique culminant à 1 435 mètres.
La création de la réserve en 1986 visait à protéger un environnement d’une grande diversité. Les monts de la mer Rouge y forment un arc rocheux entaillé de nombreux oueds. Les falaises de grès alternent avec des plateaux basaltiques. Ces reliefs captent l’humidité venue de la mer et permettent l’existence d’une végétation inattendue. Certaines pentes du Gebel Shellal ou du Gebel Shendib portent des acacias, des euphorbes et même des herbes saisonnières.
La côte de la mer Rouge constitue la limite orientale de la réserve. Elle est bordée de forêts de mangroves et de dunes claires. Vingt-deux îles et de vastes récifs coralliens prolongent ce paysage vers le large. Le village de Bérénice, fondé à l’époque ptolémaïque, rappelle l’ancien rôle maritime de la région. Plus au sud se trouve Esch-Schalātīn, connu pour son grand marché aux chameaux. Ces localités forment les rares points habités du littoral.
L’aire d’Elbe conserve de nombreuses traces d’occupation humaine. Des gravures rupestres jalonnent les pistes utilisées depuis des millénaires par les nomades. Les vallées de Wādī Naʿām ou de Wādī Ḥōḍein présentent des scènes de chasse et de pastoralisme. Près des sources, de petits hameaux ont vu le jour au XXe siècle. Ces témoignages montrent l’adaptation patiente des populations au milieu désertique.
Les points d’eau jouent un rôle essentiel dans cette région aride. Biʾr Abraq associe une source thermale à une forteresse gréco-romaine. Biʾr as-Sunṭa et Biʾr Abū Saʿfa ont longtemps servi de haltes aux caravanes. Dans Wādī Amrīt, des puits profonds permettaient l’abreuvement des troupeaux.
Plusieurs sites archéologiques témoignent de l’époque romaine tardive. Le village de Schaschaf rassemble près de trois cents bâtiments de pierre répartis de part et d’autre de l’oued. Un peu plus au nord, Ḥiṭān Raiyān présente un ensemble plus modeste mais bien conservé.
Le cœur montagneux de la réserve demeure presque inexploré. Le Gebel Abū Ṣilāʿī, pic isolé de 737 mètres, domine un désert de sable et de pierres. Les oueds relient ces hauteurs à la côte et forment des couloirs naturels pour la faune. Gazelles, bouquetins et hyènes y trouvent refuge. Les oiseaux migrateurs utilisent les mangroves comme étape entre Afrique et Eurasie.
La population actuelle se concentre surtout autour d’Esch-Schalātīn. Son marché hebdomadaire attire les éleveurs venus du Soudan voisin. Les chameaux, les chèvres et les produits artisanaux y sont échangés selon des pratiques anciennes. Les autorités encouragent un tourisme mesuré fondé sur la découverte culturelle. Les visiteurs doivent être accompagnés de guides connaissant la région.
La gestion de l’aire protégée se heurte à l’isolement du territoire. De nombreuses zones, notamment dans le triangle de Ḥalāʾib, restent difficiles d’accès. Cette situation a cependant favorisé la préservation des milieux naturels. Les scientifiques estiment que plusieurs sites archéologiques demeurent encore inconnus. Chaque expédition révèle de nouvelles gravures ou des ruines oubliées.
Les forteresses ptolémaïques de l’aire d’Elbe furent édifiées comme postes d’observation dominant les pistes caravanières. La forteresse d’Abraq – Qalʿat Abraq s’élève sur un éperon rocheux au-dessus de la source de Biʾr Abraq, position stratégique contrôlant l’accès aux oueds. Plus au sud-est, Ḥiṭān Shansheep fut construite au Ier siècle avant Jésus-Christ au-dessus de l’agglomération de Shanshaf.
À l’époque romaine, un réseau de praesidia compléta ce dispositif. Ces forts servaient de camps militaires et de relais pour la protection des frontières méridionales. Le Praesidium Kalalat – Qarya Kalalat, d’environ 80 × 90 mètres, possède une hydreuma, enceinte fortifiée protégeant un point d’eau vital. À proximité se trouve le petit Praesidium Kalalat, plus modeste mais jouant un rôle similaire.
Le Praesidium Siket, situé à l’ouest de Bérénice, témoigne de l’organisation impériale. Une inscription au-dessus de la porte rappelle sa construction sous l’empereur Vespasien et mentionne le préfet Servius Sulpicius Similis. Le fort mesure 24 × 32 mètres et abritait également une hydreuma. Autour de ces camps s’élevaient des tours de guet et des balises visibles de loin.
L’île Rocheuse Jazīrat Rūki se situe à soixante-dix kilomètres au large de la côte égyptienne. Ce bloc isolé, entouré d’un récif frangeant, plonge jusqu’à six cents mètres de profondeur. Sa largeur maximale atteint cinq cent quarante mètres d’ouest en est. Les courants marins y sont puissants et variables, imposant une grande prudence aux navigateurs. Le site n’est accessible qu’aux safaris de plongée.
Les immersions se pratiquent surtout le long de la côte est et de l’extrémité méridionale. Les plongeurs descendent en dérive le long de tombants couverts de gorgones. Mérous et poissons-chirurgiens y trouvent refuge parmi les anfractuosités. Dans les eaux bleues apparaissent fusiliers, thons et vivaneaux. Parfois surgissent raies manta ou requins de passage.
La plongée de nuit n’est pas autorisée en raison des courants. Le lieu demeure réservé aux pratiquants expérimentés. Les départs s’effectuent depuis les bateaux de croisière, rarement depuis un Zodiac. À la fin de l’exploration, les équipes sont récupérées en mer ouverte. L’environnement exige une organisation rigoureuse.
Au large gît l’épave du Maidan, vapeur de 152 mètres échoué en 1923. Reposant à plus de quatre-vingt-dix mètres, elle reste hors de portée des plongeurs de loisir. Le navire s’est brisé en plusieurs sections contre le récif. Son histoire alimente les récits des équipages modernes.
L’île Ez-Zabargad, également appelée île Saint-Jean, se dresse au nord du tropique du Cancer. Habitée dès l’Antiquité, elle doit son nom arabe au minéral péridot jadis exploité. L’île s’étire sur quatre kilomètres du nord au sud et culmine à 235 mètres. Un récif frangeant l’entoure de toutes parts jusqu’à quinze mètres de profondeur.
La partie méridionale, connue comme baie des Tortues, accueille chaque année la ponte des reptiles marins. Le courant y demeure faible et orienté vers l’est. Le site de plongée du même nom se développe le long d’un lagon de cinq cents mètres. Coraux durs et mous forment un décor de petits canyons.
Plus au sud-est repose une épave anonyme longue de soixante-dix mètres. Construite probablement en Union soviétique vers 1970, elle gît à vingt-quatre mètres de fond. Le mât affleure presque la surface et la coque brisée s’est couverte de corail. Les plongeurs peuvent parcourir la passerelle, les cales et la salle des machines.
Ez-Zabargad constitue également un refuge pour neuf espèces d’oiseaux. Les falaises offrent des zones de nidification protégées. Les pêcheurs locaux fréquentent rarement l’île, ce qui favorise la tranquillité de la faune. Les safaris de plongée respectent des règles strictes d’approche.
Le désert oriental est célèbre pour ses gisements d’or exploités depuis le Moyen Empire. La mine d’or el-Gāhilīya, aujourd’hui abandonnée, se trouve près de la route traversant le Wadi el-Gahiliya. Des galeries effondrées et des déblais témoignent d’une activité récente et ancienne. Le site marque un carrefour où bifurquent plusieurs pistes vers l’intérieur. Les prospecteurs modernes ont réutilisé les travaux antiques.
Plus à l’est s’étend la zone d’El-ʿIleiga – E-ʿUleiga, l’un des ensembles miniers les plus vastes. De grands puits furent creusés pour atteindre les veines aurifères. Autour subsistent les fondations de cabanes de mineurs construites en pierres sèches. Des poteries ptolémaïques et des tessons islamiques prouvent une exploitation sur près d’un millénaire. Le site reste isolé au cœur d’un paysage de collines sombres.

99. Route Qifṭ – El Quṣeir (Désert Oriental)
La route Qifṭ vers El-Quṣeir, également appelée route Qinā–El-Quṣeir correspond à l’actuelle route 29 qui traverse le désert oriental égyptien. Cet axe suit en grande partie l’antique piste caravanière reliant la vallée du Nil aux ports de la mer Rouge. Le passage le plus célèbre en est le Wādī el-Ḥammāmāt, vallée minérale exploitée dès l’Antiquité pour ses carrières de grauwacke et ses filons aurifères. Les falaises portent encore des centaines d’inscriptions pharaoniques, grecques et romaines. Le paysage, fait de montagnes sombres et de lits d’oueds pierreux, conserve l’aspect qu’ont connu les expéditions royales.
Plusieurs forteresses jalonnent cette voie stratégique afin de protéger les convois. La première, Qaṣr el-Banāt, contrôlait l’accès occidental du Wadi et servait de poste de surveillance. Plus à l’est se dresse la forteresse d’el-Muweih, appelée aussi Krokodilo, située à quatre-vingt-dix mètres au nord de la route. Autour d’elle se développa une petite colonie byzantine liée à l’exploitation de l’or. Les vestiges de citernes et de magasins témoignent de la logistique nécessaire à la traversée du désert.
À l’approche de la mer Rouge apparaissent d’autres relais antiques. Le site de Biʾr Umm el-Fawāchīr conserve les traces d’une vaste mine d’or exploitée du Moyen Empire jusqu’à l’époque islamique. La forteresse d’ez-Zarqāʾ, identifiée à l’ancienne Maximianon, marque l’une des dernières étapes avant le littoral. Les archéologues y ont retrouvé des céramiques, des ostraca et des restes de campements militaires.
Plus au nord se situe Biʾr es-Saiyāla, peut-être l’antique Simiou, dont le toponyme rappelle la présence d’un puits profond. Les voyageurs modernes empruntent encore ce tracé pour rejoindre el-Quṣeir depuis Qifṭ.

100. Wadi el-Allaqi (Désert Oriental)
Le Wadi el-Allaqi, ou Wadi Allaqui, est le plus long oued d’Égypte avec près de deux cent cinquante kilomètres. Il prend naissance au sud d’Assouan, sur la rive orientale du lac Nasser, puis s’enfonce dans le désert d’Arabie avant de gagner la mer Rouge. Son lit asséché marque aujourd’hui la frontière naturelle avec le nord du Soudan. Certaines parties ont été classées réserve de biosphère en raison de leur richesse écologique. Malgré l’aridité, la vallée a toujours attiré les hommes.
Des sites archéologiques du Moyen Empire attestent d’une exploitation ancienne de l’or. Autour d’Umm Ashira, au nord du Wadi, des inscriptions rupestres relatent les expéditions pharaoniques. Les campements de mineurs de Hairiri, de Ḥeimūr et de Qaryat Aḥmad conservent des fours et des galeries. Plus au sud, les forteresses de Darāhīb, connues sous le nom de Bérénice Pancrisia, rappellent la présence ptolémaïque.
La traversée du Wādī el-ʿAllāqī exige un véhicule tout-terrain, et souvent la progression se poursuit à pied. Le sol alterne sable meuble, graviers et éboulis issus des massifs rocheux. Les visiteurs doivent être équipés de bonnes chaussures de marche et d’importantes réserves d’eau. Le silence du désert n’est troublé que par le vent et par les traces des anciens chemins caravaniers. Chaque détour révèle un pan de l’histoire minière de l’Égypte.
La végétation, bien que clairsemée, présente une grande diversité. Les visiteurs y rencontrent des tamaris, le solstice bas et l’herbe grise, mais aussi plusieurs espèces d’acacias telles qu’Acacia ehrenbergiana, Acacia radidiana et Acacia tortilis. La datte du désert et l’arbre à brosses à dents subsistent près des rares points d’humidité.
Bouquetins, gazelles et hyènes parcourent encore les plateaux environnants. Les nomades bédouins connaissent chaque source et chaque repli du terrain. Pour le voyageur, le Wadi el-Allaqi offre une expérience d’isolement absolu, loin des circuits classiques.

101. El-Kanaʾis (Désert Oriental)
Derrière le nom moderne el-Kanaʾis, signifiant « les temples », se cache un ancien poste d’eau égyptien situé sur la route des mines d’or d’el-Barrāmīya. Le site fut fondé sous le règne de Séthi Ier et intégré à l’itinéraire reliant Edfou au port de Bérénice. À l’époque gréco-romaine, il devint un hydreuma fortifié, véritable oasis artificielle au cœur du désert. Le sanctuaire rupestre voisin servait de panéion, dédié au dieu Pan protecteur des voyageurs. Cette halte facilitait le transport des marchandises et même des éléphants militaires.
Le lieu se trouve dans le Wādī el-Miyāh, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Edfou. Le site archéologique, encore gardé, n’est pas officiellement ouvert aux visiteurs mais reste visible depuis la route 212. Un petit poste de garde veille sur les ruines et sur le temple de Séthi Ier qui date d’environ 1290 avant notre ère, et était consacré à Amon-Rê et à Horus d’Edfou. Seule sa partie arrière est creusée dans la roche, tandis qu’un portique en blocs de grès complète l’édifice.
La décoration du temple est d’une richesse exceptionnelle. Les parois montrent le roi terrassant des princes nubiens et étrangers en présence d’Amon-Rê de Karnak et d’Horus d’Edfou. Les chapelles latérales représentent Séthi Ier auprès d’Osiris, de Ptah et d’Isis. Une longue inscription explique le creusement du puits et la fondation du sanctuaire, rare exemple de récit royal gravé in situ. Les architraves portent encore les cartouches du souverain.
À l’est du monument se dressent trois stèles rupestres où apparaissent le vice-roi de Koush Yuny et le chef des troupes d’or ʿAnena. Autour d’elles s’étendent de nombreuses inscriptions rupestres grecques et égyptiennes dédiées à Pan, laissées par des soldats et des caravanes entre Arsinoé II et l’époque d’Hadrien. Plus loin se trouve l’ancien puits, profond d’environ cinquante-cinq mètres, qui assura la survie du relais. Une colonie fortifiée elliptique, probablement grecque, protégeait les habitations et le grand bassin central.
102. Le canal de Suez (Canal de Suez)
Le canal de Suez (en arabe : Qanat as-Suwais) s’étire entre le nord de l’Égypte continentale et la péninsule du Sinaï, reliant la mer Méditerranée à la mer Rouge sur une distance de 163 kilomètres. Cette voie navigable artificielle, ouverte en 1869 après une décennie de travaux colossaux, a transformé la géographie du commerce mondial en évitant aux navires le long contournement de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.
L’idée du canal fut portée par le diplomate français Ferdinand de Lesseps, qui convainquit le vice-roi Muhammad Said Pacha d’accorder une concession en 1854. Malgré l’opposition britannique, la Compagnie universelle du canal maritime de Suez fut fondée en 1858. Le capital initial de 200 millions de francs provenait majoritairement d’investisseurs français. La société reçut le droit d’exploiter l’ouvrage pendant quatre-vingt-dix-neuf ans. Cette décision marqua le début d’une entreprise technique sans précédent.
Les travaux commencèrent le 25 avril 1859 sur la côte méditerranéenne, là où naîtrait plus tard Port-Saïd. Le chantier traversait un désert dépourvu d’infrastructures et nécessita le transport de tous les matériaux à dos de chameau puis par des voies ferrées provisoires. Près d’un million et demi d’Égyptiens participèrent aux travaux. Le coût final atteignit 426 millions de francs. Le permis définitif fut délivré en 1866 par la Sublime Porte à Constantinople.
Le canal fut inauguré le 17 novembre 1869 lors de festivités rassemblant des milliers d’invités. Le yacht Aigle de l’impératrice Eugénie de Montijo ouvrit le convoi de navires jusqu’à Ismaïlia. Les opérations d’approfondissement se poursuivirent jusqu’en 1871 afin d’améliorer la navigation. Quelques jours avant l’ouverture, l’opéra Khédiv du Caire avait été inauguré avec Rigoletto de Verdi. L’ouvrage devint rapidement un axe stratégique du commerce mondial.
Chaque année, des dizaines de milliers de bâtiments empruntent ce couloir maritime devenu l’un des axes stratégiques majeurs de la planète. Pourtant, malgré son importance historique et économique, l’ouvrage reste un lieu difficile à appréhender pour le voyageur ordinaire.
Sur l’essentiel de son parcours, le canal est en effet bordé de clôtures et de zones militaires, ne laissant aux visiteurs qu’une visibilité réduite. Seuls quelques points aménagés permettent d’observer le passage des porte-conteneurs et des pétroliers géants qui semblent glisser au milieu du désert. Cette configuration explique pourquoi le canal de Suez se prête mal au tourisme classique, contrairement à d’autres voies mythiques comme le canal de Panama. Les règles de sécurité interdisent la navigation privée et limitent fortement les déplacements indépendants le long des rives.
L’intérêt du séjour se concentre donc surtout dans les villes nées avec le chantier au XIXe siècle. Port-Saïd, Ismaïlia et Suez jalonnent la rive occidentale et conservent l’empreinte de l’époque coloniale. Leurs larges boulevards plantés, leurs immeubles aux balcons de fer forgé et leurs anciens clubs européens rappellent un passé cosmopolite. Ces cités furent durement éprouvées durant les conflits israélo-arabes, mais elles ont su préserver une atmosphère particulière, différente du reste de l’Égypte dominé par les vestiges pharaoniques.
À Ismaïlia, siège de l’Autorité du canal, quelques sites offrent un aperçu de la vie quotidienne de cette artère maritime. Le musée local présente des objets antiques découverts lors du creusement, tandis que les quais permettent d’observer le ballet des remorqueurs. À Port-Saïd, un court trajet en ferry vers Port Fouad constitue l’une des rares expériences directes sur le canal, même si le regard reste souvent arrêté par les grillages et les postes de contrôle. Plus au sud, la ville de Suez offre la vision impressionnante des navires entrant depuis le golfe.
Autour du tracé se déploient également des paysages d’eau inattendus, comme le lac Timsah, le Grand Lac Amer ou le lac Manzala, intégrés au système hydraulique du canal. Ces étendues saumâtres rappellent que l’ouvrage a profondément remodelé l’environnement de l’isthme.

103. Ismailia (Canal de Suez)
Ismailia, ou el-Ismaʿiliya, est une ville égyptienne relativement récente établie sur la rive occidentale du canal de Suez. Fondée au XIXe siècle lors du percement de la voie maritime, elle compte près de trois cent mille habitants. Sa situation privilégiée au bord du lac Timsa lui confère un caractère de station balnéaire appréciée des Égyptiens. Le centre-ville, conçu selon un plan européen, conserve une atmosphère méditerranéenne faite d’avenues ombragées et de bâtiments coloniaux. De nombreux parcs publics structurent l’espace urbain et atténuent la chaleur du désert environnant. Cette ville administrative et portuaire constitue aujourd’hui l’un des pôles majeurs de l’isthme de Suez.
Parmi les principaux attraits culturels figure le musée archéologique d’Ismaïlia, situé rue Salah Salim. Cet établissement présente une riche collection d’objets gréco-romains découverts lors des travaux du canal ainsi que des pièces provenant de Tell el-Maskhūta, de l’ancien Pithom, du Wadi eṭ-Tumīlat et du nord du Sinaï. Environ quatre mille artefacts y sont conservés, allant du Moyen Empire au début de l’ère islamique. Le jardin qui précède l’édifice abrite un sphinx en granit de Ramsès II, remanié à partir d’une sculpture d’Amenemhat III. L’architecture du musée, inauguré en 1934, est l’œuvre de Louis-Jean Hulot et s’inspire des formes de l’Égypte antique.
Un second établissement : le musée du canal de Suez, ouvert en 2024 dans l’ancien bâtiment administratif, retrace l’histoire de la grande voie maritime. Plus de deux mille objets y évoquent la planification, la construction et l’exploitation du canal. Le visiteur y découvre la statue monumentale de Ferdinand de Lesseps, une reconstitution de navire ottoman et l’ancienne gare avec son wagon d’époque. Le musée de la police rappelle quant à lui les événements du 25 janvier 1952 et expose uniformes et armes.
Le paysage religieux de la ville se caractérise par une grande diversité. La mosquée Abou Bakr, édifiée en 1999 près de la place Gumhiriya, se distingue par ses deux minarets de quatre-vingt-onze mètres. La mosquée Khalid ibn al-Walid et la mosquée el-Abbasi, la plus ancienne de la cité, témoignent de l’empreinte ottomane. Au nord de la voie ferrée s’élève la mosquée ismaélienne, tandis que la petite mosquée el-Firdūs anime le quartier oriental. Ces édifices rythment la vie quotidienne par l’appel à la prière.
Les églises rappellent l’importance des communautés chrétiennes installées lors de la construction du canal. L’église Saint-Marc, d’abord dédiée à Saint-François-de-Sales, fut bâtie en 1929 par Louis-Jean Hulot. L’église Saint-Ménas orthodoxe grecque se distingue par son iconostase de pierre et ses couleurs vives. La plus ancienne : l’église Saint-Georges, remonte à 1865, tandis que l’église presbytérienne maronite date de 1951. L’église Saint-Paul, proche du cimetière militaire du Commonwealth, affirme une architecture résolument moderne.
Le cœur urbain s’organise autour de plusieurs places héritées de l’époque cosmopolite. Le Mīdān el-Gumhūrīya, autrefois place Champillon, marque le centre du quartier européen. Le Mīdān Muṣṭafā Kāmil et le Mīdān ʿUrābī, au nord de la gare, constituent d’autres pôles d’animation. Plus à l’est, le Mīdān ʿAbd el-Munʿim Riyāḍ rend hommage au général égyptien tombé en 1969. À proximité se trouve l’école des Sœurs franciscaines, témoin de la tradition éducative de la ville.
Les ouvrages hydrauliques façonnent profondément le paysage. Le centre est bordé au sud par le canal d’eau douce, franchi par d’anciens ponts-levis peints en vert. Entre ce canal et la rue Salah Salim s’étend un vaste parc aux pelouses soignées. Plus à l’est se déploie le parc Malāḥa, appelé « jardin de la Beauté », couvrant plus de deux cents hectares. Palmiers et essences rares y offrent un contraste saisissant avec l’aridité du désert.
Parmi les bâtiments les plus emblématiques figure la maison de Ferdinand de Lesseps, construite en 1862. Cette demeure à l’origine modeste fut agrandie en 1902 et présente aujourd’hui une façade élégante avec balcon. Transformée en petit musée, elle renferme le salon, la chambre et le boudoir de l’ingénieur, ainsi que sa calèche et plusieurs effets personnels. L’accès reste soumis à une autorisation de l’Autorité du canal de Suez, ce qui renforce son caractère presque secret. Elle demeure pourtant l’un des symboles majeurs de la ville.
À proximité immédiate s’élèvent les nouveaux bâtiments administratifs, édifiés dans les années 1920 par l’architecte Paul Albert. Leurs façades peintes en vert, marron et blanc illustrent un style fonctionnel influencé par l’architecture coloniale. Un peu plus loin apparaît le bâtiment de la Compagnie du canal de Suez, pavillon datant de 1862 et remanié à plusieurs reprises. Ces constructions rappellent le rôle central d’Ismaïlia comme capitale technique du grand chantier maritime.
En poursuivant vers l’est, au-delà de l’hôtel Mercure, s’étend l’ancien hôpital de la Compagnie du canal de Suez. Ce vaste complexe, édifié entre les années 1920 et 1950, regroupe des bâtiments de deux à quatre étages. Le corps principal, conçu en 1935 par Paul Nelson, se distingue par son volume moderne. L’établissement servit longtemps aux employés européens et égyptiens de la Compagnie.
Au sein du même périmètre se trouvent la chapelle Sainte-Agathe et la mosquée Esh-Shifā. La première chapelle fut fondée en 1888 avant d’être reconstruite en 1925, tandis que la mosquée actuelle date de 1956. Son haut minaret domine l’ancien quartier hospitalier et symbolise la coexistence des communautés.
Non loin de la rue Ahmed Orabi se dresse le diagramme commémorant l’ouverture du canal de Suez, vaste mémorial dédié à l’événement de 1869. Autour de ce monument subsistent plusieurs logements pour employés, souvent des villas à deux étages entourées de balcons en bois. Ces habitations du début du XXe siècle forment un quartier au charme discret. À l’ouest s’étend la rue Talatini, limite avec le secteur arabe dominé par la mosquée el-Abbasi. Le contraste urbain illustre l’organisation sociale d’autrefois.
Dans le quartier grec, notamment le long de la rue Tahrir, d’autres villas rappellent l’époque cosmopolite de la ville. Les façades ornées, les jardins ombragés et les grilles en fer forgé évoquent un mode de vie raffiné. Ces demeures accueillaient ingénieurs, commerçants et familles venues de toute la Méditerranée. Beaucoup ont été transformées mais conservent leur silhouette d’origine.
Au sud, les rives du lac Timsah offrent un tout autre visage. La plage du lac Timsa est animée par les bateaux de pêche et les petites maisons décorées de motifs marins. Les bâtiments des clubs nautiques dominent le rivage, en particulier les clubs de voile de Nādī esh-Shirāʿ.
Parmi les autres sites, le cimetière militaire du Commonwealth rend hommage aux soldats et civils morts durant les deux guerres mondiales. Situé au nord-ouest de la ville, il réunit plus de neuf cents sépultures entretenues avec soin. Ce lieu silencieux témoigne des liens d’Ismaïlia avec l’histoire internationale.
Enfin, sur la rive orientale, le mémorial de guerre d’octobre évoque les combats de 1973. Sa forme rappelle l’avant d’une mitraillette et abrite un petit musée.
Depuis les abords du ferry Nimra Sitta, le visiteur peut observer le trafic incessant des navires sur le canal de Suez. Cette vision contemporaine prolonge l’héritage de la ville née du génie humain.

104. Port-Saïd (Canal de Suez)
Port-Saïd, ou Bur Saʿid, s’élève à l’extrémité nord du canal de Suez, dans le delta oriental du Nil. Fondée en 1859 lors du percement de la voie maritime, la ville porte le nom du vice-roi Mohammed Saïd. Elle s’est développée comme un port stratégique tourné vers la Méditerranée. Ses activités reposent sur la navigation, la pêche, la production de sel et diverses industries. Le rythme y est plus tranquille que dans les grandes cités égyptiennes.
Le cœur historique correspond à la vieille ville de Port-Saïd, où subsistent de nombreux exemples d’architecture coloniale vers 1900. Les maisons en bois aux balcons fermés rappellent l’influence européenne. Les rues étroites débouchent souvent sur la corniche qui longe le canal. Ce quartier conserve une atmosphère nostalgique malgré les transformations récentes. Il constitue la principale curiosité urbaine pour le visiteur.
Parmi les édifices notables figure le bâtiment de l’administration du canal, siège local de l’Autorité maritime. Non loin se dresse l’ancien phare, repère historique des navigateurs, situé à l’ouest de la rue Palestine. Ces constructions marquent l’entrée du canal de Suez et soulignent le rôle technique de la ville. Elles dominent un paysage animé par les cargos et les ferries. Leur silhouette est familière aux habitants.
La rue Salah Salem abrite l’ancien consulat italien, aujourd’hui abandonné. Une plaque rappelle la mémoire de vingt-deux soldats italiens tombés durant la Première Guerre mondiale. Cet édifice, comme d’autres, témoigne de la présence des communautés étrangères qui animaient autrefois Port-Saïd. Les façades décrépites racontent un passé cosmopolite. Elles constituent un patrimoine fragile mais émouvant.
Sur la place principale se trouvait le monument de Lesseps, dont seul subsiste le socle. La statue originale a été transférée au musée du canal à Ismaïlia. À proximité s’élève l’obélisque des martyrs, dont la base abrite le musée d’art moderne El Nasr. Le jardin environnant présente des sculptures dédiées au général ʿAbd el-Munʿim Riyāḍ et aux événements nationaux. Ces monuments expriment la mémoire patriotique de la cité.
Le musée national de Port-Saïd retrace l’histoire locale depuis l’époque pharaonique jusqu’à l’ère islamique. Plus spécialisé, le musée militaire de Port-Saïd évoque les conflits égypto-israéliens et la crise de 1956 à travers peintures et matériel. Le musée d’art moderne El Nasr expose des œuvres d’artistes égyptiens contemporains. Enfin, le musée de l’administration du canal de Suez présente documents et maquettes liés à la navigation. Cet ensemble fait de la ville un centre culturel méconnu.
Le paysage religieux est dominé par plusieurs mosquées, notamment la mosquée El-ʿAbbāsī, la mosquée Es-Salām, la mosquée ʿAbd el-Raḥman Luṭfī et la mosquée Et-Taufīqī. Leurs minarets ponctuent l’horizon urbain et rythment la vie quotidienne. Les intérieurs à coupoles et arcades accueillent fidèles et visiteurs.
Les églises rappellent également la diversité confessionnelle de Port-Saïd. S’y trouvent la cathédrale Sainte-Marie, l’église Sainte-Thérèse, l’église Sainte-Eugénie, l’église Saint-Élie, l’église El-Anbā-Bīschōi, l’église Saint-Georges, l’église de l’Épiphanie et une ancienne église grecque avec le tombeau de la famille Simonini. Ces sanctuaires témoignent de la coexistence des communautés levantines et européennes. Leurs clochers se mêlent aux minarets dans un paysage unique.
Parmi les espaces verts, les jardins de vacances du quartier Orabi offrent une respiration ombragée. Les promeneurs apprécient surtout la corniche qui suit la rive ouest du canal de Suez. Depuis la place Midan Manschiya, la vue s’ouvre sur les navires en transit. La mer et le canal demeurent les véritables protagonistes de la ville.

105. Port Fuad (Canal de Suez)
Port Fuad, également nommé Port Fu’ad ou Bur Fuʾad, s’étend sur la rive orientale du canal de Suez, face à Port-Saïd dont elle constitue la ville jumelle. Bien qu’appartenant administrativement au même gouvernorat, elle se situe géographiquement dans la péninsule du Sinaï. La cité fut conçue comme une zone résidentielle destinée aux employés de la compagnie du canal. Son atmosphère demeure aujourd’hui plus calme que celle de sa voisine occidentale. Les visiteurs y découvrent un urbanisme régulier hérité de l’époque coloniale.
La ville fut officiellement inaugurée le 21 décembre 1926 et porte le nom du roi Fouad Ier. Dès 1920, près de huit cents employés s’y installèrent, attirés par des logements modernes et des jardins. Un service de ferry relie quotidiennement les deux rives du canal. Le terminal de ferry de Port Fuad se situe à l’ouest de la place de l’Obélisque, tandis que le terminal de ferry de Port-Saïd se trouve près de la rue Palestine. La traversée, gratuite pour les passagers, dure une dizaine de minutes.
Les rues de Port Fuad conservent de nombreux bâtiments des années 1930, souvent marqués par l’influence de l’Art nouveau. Les villas à deux étages, entourées de jardins privés, rappellent l’idéal résidentiel de l’entre-deux-guerres. Certaines façades présentent encore des balcons en bois et des ferronneries élégantes. Ce patrimoine confère à la ville un charme discret, éloigné de l’agitation portuaire. Les taxis blancs et bleus facilitent les déplacements dans ce tissu urbain aéré.
Parmi les édifices remarquables figure la cour d’appel, située sur la place Mīdān el-Misalla. Cet ancien tribunal mixte mêle des éléments inspirés de l’architecture des mosquées du Maghreb à un style administratif européen. Le bâtiment symbolise la fonction juridique que la ville exerça pour la zone du canal. Autour de la place, d’autres constructions publiques témoignent du rôle institutionnel de Port Fuad. L’ensemble constitue le cœur historique de la cité.
La vie religieuse s’organise autour de plusieurs mosquées réparties dans les quartiers. La grande mosquée de Port Fouad domine le centre par son dôme et son minaret élancé. Plus au sud se trouvent la mosquée Hamza et la mosquée Saiyida Chadīga, fréquentées par les habitants des secteurs résidentiels. La mosquée Esh-Sha’ravi et la mosquée El-Wahhab complètent ce réseau de lieux de culte.
Port Fuad reste une destination touristique modeste, surtout appréciée pour sa tranquillité. Les promeneurs longent les quais pour observer le passage des navires vers la Méditerranée. Les jardins publics et les avenues plantées offrent des espaces de détente appréciés des familles. La proximité immédiate du canal constitue l’attrait principal du lieu.

106. Suez (Canal de Suez)
La ville de Suez, autrefois nommée Arsinoé, Cléopatris ou Clysma, occupe l’extrémité sud du canal de Suez et l’entrée du golfe du même nom. Avec près d’un demi-million d’habitants, elle constitue l’une des plus grandes cités d’Égypte. À l’ouest se dressent les monts Ataqa tandis qu’à l’est apparaissent les premières collines de la péninsule asiatique. Le canal d’Ismaïlia apporte l’eau douce depuis le delta du Nil. Cette position stratégique a façonné toute son histoire.
La vieille ville présente un contraste marqué entre quartiers européen et arabe. Plusieurs bâtiments de l’époque coloniale subsistent le long des rues commerçantes. La villa du vice-roi Ismail, située au nord, rappelle la présence des élites du XIXe siècle. Le couvent catholique des Sœurs de la Bonne Chapelle, édifié en 1872 rue El-Geish, témoigne de l’activité missionnaire. Ces constructions composent un patrimoine méconnu mais significatif.
Les installations portuaires s’étendent au sud de l’agglomération. Le Port Taufiq occupe une péninsule reliée à la ville par une chaussée étroite. Plus loin, une route de trois kilomètres mène à Port Ibrāhīm, où se dressent un phare et le monument dédié au lieutenant Thomas Waghorn. Ces sites rappellent l’importance de Suez comme porte maritime vers l’océan Indien. Le mouvement incessant des cargos anime le paysage.
Le musée national de Suez constitue le principal équipement culturel de la ville. Inauguré en 2014, il expose environ mille cinq cents objets retraçant sept millénaires d’histoire locale. Parmi les pièces majeures figurent une statue de Sésostris III et un portrait de la reine Hatchepsout. Une salle entière est consacrée à l’aventure du canal de Suez. Le musée éclaire également l’histoire minière et les routes du pèlerinage islamique.
Au nord de l’agglomération se trouvent plusieurs ouvrages liés au franchissement du canal. Un ferry pour voitures assure la liaison dans la région d’el-Qanṭara. Plus loin apparaît le pont de la Paix, symbole de l’unité nationale. Le tunnel d’Ahmad-Ahmadī, long de 1,7 kilomètre, permet également de relier les deux rives. Ces infrastructures soulignent la fonction de carrefour de la ville.

107. Fayid (Canal de Suez)
Fayid, parfois orthographiée Fayed, s’étend sur la rive occidentale du grand lac Amer, à une vingtaine de kilomètres au sud d’Ismaïlia. Ancien village de pêcheurs, la localité s’est transformée en station appréciée surtout des visiteurs égyptiens. Le paysage est dominé par les eaux calmes du lac, partie intégrante du canal de Suez. La ville conserve un caractère provincial et balnéaire. Son économie reste étroitement liée aux ressources aquatiques.
Après la remise en service du canal d’Ismaïlia en 1862, l’agriculture se développa dans la région. Les habitants cultivèrent blé, sésame, arachides et mangues grâce à l’irrigation. La pêche demeura toutefois la principale source de revenus. Les rives du Bittersee attirèrent peu à peu des résidences de villégiature. Fayid devint un lieu de détente pour les familles des villes voisines. Cette évolution modifia progressivement le paysage rural.
Le site le plus marquant est le cimetière militaire de Fayid, consacré aux soldats du Commonwealth. Les inhumations s’y déroulèrent entre 1941 et 1955, période liée aux opérations de la Seconde Guerre mondiale. Le lieu rassemble aujourd’hui plus de mille huit cents tombes recensées. Parmi elles figurent celles de prisonniers de guerre allemands et d’employés civils. Le cimetière est ouvert au public plusieurs jours par semaine.
À l’extrémité du cimetière se dresse le mémorial Fayid, dédié à deux cent cinquante-six hommes dont les corps n’ont pu être rapatriés. L’ensemble forme un espace de recueillement soigneusement entretenu. Les alignements de stèles blanches contrastent avec le bleu du lac voisin.
En dehors de ce site, l’attrait majeur demeure la présence du canal de Suez. Un ancien phare ponctue le rivage et sert de repère aux pêcheurs. Les visiteurs viennent surtout pour observer la navigation ou profiter des plages locales. Fayid offre un point de vue privilégié sur le passage des navires entre Méditerranée et mer Rouge. Le rythme y est paisible, loin des grandes métropoles.
À l’est et au sud-est s’étendent le grand lac Amer et le petit lac Amer, vastes étendues d’eau salée intégrées au tracé du canal. Ces paysages ouverts attirent les amateurs de nature et de pêche sportive. Les couchers de soleil sur le lac constituent un spectacle apprécié. Les environs de Fayid restent largement tournés vers Ismaïlia pour les autres curiosités culturelles. La ville joue ainsi un rôle de base de loisirs.

108. Le lac Timsah (Canal de Suez)
Le lac Timsah, parfois appelé lac Crocodile, appartient au système des lacs traversés par le canal de Suez. Situé au cœur du delta oriental du Nil, il borde la ville d’Ismaïlia, siège de l’Autorité du canal de Suez. De forme triangulaire, il couvre environ quatorze kilomètres carrés. Sa profondeur dépasse rarement un mètre, ce qui en fait un plan d’eau peu profond. Ses rives nord accueillent des plages fréquentées par les habitants.
Avant les aménagements modernes, la largeur réduite du canal au nord et au sud d’Ismaïlia obligeait les navires à attendre dans le lac. Ce rôle de zone de mouillage fut essentiel pendant plus d’un siècle. L’ouverture en 2015 d’un nouveau tronçon à l’est du lac supprima cette contrainte. Le site conserve néanmoins une fonction logistique importante. Il constitue un carrefour entre Port-Saïd, Port Fouad et Suez.
Plus au sud s’étendent le grand lac Amer et le petit lac Amer, tandis qu’à l’ouest se trouve le lac Manzala. Cet ensemble forme un chapelet d’étendues d’eau reliées par la voie maritime. Les paysages alternent zones urbaines et espaces naturels.
Le lac joue également un rôle économique pour la ville d’Ismaïlia. Les clubs nautiques et les promenades aménagées attirent une population locale nombreuse. Les plages de la rive ouest offrent des lieux de détente appréciés durant l’été. Le trafic des navires crée un spectacle permanent depuis les quais. Le site illustre l’intégration entre vie urbaine et infrastructure internationale.

109. Les lacs Amers (Canal de Suez)
Les lacs Amers forment deux bassins salés situés à l’est du delta du Nil, au nord du golfe de Suez. Ils comprennent le grand lac Amer au sud et le petit lac Amer au nord, couvrant ensemble environ 220 kilomètres carrés. Ces étendues d’eau sont directement intégrées au tracé du canal de Suez. Chaque jour, de nombreux navires les traversent en convoi. Leur présence permet de réguler naturellement le trafic.
Ces lacs existaient déjà dans l’Antiquité et faisaient partie du canal des Pharaons reliant le Nil à la mer Rouge. À cette époque, ils étaient connectés à une mer dont le niveau était plus élevé. L
Les paysages des lacs Amers sont marqués par de vastes horizons salins presque dépourvus de végétation. Quelques installations portuaires ponctuent les rives, notamment près d’Ismaïlia et de Fayid. Les pêcheurs locaux exploitent certaines zones moins fréquentées par la navigation. Le passage des convois crée une animation singulière au milieu du désert. Ces eaux constituent un espace de transition entre deux mers.
Sur le plan technique, les lacs facilitent le croisement des navires de grand tonnage. Avant les élargissements récents, ils servaient de zones d’attente pour organiser les convois. Les travaux de 2014-2015 ont renforcé cette fonction en créant des déviations parallèles. Le site demeure un maillon essentiel de la sécurité du canal. Sa topographie naturelle a largement déterminé le tracé de l’ouvrage.

110. Le lac Menzaleh (Canal de Suez)
Le lac Menzaleh, ou Manzala, est une vaste lagune salée dépassant cent quatre-vingt mille hectares. Sa profondeur n’excède guère un mètre, ce qui en fait un milieu fragile et changeant. Un cordon littoral étroit l’isole de la mer Méditerranée. Le fond est composé d’argile molle, remaniée lors de la construction du canal de Suez. Le lac s’étire sur quarante-sept kilomètres le long du tracé maritime.
Le Menzaleh est le plus septentrional des trois lacs naturels traversés par le canal, avant le lac Timsah et le grand lac amer. Lors du creusement, un chenal à berges fut nécessaire pour permettre le passage des navires. Les îles sableuses qui parsèment la lagune sont les vestiges d’anciens cordons littoraux. Le paysage associe roselières, canaux et villages de pêcheurs. Il constitue l’un des milieux humides majeurs d’Égypte.
Plusieurs anciennes branches du Nil alimentaient autrefois le lac, notamment la mendésienne et la pélusiaque. Les ruines de Péluse rappellent cette histoire antique.

111. El Gouna (Mer Rouge)
El Gouna, parfois écrit el-Guna, en arabe al-Ǧūna, signifie « la baie » ou « le golfe ». Située à environ vingt-deux kilomètres au nord d’Hurghada, sur le site de l’ancien village de Kafr el-Gūna, cette station balnéaire constitue l’un des ensembles touristiques les plus aboutis de la riviera de la mer Rouge. Conçue selon un modèle urbain original, elle ne se limite pas à une succession d’hôtels en bord de mer, mais s’organise comme une véritable petite ville traversée de lagons artificiels et reliée par des ponts.
Les visiteurs peuvent s’y déplacer à pied ou en bateau-taxi entre les différents quartiers, notamment le centre-ville d’El Gouna, la marina d’Abu Tig et la nouvelle marina. Cette organisation a permis d’offrir, dès l’origine, des cafés, des restaurants, des galeries d’art et des boutiques accessibles sans dépendre des complexes hôteliers.
Le patrimoine religieux et culturel occupe une place visible dans le paysage urbain. L’église de la Bienheureuse Vierge Marie et de l’Archange Michel, édifice copte orthodoxe consacré en 2004 dans le quartier d’El-Bustan, se distingue par ses deux clochers et ses fresques réalisées par l’artiste Mina El Comos. Non loin se dresse la mosquée d’El Gouna, repère spirituel et architectural dont le minaret élancé domine les canaux.
Dans le centre-ville, l’aquarium d’El Gouna présente aux visiteurs la richesse du monde sous-marin de la mer Rouge à travers bassins pédagogiques et espèces locales. Les places animées, comme Tamr-Henna-Platz, concentrent terrasses, marchés d’artisanat et spectacles du soir, donnant à la station une atmosphère plus citadine que balnéaire.
Autour de la ville s’étendent plusieurs espaces naturels remarquables. L’île de mangrove, longue d’environ cinq cents mètres face au Sheraton Minamar Resort, abrite une végétation rare dans cette région désertique et constitue un refuge pour les oiseaux marins. À l’ouest du complexe se déploie l’œuvre paysagère Souffle du désert, installation monumentale créée par l’équipe DAST et l’artiste Danaé Stratou entre 1995 et 1997.
Cette spirale de quatre-vingt-neuf cônes de sable, volontairement livrée à l’érosion, établit un dialogue poétique entre art contemporain et immensité minérale. À l’extrémité sud-est d’El Gouna se trouvent les vestiges du Deir Umm Duheis, ancienne forteresse romaine d’Abū Schaʿr, réoccupée au VIIe siècle par des moines coptes qui y édifièrent une église, rappel discret des strates historiques du littoral.
Les activités sportives et balnéaires structurent la vie quotidienne de la station. Cinq plages publiques bordent directement la mer Rouge : Element Beach, plage de Buzzha, plage de Mangroovy, Marina Beach et plage de Zeytouna. Ces rivages, souvent protégés par un récif formant lagon, sont réputés pour le kitesurf et la planche à voile, notamment autour de Mangroovy et de la nouvelle marina. Une jetée de trois cent cinquante mètres permet depuis Zeytouna d’atteindre les eaux profondes au-delà du récif.
Les amateurs de détente disposent également des plages privées du Labranda Club Paradisio El Gouna et du El Gouna Mövenpick Resort & Spa, tandis que les soirées se prolongent dans les bars et les cinémas de la marina d’Abu Tig.
La réputation d’El Gouna repose enfin sur la qualité de ses sites de plongée. Au large, une trentaine de récifs au nord et une vingtaine au sud sont accessibles lors d’excursions à la journée. L’île de Tawila concentre plusieurs épaves et jardins de coraux mous et durs. Le célèbre récif de Shaʿab Abū en-Nuḥās abrite quatre navires coulés, tandis que l’épave du Rosalie Moller, gisant à cinquante mètres de profondeur, attire les plongeurs techniques expérimentés.

112. Hurghada (Mer Rouge)
Hurghada, ou el-Ghurdaqa, en arabe al-Ghardaqa, est la plus grande et la plus célèbre station balnéaire de la côte égyptienne de la mer Rouge. Avec plus de deux cent mille habitants, la ville constitue la capitale administrative du gouvernorat de la mer Rouge et le cœur de la riviera de la mer Rouge. Autrefois simple village de pêcheurs, elle s’est transformée en quelques décennies en une métropole touristique internationale, facilement accessible par avion depuis l’Europe. Son climat doux toute l’année, avec des températures rarement inférieures à vingt et un degrés, attire une clientèle fidèle, notamment allemande et russe, séduite par l’ensoleillement et la transparence de l’eau.
Le littoral d’Hurghada est bordé de vastes plages de sable fin et d’un chapelet d’îles coralliennes. Parmi elles se distinguent l’île de Great Giftun, la petite île Giftun, les îles Abū Minqār, Umm Magāwīsch el-Kabīr et Abū Ramāda. Entre la côte et Umm Magāwīsch s’étire un long récif corallien qui protège les lagons. Au sud de Great Giftun se trouve la célèbre plage de Mahmiya, considérée comme l’une des plus belles du pays, avec son sable clair et ses eaux turquoise.
À l’ouest de la ville s’élèvent les montagnes de la mer Rouge, tandis qu’au nord se développe la zone d’El-Ahya’, une bande côtière de dix-sept kilomètres reliant Hurghada à El Gouna. Cette région, comprenant les quartiers d’El Fayrouz, Mubarak 11 et Mubarak 12, accueille de nombreux hôtels haut de gamme. Plus au sud-est se situe le secteur de Moubarak 7, où se trouve l’Institut national d’océanographie et l’ancien musée de biologie marine, fondé par Cyril Crossland et dirigé ensuite par Hamed Gohar.
Au large d’El-Ahya’ s’étend le grand récif de Sha’ab Abu Sha’r, tandis que l’île de Shadwan, à l’entrée du golfe de Suez, marque la limite septentrionale de la zone de plongée. La vieille ville d’Ed-Dahhar constitue le centre historique et administratif. S’y découvrent la mosquée Er-Rachman, la mosquée al-Shahid, la grande mosquée ed-Dahhar et la mosquée el-Mina.
Au sud-est de l’ancien hôtel Shedwan Garden se trouve l’aquarium de la mer Rouge, complété par le musée sur l’attaque israélienne. Plus au sud commence le quartier touristique d’es-Saqala, également appelé El-Haḍaba. Ce secteur animé, long d’environ cinq kilomètres, s’organise autour de la Marina Hurghada, anciennement New Marina, qui peut accueillir deux cents yachts et constitue le cœur de la vie nocturne.
À la jonction d’Ed-Dahhar et d’Es-Saqala s’élève la monumentale grande mosquée du Port, ou mosquée Al-Mina, inaugurée en 2012. Les principales artères commerçantes sont la Sheraton Road et les places Mīdān el-ʿArūsa, Mīdān es-Saqāla et Mīdān esh-Schuhadāʾ. À proximité subsiste l’hôtel Old Sheraton, premier établissement moderne de la ville, aujourd’hui à l’abandon, ainsi que les deux balises maritimes : le phare avant de la chaîne d’El Ghardaqa et le phare arrière de la chaîne d’El Ghardaqa.
Au sud s’étend New Hurghada, ou el-Ghurdaqa el-Gadida, bande littorale de près de vingt kilomètres jusqu’à Sahl Ḥaschīsch. Cette zone regroupe les quartiers : d’el-Mamschā, du district intercontinental, de Magāwīsch, de la ville des 5 d’or et de Long Beach. L’île de Magāwīsch fait face à cette côte moderne, désormais enrichie d’attractions terrestres comme le grand aquarium d’Hurghada, le musée d’Hurghada et le parc de sculptures : Hurghada, la ville de sable.
Le grand Aquarium d’Hurghada présente une centaine d’espèces dans un tunnel sous-marin et une reconstitution de forêt tropicale. Le musée d’Hurghada, ouvert en 2020, expose près de mille huit cents objets évoquant la beauté, le luxe et la vie quotidienne de l’Égypte antique, dont le buste de Méritamun. La ville de sable rassemble des œuvres monumentales réalisées par des artistes internationaux, offrant une alternative culturelle aux activités marines.
La baignade demeure l’activité principale. La plupart des hôtels disposent de plages privées, mais il existe aussi des accès payants comme la plage d’El Sakia, Orange Beach et la plage d’El Sawaky. Les excursions en yacht conduisent vers l’île de Great Giftun, la baie d’Orange ou l’île de Magāwīsch. Les complexes de New Hurghada abritent de nombreux parcs aquatiques, dont le Jungle Aqua Park Neverland, célèbre pour ses trente-cinq toboggans.
La plongée et le snorkeling attirent des visiteurs du monde entier. Les sites les plus connus sont El-Fanadir, la grotte d’Abu Hashish, le récif de Carless, El-Fanous et l’île d’Umm Gamar. Les sorties vers l’île de Shadwan et les îles Giftun permettent d’observer raies, tortues et jardins de coraux, même si la fréquentation intensive a fragilisé certains écosystèmes.

113. Ain Soukhna (Mer Rouge)
Ain Soukhna ou El-ʿAin es-Suchna, station égyptienne située sur la rive occidentale du golfe de Suez, doit son nom aux sources thermales sulfureuses qui jaillissent au pied du Gebel el-Galāla el-Baḥrīya. Ces eaux chaudes, connues depuis l’Antiquité, ne constituent pourtant pas le moteur principal du tourisme actuel. L’attrait majeur réside surtout dans la proximité avec Le Caire, distant d’environ 150 kilomètres, ce qui en fait une destination privilégiée pour les escapades de week-end des habitants de la capitale.
Les complexes hôteliers et résidences de vacances s’étirent sur près de 80 kilomètres de littoral, formant une mosaïque d’établissements modernes souvent fréquentés par une clientèle nationale.
La région ne possède pas de véritable ville organisée, mais plutôt une succession de zones touristiques et industrielles autour du port d’el-ʿAin es-Suchna. Le centre le plus animé se trouve à Porto Sokhna, où se concentrent une marina, des restaurants, quelques commerces et plusieurs mosquées. Malgré l’urbanisation rapide, les activités culturelles demeurent limitées et la station conserve un caractère essentiellement balnéaire. Les paysages alternent entre plaines désertiques au nord et plateau de grès de Galala au sud, dont les falaises se rapprochent parfois de la mer.
À l’ouest de l’hôtel El Sokhna Portrait subsiste un site archéologique peu connu, témoignage d’un ancien port égyptien. S’y observent les vestiges d’ateliers métallurgiques et surtout une série de galeries creusées dans l’ardoise, longues d’une quinzaine de mètres, utilisées comme entrepôts dès l’Ancien Empire. Des inscriptions des XIe et XIIe dynasties gravées dans la roche rappellent l’importance antique de cette côte dans les échanges vers le Sinaï et la mer Rouge. Ce lieu discret constitue l’une des rares curiosités historiques de la région.
Les loisirs proposés sont essentiellement tournés vers la mer : baignade, plongée avec tuba, sports nautiques, excursions en bateau ou pêche. Les plages, souvent de galets, sont aménagées par les hôtels, certains disposant de parcs aquatiques. Deux téléphériques permettent de rejoindre le plateau de Galala et la nouvelle ville d’El-Galāla, offrant de vastes panoramas sur le golfe de Suez.

114. Ras Gharib (Mer Rouge)
Ras Gharib, ou Raʾs Ghārib, s’étend sur la côte africaine du golfe de Suez, à 155 kilomètres au nord d’Hurghada. Cette ville de quelque trente-deux mille habitants est la plus septentrionale du gouvernorat de la mer Rouge. Contrairement aux stations voisines dédiées au tourisme, son identité est avant tout industrielle. Depuis la découverte de gisements pétroliers en 1938, la cité s’est développée autour des installations de forage terrestres et des plateformes offshore qui jalonnent le golfe.
L’essor de la production a profondément transformé ce territoire autrefois presque inhabité. Un port spécialisé assure le chargement du brut, tandis qu’un quartier moderne a été bâti pour loger les ouvriers et leurs familles. Le gisement de Ras Gharib fournit aujourd’hui une part essentielle du pétrole égyptien. La ville fut même la première capitale du gouvernorat avant que ce rôle ne soit transféré à Hurghada, plus tournée vers le tourisme.
Hormis l’activité énergétique, Ras Gharib offre peu d’attraits pour le voyageur. S’y trouvent quelques lieux de culte, comme la mosquée de Damas et une petite église au nord de l’agglomération. Le paysage est dominé par la silhouette du Gebel Ghārib, montagne culminant à 1 670 mètres à une trentaine de kilomètres au sud-ouest, qui a donné son nom à la localité. Les environs restent largement désertiques, parcourus de routes menant aux champs pétrolifères.
L’histoire de la ville se lit encore dans le phare édifié en 1871 par Gustave Eiffel, seul repère antérieur à l’ère du pétrole. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’importance stratégique du site entraîna une croissance démographique rapide. Aujourd’hui, l’ambiance demeure celle d’une cité de travail tournée vers la mer et les plateformes, bien différente des stations balnéaires voisines.
Pour le visiteur curieux, Ras Gharib constitue surtout une étape permettant de comprendre le rôle de l’or noir dans l’économie égyptienne. L’absence d’infrastructures touristiques importantes et de plages aménagées la distingue nettement des destinations de la riviera de la mer Rouge, mais lui confère un caractère authentique et industriel singulier.

115. Sahl Hasheesh (Mer Rouge)
Sahl Hashish ou Sahl Hasheesh, établie à une vingtaine de kilomètres au sud d’Hurghada, est une station balnéaire conçue de toutes pièces au début du XXIe siècle. Étendue sur douze kilomètres le long d’une baie turquoise, elle appartient à la riviera de la mer Rouge et vise une clientèle en quête de luxe. Les premiers plans, élaborés par l’architecte britannique Norman Foster, prévoyaient un ensemble harmonieux d’hôtels haut de gamme, de résidences et d’une longue promenade publique en bord de mer.
Le récif frangeant qui borde la côte constitue l’un des principaux atouts du lieu. Il abrite une faune sous-marine colorée accessible directement depuis les jetées des hôtels, faisant de la plongée avec tuba l’activité phare. La plage alterne zones de sable fin et secteurs de galets, équipés de transats et de parasols. Le climat quasi désertique permet la baignade toute l’année, avec des températures dépassant souvent trente degrés de mai à octobre.
Le cœur symbolique de la station est la place d’arrivée, dominée par une fontaine illuminée. Non loin s’élève la porte du Pharaon, ensemble monumental inspiré des temples antiques et bordé de sphinx décoratifs. La vieille ville d’Azzurra regroupe quelques boutiques et cafés, tandis qu’au large se trouve l’île d’Abū Ḥaschīsch entourée de récifs réputés, dont la « ville engloutie », structure artificielle propice à la plongée.
Les infrastructures sont pensées pour un séjour balnéaire complet : spas, centres de plongée, restaurants internationaux et longues promenades piétonnes. Cependant, en dehors des complexes hôteliers, les distractions demeurent limitées. La station conserve encore des chantiers en cours, signe d’un développement progressif visant à renforcer son image de destination chic.
116. Makadi Bay (Mer Rouge)
La baie de Makadi, ou Madinat Makadi, s’étend immédiatement au sud de Sahl Hashish, à une trentaine de kilomètres d’Hurghada. Née à la fin des années 1990, cette station regroupe aujourd’hui plus de trente hôtels quatre et cinq étoiles alignés le long d’une plage de trois kilomètres. Très prisée des clientèles allemande et italienne, elle propose essentiellement des formules tout compris destinées aux familles.
Le littoral est bordé d’un récif corallien accessible à faible profondeur, ce qui favorise la plongée avec tuba et la plongée sous-marine pour débutants. Les fonds abritent tortues, raies et poissons multicolores autour de sites tels que Gūṭa Abū Makādī ou Charm el-Arab. Les amateurs de loisirs terrestres disposent d’un parcours de golf, de parcs aquatiques comme le Makadi Water World et de nombreuses installations sportives intégrées aux hôtels.
En dehors des établissements, l’infrastructure urbaine reste quasi inexistante. Il n’y a ni véritable centre-ville ni quartiers commerçants animés, seulement un petit centre commercial au nord. Cette configuration confère à la baie une atmosphère paisible mais parfois isolée, contrastant avec des destinations plus animées comme Hurghada ou Sharm el-Sheikh.
Parmi les rares curiosités figurent le parc Mini Égypte, musée en plein air présentant des maquettes des grands monuments du pays, et le delphinarium Dolphin World Égypte, dont les spectacles demeurent controversés. Quelques mosquées modernes jalonnent également la côte. Le reste du paysage se compose de montagnes désertiques descendant vers la mer.

117. Sharm en-Naqa (Mer Rouge)
Sharm en-Naqa, appelé aussi Sharm el-Naga ou Naga Bay, et en arabe Sharm an-Nāqa, est une baie tranquille de la côte égyptienne de la mer Rouge, située à environ quarante kilomètres au sud d’Hurghada, à six kilomètres au nord-ouest de la baie de Soma et à une vingtaine de kilomètres au nord de Safāgā. Ce site appartient à la riviera de la mer Rouge et se présente comme un petit complexe touristique composé de seulement trois hôtels et d’un club. L’arrière-pays, entièrement désertique, souligne l’isolement du lieu et met en valeur la transparence de la mer. La station s’adresse presque exclusivement aux amateurs de plongée et de snorkeling, qui trouvent ici un environnement préservé.
La plage de Charm el-Naqa est bordée d’un récif corallien accessible directement depuis le rivage, ce qui permet d’explorer les fonds sans bateau. Les visiteurs viennent avant tout pour nager, observer les poissons tropicaux et profiter du calme. En dehors des activités nautiques, aucune attraction terrestre notable n’est proposée. Cette simplicité volontaire a permis au site de conserver une atmosphère authentique, loin de l’urbanisation d’Hurghada.
Parmi les sites de plongée les plus réputés figurent le Canyon Reef, le Coral Garden, le Wall et le Panorama Reef, qui offrent des tombants spectaculaires. Le détroit de Sharm el Naga constitue un passage privilégié pour les courants riches en vie marine. Les plongeurs expérimentés explorent également l’épave du Sadana du XVIIIe siècle, ainsi que Sadana Point et le Sadana Drop-off.
Plus au large se trouvent Sardana Gorgiona, le tunnel de Lama, la grotte de Ziyad et le récif de Shaʿb Saiman. Les récifs situés au sud de la baie de Soma complètent cette mosaïque sous-marine d’une grande diversité. Les centres locaux organisent des sorties quotidiennes adaptées à tous les niveaux.
Le soir, Sharm en-Naqa retrouve un silence presque absolu, seulement troublé par le vent du désert. Les quelques établissements hôteliers privilégient une ambiance simple et conviviale. Le lieu s’est ainsi forgé une réputation de refuge pour voyageurs en quête de mer intacte et de tranquillité.

118. Soma Bay (Mer Rouge)
La baie de Soma, en arabe Chalīǧ Sōmā Bāi, est un ensemble hôtelier de luxe créé artificiellement sur la péninsule de Raʾs Abū Sōma. Située entre Hurghada et Safāgā, cette station privée regroupe des établissements haut de gamme, des centres de thalassothérapie et un parcours de golf. L’accès au domaine est réservé aux visiteurs disposant d’une réservation, ce qui renforce son caractère exclusif.
Immédiatement au sud se développe la station d’Abū Sōmā, parfois appelée Abu Soma ou Saumā, construite au bord de la baie d’Abū Sōmā. Cette zone, indépendante du complexe principal, est composée presque uniquement d’hôtels dédiés à la baignade, à la plongée et au kitesurf. Les anciens secteurs de Kilo Thamaniya et du quartier résidentiel Haiy esh-Schurūq marquent la transition avec la ville de Safāgā.
La péninsule de Raʾs Abū Sōma, longue de cinq kilomètres, a été aménagée dès 1991 par la société Abu Soma Development Co. Les premiers hôtels ont ouvert en 1997 et le site doit encore s’agrandir dans les années à venir. Le domaine possède sa propre station d’épuration, une usine d’eau potable et un port de plaisance. Tous les établissements disposent d’un accès direct à la plage de sable fin.
À environ cinq cents mètres se trouve le récif de Ras Abu Soma, long d’un kilomètre, entouré d’îles coralliennes comme Tubya, Tubya Kabir, Tubya Saraya, Gamul Kabir et Gamul Soraya. Ces sites sont célèbres pour les plongées dérivantes du nord vers le sud. Une jetée de 420 mètres permet l’embarquement vers les zones plus éloignées.
En dehors du monde sous-marin, la baie de Soma ne propose presque aucune attraction culturelle. Le désert occidental forme un décor monotone mais apaisant. Le lieu attire ainsi une clientèle recherchant confort, mer limpide et activités nautiques de qualité.

119. Safaga (Mer Rouge)
Safaga, également appelée Bur Safaga ou Port Safaga, en arabe Būr Safāǧā, est une ville portuaire d’environ 28 000 habitants située à soixante kilomètres au sud d’Hurghada. Elle constitue un centre industriel, un chantier naval et une station balnéaire appréciée des plongeurs et des surfeurs. Contrairement aux grandes villes voisines, Safaga reste relativement préservée du tourisme de masse.
La majorité des hôtels se trouvent au nord de la vieille ville, dans la zone touristique d’Abū Sōmā, au sud de la péninsule de Soma Bay. Le quartier moderne de Haiy esh-Schurūq, autrefois appelé Kilo Thamaniya, s’est développé à l’ouest. La ville occupe une position stratégique au carrefour de la route côtière 24 et de la route menant à Qina.
Au large s’étend l’île de Safaga, longue d’environ dix kilomètres, visible depuis le centre. Plus au sud se trouve une zone de mangrove rare sur la côte égyptienne. Les plages présentent une pente douce et un sable riche en minéraux. Les excursions d’une journée mènent vers l’île de Sable et l’île Tubiya, situées dans la baie de Soma.
Les sites de plongée sont réputés pour leur excellent état de conservation. Le récif d’Abu Qifan abrite requins-marteaux et thons, tandis que le récif panoramique permet des dérivantes jusqu’à quarante mètres. Au nord de Ras Abu Soma, le site de Ras Umm Hesiwa est connu pour ses coraux durs et la présence de tortues.
L’épave du Salem Express, située à Shaʿb Hamdala, demeure l’un des lieux les plus émouvants de la région. D’autres spots jalonnent la côte, comme 7 Piliers, Tobia Kabira, Gamul Saghira, le récif du milieu, Shaʿb Claude ou le récif de Spit. Grâce au vent régulier, Safaga est également un haut lieu du kitesurf.
120. El-Quseir (Mer Rouge)
El-Quseir, écrit aussi Quseir ou el-Kosseir, en arabe El Qusair, signifiant « petit palais », est une ville portuaire de la mer Rouge comptant environ 24 000 habitants. Située à cent quarante kilomètres au sud d’Hurghada et à quatre-vingt-cinq kilomètres au sud de Safaga, elle occupe le carrefour de la route côtière 24 et de la route de Qift. Son passé prestigieux remonte à l’Antiquité, lorsqu’elle abritait le port romain de Myos Hormos.
La vieille ville d’El-Quseir conserve de nombreuses maisons du XIXe siècle aux façades blanches ornées de balcons en bois, de rawashin et de moucharabiehs. Près du port se trouvent l’ancien poste de police de 1837 et la station de quarantaine, ancien caravansérail destiné aux pèlerins de La Mecque.
Plusieurs sanctuaires témoignent de la tradition religieuse locale, comme la mosquée el-Farran, la mosquée el-Qinawi, la mosquée es-Sanusi et la mosquée es-Sakīna. Le mausolée du cheikh soufi ‘Abd el-Qadir el-Gilanī attire encore de nombreux fidèles.
La citadelle d’el-Quṣeir, ou al-Qalʿat al-ʿuthmānīya, fut renforcée au XVIe siècle par le sultan Selim Ier. Occupée par Napoléon en 1799 puis reprise par les Britanniques, elle abrite aujourd’hui un musée consacré à la construction navale et à l’extraction du phosphate. Au nord se situe le site archéologique d’El-Quṣeir el-Qadīm, emplacement de l’antique Myos Hormos.
Les activités modernes restent centrées sur la mer. Les centres de l’hôtel Fanadir, du Flamenco Beach Resort et du Rocky Valley Divers Camp organisent des plongées vers les les îles Brother, Marsa Wizr et Shams es-Sugheir.

121. La baie de Coraya (Mer Rouge)
La baie de Coraya, appelée en arabe Chalīǧ Kōrāyā, se situe sur la côte de la mer Rouge à environ soixante-sept kilomètres au sud d’El Quseir et à quelques minutes seulement de Port Ghālib. Cette station, également connue sous le nom de Coraya Beach ou Madinat Coraya, s’est développée autour d’un ancien mouillage nommé Marsā Umm Garīfāt. Le site bénéficie d’une large anse protégée où les eaux calmes et transparentes attirent baigneurs et plongeurs tout au long de l’année. Les complexes hôteliers ont été implantés au nord et au sud de la baie en respectant la forme naturelle du littoral. L’ensemble forme aujourd’hui une destination autonome, distincte des stations voisines de Marsa ʿAlam.
Les récifs coralliens constituent la principale richesse de la baie. Ils s’étendent de part et d’autre de l’anse et descendent progressivement jusqu’à une profondeur d’environ quarante mètres. Le visiteur peut y accéder directement depuis la plage, grâce à plusieurs jetées, ou par bateau semi-rigide. La faune sous-marine regroupe de nombreux coraux durs et mous, des poissons récifaux colorés ainsi que des tortues marines fréquemment observées. Les grands pélagiques sont plus rares, ce qui rend les plongées particulièrement adaptées aux débutants. Le cadre protégé permet également une pratique sécurisée du snorkeling.
Plusieurs bateaux permettent d’organiser des sorties à la demi-journée ou à la journée vers des sites réputés comme Abu Dabbab, Umm el-Ros ou le récif d’Elphinstone.
La baignade demeure l’activité la plus accessible pour les visiteurs. La majorité des hôtels s’ouvrent directement sur le sable, notamment le Steigenberger Coraya au nord et les établissements JAZ Solaya, JAZ Lamaya et JAZ Samaya au sud. Les récifs débutent à quelques mètres du rivage, offrant un spectacle sous-marin immédiat. Des petites jetées, réparties le long de la côte, facilitent l’entrée dans l’eau au-delà des zones peu profondes. Une grande jetée proche du JAZ Lamaya a été spécialement conçue pour les plongeurs et les amateurs de palmes-masque-tuba.
La station a également développé des équipements de loisirs pour les familles. Le parc aquatique Soraya accueille gratuitement les clients des hôtels du secteur et propose toboggans, bassins et espaces de détente. Les activités nautiques non motorisées, comme le kayak ou le paddle, sont encouragées afin de préserver la tranquillité de la baie. Des promenades le long de la corniche permettent d’observer le contraste entre le désert minéral et le bleu intense de la mer Rouge.

122. Port Ghalib (Mer Rouge)
Port Ghalib, en arabe Būrt Ghālib, est une station balnéaire moderne située à une soixantaine de kilomètres au nord de Marsa ʿAlam. Implantée à proximité immédiate de l’aéroport international, elle constitue l’un des projets touristiques les plus ambitieux de la région. Le site s’étend le long de la côte de la mer Rouge, non loin de la baie de Marsā Mubārak, célèbre pour ses herbiers fréquentés par les dugongs. Conçu comme une ville de loisirs haut de gamme, l’ensemble devait réunir hôtels, résidences, commerces et équipements nautiques.
Le cœur de la station s’organise autour d’un quartier commerçant situé à l’ouest de l’hôtel Palace Port Ghalib. S’y concentrent restaurants, cafés et petites boutiques bordant la corniche. Le matin, les rues sont calmes, puis l’activité s’intensifie à partir de midi lorsque les excursionnistes rentrent de mer. À quelques kilomètres vers le sud s’étend la plage de Fayrouz, point de départ pour rejoindre la baie de Marsā Mubārak. En dehors du complexe, une simple mosquée rappelle la présence des communautés locales.
L’élément le plus remarquable de Port Ghalib est sa marina internationale. Ce port de plaisance peut accueillir jusqu’à mille yachts mesurant cinquante mètres de long. Il dispose d’une autorité portuaire, de services de douane et d’immigration, ce qui en fait une escale appréciée des navigateurs parcourant la mer Rouge. Les quais bordés de palmiers servent également de promenade pour les visiteurs. Les terrasses surplombant les bateaux offrent l’un des rares lieux de vie nocturne du sud égyptien.
Les activités tournent principalement autour de la mer. La plongée sous-marine et le snorkeling sont proposés vers des sites renommés comme Elphinstone, Abu Dabbab ou Delphine House. D’autres loisirs nautiques, tels que la banane tractée, le jet boat ou le parachute ascensionnel, complètent l’offre. Des bateaux à fond de verre permettent d’observer les récifs sans se mouiller. À terre, les visiteurs peuvent choisir des balades à dos de chameau, des sorties à cheval ou des excursions en quad dans le désert environnant.
Malgré son développement partiel, Port Ghalib représente une étape importante pour le tourisme du sud de la mer Rouge. Sa proximité avec l’aéroport facilite l’accès aux voyageurs venant d’Europe. Le mélange de marina élégante, de larges avenues et de paysages désertiques crée une identité singulière.

123. Abu Dabbab (Mer Rouge)
Abu Dabbab est aujourd’hui l’un des sites naturels les plus réputés de la côte égyptienne de la mer Rouge. Située à mi-chemin entre l’aéroport de Marsa Alam et la ville du même nom, cette zone s’étend autour de la vaste anse de Marsā Abū Dabbāb, un espace marin protégé devenu un haut lieu de la plongée et du snorkeling. Le littoral associe une plage de sable clair, des herbiers sous-marins et des récifs frangeants accessibles à tous les niveaux de pratique.
La baie principale : Marsā Abū Dabbāb, mesure entre trois cent cinquante et sept cents mètres de large pour environ trois cents mètres de long. Deux kilomètres plus au sud se trouve Marsā en-Nābaʿ eṣ-Ṣaghīr, également appelée Marsa el-Nabaa, qui marque l’extrémité méridionale de la zone touristique. Ces deux anses servaient autrefois de mouillages pour les pêcheurs et possèdent encore de longues plages sableuses à leur extrémité occidentale. Les récifs situés au large sont accessibles en bateau à la journée ou en croisière de plongée. Les vents dominants du nord-est conditionnent l’organisation des sorties en mer et expliquent la présence d’abris naturels au sud des récifs.
La richesse d’Abu Dabbab se révèle surtout sous la surface. Le fond de la baie principale est couvert d’une vaste prairie de zostères qui nourrit tortues et dugongs. Ce paysage, apparemment uniforme, abrite pourtant une grande diversité d’espèces qu’il faut savoir chercher avec patience. Les récifs frangeants, situés juste au-delà de la plage, descendent jusqu’à vingt mètres de profondeur et offrent des conditions idéales pour les débutants. Parmi ces sites figurent Abū Dabbāb Nord, face au Hilton Nubian Resort, le récif de la maison Abū Dabbāb au cœur de la baie, Abū Dabbāb Sud à la sortie méridionale, ainsi que le jardin Abū Dabbāb, proche de la jetée du Malikia Resort, réputé pour ses petites grottes sous-marines.
Au large s’étend un ensemble de récifs de plateforme numérotés de un à six par les pêcheurs locaux. Les plus fréquentés sont Abū Dabbāb 2 et Abū Dabbāb 3, situés à environ quatre kilomètres du rivage. Ces récifs nord, proches les uns des autres, servent souvent de plongées de contrôle au début des croisières. Les jardins coralliens y débutent à quatre mètres de profondeur et rejoignent un fond sableux vers quinze mètres. Le courant, généralement orienté du nord vers le sud, peut s’intensifier dans le col séparant les récifs 2 et 3, créant une zone particulièrement riche en vie marine.
Le récif Abū Dabbāb 1, également nommé Abū Dabbāb Wāḥid, possède le plus vaste jardin corallien des trois premiers sites. Long d’environ deux cent cinquante mètres, il se déploie du sud-ouest au nord-est et offre un parcours spectaculaire parmi coraux poreux, buissonnants et mous. Les plongeurs sont déposés par zodiac au sud du récif puis dérivent au-dessus du jardin, parfois à seulement cinq mètres de profondeur, avant de rejoindre le mouillage en longeant un pinacle corallien. L’étendue du site rend l’usage d’une boussole conseillé pour ne pas perdre l’orientation.
Abū Dabbāb 2, surnommé : la Grotte ou Abū Dabbāb Ithnein, présente une forme de croissant orientée d’ouest en est. Son attrait principal réside dans une grande caverne accessible à quatre mètres de profondeur, plus aisée à explorer que celle du récif voisin. Lorsque le courant le permet, les plongeurs peuvent évoluer dans le creux séparant les récifs 2 et 3 et atteindre l’épave du yacht Heaven I. Ce navire, détruit par un incendie en 2003, repose à quinze mètres sur un fond sableux.
Le col entre Abū Dabbāb 2 et Abū Dabbāb 3 constitue l’un des secteurs les plus animés du site. Ce chenal de deux cent cinquante mètres de long abrite poissons-anges, chirurgiens, anthias, raies à points bleus et poissons-globes masqués. Dans une petite baie au nord d’Abū Dabbāb 3, des anémones rouges, assez rares en mer Rouge, hébergent des poissons-clowns. Le passage se prête également aux plongées de nuit, lorsque les rascasses et les crustacés sortent de leurs cachettes. Le récif Abū Dabbāb 3, appelé jardin de Corail, est le plus étendu ; sa grotte sud, étroite et ramifiée, est réservée aux plongeurs expérimentés.
Plus à l’est se trouvent les récifs moins fréquentés Abū Dabbāb 4, Abū Dabbāb Chamsa et Abū Dabbāb Sitta. Le premier, dit Neuf Tours, offre un plateau peu profond au nord et des tours coralliennes au sud. Le second se compose de trois sections alignées du nord au sud, mêlant jardins et pinacles. Le troisième descend jusqu’à vingt mètres et présente également des formations verticales spectaculaires.
Si l’essentiel de l’intérêt d’Abu Dabbab se situe en mer, quelques repères terrestres rythment le paysage. Un petit amphithéâtre accueille des animations saisonnières, et une mosquée rappelle la présence des communautés locales travaillant dans les hôtels et centres de plongée. Les établissements balnéaires se sont implantés de part et d’autre de la baie, mais l’espace conserve encore de larges zones naturelles.

124. Marsa Alam (Mer Rouge)
Marsa Alam s’étire comme un long ruban clair le long de la côte de la mer Rouge et forme aujourd’hui l’un des pôles touristiques majeurs de l’Égypte orientale. Ancien village bédouin habité par les Ababda de la tribu Beja, le lieu a conservé une atmosphère paisible malgré l’essor des hôtels répartis sur près de cent vingt kilomètres. La Rue principale de Marsa ʿAlam constitue le cœur modeste de la ville, où se mêlent commerces, cafés et petites échoppes. À proximité se dresse la mosquée du Centre islamique, repère spirituel visible de loin grâce à son minaret élancé. Non loin de là, la mosquée du souk rappelle l’organisation traditionnelle autour du marché local. Autour de ces édifices simples se déploie une vie quotidienne encore marquée par la pêche et les échanges avec le désert.
Le véritable attrait de Marsa Alam réside cependant dans son littoral et dans la transparence exceptionnelle de ses eaux. Les visiteurs viennent d’abord pour la baignade et pour les longues plages qui bordent les complexes hôteliers. Une plage publique au nord de la ville permet également aux habitants de profiter de la mer. Les récifs frangeants imposent souvent l’usage de jetées afin de rejoindre les zones de nage sans endommager les coraux. Le port de chaussures adaptées est recommandé pour éviter les coupures, rappelant que la nature reste ici souveraine. Les baies sableuses offrent des pentes douces idéales pour les familles et les nageurs débutants.
La plongée sous-marine constitue l’activité emblématique de la région. À quelques kilomètres seulement s’étend Sha’b Marsa Alam, le récif maison de la ville, apprécié pour ses jardins coralliens accessibles. Plus au large se trouve le célèbre récif de Dédale, également nommé Abū el-Kīzān, isolé au milieu de la mer et fréquenté par les plongeurs expérimentés. Les sorties en bateau permettent d’explorer ces sites où la visibilité peut dépasser trente mètres. Les centres spécialisés proposent des baptêmes pour débutants ainsi que des formations complètes. Les safaris de plusieurs jours attirent un public international en quête de sensations sous-marines.
Parmi les destinations les plus réputées figure Abū Dabbāb, vaste baie située au nord de la ville. Ce site est connu pour la présence régulière de dugongs et de tortues marines qui broutent les herbiers. Les plongeurs y rencontrent également des raies et une multitude de poissons colorés. Un peu plus loin, le récif d’Elphinstone offre des parois spectaculaires tombant dans le bleu profond. Les courants y sont parfois puissants, ce qui attire requins et pélagiques. Ces deux lieux ont largement contribué à la renommée internationale de Marsa Alam.
Au sud s’ouvre un autre univers marin d’une grande diversité. La Maison des dauphins, connue sous le nom de récif de Samadai ou Sha’b Samadai, abrite une population d’environ cent cinquante dauphins à long bec. Les autorités limitent le nombre quotidien de visiteurs afin de préserver cet équilibre fragile. Non loin de là, la baie de Charm el-Luli séduit par son sable blanc et ses eaux turquoise, souvent comparées à celles des lagons tropicaux. Les excursions à la journée permettent d’alterner baignade, observation de la faune et détente à l’ombre des palmiers.
Plus au sud-est se déploie l’archipel des Gazāʾir Qulʿān, ensemble d’îles sauvages situées au nord de Ḥamāṭa. Ces îlots, dont Ǧazīrat Schawārīṭ, Ǧazīrat Suyūl et Ǧazīrat Maḥābīs, constituent une étape privilégiée des croisières plongée. Les récifs y sont peu fréquentés et présentent des coraux intacts. Les pêcheurs locaux racontent que ces eaux servaient autrefois d’abri aux caravanes maritimes. Aujourd’hui, seuls quelques bateaux y mouillent, offrant aux visiteurs un sentiment d’isolement absolu. Le contraste entre désert et mer y atteint une rare intensité.
Le vaste ensemble appelé Banc de Fureur regroupe une vingtaine de récifs au large du cap Raʾs Banās. Cette zone est réputée pour ses labyrinthes de corail et ses passes profondes. Les plongeurs y croisent régulièrement barracudas et thons, tandis que les amateurs de snorkeling admirent les jardins peu profonds. Dans le même secteur se situe le récif des dauphins, ou Shaʿb Satāyā, véritable sanctuaire marin. Les rencontres avec les cétacés y sont fréquentes, dans un cadre respectueux encadré par des guides spécialisés. Ces lieux donnent l’impression d’un océan encore intact.
Les safaris plus lointains conduisent jusqu’à Saint-Jean Habili Ali, à plus de deux cents kilomètres au sud. Ce chapelet de petits récifs, parmi lesquels Habili Gafaar et les récifs Grey, est célèbre pour ses gorgones géantes et ses grottes secrètes. On y observe parfois des requins, mais aussi des nuées de vivaneaux et de poissons-papillons. La navigation vers ces sites constitue déjà une aventure, rythmée par les nuits passées à bord. Les plongeurs décrivent ces fonds comme un véritable musée vivant de la mer Rouge. Chaque immersion révèle un nouveau décor.
Outre la plongée, Marsa Alam s’est ouverte à d’autres sports nautiques. Le kitesurf profite des vents réguliers qui balayent la côte, notamment près du lagon de Wadi Lahami. Les promenades en banane tractée et les sorties en bateau à fond de verre complètent l’offre pour les familles. Les centres hôteliers organisent des excursions vers le désert oriental, permettant de découvrir wadis et montagnes. Ainsi, la station ne se limite pas à la mer mais dialogue en permanence avec l’arrière-pays. Cette complémentarité séduit un public varié.
Malgré son développement rapide, Marsa Alam conserve une identité discrète. Les deux mosquées, la mosquée du Centre islamique et la mosquée du souk, rappellent l’âme locale au milieu des infrastructures modernes. Les soirées dans la rue principale de Marsa ʿAlam restent simples, animées par les familles et les pêcheurs rentrés du large. Entre tradition bédouine et tourisme international, la ville cherche un équilibre respectueux de son environnement. Les récifs, qu’il s’agisse de Sha’b Marsa Alam, d’Elphinstone ou de Shaʿb Satāyā, demeurent le trésor essentiel. Marsa Alam apparaît ainsi comme une porte ouverte sur l’une des mers les plus riches du monde.

125. Ḥamāṭa (Mer Rouge)
Ḥamāṭa s’étire discrètement sur la côte méridionale de la mer Rouge, à mi-chemin entre Marsa ʿAlam et Bérénice. Ce petit village de pêcheurs, peuplé d’à peine cent cinquante habitants, demeure l’un des lieux les plus calmes de la riviera égyptienne. La ville possède une mosquée blanche tournée vers la mer. Les complexes hôteliers se dispersent plus au sud en direction de Bérénice, laissant au village son caractère authentique. Juste au-delà s’ouvre la baie de Marsā Wādī Laḥmī, vaste lagon aux eaux peu profondes. La vie locale reste rythmée par les marées et par les allées et venues des bateaux de plongée.
À environ quarante kilomètres se dresse le cap Raʾs Banās, appelé aussi Raʾs el-Anf en raison de sa silhouette en forme de nez. Ce promontoire marque une frontière naturelle entre deux mondes sous-marins. Au nord du cap s’étend le célèbre banc de Fureur, ensemble de récifs très prisés des plongeurs. Au sud commence la région mythique de Saint-John’s, destination des safaris lointains. Ḥamāṭa sert souvent de base logistique pour ces expéditions. Malgré cette proximité avec des sites renommés, le village lui-même ne possède aucune attraction monumentale.
Les activités se concentrent presque exclusivement autour de la mer. La baignade s’effectue dans des eaux limpides bordées de mangroves éparses. La plongée constitue l’occupation principale des visiteurs, encadrée par des centres spécialisés. Les récifs proches offrent des jardins coralliens accessibles même aux débutants. Les bateaux partent à l’aube vers les passes du large.
Le lagon de Wadi Lahami est également réputé pour le kitesurf. Ses dimensions d’environ huit cents mètres sur trois cents forment un plan d’eau idéal pour l’apprentissage. Les vents latéraux réguliers soufflent toute l’année, avec une intensité accrue en hiver. Durant l’été, des brises de quatorze à dix-huit nœuds permettent de longues sessions d’entraînement. Les couleurs du désert se reflètent dans cette cuvette turquoise protégée par une barrière de corail. Le lieu attire une communauté sportive fidèle.
La carte de Ḥamāṭa révèle un environnement presque vierge, ponctué de quelques routes et de pistes sableuses. Les voyageurs viennent y chercher le silence plus que l’animation. Les soirées s’écoulent au rythme du ressac, loin des grandes stations du nord. Les pêcheurs réparent leurs filets près de la jetée tandis que les touristes observent les étoiles. Cette simplicité confère au village une atmosphère hors du temps. Le développement touristique reste mesuré.

126. Bérénice (Mer Rouge)
Bérénice, ou Bérénice troglodytique, occupe une position stratégique au sud de Marsa Alam, immédiatement sous le cap Raʾs Banās. Fondée au IIIe siècle avant notre ère sous Ptolémée II, l’ancienne cité portuaire contrôlait les échanges entre l’Égypte et l’océan Indien. Aujourd’hui, la région demeure largement préservée du tourisme de masse. Seule la petite station de Hamita marque la présence moderne sur ce rivage isolé. Le paysage associe une vaste plaine littorale et des collines désertiques. Le port antique bénéficiait autrefois de la protection naturelle du cap.
Le site archéologique de Bérénice s’étend sur environ quatre cents mètres de diamètre. Les vestiges visibles se limitent à quelques fondations, témoins d’une ville jadis prospère. Les greniers et ateliers se situaient à l’ouest et au nord-ouest de l’agglomération. Les archéologues y lisent encore l’organisation urbaine de l’époque gréco-romaine. Le lieu intéresse surtout les passionnés d’histoire antique.
Au nord du site se dressent les restes du temple de Sérapis. De cet édifice en calcaire, long de quinze mètres, ne subsistent que les bases des murs. Le plan laisse deviner une cour, une salle attenante et un sanctuaire central. Un escalier menait autrefois au toit, et des bas-reliefs représentaient l’empereur Tibère devant les dieux. Le silence du désert entoure ces pierres éparses. La visite demande une certaine imagination pour restituer la grandeur passée.
L’attrait principal de Bérénice réside cependant sous la surface de la mer. Autour des îles de Mikauwa, de Zabargad et de l’île Rocheuse, les récifs abritent une faune remarquable. Ces zones sont accessibles depuis Marsa ʿAlam ou Ḥamāṭa par des bateaux de safari. Les plongées révèlent des tombants couverts de gorgones et de coraux durs. La visibilité exceptionnelle attire des explorateurs du monde entier. Les courants peuvent être forts, réservant certains sites aux plongeurs aguerris.
Au nord du cap se prolonge le banc de Fureur, tandis qu’au sud s’ouvre la région de Saint-Jean. Ces deux ensembles forment un chapelet de récifs parmi les plus beaux de la mer Rouge. Les croisières de plusieurs jours y multiplient les immersions. Dauphins, requins de récif et tortues fréquentent ces eaux. Bérénice sert alors de repère géographique plutôt que de véritable station. L’absence d’infrastructures renforce le caractère sauvage du secteur.

127. Bir Schalātīn (Mer Rouge)
Bir Schalātīn se situe aux confins méridionaux de l’Égypte, à deux cent cinquante kilomètres au sud de Marsa ʿAlam, près du triangle contesté de Halāʾib. L’ancien village bédouin s’est développé autour d’une source d’eau douce qui a attiré les tribus Beja. Plus à l’est s’étend le nouveau complexe administratif, construit pour accompagner la croissance démographique. La ville ne touche pas directement la mer, bien qu’elle appartienne à la région côtière. Les routes poussiéreuses relient ce carrefour commercial au Soudan voisin.
Le cœur battant de Schalātīn demeure le marché aux chameaux, considéré comme le plus important d’Égypte. Chaque matin, des troupeaux venus du Soudan y sont rassemblés dans un tumulte de voix et de clochettes. Les transactions se concluent autour d’un thé brûlant, sous le regard attentif des chameliers. Le vendredi midi marque la seule pause hebdomadaire. Les animaux sont principalement destinés à la consommation, mais ils ne sont pas abattus sur place. L’atmosphère, à la fois rude et fascinante, attire de nombreux visiteurs.
La richesse générée par ce commerce a transformé l’architecture locale. Dans le vieux quartier s’élèvent désormais deux grandes mosquées, dont la mosquée au sud du village, reconnaissable à son haut minaret. Une autre mosquée occupe le centre de l’agglomération, entourée de maisons récentes. Le nouveau complexe administratif possède également plusieurs lieux de culte, dont une mosquée au nord de la route principale et une autre près de l’hôpital. Ces édifices témoignent de l’essor économique de la cité.
128. Le complexe pyramidal de Saqqāra (Basse Égypte)
Le complexe pyramidal de Saqqāra, situé au sud d’Abu Sir, constitue l’un des plus vastes cimetières de l’Égypte ancienne. S’étendant sur près de six kilomètres, il fut utilisé de la Ire dynastie jusqu’à l’époque chrétienne. À une trentaine de kilomètres du centre du Caire, le site domine le village de Saqqāra et forme, avec Gizeh, le cœur de la nécropole memphite. Les voyageurs découvrent d’abord la zone nord, où se concentrent les monuments les mieux conservés et les infrastructures d’accueil.
Les plus anciens mastabas de la première dynastie se trouvent à l’extrémité nord-est. L’apogée du lieu correspond à la troisième dynastie avec l’édification du complexe de Djéser, chef-d’œuvre conçu par Imhotep. Les horaires d’ouverture s’étendent de huit à dix-sept heures, avec un tarif spécifique pour la zone et le musée Imhotep. Divers billets permettent d’accéder aux tombeaux du Nouvel Empire, au tombeau de Mereruka, au tombeau de Mehu et au Sérapéum.
L’entrée monumentale mène à la pyramide à degrés de Djéser, cœur d’un vaste enclos cérémoniel. Le tombeau sud de la pyramide de Djéser, restauré récemment, révèle un puits profond et un sarcophage de granit. À proximité se dresse la pyramide d’Userkaf, puis la pyramide de Téti, célèbre pour la beauté de ses textes gravés. Plus au sud, la pyramide d’Ounas et sa fosse à bateaux rappellent l’importance symbolique de la navigation solaire.
Certains monuments demeurent inaccessibles, tels la pyramide de Sekhemkhet, le Gisr el-Mudīr, ou les pyramides méridionales de Pepi I, Pepi II et Djedkare. Près de la billetterie se trouve le temple de la vallée d’Unas, premier contact avec l’architecture cultuelle du site. Le musée Imhotep présente statues, outils et fragments architecturaux issus des fouilles.
Le secteur du complexe de Téti abrite les plus prestigieux tombeaux privés : le mastaba de Mereruka et le mastaba de Kagemni Memi, véritables palais décorés de scènes de la vie quotidienne. Le mastaba de l’Ankhmahor Sesi, rouvert aux visiteurs, complète cet ensemble. Au nord de la pyramide à degrés s’étendent le mastaba de Ti, le mastaba de Ptahhotep et le mystérieux Sérapéum, nécropole des taureaux Apis.
Sur la chaussée d’Ounas, un billet spécifique donne accès aux tombes de Niankhnoum et Khnoumhotep, d’Irukaptah, de Neferhor-en-Ptah, du Sesheshet Idut, d’Iynefert, d’Unas-Anch Iynefert et de Mehu.
Depuis 2011, plusieurs tombeaux-temples de la XVIIIe dynastie sont ouverts : le tombeau de Maya et du Mérite, le tombeau d’Horemheb, ainsi que les tombeaux de Meryneith, Ptahemwia, Tia et Tia, et de Pay et Raia. Bien que certains ne puissent être admirés que de l’extérieur, ils témoignent du renouveau de Saqqāra à l’époque du Nouvel Empire.
À l’ouest de la chaussée d’Ounas subsistent les ruines du monastère de Jérémie, rappelant la christianisation tardive du site. Les allées sablonneuses relient les différents secteurs, et les déplacements nécessitent parfois plusieurs allers-retours pour l’achat des billets désormais vendus aux guichets et bientôt aux distributeurs automatiques.

129. Abu Sir (Basse Égypte)
Le complexe pyramidal d’Abu Sir, situé à une trentaine de kilomètres du Caire, constitue l’un des ensembles majeurs de la nécropole memphite. Implanté entre Gizeh et Saqqāra, à proximité du village d’Abū Ṣīr, il marque l’extension méridionale des grands chantiers royaux de l’Ancien Empire. Le site se déploie en bordure du désert du gouvernorat de Gīza, dans un paysage de sable clair dominé par les silhouettes ruinées des pyramides de la Ve dynastie.
L’organisation générale révèle une planification rigoureuse : chaque complexe associait un temple de la vallée, une chaussée, un temple funéraire, la pyramide royale et un petit tombeau méridional. Cette structure, désormais bien connue grâce aux fouilles, permet de comprendre l’évolution de l’architecture funéraire après l’âge d’or de la IVe dynastie.
Abu Sir fut la nécropole privilégiée des souverains de la Ve dynastie, à l’exception d’Userkaf et d’Ounas, inhumés plus au sud. Autour des monuments royaux s’étend un vaste champ de mastabas et de tombeaux à puits destinés aux hauts fonctionnaires. La nécropole connut une réutilisation durant la Basse Époque, ce qui explique la superposition de vestiges de périodes diverses.
Le complexe le mieux conservé demeure le complexe du roi Sahourê, dont le plan et les reliefs témoignent d’un art raffiné. La technique constructive diffère de celle de Gizeh : un noyau étagé de petites pierres était recouvert d’un parement calcaire aujourd’hui disparu, non par érosion mais par récupération de matériaux.
L’effondrement des chambres funéraires, observable dans la pyramide de Sahourê, la pyramide de Niuserre ou la pyramide de Néferirkarê, résulte de la pression exercée sur les voûtes en pignon. Le tombeau d’Oudjahorresnet, daté de l’époque perse, rappelle la longue fréquentation du site.
Au nord d’Abu Sir s’élèvent les sanctuaires solaires d’Userkaf et de Niuserre près d’Abū Ghurāb. Ces monuments, dédiés au dieu Rê, ne sont pas des sépultures mais des temples cultuels uniques dans l’architecture égyptienne. Le visiteur accède au site uniquement à pied ; seul le chemin vers la pyramide de Sahourê est bétonné, les autres sentiers traversant un sable profond. Malgré les aménagements récents, l’ensemble ne se visite qu’avec une autorisation spéciale du Conseil suprême des antiquités.
La zone septentrionale commence par la pyramide de Shepseskare, inachevée, dont subsistent de rares vestiges. Plus au sud apparaît la majestueuse pyramide de Sahourê, longue de soixante-dix-neuf mètres à la base. Le temple funéraire, le temple de la vallée et la chaussée couverte de deux cent trente-cinq mètres formaient un parcours cérémoniel grandiose. Une maquette de ce complexe est exposée au musée du Caire, permettant d’imaginer l’état originel de l’édifice.
La pyramide de Niuserre conserve les ruines de son temple funéraire et plusieurs mastabas environnants. Le souverain utilisa la chaussée commencée par Néferirkarê, dont la pyramide, plus au sud, mesurait cent mètres de côté. Les papyrus découverts dans son temple ont livré des informations précieuses sur le culte funéraire. À proximité se dresse le tombeau pyramidal de la reine Khentkaus II, probablement un cénotaphe.
La pyramide de Néferéfrê demeure partiellement enfouie ; son temple de la vallée n’a pas encore été retrouvé. Le paysage est complété par de nombreux monuments privés, dont le plus célèbre est le mastaba de Ptahsheps, vizir et grand juge sous Niuserre. Ce vaste édifice de cinquante-six mètres sur quarante-deux possède des colonnes à motifs de lotus, une colonnade de vingt piliers et de remarquables reliefs représentant scènes d’artisanat et de marchés.
Plus au sud s’étendent les mystérieuses pyramides de Lepsius 24 et Lepsius 25, appartenant à des propriétaires inconnus, ainsi que le tombeau du puits d’Udjahorresnet. Ces secteurs témoignent de l’expansion progressive de la nécropole.

130. Abou Rawash (Basse Égypte)
Abou Rawash, village de Basse-Égypte situé dans le gouvernorat de Gizeh, occupe une position stratégique au sein de la nécropole memphite. Le site se trouve à environ neuf kilomètres au nord du plateau de Gizeh et à cinq kilomètres à l’est du désert où s’élève la pyramide de Djédefrê. Ce secteur marque la limite septentrionale des grands ensembles funéraires de l’Ancien Empire. Le paysage, plus isolé que le paysage de Gizeh, offre une atmosphère austère dominée par les vestiges d’un chantier interrompu. Autour du village d’Abou Rawash, seules quelques traces de tombeaux anciens rappellent l’intense activité qui régna ici durant les IVe et Ve dynasties.
La particularité du lieu réside dans le caractère inachevé de la pyramide royale. Le règne bref de Djédefrê, fils de Khéops, ne permit pas d’achever l’édifice, tout comme ce fut le cas pour la pyramide nord de Zāwiyat el-ʿAryān. Aucune autre pyramide n’a été construite dans cette zone, ce qui confère à Abou Rawash une singularité dans l’ensemble memphite. Les vestiges visibles correspondent surtout au gigantesque puits creusé dans le roc et à la chambre funéraire. Cette structure permet d’observer de manière exceptionnelle les étapes techniques du processus de construction.
La pyramide de Djédefrê, parfois nommée Radjedef, constitue l’unique monument majeur. Les restes du revêtement de granit autorisent une estimation de ses dimensions projetées : une base d’environ cent mètres et une hauteur prévue de quatre-vingt-douze mètres. À l’est s’étendent les ruines du temple sacrificiel ainsi qu’une fosse à bateaux, éléments caractéristiques des complexes de la IVe dynastie. Le visiteur découvre également des vestiges de bâtiments en briques de terre crue qui témoignent de l’organisation du chantier antique.
L’intérêt d’Abou Rawash réside dans la lecture archéologique qu’il offre. En regardant vers le haut depuis le fond du puits, le visiteur perçoit l’ampleur des travaux entrepris et brutalement arrêtés. La chambre au pied du puits, généralement inaccessible, illustre les méthodes de creusement employées avant l’élévation du massif pyramidal. Les blocs épars, les tranchées et les aménagements périphériques composent un véritable manuel à ciel ouvert sur l’architecture funéraire.

131. Dahchour (Basse Égypte)
Le complexe pyramidal de Dahchour, situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Gizeh, constitue l’un des ensembles les plus impressionnants de la nécropole memphite. Implanté près du village de Minschat Dahschūr, à la lisière des terres fertiles, le site appartient au gouvernorat de Gīza. Il se distingue par deux monuments majeurs édifiés sous le règne de Snéfrou, fondateur de la IVe dynastie : la pyramide rhomboïdale et la pyramide rouge. Ces édifices marquent l’aboutissement des recherches architecturales qui conduisirent à la forme pyramidale classique.
La pyramide rhomboïdale de Snéfrou, deuxième tentative du souverain, se dresse au sud-ouest du site. Construite en blocs de calcaire, elle conserve une grande partie de son parement d’origine. Sa base atteint cent quatre-vingt-neuf mètres et sa hauteur quatre-vingt-dix-sept mètres. À l’est se trouvait le temple sacrificiel, tandis qu’une chaussée reliait l’édifice au temple de la vallée. À proximité se remarque la tombe du sud, élément rituel associé au complexe. Depuis ce secteur, la vue s’ouvre sur la pyramide noire d’Amenemhat III, visible mais non accessible.
Plus au nord s’élève la pyramide rouge de Snéfrou, troisième construction du roi et première véritable pyramide régulière. Avec une base de deux cent treize mètres et une hauteur de cent un mètres, elle compte parmi les plus vastes d’Égypte. Y a été découvert l’unique pyramidion complet de l’Ancien Empire, taillé dans un seul bloc de calcaire. L’édifice, ouvert à la visite, offre un aperçu saisissant des techniques mises au point après les hésitations de la pyramide rhomboïdale.
Dahchour abrite également des monuments du Moyen Empire. Bien que non accessibles, la pyramide blanche d’Amenemhat II, la pyramide noire de Sésostris III et la pyramide noire d’Amenemhat III témoignent de la renaissance des traditions funéraires sous la XIIe dynastie. À l’extrême sud se trouve la pyramide d’Ameny Qemau, tandis qu’au centre de la nécropole s’alignent les tombes de princesses des XIIe et XIIIe dynasties. Ces vestiges, réduits à des amas de briques crues, contrastent avec la solidité des monuments de Snéfrou.

132. El-Lisht (Basse Égypte)
Situé au sud du Caire, en Basse-Égypte, Lisht ou Licht est un village dont l’importance historique dépasse largement son apparente discrétion actuelle. Implanté sur la rive ouest du Nil, à environ 65 kilomètres de la capitale égyptienne, il correspond à l’ancienne nécropole royale du Moyen Empire, principalement associée à la XIIe dynastie. Le site antique d’el-Lisht se développe à proximité de l’ancienne capitale Itj-Tawy, aujourd’hui disparue, mais dont la présence explique la concentration exceptionnelle de monuments funéraires royaux et aristocratiques dans cette zone.
Le cœur du site est occupé par deux grandes pyramides royales : la pyramide d’Amenemhat Ier et la pyramide de Sésostris Ier, entourées de pyramides secondaires et de nombreux mastabas appartenant à des membres de la famille royale et à de hauts fonctionnaires. Ces ensembles funéraires furent édifiés entre les XIIe et XIIIe dynasties, illustrant l’évolution des techniques architecturales et des pratiques funéraires du Moyen Empire. Le site est également réputé pour le tombeau de Sénébtisi, découvert intact, qui a livré un remarquable ensemble de bijoux.
La pyramide d’Amenemhat Ier, aujourd’hui très ruinée, ne s’élève plus qu’à une vingtaine de mètres, alors qu’elle atteignait environ 55 mètres à l’origine. Construite en grande partie en briques de terre crue et en matériaux de remploi provenant de monuments plus anciens, elle souffrit très tôt de malfaçons, de pillages et de l’instabilité du terrain. L’entrée, située au nord, mène à un couloir de granit rose débouchant sur une chambre funéraire aujourd’hui inondée par la nappe phréatique du Nil, ce qui a empêché toute exploration complète de l’intérieur.
Autour de cette pyramide se trouvent de nombreuses tombes aristocratiques, notamment le tombeau de Rehuerdjersen, le tombeau d’Intefiqer, le tombeau de Senimeru, le tombeau 493 de Nakht, ainsi que le tombeau de Sésostris, dont le puits contenait la sépulture intacte de Sénébtisi. D’autres structures, comme la fosse 412, ont livré des stèles mentionnant le fils du roi Hepu et la reine Abetni, confirmant l’importance dynastique du site.
Au sud d’el-Lisht se dresse la pyramide de Sésostris Ier, la mieux conservée des pyramides du Moyen Empire. Plus vaste et plus ambitieuse que celle de son père, elle mesurait à l’origine 61,25 mètres de haut pour une base de 105 mètres. Son noyau, constitué de blocs de calcaire grossier renforcés par des briques de terre crue, était recouvert d’un parement de calcaire blanc.
La chaussée menant à la pyramide de Sésostris Ier était bordée d’alcôves abritant de grandes statues royales en calcaire, aujourd’hui conservées au musée égyptien du Caire et au Metropolitan Museum of Art. Le complexe comprend également un temple funéraire à l’est, précédé d’une chapelle dotée d’une stèle à fausse porte en albâtre, ainsi qu’un réseau de bâtiments destinés aux prêtres chargés du culte funéraire.
Après la chute de la dynastie, le site fut abandonné, livré aux pillages, mais il demeure aujourd’hui l’un des témoignages majeurs de l’idéologie royale et funéraire de l’Égypte du Moyen Empire.

133. Memphis (Basse Égypte)
Les vestiges de l’ancienne cité de Memphis, en arabe : Minf, s’étendent près du village actuel de Mīt Rahīna, dans le gouvernorat d’el-Gīza. Le site se situe à l’ouest du Nil, à environ vingt-quatre kilomètres au sud du Caire et à trois kilomètres au sud-est de Saqqara-Nord. Autrefois capitale éclatante de l’Égypte unifiée, Memphis n’offre plus aujourd’hui qu’un ensemble dispersé de ruines, dissimulées au milieu des palmeraies et des terres agricoles. Le cœur archéologique se concentre autour du musée de plein air de Mīt Rahīna, tandis que plus au nord se dressent les restes du palais d’Apries, témoignage de la XXVIe dynastie.
La ville fut fondée vers 3000 avant notre ère, à la frontière entre Haute et Basse-Égypte, à un emplacement d’une importance géopolitique majeure. La tradition attribue cette fondation au roi légendaire Ménès, mentionné par Hérodote. Memphis demeura la capitale durant tout l’Ancien Empire, avant d’être supplantée par Thèbes au Nouvel Empire. Elle conserva cependant un rôle administratif, militaire et religieux de premier plan, tandis qu’Alexandre le Grand y fut proclamé roi d’Égypte.
Au fil des siècles, la cité fut démantelée pour fournir des matériaux à la construction du Caire médiéval. Il n’en subsiste que des fragments monumentaux, rassemblés pour l’essentiel dans le musée de Memphis. L’élément le plus célèbre est la statue colossale de Ramsès II, découverte en 1820 par Giovanni Battista Caviglia. Ce géant de calcaire, long d’une dizaine de mètres, représentait le roi devant le temple de Ptah.
Le musée de plein air de Mīt Rahīna, conserve également le spectaculaire sphinx d’albâtre attribué à Amenhotep II, long de huit mètres et pesant près de quatre-vingts tonnes. La pierre d’Apries, haute stèle de grès, rappelle les privilèges fiscaux accordés au temple de Ptah. D’autres œuvres complètent l’ensemble : une triade de Ptah, Sekhmet et Nefertiti, une double statue de Ramsès II et du dieu Ptah, ainsi que le sarcophage en granit d’Amenhotep dit Huy. Ces pièces évoquent la splendeur religieuse de la métropole disparue.
Autour du musée s’étendent de nombreux vestiges encore partiellement accessibles. Se distinguent les ruines du pylône de Ramsès II, du temple d’Hathor, de la chapelle de Séthi Ier et des tombes de la XXIIe dynastie. Plus au nord se trouve la remarquable maison d’embaumement des taureaux Apis, équipée de tables monumentales en calcite où étaient préparés les animaux sacrés avant leur inhumation au Sérapéum de Saqqara. Le quartier du temple de Ptah et les ruines du palais du roi Apries complètent ce paysage archéologique.

134. Pyramide de Meïdoum (Basse Égypte)
La pyramide de Meïdoum, en arabe Haram Maidūm, s’élève au nord de la Moyenne-Égypte, dans le gouvernorat de Beni Suef. Située à trois kilomètres du village de Meidūm, elle marque l’extrémité méridionale de la nécropole memphite. Le monument, isolé au milieu des terres fertiles, présente aujourd’hui l’aspect d’une tour à degrés surgissant d’un immense talus d’éboulis. Ce profil singulier a longtemps nourri les interrogations sur son constructeur et sur les causes de son effondrement partiel.
L’attribution traditionnelle au roi Houni, dernier souverain de la IIIe dynastie, est désormais discutée. De nombreux indices la rattachent plutôt à Snéfrou, fondateur de la IVe dynastie, dont les fils furent enterrés sur le site. La pyramide aurait d’abord été conçue comme une pyramide à degrés avant d’être transformée en pyramide lisse, première tentative vers la forme géométrique parfaite. Sa base reconstituée atteignait cent quarante-cinq mètres pour une hauteur de quatre-vingt-douze mètres.
Un long passage descendant mène à un réseau de couloirs puis à la chambre funéraire en encorbellement, accessible aux visiteurs. À l’est se trouvent les restes d’un sanctuaire et de deux stèles anépigraphes, éléments du dispositif cultuel. Des traces de la chaussée reliant au temple de la vallée sont encore visibles, bien que l’emplacement de ce dernier demeure inconnu.
Autour de la pyramide s’étend un groupe remarquable de mastabas de la IVe dynastie. Le mastaba de Rahotep et Néfert, dit Meidum 6, livra en 1871 les célèbres statues peintes conservées au musée du Caire. Le mastaba de Nefermaat : Meidum 16, abrite les fameuses oies de Meïdoum et des reliefs en pâte colorée, technique unique dans l’art égyptien. Le mastaba Meidum 17, probablement d’un fils de Snéfrou, renferme un sarcophage de granit accessible par un puits étroit.

135. Site d’Abu Ghurab (Basse Égypte)
Le site d’Abu Ghurab se trouve à une dizaine de kilomètres au sud de Gizeh et à un kilomètre au nord d’Abou Sir. Il abrite les rares sanctuaires solaires connus de l’Ancien Empire, édifices dédiés au dieu Râ. Ces complexes, construits principalement sous la Ve dynastie, reproduisaient l’organisation des temples funéraires : temple de la vallée, chaussée et temple principal. Sur les six sanctuaires attestés par les textes, seuls deux ont été identifiés archéologiquement.
Le mieux conservé est le sanctuaire solaire de Niuserre. Il se composait d’une haute base de vingt mètres supportant autrefois un obélisque de trente-six mètres, aujourd’hui disparu. À l’est s’étend un vaste autel d’albâtre, centre des rites quotidiens. Les murs étaient ornés de bas-reliefs représentant les saisons, les travaux agricoles et la fête de Sed ; ces reliefs sont aujourd’hui répartis entre Berlin et Le Caire. Les canaux et bassins destinés aux sacrifices d’animaux demeurent clairement visibles.
Dans la cour nord-est se trouvent des entrepôts et des espaces d’abattage, révélant l’ampleur des cérémonies. Au sud ont été dégagés les restes d’un char solaire en briques crues, symbole du parcours quotidien du dieu dans le ciel. L’architecture ouverte du sanctuaire, centrée sur la lumière, diffère radicalement des temples fermés des nécropoles royales.
À environ cinq cents mètres se trouvent les vestiges du sanctuaire solaire d’Userkaf, plus ancien mais très ruiné. Il n’en subsiste que des fragments de dallage et quelques fondations, le tombeau pyramidal du roi étant situé à Saqqara. Malgré son état, ce site confirme l’importance du culte solaire au début de la Ve dynastie.
Abu Ghurab offre ainsi un témoignage unique sur une forme de religiosité centrée non sur le roi défunt mais sur le dieu Râ lui-même. La visite, au milieu du sable, permet de comprendre comment les Égyptiens associaient architecture et cosmologie. Ces sanctuaires, longtemps négligés, constituent aujourd’hui un complément indispensable aux pyramides voisines d’Abou Sir et de Saqqara.

136. Le Caire (Basse Égypte)
Le Caire est la capitale de l’Égypte et l’une des plus grandes métropoles d’Afrique et du Moyen-Orient, avec plus de 16 millions d’habitants dans son aire urbaine. La ville se déploie sur les rives du Nil et se distingue par sa richesse historique, visible dans la cité médiévale islamique et le Vieux Caire copte, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco Le musée égyptien, au cœur de la ville, expose des milliers d’artefacts de l’Égypte antique, tandis que le bazar Khan el-Khalili attire touristes et habitants pour son ambiance animée. À proximité, les pyramides de Gizeh et le complexe de Saqqara, avec la première pyramide à degrés conçue par Imhotep pour le pharaon Djéser, rappellent la grandeur de l’Égypte ancienne. Le Caire réussit à conjuguer son héritage historique avec une vie moderne dynamique et cosmopolite.
Le centre-ville moderne est structuré autour de la place Tahrir, célèbre pour son rôle lors de la révolution égyptienne de 2011. Cette zone abrite de nombreux hôtels, commerces et le musée historique central. À l’est, le Caire islamique conserve l’architecture médiévale et les monuments religieux, notamment la citadelle, la mosquée Mohamed Ali et plusieurs hammams historiques. Les quartiers de Dokki et Mohandeseen, situés sur la rive ouest du Nil, offrent une atmosphère plus contemporaine avec restaurants, boutiques et hébergements de qualité, tandis que l’île de Gezira, comprenant le quartier de Zamalek, accueille la tour du Caire, l’opéra et des espaces culturels et commerciaux prestigieux.
La ville s’étend également vers le sud avec des quartiers résidentiels huppés comme Ma’adi, prisés par les expatriés, et des zones modernes planifiées à l’est telles que Héliopolis, Nasr City et le Nouveau Caire, qui regroupent résidences, centres d’affaires et l’aéroport international. À l’ouest, la métropole s’ouvre sur Gizeh et le quartier de Haram, célèbre pour ses pyramides, où le grand musée égyptien émerge. Les quartiers nord, plus populaires, présentent une densité élevée et des zones moins planifiées.
136 A. Le Vieux Caire (Le Caire)
Le Vieux Caire, ou Masr al-Qadima, occupe la partie méridionale de la métropole et correspond au berceau historique de la ville. Le quartier s’étend depuis la limite de Garden City jusqu’à la zone connue sous le nom de Caire copte. La vénérable mosquée d’Amr ibn al-As, édifiée en 642, rappelle la première implantation musulmane d’Égypte. Reconstruite à plusieurs reprises, elle demeure un lieu de prière vivant. Ses vastes cours évoquent les débuts de Fustat.
Le secteur abrite des institutions culturelles majeures comme le musée national de la civilisation égyptienne. Ce complexe retrace l’histoire du pays depuis la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine. La célèbre salle des momies royales attire un large public. Le musée géologique et le musée d’Oum Kalthoum complètent ce pôle scientifique et artistique. Le palais Monastirli, sur l’île de Rhoda, sert d’écrin à ce dernier.
Au cœur du quartier se dresse la forteresse de Babylone, ancien bastion romain. Autour de ses murailles se développa le Caire copte, ensemble unique d’églises et de monuments. Le musée copte expose fresques, textiles et fragments architecturaux de l’Antiquité tardive. Son bâtiment aux moucharabiehs constitue un chef-d’œuvre en soi. La visite permet de comprendre la continuité entre héritages pharaonique et chrétien.
L’église suspendue domine un passage de la forteresse par sa nef élevée sur pilotis. Plus loin, l’église et monastère de Saint-Georges présente un plan circulaire rare au Moyen-Orient. L’église Saint-Serge-et-Saint-Bacchus, dite Abu Serga, abrite une crypte liée à la tradition de la Sainte Famille. Ces sanctuaires accueillent fidèles et voyageurs dans une atmosphère recueillie. Les cloches se mêlent aux appels du muezzin.
La synagogue Ben Ezra rappelle l’ancienne présence juive du Caire. Célèbre pour les archives de la Geniza, elle témoigne d’une communauté aujourd’hui disparue. À proximité se trouvent l’église Sainte-Barbe et l’église de la Sainte Vierge, riches d’icônes anciennes. Les ruelles étroites conservent un caractère presque villageois. Les artisans et les petites échoppes perpétuent des savoir-faire traditionnels.
Sur l’île de Rhoda, le nilomètre du IXᵉ siècle mesure encore symboliquement les crues du fleuve. Son escalier intérieur, d’une géométrie étonnante, fascine les visiteurs. Le monument rappelle l’importance vitale du Nil pour l’économie ancienne. Les jardins voisins offrent une pause paisible loin de la circulation. Le site relie le Vieux Caire aux paysages du fleuve.

136 B. Garden City (Le Caire)
Garden City s’étend immédiatement au sud de la place Tahrir et forme une parenthèse de calme au sein de la capitale. Conçu en 1905 par l’architecte José Lamba, le quartier adopte un tracé sinueux inspiré de l’Art nouveau. Les rues courbes, plantées d’arbres, contrastent avec le plan en damier du reste du Caire. Lamba souhaitait créer une cité-jardin élégante, propice à la promenade. Cette vision a façonné l’identité résidentielle du secteur.
Durant les années 1930 et 1940, Garden City devint l’adresse privilégiée de l’élite égyptienne et étrangère. De nombreuses ambassades s’y installèrent, dont les missions britannique et américaine. Le Vatican demeure aujourd’hui l’un des principaux propriétaires fonciers. Le collège de la Mère de Dieu rappelle l’influence des institutions religieuses. Le quartier conserve une réputation de sécurité et de raffinement.
Parmi les lieux remarquables figure Beit El-Sennari, maison ottomane bâtie en 1794 par Ibrahim Katkhuda. Après la campagne de Bonaparte, elle accueillit artistes et savants français. Restaurée à la fin du XXᵉ siècle, elle abrite désormais un institut des arts appliqués. Sa cour intérieure et ses jardins offrent un havre de fraîcheur. Les expositions de céramiques et de verreries y attirent un public varié.
Le parlement et musée égyptiens occupent un vaste bâtiment de la rue Qasr el-Ainy. Non loin, le musée ethnologique présente des objets de la vie quotidienne moderne. Ces institutions, parfois méconnues, complètent l’offre culturelle de la capitale. Elles témoignent de la volonté de préserver la mémoire nationale.
Les bords du Nil constituent l’un des attraits majeurs du quartier. Les promenades en fellucca partent devant les grands hôtels et offrent des panoramas apaisants. La corniche devient le soir un lieu de flânerie très fréquenté. Sur le pont Qasr el-Nil, les statues de lions veillent sur les couples et les familles. Les vendeurs ambulants animent l’atmosphère de parfums de thé et de graines grillées.
Les croisières du Scarabee ou du Marquis du Grande Hyatt proposent dîners et spectacles orientaux. Ces sorties permettent d’admirer les lumières du Caire depuis le fleuve. Les visiteurs apprécient également les balades à pied dans les ruelles tranquilles. Les anciens palais, parfois dissimulés derrière des grilles, racontent des intrigues diplomatiques.
136 C. Le centre-ville (Le Caire)
Le centre-ville du Caire constitue le cœur battant de la capitale moderne et concentre l’essentiel de la vie commerciale et administrative. Ses larges avenues, bordées d’immeubles d’inspiration européenne, furent tracées à la fin du XIXᵉ siècle sous l’impulsion d’Ismaïl le Magnifique. Le souverain rêvait d’une métropole comparable à Paris et s’inspira ouvertement des travaux du baron Haussmann. Aujourd’hui encore, les façades ornées de balcons en fer forgé rappellent cette ambition d’européanisation. Malgré l’usure du temps et la poussière du climat cairote, le quartier conserve un charme singulier.
L’orientation du secteur s’organise autour de Midan Talaat Harb, carrefour majeur où se croisent les rues Talaat Harb et Qasr el-Nil. Plus au sud s’étend Midan Tahrir, vaste esplanade devenue symbole de l’histoire contemporaine. À l’est, Midan Ataba marque la transition vers le Caire islamique et ses souks populaires. Les habitants continuent d’utiliser l’ancien nom de rue Soliman Pacha pour désigner Talaat Harb.
Le musée égyptien, installé dans un édifice néoclassique de couleur rose, demeure l’emblème culturel du quartier. Fondé grâce à l’action d’Auguste Mariette, il ouvrit ses portes au public au milieu du XIXᵉ siècle. Ses salles, parfois surchargées, renferment des trésors uniques issus des fouilles archéologiques. Même après l’ouverture du grand musée de Gizeh, il continue d’attirer des foules de visiteurs. Le bâtiment lui-même, légèrement désuet, fait partie intégrante de l’expérience.
Midan Tahrir rassemble de nombreuses institutions : le Nile Hilton, la Ligue arabe, l’imposant Mogamma administratif et le campus de l’université américaine du Caire. Les bus et le métro y convergent, faisant de la place un nœud essentiel des transports. Des tunnels piétonniers permettent de traverser l’esplanade en évitant la circulation. Depuis le pont Tahrir, la perspective s’ouvre vers Gezira et les pyramides de Gizeh. Le lieu mêle agitation quotidienne et résonances historiques.
Autour de la place Midan Tahrir se déploient d’autres sites notables comme le musée du palais d’Abdeen ou le musée d’art islamique. Le bâtiment Yacoubian, popularisé par la littérature, rappelle le passé cosmopolite du quartier. La synagogue Sha’ar Hashamayim et la mosquée Al Fath témoignent de la diversité religieuse. Le musée national des chemins de fer conserve d’anciennes locomotives liées à l’inauguration du canal de Suez. Chaque rue révèle ainsi une facette différente du patrimoine.
Les activités culturelles ne manquent pas : le théâtre de marionnettes du Caire anime le parc Azbakia, tandis que des conférences se tiennent régulièrement à Midan Simon Bolivar. Les voyageurs apprécient les cafés historiques et les restaurants populaires. Les soirées voient s’illuminer les enseignes de Talaat Harb et les vitrines de chaussures. Le quartier reste un point de départ privilégié pour explorer la métropole.
Côté achats, le centre-ville offre un visage contrasté. Les anciens grands magasins ont disparu après les nationalisations des années 1960. Ils ont laissé place à des boutiques modestes, des marchés de livres d’Ataba et des échoppes de musique arabe. La poste principale attire vendeurs de papeterie et de cartes.

136 D. Le Caire islamique (Le Caire)
Le Caire islamique désigne le vaste cœur médiéval de la capitale égyptienne, espace urbain profondément différent du centre moderne et des quartiers occidentaux aménagés au XIXᵉ siècle. Cette appellation ne signifie pas que le reste de la ville serait moins imprégné d’islam, mais rappelle que cette zone concentre la plus grande densité de monuments religieux et civils hérités des époques fatimide, ayyoubide, mamelouke et ottomane.
Contrairement à d’autres centres historiques du monde arabe devenus des musées à ciel ouvert, le quartier demeure un lieu de vie intense où se mêlent prières, artisanat, commerce populaire et circulation incessante. Les ruelles résonnent des appels des muezzins, du martèlement des ateliers de cuivre et des conversations des habitants. Pour le visiteur, ce labyrinthe constitue une immersion dans l’âme ancienne du Caire.
L’itinéraire traditionnel commence au nord, près de Bab al-Futuh, la porte de la Conquête, l’une des trois ouvertures conservées des remparts fatimides. De là s’étire la rue al-Muʿizz, artère historique devenue piétonne une grande partie de la journée, véritable colonne vertébrale du quartier. À quelques mètres se dresse Bab al-Nasr, porte de la Victoire, flanquée de tours massives qui témoignent de l’importance stratégique de la ville au Moyen Âge. Ces accès fortifiés marquaient autrefois la limite entre la cité des califes et les faubourgs. Aujourd’hui, ils ouvrent sur un monde animé de marchés, d’échoppes de tissus et de cafés populaires. L’entrée dans le Caire islamique se fait ainsi comme un passage dans le temps.
Tout près des portes s’élève la monumentale mosquée Al-Hakim, l’une des plus vastes de la période fatimide. Édifiée à partir de 990 par le calife du même nom, personnage à la fois érudit et fantasque, elle connut des usages multiples, servant tour à tour de prison, d’entrepôt puis d’école avant sa restauration contemporaine. Son vaste parvis et ses minarets trapus contrastent avec les édifices plus tardifs.
Non loin, la demeure ottomane de Bayt al-Sihaymi offre un havre de calme : patios ombragés, moucharabiehs délicats et salles de réception révèlent le mode de vie des riches marchands du XVIIᵉ siècle. La visite permet de comprendre comment l’architecture domestique s’adaptait au climat et aux règles sociales.
En progressant vers le sud apparaît le prestigieux complexe de Qalawun, ensemble associant mosquée, madrasa et mausolée construit en 1304 par le sultan mamelouk Al-Nasir. La coupole du tombeau, décorée de marbres polychromes, est souvent comparée aux chefs-d’œuvre de l’Inde moghole. Autour de ce pôle monumental se sont greffées des rues commerçantes qui annoncent le gigantesque souk de Khan el-Khalili.
Avant d’y pénétrer, le visiteur remarque la synagogue de Maïmonide et l’église de la Vierge Marie, témoignages de la coexistence historique des communautés juive et copte au sein de la cité musulmane. Cette diversité religieuse fait partie intégrante de l’identité du quartier.
Le cœur battant du secteur est la place Midan Hussein, dominée par la mosquée Sayyidna al-Hussein, l’un des sanctuaires les plus vénérés d’Égypte car elle abriterait la tête du petit-fils du prophète. Les fidèles affluent à toute heure, transformant l’esplanade en un espace de dévotion populaire. Juste en face se déploie la mosquée Al-Azhar, fondée en 970, à la fois lieu de prière et université millénaire dont l’influence intellectuelle s’étend sur tout le monde sunnite. Ses cours successives, ses minarets d’époques différentes et ses salles d’étude composent un ensemble vivant où se croisent étudiants venus d’Afrique et d’Asie. La gratuité de l’accès en fait une étape essentielle.
À l’est d’al-Azhar s’étend le parc Al-Azhar, aménagé sur une ancienne décharge et devenu l’un des plus beaux jardins de la ville. Depuis ses terrasses, la vue embrasse les dômes et les minarets du Caire médiéval jusqu’à la citadelle. Le soir, les familles viennent y respirer un air plus frais tandis que des concerts animent le théâtre en plein air. En redescendant vers le sud, s’atteint Bab Zuweila, troisième porte fatimide, reconnaissable à ses deux tours massives. De là part la rue Darb al-Ahmar, autrefois axe des caravanes, bordée d’ateliers de cuir et de bois sculpté.
Aux abords de Midan Salah ad-Din se dressent deux géants de l’architecture mamelouke : la mosquée Sultan Hassan et la mosquée Al-Rifaʿi. La première, achevée en 1363, impressionne par ses proportions colossales et son plan d’école théologique accueillant les quatre rites sunnites. La seconde, plus récente, abrite les sépultures de familles royales égyptiennes et la tombe du dernier shah d’Iran. Non loin, la mosquée Ibn Tulun, fondée en 877, rappelle les influences irakiennes de Samarra avec son minaret hélicoïdal unique en Égypte. Le musée Gayer Anderson, installé dans deux maisons mitoyennes, expose des objets de la vie quotidienne qui éclairent l’histoire sociale du quartier.
Au-dessus de cet ensemble domine la citadelle, forteresse édifiée par Saladin entre 1176 et 1183 pour protéger la ville des Croisés. Elle resta le centre du pouvoir jusqu’au XIXᵉ siècle. Les visiteurs y découvrent la spectaculaire mosquée Mohammed Ali, inspirée des modèles ottomans d’Istanbul, ainsi que le musée national de la police, le palais d’Al-Gawhara, le musée des voitures hippomobiles et le musée militaire national. Les remparts offrent des panoramas s’étendant parfois jusqu’aux pyramides de Gizeh. Des manifestations culturelles y sont régulièrement organisées à la nuit tombée.
Au-delà des circuits classiques s’ouvre un Caire plus secret. Le quartier de Manshiet Nasser, surnommé la cité des ordures, abrite la communauté des Zabbaleen, éboueurs coptes qui trient et recyclent les déchets de la métropole avec une efficacité remarquable. Dans les falaises du Mokattam se cache le monastère de Saint Samaan le Tanneur, vaste église troglodytique décorée de fresques modernes. Plus au nord s’étend El-ʿArafa, la cité des Morts, immense nécropole où des familles vivent parmi les tombeaux. Ces lieux, loin des cartes postales, révèlent la réalité sociale du Caire contemporain.
La découverte du Caire islamique passe aussi par l’expérience du Khan el-Khalili, marché fondé au XIVᵉ siècle pour les marchands itinérants. Les ruelles couvertes débordent de bijoux d’argent, de lampes de cuivre, de parfums et de textiles. Plus au sud, le marché aux tentes perpétue un artisanat ancien de broderies appliquées. Le marchandage, les odeurs d’épices et les cafés historiques comme le café de Naguib Mahfouz composent un décor vivant. S’éloigner des artères touristiques permet d’observer les activités locales, des librairies religieuses aux échoppes de pâtisseries orientales.
Pour le voyageur, la meilleure manière d’aborder ce dédale reste la marche. Une promenade peut débuter à Al-Azhar, se poursuivre vers Bayt al-Sihaymi, puis rejoindre Bab Zuweila avant de descendre Darb al-Ahmar jusqu’à la citadelle. Chaque détour réserve une surprise : un sabil ottoman, une école coranique, une fontaine publique ou un caravansérail. Les appels à la prière rythment l’itinéraire tandis que les enfants jouent au football dans des impasses séculaires. Le quartier n’est pas figé ; il se transforme au fil des restaurations et des initiatives communautaires.

136 E. Le quartier d’el-Mohandessin (Le Caire)
Le quartier d’el-Mohandessin, situés sur la rive ouest du Nil, fait partie du Grand Caire. El-Mohandisin, situé non loin de Dokki, quartier résidentiel aisé, est réputé pour ses restaurants raffinés, ses boutiques modernes et sa vie nocturne animée. L’artère principale : Gamet el-Dewal al-Arabia, relie la place du Sphinx, près de Zamalek, au nord-est, jusqu’à la place Al-Nasr et au club de tir, et est bordée de cafés et de commerces. Les ambassades de Malaisie, Bahreïn et du Qatar se trouvent à proximité de la place Al-Nasr, tandis que Dokki abrite les ambassades de Russie, Syrie, Jordanie et Pakistan, ainsi que l’université du Caire, le zoo de Gizeh et le jardin botanique d’Orman, qui ponctuent agréablement le quartier d’espaces verts.
El-Mohandisin est également un centre culturel actif. Le monument à Naguib Mahfouz, près du Sphinx de Midan, honore le célèbre écrivain égyptien lauréat du prix Nobel de littérature en 1988. Le monument à Ibn Khaldun, dans le district d’eṣ-Ṣaḥafīyīn, rappelle l’influence de l’historien et sociologue arabe. Le jardin d’El-Aqsā offre un havre de verdure, idéal pour se détendre après une promenade dans les rues commerçantes.
Le quartier présente aussi de nombreux cinémas, comme le Sphinx sur la place du Sphinx, et plusieurs galeries privées telles que Cordoue, Artellewa, Ibdaa et Salama, qui mettent en avant la création contemporaine locale.
Pour le shopping et la gastronomie, Mohandiseen propose des adresses renommées. Le Best Buy – Apple Center, sur Thawra Square, permet d’acquérir du matériel électronique et des produits Apple. Les boutiques Bashayer et Om El Saad, situées rue Mosaddak, offrent une variété de céramiques, bijoux et objets artisanaux typiquement égyptiens. Les marchés et petites échoppes complètent l’expérience shopping, tandis que les restaurants et cafés de Gamet el-Dewal al-Arabia invitent à profiter de la gastronomie locale et internationale.
La scène culturelle est renforcée par les institutions éducatives et artistiques. L’université du Caire, située au sud de Dokki, attire étudiants et chercheurs, contribuant à l’atmosphère dynamique du quartier. Les galeries et centres d’art, comme Artellewa et Ibdaa, organisent régulièrement des expositions et des événements artistiques. Les monuments et statues célèbrent la mémoire égyptienne et arabe, tandis que le jardin d’El-Aqsā et le jardin botanique d’Orman offrent un contraste apaisant avec l’activité urbaine.
Le quartier allie modernité et patrimoine. L’architecture contemporaine de el-Mohandisin se mêle aux bâtiments anciens de Dokki, offrant un panorama urbain varié. Les visiteurs peuvent découvrir des œuvres d’art au musée Mohammed Mahmoud Khalil, abritant des peintures impressionnistes de Monet, Gauguin, Renoir, Rodin et Van Gogh, ainsi que d’autres trésors artistiques.

136 F. Île de Gezira (Le Caire)
Gezira, quartier insulaire au sud du Nil, constitue un centre artistique et résidentiel du Caire. Partagé avec Zamalek, secteur résidentiel d’inspiration européenne, il séduit par ses musées et ses parcs. Le musée Mahmoud Mukhtar, en face de l’opéra du Caire, présente plus de 80 sculptures et reliefs de Maḥmūd Muchtār, ainsi que le tombeau et les effets personnels de Saad Zaghlul. Le musée d’art moderne égyptien, situé sur le terrain de l’opéra, expose des œuvres du XIXe et XXe siècle sur trois étages. Les jardins, comme le jardin d’al-Andalus, le jardin de l’Obélisque, le jardin El Horreya et les jardins d’al-Zahriya, offrent des espaces de détente et de promenades au cœur de l’île. Le monument à Saʿd Zaghlūl, sur l’Opéra Midan, témoigne de l’histoire politique du pays et complète le parcours culturel.
Zamalek, traversé par la Sharia 26 July, relie Bulaq à Mohandiseen et concentre de nombreuses galeries et centres d’art. Le centre des arts Akhenaton et le centre des Arts Gezira présentent des céramiques islamiques et des expositions temporaires. Le musée de la céramique islamique, rue Al Marsafi, occupe l’ancien palais du prince Amru Ibrahim et offre un panorama sur l’art islamique. Les galeries : Picasso, Safar Khan, Zamalek et Khan al-Maghraby mettent en valeur l’art égyptien moderne et contemporain. L’opéra du Caire, fondé en 1869 et reconstruit en 1988, demeure le lieu culturel majeur, proposant concerts, ballets et représentations théâtrales presque tous les soirs.
Le quartier allie culture et loisirs avec élégance. La tour du Caire, haute de 187 mètres, offre une vue panoramique sur l’ensemble de la capitale et les pyramides. Le Sky Café et le restaurant Al Dawar permettent de contempler la ville tout en dégustant un repas ou une boisson. Les jardins et parcs offrent des haltes apaisantes dans un environnement urbain. Gezira et Zamalek sont accessibles via les ponts sur le Nil, et les visiteurs peuvent aisément combiner visites culturelles, promenades et détente. La présence d’expatriés et d’habitants aisés donne au quartier un caractère international et cosmopolite.
Le patrimoine artistique se complète par les centres éducatifs et les galeries privées. Les expositions temporaires du centre des Arts Gezira et du centre des arts Akhenaton offrent un regard sur la création contemporaine. Les musées comme le musée Mahmoud Mukhtar et le musée d’art moderne égyptien retracent l’évolution de la sculpture et de la peinture moderne.
Zamalek est également un quartier résidentiel agréable pour le séjour et la restauration. Les cafés et restaurants le long de la Sharia 26 July sont populaires auprès des habitants et des visiteurs. Les galeries et espaces d’art créent un parcours culturel riche, idéal pour découvrir l’art égyptien moderne. La proximité du Nil facilite les promenades et les croisières touristiques.

136 G. Les quartiers orientaux du Caire (Le Caire)
Les quartiers orientaux du Caire forment un ensemble de communautés planifiées, construites à l’écart de l’agitation du centre historique. Ils se distinguent par une organisation urbaine moderne et des infrastructures adaptées à la vie résidentielle, commerciale et administrative. Les plus connus sont Héliopolis, Nasr City et le Nouveau Caire, chacun présentant une identité propre et des attraits variés. La présence de l’aéroport international du Caire, juste à l’est d’Héliopolis, confère à la zone un rôle stratégique pour les déplacements nationaux et internationaux et favorise le développement économique et hôtelier des environs. Ces quartiers permettent de découvrir un Caire différent, loin du tumulte du centre et des sites touristiques classiques.
Héliopolis, fondé en 1905 par le baron belge Empain, est le quartier historique de la région. Situé non loin de l’ancienne cité dédiée au dieu Atoum, il bénéficie d’un cadre résidentiel agréable avec de larges avenues, des villas et des bâtiments de style andalou. La ligne de tramway qui relie le quartier au centre du Caire facilite l’accès et en fait une zone prisée pour le logement. Parmi les sites incontournables, le palais du baron Empain se distingue par son architecture inspirée d’Angkor Vat et des temples hindous d’Odisha. Bien que l’intérieur soit fermé au public depuis plusieurs années, la façade et la tour du palais attirent les visiteurs pour la beauté et l’originalité de sa structure.
Non loin de là, la basilique Notre-Dame, au bout de la rue Al-Ahram, est un chef-d’œuvre architectural rappelant Sainte-Sophie d’Istanbul. Ce lieu de culte, surnommé « moule à gelée » par les expatriés, est ouvert en permanence et constitue une étape incontournable pour les amateurs d’architecture religieuse.
Héliopolis abrite également plusieurs autres églises, telles que Saint-Georges et Anba Ibram, Saint-Kirellos, Saint-Marc, Sainte-Rita, la Théotokos et Sainte-Thérèse, chacune reflétant la diversité religieuse et culturelle du quartier.
Le quartier conserve plusieurs palais historiques, dont le palais du prince Hussein Kamil et le palais d’Héliopolis (également palais d’Orouba). Le premier, construit pour le prince devenu sultan Hussein Kamil, mélange styles néo-islamique et baroque et se compose de deux tours ornées de balcons et de moucharabiehs. Le palais d’Héliopolis, résidence présidentielle, reste inaccessible au public mais symbolise l’importance administrative et historique du quartier. L’architecture d’Héliopolis se complète par des bâtiments profanes à Al-Korba, où les influences européennes et mauresques se mêlent aux éléments traditionnels égyptiens, offrant un cadre urbain harmonieux et élégant.
Les espaces culturels et muséaux sont nombreux. Le panorama du 6 octobre 1973, situé rue Cheikh Al-Uruba, retrace la guerre contre Israël avec dioramas et équipements militaires, tandis que le musée Gamal Abdel Nasser présente la vie du président égyptien à travers des objets personnels et photographies. Le musée des enfants initie aux questions environnementales et à l’histoire de l’Égypte, et le musée de l’Armée de l’Air Égyptienne, à proximité de l’hôpital militaire d’El-Galaa, illustre le développement aérien militaire depuis la Première Guerre mondiale.
Les parcs et espaces verts contribuent à la qualité de vie du quartier. Le cimetière militaire d’Héliopolis, ouvert en 1941, honore les soldats du Commonwealth et comprend plusieurs mémoriaux, tandis que le parc El Ahram, le parc Ghernata, le parc Merryland et Roxy Square offrent des lieux de promenade et de détente pour les habitants et visiteurs.
Nasr City, fondé dans les années 1960 par Gamal Abdel Nasser, représente un projet ambitieux de création d’une nouvelle capitale. Bien que le plan initial n’ait jamais été pleinement réalisé, le quartier est aujourd’hui un centre économique et résidentiel dynamique, avec une population socialement mixte et de nombreux immigrants. Les centres commerciaux et avenues larges, combinés à des infrastructures modernes, en font un lieu de commerce et de loisirs très fréquenté. Les rues principales accueillent des marchés, des boutiques et des restaurants, contribuant à l’attractivité du quartier pour les résidents et les visiteurs.
Le Nouveau Caire, créé en 2000, s’étend à l’extrême est de la ville et vise à désengorger le Caire central. Avec une population actuelle d’environ 200 000 habitants, il est prévu d’accueillir à terme jusqu’à cinq millions de personnes. Le quartier se caractérise par de vastes avenues, des zones résidentielles planifiées et de nombreux complexes éducatifs et culturels. Son architecture contemporaine contraste avec celle d’Héliopolis, et sa croissance rapide en fait un symbole du développement urbain moderne.
La zone orientale du Caire conserve plusieurs monuments emblématiques. La statue de Ramsès II, sur l’avenue El-Ouruba, accueille les voyageurs en route vers l’aéroport et rappelle le patrimoine pharaonique, tandis que le panorama du 6 octobre et les musées militaires ajoutent une dimension historique et éducative.

136 H. Les quartiers nord du Caire (Le Caire)
Les quartiers nord du Grand Caire forment une vaste zone très peuplée, mais généralement peu attrayante pour le tourisme. L’ancienne ville d’Héliopolis, qui se trouvait dans cette région, a presque totalement disparu sous l’expansion urbaine du quartier de Matariya. Ces quartiers sont aujourd’hui constitués d’un tissu urbain dense et hétérogène, comprenant des habitations modestes, des marchés locaux et quelques infrastructures publiques.
Le principal vestige de l’ancienne Héliopolis est l’obélisque de Sésostris Ier, situé sur la place Midan al-Misallah, à dix minutes à pied de la station de métro El-Matareyya. Datant d’environ 1900 avant Jésus-Christ, il est le dernier élément conservé du temple d’Atoum et rappelle la grandeur de l’ancienne cité. Cet obélisque partage ses origines avec l’aiguille de Cléopâtre à Londres et l’obélisque de Central Park à New York. À proximité, le palais d’été de Mohamed Ali, à Shubra Al Kheimah, témoigne de l’époque moderne. Érigé en 1821, il mêle styles islamique et européen et comprend de vastes jardins et fontaines, certains espaces étant actuellement en cours de restauration pour accueillir le public.
L’institut national de recherche en astronomie et géophysique, ou observatoire de Helwan, comprend un télescope historique inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco.
Pour les amateurs d’espaces verts et de loisirs, quelques parcs et bains thermaux apportent un cadre de détente rare dans ce secteur très urbanisé. Le bain de soufre, ou Hammām as-Siyaha al-Ma‘dinī, attire de nombreux locaux et propose des bassins à température ambiante avec des zones de plongeon. Les visiteurs peuvent également profiter de l’ombre et de la verdure du jardin japonais, un espace aménagé avec pagodes, statues de Bouddha, cerisiers et érables, qui offre un dépaysement étonnant en plein cœur de la ville.

137. Helwan (Basse Égypte)
Située à environ 30 kilomètres au sud du centre du Caire, sur la rive orientale du Nil, Helwan est une ville au cadre résidentiel et industriel mixte, comptant plus de 600 000 habitants. Elle occupe une position stratégique avec des ponts ferroviaires et routiers permettant de rejoindre rapidement la rive ouest du Nil et les sites archéologiques comme Saqqâra. Helwan combine des quartiers modernes, des villas anciennes et des zones industrielles, et se distingue par la présence d’espaces verts et de sites historiques disséminés dans la ville. Les rues larges et les avenues bordées d’arbres contrastent avec l’aspect plus dense et animé du Grand Caire central.
La ville possède plusieurs sites touristiques et culturels. Le jardin japonais, ou al-Ḥadīqa al-yābānīya, également appelé jardin des quarante voleurs, constitue une oasis au milieu du tissu urbain. Aménagé en 1919 et restauré en 2008, il s’étend sur environ 200 mètres de côté et comprend des ponts, des allées sinueuses, des étangs artificiels et 30 statues de Bouddha. Il offre un cadre idéal pour se promener, pique-niquer ou observer la nature. À proximité, l’ancien Kurhotel el-Hayat, aujourd’hui en ruines, rappelle le passé thermal et touristique de la ville.
Helwan conserve des musées remarquables. Le musée de cire, fermé pour rénovation, présente des répliques de personnages historiques tels que Gamal Abdel Nasser, Toutankhamon et le vice-roi Muhammad Ali, tandis que le musée Rokn Farouq, retrace l’histoire de la monarchie égyptienne et accueille les visiteurs depuis sa réouverture en 2016.
Les bains et installations de soins traditionnels sont également présents. Le bain de soufre de Helwan constitue un lieu de baignade populaire auprès des habitants et propose un bassin avec des plages en pente douce. L’établissement est ouvert tous les jours et offre des cabines pour se changer, des bouées gonflables pour les enfants et un espace de restauration léger. Ce type d’infrastructure rappelle la vocation thermale historique de la ville et constitue un attrait pour ceux qui recherchent détente et bien-être.
Enfin, Helwan présente une richesse architecturale et religieuse notable. La ville compte des églises comme l’église Saint-Georges, l’église de l’Archange Michel, l’église Saint-Ménas et Pape Cyrille VI, l’église Anba Antonius, l’église la Sainte Famille et l’église évangélique, ainsi que la cathédrale de la Sainte Vierge Marie. La mosquée Taufiqi, plus ancienne mosquée de la ville, complète le panorama religieux.
138. El-Gīza (Basse Égypte)
El-Gīza, également orthographiée el-Gise, est une ville de 4 458 135 habitants située sur la rive ouest du Nil, à l’ouest du Caire. Chef-lieu du gouvernorat de Gizeh, elle constitue la troisième ville d’Égypte. Son territoire combine zones urbaines modernes, parcs et sites historiques remarquables. La ville est surtout connue pour le complexe pyramidal de Gizeh, qui, en raison de l’expansion urbaine, se situe aujourd’hui à la limite ouest de la ville. El-Gīza abrite également de nombreux musées et espaces culturels, dont le grand musée égyptien (GEM), destiné à rassembler des collections uniques de l’Égypte ancienne.
Le quartier d’el-Aguza, ou Agouza, se trouve au nord du district de Doqqi et borde le Nil. Il est limité par la rue du 26 juillet au nord, les rues Gameat el Dowal al-Arabiya et El Batal Ahmed Abdel Aziz à l’ouest, et le pont du 6 octobre au sud. Ce quartier est parfois rattaché à Mohandisīn, au nord-ouest. El-Aguza se distingue par ses monuments et espaces culturels, notamment le mémorial à Naguib Mahfouz, dédié à l’écrivain égyptien lauréat du prix Nobel de littérature en 1988, situé côté sud du Sphinx de Midan sur la rue du 26 juillet.
El-Gīza est également un centre de vie artistique et théâtrale. Le cirque national égyptien, sur la rue El Nil, propose des spectacles variés pour toute la famille. Le théâtre Al-Baloon, également sur El Nil à l’intersection avec la rue du 26 juillet, accueille des pièces et événements culturels. Le théâtre El-Samir et le théâtre des jeunes, quartier général de Re’aiyat al-Shabab, complètent l’offre culturelle, attirant jeunes et familles.
Le district d’Ed-Doqqi, sur la rive ouest du Nil, rassemble plusieurs musées incontournables. Le musée Muḥammad Maḥmūd Khalīl, situé rue Kafour, abrite la plus importante collection de peintures en Égypte, réunissant des œuvres de Courbet, Degas, Delacroix, Gauguin, Manet, Monet, Pissarro, Renoir, Rodin, Rousseau et Toulouse-Lautrec. Ces chefs-d’œuvre, collectés par Mohammed Mahmoud Khalil, sont exposés sur trois étages avec des cartels en arabe et en anglais.
Le musée agricole égyptien, rue Wezaret El Zera’a, au nord du ministère de l’Agriculture, est situé dans un vaste parc et présente des scènes de la vie rurale, des animaux domestiques et des maquettes d’irrigation. Inauguré en 1938, il demeure un lieu apprécié des habitants et des visiteurs pour son aspect pédagogique et culturel. Le musée du coton, situé dans l’enceinte du musée agricole, complète la découverte des ressources et savoir-faire égyptiens, bien qu’il soit actuellement fermé.
La zone de Ganub el-Gīza, ou « Gīza du sud », constitue le cœur historique de la ville. S’y trouve la sculpture emblématique renaissance de l’égypte, réalisée par Mahmoud Mokhtar en 1928. Cette œuvre représente une paysanne égyptienne typique près d’un sphinx et est considérée comme un symbole de la sculpture moderne égyptienne. À proximité se trouvent le musée Ahmed Shawqi, dédié au poète nationaliste égyptien, et sa maison transformée en musée présentant sa bibliothèque, ses chambres et des expositions temporaires.
Le village pharaonique, situé sur la rive ouest du Nil, au sud de l’île d’el-Qurṣāya, est un musée vivant retraçant la vie quotidienne de l’Égypte ancienne. Créé par le Dr Hassan Ragab en 1974 et ouvert après dix ans de travaux, il permet aux visiteurs de découvrir des reconstitutions de maisons, un marché, un temple, et des démonstrations agricoles et artisanales. Des expositions sur les périodes pharaonique, gréco-romaine, copte et islamique, ainsi que sur la momification et le papyrus, complètent l’expérience.
Les parcs d’El-Gīza offrent des espaces verts rares dans cette zone urbaine. Le zoo de Gizeh, fondé en 1891 dans le jardin Haram du palais d’Ismaïl Pacha, s’étend sur 32 hectares et comprend cinq grottes, des cascades, un musée zoologique, une bibliothèque spécialisée, plusieurs cafés et un restaurant sur l’île de Tea. Un pont suspendu en fer, conçu par Gustave Eiffel, relie deux collines artificielles. Le parc accueille environ 400 espèces animales locales et exotiques.
Le jardin botanique d’El-Urman, créé en 1873 et situé juste au nord du zoo, est ouvert gratuitement tous les jours de 9 h à 16 h. Il offre aux visiteurs une promenade agréable parmi les plantes locales et exotiques, permettant d’échapper à l’animation urbaine. Ces espaces verts complètent l’offre culturelle et récréative de la ville, en renforçant son rôle de destination touristique et éducative.
Gazirat el-Qursaya, petite île du Nil de 1 850 mètres de long, est principalement agricole et constitue un refuge tranquille loin de l’agitation. L’île, accessible par un ferry manuel depuis El-Gīza, abrite environ cinq mille habitants, dont la majorité vit de l’agriculture et de l’élevage. Trois mosquées, dont la mosquée Wagāmʿ, accueillent la communauté locale. L’île conserve un charme rural et une atmosphère où le temps semble s’être arrêté.
Gazirat edh-Dhahab, également agricole, est plus grande et plus peuplée avec environ 11 000 habitants. Les habitants vivent de l’agriculture et de la pêche, cultivant principalement des céréales et du trèfle fourrager, et élevant du bétail. La petite île conserve une ambiance rurale rare dans la métropole, loin du tumulte du Caire, et constitue une halte idéale pour les visiteurs souhaitant découvrir l’Égypte traditionnelle.
Le complexe de l’église Saint-Augustin, sur Gazirat edh-Dhahab, comprend trois édifices religieux : l’église Saint-Augustin, l’église Saint-Georges et l’église Sainte-Barbe. Construit en 1963, le complexe constitue le principal lieu de culte de l’île et représente un exemple de l’architecture religieuse moderne adaptée à la communauté locale.
Le quartier d’el-Haram, ou « quartier résidentiel des Pyramides », s’est développé au cours de la seconde moitié du XXe siècle à l’extrême sud-ouest de Gizeh. Il s’étend jusqu’au plateau des pyramides de Gizeh et concentre de nombreux hôtels, restaurants, instituts de papyrus, ainsi que des boutiques de parfums et de bijoux. Sa position stratégique attire les visiteurs venus explorer les monuments pharaoniques tout en séjournant à proximité immédiate des pyramides, combinant tourisme et commodités modernes.
Le complexe pyramidal de Gizeh, composé des pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, attire des millions de visiteurs chaque année. Bien que situées à la périphérie ouest de la ville, ces pyramides symbolisent le rayonnement historique et culturel de la ville.
El-Haram est séparé du quartier central d’el-Gīza-Sud par Būlāq ed-Dakrūr, la frontière étant marquée par la rue ʿUsman Muharram et la route Kafr Tuhurmus.
El-Haram abrite plusieurs musées culturels et artistiques. Le musée Mohamed Nagy, situé 8 rue Mahmoud El Gendy, est dédié au peintre égyptien Mohamed Nagy (1888–1956), considéré comme l’un des fondateurs de l’art moderne égyptien. Ses œuvres sont exposées du mardi au dimanche de 10 h à 17 h, offrant un aperçu de la modernité artistique égyptienne. À proximité, le musée Taha Hussein, sur la rue Dr. Taha Hussein, retrace la vie et l’œuvre de l’écrivain égyptien (1889–1973) et permet aux visiteurs de découvrir ses contributions littéraires et culturelles.
Au nord de la ville, le quartier d’Imbaba s’étend sur la rive ouest du Nil, au nord du district d’el-Mohandisīn. Il se distingue par ses églises, telles que l’église de la Sainte Vierge et l’église Saint-Ménas, qui témoignent de la diversité religieuse de la région. Le pont d’Imbaba, initialement construit en 1891 et remplacé en 1924, reliait le réseau ferroviaire du delta à la vallée du Nil et constitue aujourd’hui un symbole de l’ingénierie et du développement infrastructurel du Caire et de Gizeh.
Le quartier d’el-Mohandisīn, ou « ville des ingénieurs », est populaire pour ses restaurants, ses boutiques et sa vie nocturne animée. Il est situé au nord d’Ed-Doqqi et au nord-ouest d’El-Aguza, avec El-Kīt Kāt au nord-est. Parmi ses monuments, se retrouvent le monument à Naguib Mahfouz ainsi que le monument à Ibn Khaldun, dans le district d’eṣ-Ṣaḥafīyīn, rendant hommage à l’historien et sociologue arabe.
El-Mohandisīn et ses alentours offrent également des espaces verts et de détente. Le jardin d’El-Aqsā constitue l’un des principaux parcs du quartier, offrant aux habitants et visiteurs un lieu de promenade et de loisirs.

139. Le complexe pyramidal d’el-Giza (Basse Égypte)
Le complexe pyramidal d’el-Giza, ou Ahrāmāt al-Gīza, est sans doute le site archéologique le plus emblématique d’Égypte et l’une des principales raisons pour lesquelles de nombreux voyageurs visitent le pays. Situé sur la rive ouest du Nil, au sud-ouest du Caire et à l’ouest de la ville d’el-Gīza, le site constitue la nécropole de trois pharaons de l’Ancien Empire : Khéops, Khéphren et Mykérinos. Elle comprend également les sépultures de leurs épouses et de hauts dignitaires. Ces pyramides sont les seuls vestiges des Sept Merveilles du monde antique, témoignant de l’ingéniosité et du savoir-faire architectural des Égyptiens anciens.
| Les pyramides de Gizeh sont parmi les monuments les plus emblématiques du monde, mais contrairement aux idées reçues, elles ne se trouvent pas en plein désert isolé. Situées à seulement quelques kilomètres du Caire, elles sont entourées de la ville de Gizeh, avec de nombreux hôtels, restaurants et commerces à proximité, ce qui facilite grandement la visite. Le site inclut principalement la Grande pyramide, la pyramide de Khéphren et la pyramide de Mykérinos, ainsi que le célèbre Sphinx et le tombeau de Meresanch. Les horaires d’ouverture s’étendent de 7 h à 18 h, et il est courant qu’une seule des trois pyramides soit ouverte à la visite à la fois. Les billets doivent être achetés par carte bancaire, sur place ou en ligne, et des distributeurs automatiques sont disponibles à l’entrée pour plus de commodité. Les droits d’entrée sont fixés en fonction de l’accès et de la nationalité (Tarifs en vigueur en février 2026). Pour accéder au site, les tarifs pour les étrangers sont de 700 LE, 350 LE pour les étudiants, 60 LE pour les Égyptiens et 30 LE pour les étudiants égyptiens. L’accès à la Grande pyramide coûte 1 500 LE pour les étrangers, 750 LE pour les étudiants, 150 LE pour les Égyptiens et 75 LE pour les étudiants égyptiens. Les pyramides de Khéphren et Mykérinos sont facturées 280 LE chacune pour les étrangers et 30 LE pour les étudiants égyptiens. Le Sphinx est accessible pour 200 LE à tous les étrangers, tandis que le tombeau de Meresanch varie entre 200 LE pour les étudiants étrangers et 5 LE pour les étudiants égyptiens. Pour compléter l’expérience, les visiteurs peuvent profiter de promenades à dos de chameau sur le plateau, avec des tarifs affichés à 350 LE l’heure. Le transport de voiture à l’intérieur du site est possible pour 25 LE. Ces commodités font des pyramides un site accessible et confortable pour tous, tout en conservant le caractère majestueux et historique du plateau de Gizeh. Malgré leur proximité de la ville moderne, ces monuments conservent une atmosphère unique, permettant de contempler de près l’ingéniosité des anciens Égyptiens et la grandeur de leurs constructions millénaires. |
La zone entourant le complexe s’étend jusqu’au quartier d’el-Haram, où de nombreux hôtels, restaurants, instituts de papyrus et boutiques de parfums et de bijoux accueillent les visiteurs. Au nord des pyramides se situe le grand musée Égyptien, le plus important musée archéologique du pays, dont l’ouverture partielle en 2024 permet d’admirer une partie des collections.
La pyramide de Khéops, appelée aussi Grande Pyramide, est la plus imposante du monde. À l’origine, elle mesurait 147 mètres de haut avec une arête de 230 mètres ; aujourd’hui, sa hauteur culmine à 137 mètres. L’entrée actuelle, ancien passage de brigands, conduit à une galerie de 8,5 mètres de haut et 47 mètres de long, aboutissant à la chambre funéraire principale où subsistent les vestiges d’un sarcophage en granit. À l’extérieur, le temple funéraire et la chaussée relient la pyramide à plusieurs petits complexes destinés aux reines Hetepheres, Meritetis et Henutsen, ainsi qu’aux fosses à bateaux disposées à l’est et au sud.
La pyramide de Khéphren, légèrement plus petite que celle de Khéops avec une hauteur de 143 mètres, paraît plus imposante en raison de sa position élevée. Sa conservation remarquable inclut un temple funéraire et un temple de la vallée, reliés par une chaussée de 500 mètres. Au sud se trouve le palais du temple du Sphinx, avec un vestibule et une salle en forme de T soutenue par 16 piliers de granit. Les creux du sol marquent l’emplacement de statues colossales du roi, reflétant le faste et la puissance du pharaon.
La pyramide de Mykérinos, la plus petite du trio avec 66 mètres de hauteur, s’accompagne également d’un temple de la vallée et de trois pyramides secondaires dédiées aux reines. Les vestiges de statues et d’objets funéraires ont été découverts dans le temple et sont aujourd’hui exposés au musée du Caire. L’organisation de ces complexes témoigne de l’importance accordée à la vie après la mort et aux rites funéraires dans l’Égypte ancienne.
Le Grand Sphinx, situé au nord du temple de la vallée et de la chaussée de Khéphren, mesure 73 mètres de long et a été sculpté dans le roc. La coiffe royale et l’uræus ornant sa tête symbolisent le pouvoir pharaonique. À proximité, un petit temple dédié à la déesse Isis et le pyramidion reconstruit marquent la complexité architecturale et rituelle du site.
Au sud-est de la pyramide de Khéops se dressent trois petites pyramides destinées aux reines Hetepheres I., Meritetis I. et Henutsen, parfois reliées par un pont. Ces structures secondaires, ainsi que les fosses à bateaux, soulignent la symbolique religieuse et funéraire des pyramides principales. Elles montrent également que le site ne se limite pas aux tombeaux royaux mais constitue un ensemble ritualisé et planifié sur le long terme.
Le site comporte de nombreux tombeaux de fonctionnaires et de membres de la famille royale, souvent sous forme de mastabas. Parmi eux, la tombe à puits d’Hetepheres I., le mastaba des Meryre’nufer Kar, et le mastaba d’Idu témoignent de la hiérarchie et de l’organisation sociale de l’époque. Ces tombes, accessibles sans billet supplémentaire pour certaines, offrent un aperçu précieux du quotidien et des responsabilités des élites de l’Ancien Empire.
Certaines tombes sont accessibles moyennant un billet supplémentaire, comme le mastaba de Meresanch III., qui permet de découvrir l’architecture et les décorations funéraires de haut rang. Ces sépultures complètent la compréhension du complexe pyramidal, montrant que les pyramides ne sont pas des monuments isolés mais s’inscrivent dans une nécropole riche et hiérarchisée, où la vie et la mort se côtoient de manière symbolique.
Dans le Groupe Nord, au nord-est de la Grande Pyramide de Khéops, se trouvent quatre tombes : le mastaba de Senezemib appelé Inti, vizir et juge en chef à l’époque d’Asesi ; le mastaba de Khnementi, datant du début de la VIe dynastie ; le mastaba d’Akhet-Mehu, juge et superviseur de l’armurerie sous Phiops II ; et le mastaba de Senezemib appelé Mehi, vizir, juge en chef et architecte royal à l’époque d’Unas. Ces tombeaux ont été fermés au public en 2022, mais leur importance historique reste majeure pour l’étude de l’administration royale.
Dans le Groupe Ouest, situé à l’ouest de la pyramide de Khéphren, se trouvent le mastaba de Neferbauptah, administrateur de domaine et prophète de plusieurs pharaons de la fin de la Ve dynastie, et le mastaba d’Iymery, prophète et archiviste à l’époque de Neusrere. En 2022, seul le tombeau de Neferbauptah était accessible. Ces structures témoignent de l’importance des fonctionnaires royaux dans la gestion des nécropoles et des domaines funéraires.
Dans le Groupe Sud ou Centre, situé au sud de la chaussée de Khéphren, se trouvent le tombeau rupestre de Debhen, souverain suprême de Nekheb ua sous Mykérinos, et le tombeau rupestre de Yunmin, fils aîné du roi, vizir et juge en chef. À proximité se trouve également le tombeau de Khentkaus Ier, prétendue épouse de Shepseskaf et/ou mère d’Userkaf. L’accès à ces tombeaux nécessite parfois l’intervention des responsables pour être autorisé.
Le complexe comprend aussi des sites ouvriers et administratifs qui illustrent la vie quotidienne des constructeurs des pyramides. Le quartier ouvrier Ḥeiṭ al-Ghurāb, à l’ouest de la pyramide de Khéphren, regroupe des maisons et un bâtiment d’administration royale construits le long de trois rues principales. Ces bâtiments datent des règnes de Khéphren et Mykérinos et montrent l’organisation du travail pour la construction et l’entretien du cimetière.
Le cimetière des travailleurs, situé sur la colline au sud du complexe, abrite des tombes à dôme et des mastabas en briques de terre crue pour les ouvriers et leurs familles. Les hauts fonctionnaires, quant à eux, étaient enterrés dans des mastabas de pierre, parmi lesquels le tombeau de Nefertheith, surveillant du lin et de la maison royale de purification, se distingue par ses décorations murales raffinées.
Pour les visiteurs modernes, le spectacle son et lumière sur la face est du complexe constitue une expérience incontournable. Chaque soir, la pyramide s’illumine tandis que des commentaires multilingues racontent l’histoire des monuments. Le billet coûte environ 20 $US pour les étrangers et 11 $US pour les enfants, avec des options VIP à 23 $US. Les participants reçoivent des écouteurs pour choisir leur langue parmi plusieurs options, rendant l’événement accessible et immersif.
Le spectacle se déroule quotidiennement en deux sessions, la première à 18h30 et la seconde à 19h30. Du lundi au dimanche, toutes les langues sont disponibles, à l’exception du jeudi soir où une session est uniquement en arabe classique. L’ensemble du spectacle permet de comprendre la disposition des pyramides, des temples et des tombeaux tout en observant les monuments sous un angle scénographique spectaculaire.

140. La nécropole memphite (Basse Égypte)
La nécropole memphite couvre une vaste partie de la Basse et de la Moyenne-Égypte. Ce terme désigne un ensemble de cimetières royaux et de sépultures de dignitaires, s’étendant entre Meïdoum et Abou Rawash, sur la rive ouest du Nil, près du Caire. Cette région, intégrée au patrimoine mondial de l’Unesco, témoigne de l’ampleur de l’organisation funéraire de l’Ancien Empire et de la richesse architecturale des pyramides et mastabas. La plupart des sites se trouvent dans le gouvernorat de Gizeh et certains sont accessibles via un petit réseau routier, bien que de nombreuses zones nécessitent de marcher sur le sable profond ou sur des planches de bois aménagées.
Le site d’Abū Rawāsch est marqué par le monument inachevé du roi Radjedef (Djedefra, IVe dynastie). L’arrêt prématuré de sa construction permet aux visiteurs de découvrir l’architecture souterraine et la complexité du complexe funéraire. À proximité, les pyramides d’el-Gīza restent les plus célèbres et les plus visitées, incluant les pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, accompagnées de pyramides plus petites dédiées aux reines et de mastabas pour les hauts fonctionnaires. Le site offre une vision complète du système funéraire royal et de l’organisation de la cour à l’époque pharaonique.
Dans la région de Zāwiyat el-ʿAryān, se trouvent deux pyramides mal conservées datant des IIIe et IVe dynasties, dont l’accès est limité. À Abū Ṣīr, plusieurs pyramides sont présentes, dont la pyramide du roi Sahur. La particularité de ce complexe réside dans la construction des pyramides à base de briques, recouvertes de calcaire, contrastant avec les pyramides de Gizeh et de Saqqara.
Le site de Saqqāra regroupe des monuments emblématiques, tels que la pyramide à degrés de Djoser, les mastabas des membres de la famille royale et des hauts fonctionnaires, ainsi que le Sérapéum, caveau funéraire des taureaux Apis. Le musée Imhotep et le tombeau-temple du roi Haremhab complètent la visite, offrant un panorama exceptionnel sur l’évolution architecturale et artistique de la nécropole memphite.
À Dahchour, plusieurs pyramides témoignent des débuts de la IVe dynastie et des tentatives expérimentales des pharaons pour construire la « véritable » pyramide. La pyramide Rouge et la pyramide Rhomboïdale du roi Snofru représentent des avancées majeures dans la conception pyramidale et sont les précurseurs des chefs-d’œuvre ultérieurs de Gizeh.
Le complexe d’el-Lisht illustre l’architecture du Moyen Empire avec la pyramide du roi Amenemhet Ier. Les temples associés aux pyramides et les tombeaux des familles royales et hauts fonctionnaires montrent la continuité des traditions funéraires sur plusieurs siècles. Les pyramides de Meidūm complètent le panorama, avec une transition de la pyramide en coquille à la pyramide classique, accompagnée de mastabas pour les dignitaires de l’époque de Huni (IIIe dynastie).
Des sanctuaires solaires sont présents à proximité, notamment à Abū Ghurāb, où des vestiges de l’autel et de l’obélisque de Niuserre subsistent. La capitale ancienne : Memphis, près de Mīt Rahīna, conserve des ruines de palais et de temples, avec des pièces remarquables comme la statue colossale de Ramsès II, le sphinx d’albâtre et la stèle du roi Apries, offrant un lien direct entre nécropole et administration royale.
Enfin, d’autres sites méritent une attention particulière, tels que la pyramide de Seilā, les complexes de Hawāra et d’el-Lāhūn, ainsi que Zāwiyat el-Maiyitīn en Moyenne-Égypte. Ces sites, bien que moins connus, illustrent la diversité et l’étendue de la nécropole memphite, rassemblant pyramides royales, tombeaux de dignitaires et structures rituelles qui témoignent de l’organisation complexe et de la richesse culturelle de l’Égypte antique.

141. El-Maadi (Basse Égypte)
El-Maadi située au sud du Caire et au nord d’Helwan, est une ville résidentielle prisée par les Égyptiens aisés et de nombreux étrangers, notamment diplomates et hommes d’affaires. Avec ses 96 000 habitants, elle se distingue par un cadre de vie tranquille, des avenues larges et des zones verdoyantes le long de la rive est du Nil. La ville est divisée en plusieurs quartiers : El-Bassatin au centre, Dar es Salaam à l’ouest, Nouveau Maadi à l’est et Wadi Degla dans le sud-est, chacun offrant un charme spécifique et des infrastructures résidentielles ou commerciales.
Le patrimoine religieux d’el-Maadi est riche et diversifié. L’église de la Sainte Vierge, sur la corniche longeant le Nil, est le monument le plus célèbre. Construite au XVIIIe siècle sur le site présumé d’une ancienne synagogue, elle conserve trois coupoles et trois sanctuaires dédiés à l’archange Michel, à la Vierge Marie et à saint Georges. Des icônes et une Bible découverte en 1976 témoignent de l’importance religieuse et historique du lieu. Le tombeau du père Bishara Ibrahim se situe au nord de l’église, près de nombreuses icônes et reliques.
D’autres lieux de culte complètent le panorama religieux : l’église Saint-Jean, l’église communautaire de Maadi, ainsi que les églises coptes Saint-Marc, Saint-Raphaël et Saint-Georges, sont ouvertes aux fidèles et aux visiteurs. La synagogue d’el-Maʿādī, fondée en 1934 et réouverte en 2005, bien qu’inactive pour le culte, constitue un témoignage de la présence juive dans la ville.
Parmi les bâtiments historiques, la maison de Suleiman Pacha el-Faransawi attire l’attention. Officier français au service de Muhammad Ali, il contribua à la modernisation de l’armée égyptienne. Sa résidence, aujourd’hui démolie, était un lieu de rencontre intellectuelle au XIXe siècle. Le portail de son ancienne maison, transféré au lycée el-Horreya, reste un exemple unique d’architecture combinant motifs musulmans et influences européennes.
El-Maadi propose de nombreuses activités culturelles et de loisirs. Les cinémas locaux, tels que Famille, Fontana, MGM, Ville du Nil et Renaissance Bandar Maadi, offrent projections traditionnelles et 3D. Ces salles sont bien situées dans les quartiers résidentiels et à proximité des principales artères, facilitant l’accès aux habitants et aux touristes.
La ville est également un centre pour l’art contemporain et les galeries privées. La galerie de gypse, ouverte tous les jours, et le monde de l’art, près du club de golf, exposent des œuvres locales et internationales, contribuant à l’animation culturelle du quartier.
Les espaces verts et la proximité du Nil offrent des opportunités de promenades et de loisirs en plein air. Les larges avenues ombragées, les parcs et les berges aménagées permettent de profiter d’une ville résidentielle tout en restant connectée au rythme de la capitale.

142. Marsa Matruh (Côte méditerranéenne)
Marsa Matruh est une ville portuaire située sur la côte méditerranéenne au nord-ouest de l’Égypte. Elle se trouve à environ 270 kilomètres à l’ouest d’Alexandrie, sur la route menant vers la frontière libyenne, position qui lui a longtemps conféré un rôle stratégique. Chef-lieu du gouvernorat de Maṭrūḥ, elle constitue aujourd’hui un centre administratif et commercial majeur pour toute la région occidentale du pays. La cité compte un peu plus de cent mille habitants et connaît une activité particulièrement intense durant la saison estivale.
La ville possède un patrimoine culturel varié qui reflète la superposition des civilisations ayant occupé cette portion du littoral. Le musée archéologique Maṭrūḥ constitue le principal lieu de conservation de cette mémoire. Installé dans le bâtiment de la bibliothèque publique de Misr, il a ouvert ses portes en 2017 et expose plus d’un millier d’objets provenant de différentes périodes de l’histoire égyptienne. Les collections, réparties sur deux étages, présentent des statues, des fragments architecturaux, des bijoux et des monnaies découverts dans la région.
Un autre lieu très fréquenté est le musée Rommel, aménagé dans une grotte creusée dans la roche au bord de la mer. Cette cavité servit de quartier général au maréchal allemand durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque la région fut au cœur des combats du désert. Un passage décoré de portraits mène à une petite salle où sont exposés un buste, un uniforme, des cartes et divers objets militaires. Ces pièces furent offertes par le fils du général, ce qui confère au lieu une dimension émotive particulière. Le site domine la corniche et permet d’observer l’horizon méditerranéen. Il rappelle une page complexe de l’histoire contemporaine de l’Égypte.
Le paysage urbain est également marqué par plusieurs édifices religieux qui structurent la vie quotidienne. La mosquée El Awwam constitue l’un des repères les plus visibles du centre-ville et accueille les grandes célébrations. À quelques centaines de mètres s’élève la grande mosquée, vaste bâtiment entouré de rues commerçantes animées. Autour de ces lieux de culte se développent marchés, cafés populaires et petites boutiques où se mêlent habitants et visiteurs.
La côte qui entoure la ville est découpée en de nombreuses baies naturelles utilisées depuis l’Antiquité comme abris portuaires. Le bassin portuaire de Marsā Maṭrūḥ protège encore aujourd’hui les embarcations des vents du large. Au nord se dresse l’île Blanche, rocher clair émergeant des eaux turquoise et visible depuis la corniche. Vers l’ouest s’étend le Westhafen, tandis qu’à l’est s’ouvre la baie de Rommel reliée à une lagune Est calme et poissonneuse. Plus loin se trouve l’île El King, également connue sous d’autres appellations locales. Ces formations donnent au littoral une physionomie très variée et propice aux promenades.
Parmi les curiosités les plus célèbres figure le bain de Cléopâtre, petite anse circulaire entourée de rochers. Selon la tradition, la reine d’Égypte et Marc Antoine s’y seraient baignés lors de leurs séjours dans la région. Un grand buste de la souveraine permet de repérer facilement l’accès au site depuis la route côtière. Les visiteurs rejoignent ensuite, après une courte marche, la cuvette naturelle ouverte sur la mer. Depuis quelques années, une passerelle en verre facilite l’approche des rochers et offre un point de vue apprécié des photographes. L’endroit est devenu l’un des symboles de Marsa Matruh.
Les activités balnéaires constituent l’attrait principal de la destination. Les plages de sable fin, parfois surnommées la riviera, s’étendent sur plusieurs kilomètres à l’ouest de la ville. La baignade y est très prisée, même si les usages vestimentaires restent plus traditionnels que sur les rives de la mer Rouge. Les sites d’El-Ubaiyid et d’Agiba figurent parmi les plus appréciés pour la clarté de leurs eaux. Le visiteur peut également apercevoir au large quelques épaves, dont l’épave du cargo britannique Volo coulé durant la guerre. La ville ne dispose pas encore de centre de plongée permanent, mais le potentiel maritime demeure important.
La vie culturelle s’organise autour de quelques institutions publiques. Le palais de la Culture accueille expositions, spectacles et rencontres artistiques destinées à la population locale. À proximité se trouve la bibliothèque publique Misr, lieu d’étude et de consultation très fréquenté par les étudiants.
Les environs immédiats offrent également des perspectives d’excursions. Après une douzaine de kilomètres vers l’est, s’atteint le cap de Raʾs ʿAlam er-Rūm, promontoire rocheux battu par les vents. Les routes côtières permettent de découvrir des paysages sauvages alternant dunes et petites criques.

143. Abu Qir (Côte méditerranéenne)
Abu Qir ou Aboukir est une petite ville côtière située à environ vingt-quatre kilomètres à l’est du centre d’Alexandrie, sur un promontoire dominant la baie du même nom. Connue sous diverses appellations au fil des siècles, elle fut identifiée dans l’Antiquité grecque sous le nom de Kanopus et porta également une dénomination égyptienne ancienne. Aujourd’hui limitrophe du quartier d’el-Maʿmūra, elle fait partie de l’agglomération orientale d’Alexandrie tout en conservant une identité propre. Elle compte un peu moins de quarante mille habitants et demeure à l’écart des grands circuits touristiques. Son intérêt principal réside dans son histoire militaire et religieuse.
Le visiteur qui arrive par la ligne côtière découvre d’abord les perspectives offertes par le Shāriʿ Būr Saʿīd, artère principale traversant la ville d’ouest en est. À proximité immédiate de la gare s’élève le monument à Saladin, dédié au célèbre chef militaire de l’époque ayyoubide. Plus loin, sur le côté nord de la route, se trouve l’école franciscaine, témoignage de la présence éducative catholique dans la région. En suivant cette avenue vers le nord-est, le visiteur atteint progressivement la place centrale où se concentre une grande partie de la vie locale. Les commerces modestes, les cafés et les arrêts de bus composent un décor simple mais animé.
Autour de cette place s’organise le cœur religieux de la cité. La mosquée En Nahda, appelée aussi mosquée du Renouveau, occupe une position dominante à l’est de l’esplanade. Au sud subsistent quelques bâtiments anciens, souvent délabrés, vestiges d’un tissu urbain plus ancien. Le reste de la ville est constitué d’immeubles modernes sans caractère marqué, construits pour répondre à la croissance démographique. Malgré cette apparence ordinaire, l’endroit conserve une atmosphère tranquille, éloignée de l’agitation d’Alexandrie toute proche. Les habitants y mènent une existence tournée vers la mer et les activités portuaires.
Une promenade à pied vers le nord permet de mieux saisir la diversité confessionnelle d’Abu Qir. En longeant la rue Shariʿ Saiyid Darwish, parallèle à l’axe principal, se rencontrent plusieurs édifices religieux. L’église Saint-Georges apparaît d’abord du côté occidental, suivie de la mosquée en-Naqli-el-qadim puis de la mosquée du 10 Ramadan. Ces constructions, modestes mais actives, rythment le quartier de leurs minarets et de leurs clochers.
Parmi les lieux de culte chrétiens, l’église d’Abu Qir et de Jean occupe une place particulière. Édifiée en 1935 puis restaurée au début du XXIe siècle, elle présente une architecture à trois nefs décorées de fresques. Le sanctuaire est séparé par un jubé orné d’icônes représentant le Christ, la Vierge et de nombreux saints, dont les deux patrons de la ville. Les galeries latérales montrent des scènes de l’Évangile peintes avec soin. À quelques pas se dresse l’église des Saints Anargyri, construite en bois en 1919, où sont honorés Saint Côme et Saint Damien, modèles de médecins soignant gratuitement les malades. Non loin de là, l’église Sainte-Lucie, relevant de la tradition catholique, complète cet ensemble spirituel.
L’élément le plus marquant du patrimoine local demeure cependant le système de fortifications hérité de l’époque moderne. Abu Qir possède quatre ouvrages militaires destinés à protéger l’entrée de la baie. La forteresse d’es-Sabʿa, édifiée sous le gouverneur Muhammad Ali, se dresse au nord-est de la mosquée En Nahda. De plan pentagonal, elle conserve encore une grande partie de ses remparts et quelques bâtiments intérieurs. Cinq canons rappellent son ancienne fonction défensive et offrent un panorama sur la Méditerranée. L’accès peut toutefois être limité en raison de la proximité d’installations navales.
À l’est de cet ouvrage s’élève la tour forteresse, construction d’environ cent mètres de côté dotée de bastions d’angle. Sa situation au cœur du port impose souvent l’obtention d’une autorisation pour la visiter. Plus à l’ouest se trouve la forteresse d’el-Taufiqiya, tandis que sur la rive orientale de la baie subsistent les vestiges de la forteresse de sable, dont il ne reste guère que les fondations.
La mer qui borde la ville recèle également un patrimoine immergé considérable. Les découvertes sous-marines réalisées dans la baie sont conservées au musée national d’Alexandrie et témoignent de l’ancienne cité de Kanopus engloutie. Les habitants fréquentent surtout les plages situées au nord pour la baignade et les loisirs simples. Des excursions sont parfois organisées vers l’île Nelson, appréciée des pêcheurs.
Le quotidien d’Abu Qir reste modeste et peu tourné vers le tourisme de masse. Au sud de la mosquée En Nahda, un petit bazar offre quelques produits courants et rappelle la tradition commerçante des villes portuaires. Les rues calmes, les cafés populaires et les ateliers de réparation de filets donnent au lieu un caractère authentique. Bien que proche de la métropole alexandrine, la cité conserve une échelle humaine. Elle se présente comme une étape discrète pour qui souhaite comprendre l’histoire de la baie et des combats navals qui s’y déroulèrent.

144. Sollum (Côte méditerranéenne)
Sollum ou Es-Sallum est une petite ville du littoral méditerranéen égyptien, située presque à la frontière libyenne. Elle compte un peu plus de huit mille habitants et se trouve à environ deux cents kilomètres à l’ouest de Marsā Maṭrūḥ. Sa position en fait la dernière agglomération importante avant le désert de Cyrénaïque. Le poste frontalier voisin : Umm Sa’ad, fonctionne officiellement jour et nuit. La localité vit surtout du passage routier et des échanges commerciaux modestes.
Le paysage qui entoure la ville est dominé par des collines calcaires et des falaises abruptes plongeant dans la mer. Les maisons basses aux couleurs claires s’accrochent aux pentes battues par le vent. Le port, protégé par une jetée, abrite quelques barques de pêche et des navires de ravitaillement. Es-Sallum ne possède pas l’animation des grandes stations balnéaires égyptiennes. L’atmosphère y demeure simple et provinciale. Les visiteurs y font surtout étape avant de poursuivre leur route vers Tobrouk.
Parmi les rares lieux d’intérêt figure le cimetière militaire de Halfaya Sollum, où reposent des soldats du Commonwealth tombés durant la Seconde Guerre mondiale. Les alignements de stèles blanches dominent la mer et rappellent les combats acharnés du désert occidental. Le site, entretenu avec soin, attire quelques familles de vétérans. À proximité s’étend le marché local, animé surtout le matin.
Le centre urbain s’organise autour d’une artère principale bordée de cafés populaires. Les habitants vivent au rythme des passages de camions et d’autobus internationaux. Les plages voisines sont sauvages et peu aménagées, fréquentées surtout par les familles locales. Le soir, la brise marine adoucit la chaleur et les terrasses se remplissent. L’éclairage discret renforce le caractère tranquille de la cité frontalière. Les traditions bédouines restent très présentes dans les environs.
Au large, les fonds marins conservent des traces de l’histoire contemporaine. L’épave du sous-marin italien Gondar, coulé en 1940, constitue un objectif pour les plongeurs expérimentés. Les eaux claires permettent d’apercevoir la coque reposant sur le sable. D’autres vestiges militaires témoignent des batailles qui ont marqué la région.
145. Ra’s el-Barr (Côte méditerranéenne)
Ra’s el-Barr est une ville portuaire du gouvernorat de Dumyāṭ, installée à l’embouchure du bras de Damiette du Nil. Son nom signifie « la tête du continent » et décrit bien sa situation à la rencontre du fleuve et de la Méditerranée. La population permanente est modeste, mais elle augmente considérablement durant l’été. Les Égyptiens viennent profiter de ses plages de sable fin et de son climat doux. Sur la rive opposée se trouve la petite ville d’Izbat el-Burg, tournée vers la pêche.
La localité présente un plan régulier hérité de la fin du XIXe siècle. Les rues parallèles orientées nord-sud et est-ouest facilitent la circulation des estivants. Un canal artificiel relie le Nil à la mer et donne à l’endroit un aspect insulaire. Les villas anciennes côtoient des immeubles plus récents destinés à la location saisonnière. Les promenades le long de la corniche offrent de larges vues sur le delta. Les bateaux de pêche animent l’horizon.
L’un des repères les plus visibles est le phare situé à l’extrémité du delta du Nil. Non loin de là se dresse l’ancien phare, appelé aussi phare rouge, construit sur la rive est du bras de Damiette. Ces édifices guident depuis longtemps la navigation côtière. Les bâtiments historiques de la ville datent pour la plupart du début du XXe siècle. Leur architecture simple rappelle l’époque des premières stations balnéaires égyptiennes.
Un autre monument marquant est la forteresse d’Urabi, installée en face d’Izbat el-Burg. Cette place militaire remonte à l’époque abbasside et fut remaniée à plusieurs reprises. Elle participa à la défense de Damiette lors des croisades puis connut des transformations sous Muhammad Ali Pacha. En 1882, elle tenta de résister à l’invasion britannique. Les restaurations récentes cherchent à préserver ce témoignage de l’histoire nationale.
La ville vit surtout de la saison estivale. Les cafés, les glaciers et les restaurants de poisson se multiplient le long des avenues. Les familles se retrouvent sur les promenades ombragées à la tombée du jour. Malgré l’affluence, Ra’s el-Barr conserve une ambiance détendue. Le spectacle de la rencontre du Nil et de la mer demeure son principal atout.
146. Marina el-Alamein (Côte méditerranéenne)
Marina el-Alamein est un vaste complexe touristique établi sur la côte méditerranéenne, au nord-est d’El-ʿAlamein. Connue aussi sous les noms de Porto Marina ou simplement Marina, la station se trouve à une centaine de kilomètres d’Alexandrie. Elle a été conçue pour attirer l’élite égyptienne et les visiteurs étrangers. Les hôtels, résidences et restaurants s’organisent autour d’un lagon artificiel relié à la mer. La proximité des aéroports d’el-ʿAlamein et de Burg el-ʿArab facilite l’accès.
Le projet, lancé au milieu des années 1980, a profondément transformé cette portion du littoral. Le groupe Amer en a assuré la conception tandis qu’une entreprise chinoise a réalisé les travaux principaux. Les avenues bordées de palmiers mènent à une grande marina où accostent yachts et voiliers. Les immeubles aux façades claires évoquent une architecture d’inspiration méditerranéenne. La station fonctionne comme une ville moderne entièrement dédiée aux loisirs.
À l’est du complexe se trouve le site archéologique du village de Leukaspis, également appelé Antiphrai. Cette cité gréco-romaine, ouverte aux visiteurs depuis peu, rappelle l’ancienneté de l’occupation humaine dans la région. Les vestiges de maisons et de rues témoignent d’un port antique aujourd’hui disparu. La découverte de ces ruines apporte une dimension culturelle au séjour balnéaire. Les visiteurs peuvent combiner détente et exploration historique.
Les activités proposées sont nombreuses autour du port de plaisance de Marina El-Alamein. Les promenades en gondole sur le Grand Canal figurent parmi les attractions appréciées. La baignade se pratique sur des plages surveillées aux eaux calmes. Les amateurs de sensations choisissent le jet-ski ou le ski nautique. La planche à voile profite des brises régulières de la côte. Un parcours de golf complète l’offre sportive.
Le centre commercial rassemble environ quatre-vingts boutiques proposant vêtements, souvenirs et produits de luxe. Les restaurants servent aussi bien une cuisine internationale que des spécialités égyptiennes. Le soir, les quais s’animent de spectacles et de terrasses éclairées. La station attire une clientèle familiale recherchant confort et sécurité. Les événements estivaux rythment la vie sociale du complexe.
Marina el-Alamein illustre la nouvelle génération de destinations touristiques en Égypte. Elle contraste avec les villes traditionnelles par son urbanisme planifié et ses infrastructures modernes. Le site profite d’un environnement marin préservé et de longues plages. Les visiteurs y trouvent un cadre élégant pour des vacances balnéaires. La présence du village de Leukaspis rappelle toutefois que ce rivage possède une histoire bien plus ancienne.

147. La plage d’Ageeba (Côte méditerranéenne)
La plage d’Ageeba ou Agiba s’étend sur la côte méditerranéenne égyptienne à environ vingt-quatre kilomètres à l’ouest de Marsā Maṭrūḥ. Son nom, qui signifie « plage merveilleuse », évoque la beauté singulière du lieu. La baie naturelle ne mesure qu’une soixantaine de mètres de long mais s’enfonce sur plus de cent mètres vers l’intérieur des terres. Des falaises claires l’entourent de tous côtés et forment un écrin presque fermé. L’eau turquoise et limpide rappelle l’ensemble des plages de la région. Après le bain de Cléopâtre, elle demeure l’une des plus fréquentées par les familles égyptiennes.
Le paysage alentour se compose d’une succession de criques sableuses semblables par leur couleur mais différentes par leur relief. Toutes sont considérées comme dépendantes de Marsā Maṭrūḥ même lorsque la distance devient importante. L’accès principal se fait par la route côtière qui longe la Méditerranée vers l’ouest. À hauteur de Porto Bambino, une voie secondaire descend vers le rivage. Un parking a été aménagé devant un complexe hôtelier dominant la baie. Le dernier tronçon s’effectue à pied par un sentier sinueux accroché à la falaise orientale.
L’entrée de la plage reste ouverte au public et son tarif demeure symbolique. Les infrastructures sont simples mais suffisantes pour une journée de détente. Des parasols de toile s’alignent sur le sable blond.
La baignade constitue l’activité principale grâce à une mer en pente douce. Les amateurs de plongée observent les fonds clairs où nagent de petits poissons colorés. Le calme du matin laisse place à une animation plus vive l’après-midi. Les familles s’installent pour pique-niquer à l’ombre des falaises. La prudence reste conseillée lorsque le vent du large soulève la houle. Les usages locaux recommandent aux femmes une tenue de bain couvrante.
À l’entrée, quelques vendeurs proposent des chapeaux, des céramiques et des souvenirs. Sur la route menant à la baie, le voyageur passe devant le célèbre bain de Cléopâtre, repérable à son grand buste de la reine. Une passerelle de verre permet aujourd’hui d’accéder aux rochers qui ferment cette crique circulaire. Plus loin s’étend la plage d’El-Ubaiyid, domaine privé bordé d’hôtels et d’une mer très douce. Les complexes modernes contrastent avec le caractère sauvage d’Agiba.
Au nord se déploie la baie d’El Gouna, accessible par un chemin de terre. Elle forme un lagon tranquille fréquenté par les pêcheurs. À environ mille deux cents mètres se cache la baie Antonius, difficile d’accès mais réputée pour son sable fin. Ces rivages multiples composent un chapelet de paysages variés.
Peu avant d’atteindre Agiba, une bifurcation conduit vers le hameau de Zāwiyat Umm er-Racham. Ce détour mène à un site archéologique majeur lié au règne de Ramsès II. Les ruines d’une ville fortifiée rappellent la présence antique sur cette côte. De nombreux voyageurs combinent la visite historique et la détente balnéaire. Le contraste entre les pierres millénaires et la mer éclatante marque les esprits.

148. Zāwiyat Umm er-Racham (Côte méditerranéenne)
Le hameau de Zāwiyat Umm er-Racham se situe sur la côte méditerranéenne, à environ vingt-cinq kilomètres à l’ouest de Marsā Maṭrūḥ. La localité compte un peu plus de deux mille habitants vivant surtout de l’agriculture. Le terme zawiya désigne à l’origine une petite mosquée ou un établissement religieux. La confrérie Sanūsīya y exerça autrefois une influence notable. Le village occupe le centre de la bande côtière fertile coincée entre mer et désert. Le tourisme y reste discret malgré la proximité d’un site antique remarquable.
À deux kilomètres du hameau s’étend la ville forteresse fondée sous Ramsès II. Cet ensemble constitue l’un des témoignages les plus occidentaux de l’Égypte du Nouvel Empire. L’enceinte presque carrée mesurait cent quarante mètres de côté. Des murs de briques crues atteignaient autrefois près de dix mètres de hauteur. Une unique porte s’ouvrait vers le nord en direction de la mer. Les fouilles ont révélé l’importance stratégique de ce poste frontalier.
Le cœur religieux était occupé par un temple construit en blocs de calcaire dont il reste les ruines. Il se composait de deux salles transversales et de trois sanctuaires surélevés. Les archéologues pensent qu’il était dédié à la triade memphite de Ptah, Sekhmet et Néfertiti. Une cour à colonnades précédait l’édifice et un dromos pavé en marquait l’axe. Les cartouches de Ramsès II ornaient encore les seuils de porte. Autour du temple, un déambulatoire formait un espace de procession.
Au sud se dressent les vestiges de trois chapelles liées au culte du pharaon divinisé. Elles ouvraient sur une cour irrégulière où subsistent deux bases de colonnes. Plus à l’est s’élevait un second sanctuaire de plan comparable. Ces bâtiments montrent l’importance idéologique de la place forte. Les fouilles ont mis au jour de nombreux fragments de céramique et d’objets votifs. L’ensemble donne une image précise d’une ville frontière de l’âge du bronze récent.
Dans la partie méridionale se trouve le bâtiment sud, édifice unique dans l’architecture égyptienne. Seul son rez-de-chaussée a été conservé avec un parvis à deux colonnes. Trois longues salles parallèles s’y succèdent, chacune marquée par une pierre dressée. Des linteaux figurant le commandant Neb-Rê et son épouse y ont été découverts. Cette construction pourrait avoir servi de résidence administrative. Elle témoigne d’une organisation complexe de la forteresse.
L’angle sud-est abrite la zone K, espace consacré aux activités artisanales. Des greniers, des mortiers et des fours y ont été identifiés. Trois puits peu profonds alimentaient la production de bière et de pain. Des outils liés au travail du lin prouvent une économie diversifiée.
À l’ouest du site s’étire le Wādī Umm er-Racham, vallée accessible uniquement à pied. Les terres y sont encore cultivées comme dans l’Antiquité. Le paysage associe vergers, dunes basses et vue sur la mer.
149. Nouvelle-Alamein (Côte méditerranéenne)
Nouvelle-Alamein est une cité égyptienne récente édifiée sur la côte méditerranéenne à l’ouest immédiat d’El-ʿAlamein. Fondée en 2018, elle s’inscrit dans un vaste programme national de villes nouvelles. Le projet vise à créer un pôle à la fois touristique, éducatif et administratif. Les urbanistes ont imaginé une métropole moderne ouverte sur la mer et les lagons. Les premières infrastructures ont été implantées le long de la route reliant Alexandrie à Marsa Matrouh. L’ensemble urbain se développe rapidement et attire déjà de nombreux habitants saisonniers.
La position géographique de la ville lui confère un rôle stratégique sur le littoral nord. Elle se situe à environ cent quinze kilomètres d’Alexandrie et à proximité des anciens cimetières militaires. Au nord, l’espace urbain touche la station de Marín el-Alamein tandis qu’à l’ouest s’étendent de nouveaux quartiers résidentiels. Un vaste lagon intérieur a été relié à la mer par un réseau de canaux modernes. Autour de ce plan d’eau doivent s’élever quinze tours résidentielles déjà visibles dans le paysage.
Le paysage urbain se distingue par la présence de plusieurs édifices religieux contemporains. La mosquée Al-Mawla accueille les habitants des premiers quartiers achevés. Plus à l’est se dresse la mosquée Marsaliya, reconnaissable à son minaret élancé. La mosquée Massa et la mosquée Rahman complètent cet ensemble spirituel. Ces monuments traduisent la volonté de créer une ville dotée d’une identité culturelle affirmée et ouverte.
La communauté chrétienne dispose également d’un lieu de culte important. L’église de la Bienheureuse Vierge et de Sainte Marguerite d’Antioche constitue un repère architectural dans la trame urbaine. Son implantation au cœur de la cité illustre la diversité religieuse locale. Autour de l’édifice se développent des places publiques et des jardins récemment aménagés.
Parmi les bâtiments laïques majeurs figure l’hôtel de ville, centre de l’administration municipale. Un palais présidentiel a été prévu pour accueillir les réceptions officielles de l’État. La ville du patrimoine culturel réunit un musée, une bibliothèque et un jardin muséal destinés à la transmission de l’histoire régionale.
Les activités de loisirs occupent une place essentielle dans la conception de la cité. Les plages restent accessibles au public, choix rare dans les stations modernes du littoral. La Crystal Beach offre déjà un espace de baignade très fréquenté durant l’été. Le parc aquatique Golf Porto Marina attire les familles grâce à ses équipements ludiques. Les sports nautiques, la voile et la plongée devraient constituer l’âme touristique de la ville.
Un parcours de golf a été aménagé au sein du Golf Porto Marina Resort. Les promenades le long des canaux rappellent certaines cités méditerranéennes.
150. El-Alamein (Côte méditerranéenne)
El-Alamein, petite ville de la côte méditerranéenne égyptienne, se situe à environ cent dix kilomètres à l’ouest d’Alexandrie. Son nom demeure indissociable de la Seconde Guerre mondiale, car c’est à l’ouest de l’agglomération que se déroula en 1942 la bataille décisive d’Afrique du Nord. Depuis les années 1980, la station balnéaire de Mārīnā el-ʿAlamein s’est développée au nord de la ville. Plus récemment, la cité moderne de Nouvelle ʿAlamein a commencé à s’élever à l’ouest, transformant profondément le paysage régional.
Le principal lieu consacré à cette mémoire est le musée militaire d’El Alamein. Construit en 1965, il retrace le déroulement complet de la guerre en Afrique du Nord et expose de nombreux objets liés aux armées engagées. Les salles présentent cartes stratégiques, uniformes et équipements techniques. À l’extérieur, des chars et des pièces d’artillerie rappellent la violence des combats dans le désert. Le musée est ouvert tous les jours et constitue une étape essentielle pour comprendre l’histoire du lieu. Il ferme cependant durant l’heure de la prière du vendredi, période pendant laquelle seuls les espaces extérieurs restent accessibles.
Autour de la ville s’étend un vaste ensemble de mémoriaux. En venant d’Alexandrie, le premier monument rencontré est le mémorial de guerre grec, édifié sous la forme d’un petit temple classique entouré de plaques portant les noms des disparus. Un peu plus à l’ouest se trouve le mémorial de guerre sud-africain, intégré au cimetière du Commonwealth. Ce lieu rend hommage aux soldats sud-africains engagés depuis la Somalie italienne jusqu’aux fronts européens.
Le cœur de cet ensemble est le cimetière militaire du Commonwealth. Sur près de vingt hectares reposent sept mille trois cent soixante-sept soldats issus de nombreuses nations. Une grande croix de pierre domine les rangées de tombes alignées avec rigueur. Les noms des défunts sont gravés sur les stèles, à l’exception de ceux des soldats inconnus. Le mémorial associé mentionne également environ douze mille combattants dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Non loin de là s’élève le mémorial de guerre australien, souvent appelé mémorial ANZAC, dédié aux troupes venues d’Océanie.
Plus à l’ouest, déjà sur le territoire de la nouvelle ville, se dresse le cimetière militaire allemand. Construit en calcaire égyptien et inauguré en 1959, il adopte une forme octogonale inspirée du Castel del Monte italien. Un obélisque de basalte dédié au soldat inconnu occupe le centre de la cour intérieure. Des plaques de pierre recensent les quatre mille deux cent quatre-vingts soldats inhumés dans les cryptes. L’architecture sobre et monumentale confère au lieu une atmosphère de recueillement profond.
À quelques kilomètres se trouve le cimetière militaire italien, édifié sur la colline de Tell el-Eyssa. Une allée conduit à une imposante tour centrale en marbre abritant un autel et les urnes de milliers de soldats. Le site offre une vue dégagée sur le désert et la mer. À proximité immédiate s’étend le cimetière des soldats libyens, doté de sa propre mosquée, où reposent deux cent vingt-huit combattants. L’ensemble de ces lieux compose un paysage mémoriel unique en Méditerranée.

151. Le site de Leukaspis (Côte méditerranéenne)
Le site de Leukaspis, également connu sous le nom d’Antiphrai, occupe une position privilégiée sur la côte méditerranéenne à l’est de la station de Mārīnā el-ʿAlamein. Situé à environ cinq kilomètres d’El-Alamein et à cent kilomètres d’Alexandrie, il s’étend immédiatement au nord de la route reliant Alexandrie à Marsā Maṭrūḥ. Cette ancienne cité portuaire gréco-romaine constitue un témoignage exceptionnel de l’urbanisme antique sur le littoral égyptien. Contrairement à d’autres villes de la même époque conservées dans le Fayoum, le site a été relativement épargné par l’urbanisation moderne. Son ouverture au public en 2021 a révélé un patrimoine longtemps méconnu.
L’espace archéologique s’étire d’ouest en est sur plus d’un kilomètre et demi, à environ six cents mètres du rivage actuel. Les fouilles ont mis au jour un plan urbain cohérent, organisé autour de la place principale, comparable à une agora. Autour de cette esplanade se développaient des quartiers d’habitation dont les fondations restent visibles. Les archéologues ont identifié des rues pavées, des systèmes de drainage et plusieurs bâtiments publics.
Parmi les monuments les plus remarquables figure la basilique datée du quatrième siècle. Cet édifice chrétien témoigne de la continuité de l’occupation du site à la fin de l’Antiquité. Les murs conservés laissent deviner l’organisation intérieure avec nef centrale et bas-côtés. Des fragments de décor architectural ont été retrouvés lors des campagnes de fouilles. La présence de ce monument religieux confirme l’importance de la communauté locale à cette période.
Le secteur funéraire constitue l’un des attraits majeurs de Leukaspis. De nombreuses superstructures funéraires en forme de pilier jalonnent le paysage. S’y observent des mausolées monumentaux et des tombeaux à piliers décorés, caractéristiques de l’architecture gréco-romaine provinciale. Le cimetière s’étend en bordure orientale de la ville antique.
La visite du site permet de suivre un parcours pédagogique récemment aménagé. Des panneaux explicatifs présentent les différentes phases d’occupation et les techniques de construction.
152. Site d’Abou Sir (Côte méditerranéenne)
Abou Sir, appelé également Abusir et connu dans l’Antiquité sous le nom grec de Taposiris Magna, se situe à quarante-cinq kilomètres au sud-ouest d’Alexandrie, au sud de la route côtière menant vers El-ʿAlamein. La ville antique existait déjà à l’époque ptolémaïque et aurait été fondée sur un établissement plus ancien. Les chroniqueurs rapportent qu’Alexandre le Grand y fit halte lors de son voyage vers l’oasis de Siwa. Durant les périodes grecque et romaine, le lieu constitua un centre commercial majeur entre l’Égypte et la Libye. Un port, un poste de douane et une garnison de police assuraient le contrôle des échanges, tandis que l’agriculture céréalière, la viticulture et la pêche faisaient vivre la population.
Les vestiges s’étendent sur près d’un kilomètre carré et dominent encore aujourd’hui le paysage. L’élément le plus spectaculaire est l’enceinte du temple, dont subsiste un mur de blocs calcaires formant un carré d’environ quatre-vingt-quatorze mètres de côté. Cette muraille, épaisse de deux mètres, atteint par endroits dix mètres de hauteur. Trois portes donnaient accès à l’intérieur, dont une entrée principale flanquée de deux pylônes. Des escaliers permettaient autrefois de rejoindre le sommet des murs, probablement utilisé à des fins défensives. Depuis la route moderne, ces ruines apparaissent comme une masse imposante au milieu du désert côtier.
Au sud-est du sanctuaire se trouvent les restes d’une église paléochrétienne du quatrième siècle. L’édifice, en forme de T et orienté d’ouest en est, possédait une abside, une sacristie et plusieurs chapelles latérales. La nef s’ouvrait sur un vestibule servant d’espace d’accueil pour les fidèles. À l’intérieur de l’enceinte du temple, des cellules de moines témoignent d’une réoccupation du site à l’époque byzantine, lorsque la ville antique s’était transformée en centre religieux.
À quatre cents mètres au nord se dresse une tour romaine généralement identifiée comme un phare. Haute d’une trentaine de mètres, elle repose sur une base carrée surmontée d’un étage octogonal puis d’un niveau circulaire. Un escalier en colimaçon conduit à son sommet. La construction s’élève au-dessus d’un tombeau rupestre du deuxième siècle avant notre ère, ce qui suggère un lien entre la fonction funéraire et le rôle de signal maritime. Certains chercheurs y voient même un prototype du célèbre phare d’Alexandrie.
Autour de cette tour ont été découvertes de nombreuses sépultures, comprenant fosses funéraires et tombes à puits avec chambres souterraines. En 1982, une seconde basilique chrétienne fut mise au jour à l’ouest de la ville. Elle se composait d’une nef encadrée de deux bas-côtés et de deux cours septentrionales.
153. Lac Burullus (Côte méditerranéenne)
Le lac Burullus, vaste étendue d’eau saumâtre du nord du delta du Nil, s’allonge sur cinquante-quatre kilomètres entre Rashid à l’ouest et Dumyāṭ à l’est. Classé zone humide d’importance internationale par la convention de Ramsar, il représente l’un des milieux naturels les mieux préservés de la côte méditerranéenne égyptienne. Large de six à vingt-et-un kilomètres mais profond d’à peine un mètre, il n’est pas navigable pour les grands bateaux. Une bande de sable le sépare de la mer, ne laissant qu’un passage : l’émissaire de Burg-Burullus, canal de deux cent cinquante mètres de large reliant le lac aux eaux marines.
Le plan d’eau abrite une cinquantaine d’îles et de vastes roselières couvrant près d’un quart de sa surface. Les rives nord sont dominées par des marais salants et des vasières, tandis que le sud s’ouvre sur des terres agricoles. La végétation aquatique, notamment le potamot, offre un habitat idéal à une faune variée. Les scientifiques y ont recensé des dizaines d’espèces de poissons, d’amphibiens, de reptiles et de mammifères.
Le lac constitue surtout un lieu majeur pour l’observation des oiseaux migrateurs. À l’automne et au printemps, des milliers d’espèces européennes y font halte avant de poursuivre leur route vers l’Afrique ou l’Eurasie. Cette richesse biologique attire naturalistes et photographes. Les pêcheurs locaux perpétuent des techniques traditionnelles et organisent des excursions en bateau vers les îles, permettant de découvrir un paysage fait de sable, de lagunes et de canaux.
Le nom actuel provient de l’ancienne cité de Burullus, dont l’emplacement probable se situe près du village d’el-Burg à Tell el-Ḥaddādīn. Au fil des siècles, les géographes arabes lui donnèrent d’autres appellations, témoignant de l’importance historique du lieu.

154. Le monastère de Deir Abu Mina (Côte méditerranéenne)
Le monastère de Deir Abu Mina, construit à partir de 1961, s’élève dans le désert de Mariotis à soixante-dix kilomètres au sud-ouest d’Alexandrie. Il occupe la limite nord de l’ancien site de pèlerinage copte d’Abū Mīnā, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Le complexe moderne comprend des logements pour les moines et sept églises, parmi lesquelles l’église de la Vierge Marie et la cathédrale Saint-Ménas. Cette dernière abrite les reliques du saint ainsi que le tombeau du patriarche Cyrille VI, attirant de nombreux fidèles.
Le monastère est ouvert quotidiennement, sauf durant le Carême. Les pèlerins viennent prier devant la relique de Saint Ménas, dont le culte remonte aux premiers siècles du christianisme égyptien. Les mosaïques et les fresques de la cathédrale perpétuent l’art copte traditionnel. Depuis la galerie occidentale, on domine l’ensemble du sanctuaire moderne qui s’est développé au milieu d’un paysage aride.
Immédiatement au sud s’étend l’ancienne cité de pèlerinage d’Abū Mīnā. Le monument principal en est la grande basilique avec crypte de l’église d’Abu Mina, située à deux kilomètres du monastère actuel. Cet édifice se compose d’une crypte longue de trente-huit mètres, d’une basilique de soixante-sept mètres et d’un baptistère occidental. Autour se distinguent encore les ruines d’habitations monastiques, de bains rituels et d’anciens campements pour les pèlerins.
La visite de ces vestiges exige une grande prudence. Le sol, fragilisé par l’érosion et la remontée de la nappe phréatique, présente des zones d’affaissement. Les moines indiquent aux visiteurs un itinéraire sûr afin de préserver à la fois les personnes et le patrimoine. La crypte funéraire, particulièrement délicate, n’est pas accessible au public.

155. Rashid (Côte méditerranéenne)
Rosette, prononcé en français et appelée Rachid en arabe est une ville portuaire d’environ 60 000 habitants située dans le delta du Nil, à l’extrémité du bras occidental du fleuve, face à la Méditerranée. La cité doit sa renommée mondiale à la découverte, en 1799, de la célèbre pierre de Rosette, document trilingue qui permit le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens.
Son nom demeure entouré d’incertitudes ; certains y voient une origine copte, Rchit, signifiant « ville de la joie », qui aurait été rapprochée par la suite de l’adjectif arabe rachid, voulant dire « sage ». Ancien port prospère, Rosette conserve un patrimoine architectural remarquable fait de maisons ottomanes, de mosquées élégantes et de ruelles témoignant de son rôle historique dans les échanges commerciaux entre l’Égypte et le bassin méditerranéen.
La ville se découvre avant tout à pied, tant les distances sont réduites et les rues étroites. Les ruelles de la vieille cité suivent un plan régulier, parallèles ou perpendiculaires au Nil qui s’écoule du sud vers le nord. Les taxis jaunes et verts complètent toutefois les déplacements pour rejoindre les quartiers plus éloignés. Il est fréquent que la police touristique accompagne les visiteurs, présence rassurante autant que discrète, habituée à guider les voyageurs à travers ce labyrinthe d’artères anciennes.
Le cœur historique constitue le principal attrait, concentré sur un kilomètre carré où se mêlent une cinquantaine de mosquées, deux églises, vingt-deux maisons de ville ottomanes et un ancien hammam. Beaucoup d’édifices religieux furent érigés sur des fondations plus anciennes, témoignant de la continuité spirituelle du lieu. À partir du XXe siècle, ces demeures perdirent leur fonction résidentielle et tombèrent en ruine. L’État en acquit une partie en 1951 et lança de vastes campagnes de restauration à partir de 1978, travaux encore visibles aujourd’hui.
La place centrale : Mīdān el-Ḥurrīya ou place de la liberté forme le point de départ idéal des promenades. Un monument y rappelle l’histoire militaire du début du XIXe siècle ainsi que la découverte de la pierre de Rosette. À quelques pas s’élève la maison ʿArab-Killī, plus grand palais résidentiel de la ville, datant du XVIIIe siècle. Transformée en musée national de Rosette, elle présente des centaines d’objets provenant des collections islamiques et coptes. Les moucharabiehs en bois sculpté, les plafonds plats et les salles d’apparat restituent l’atmosphère ottomane.
Au rez-de-chaussée du musée, une salle est consacrée à la réplique de la pierre de Rosette et à la figure de Champollion. Les étages supérieurs conservent des espaces d’exposition dans l’ancien salamlik, quartier des hommes. Armes, tapis, manuscrits et bustes de dignitaires y évoquent la vie politique et sociale de la cité. Le jardin attenant doit accueillir prochainement une librairie et un café culturel, renforçant le rôle de ce lieu comme centre patrimonial.
À l’ouest se trouve l’église Saint-Marc, fondée selon la tradition par le premier évangélisateur de l’Égypte. L’édifice en briques comprend quatre nefs couvertes de coupoles reposant sur des piliers de granit rose. Quatre autels honorent la Vierge, l’archange Michel, saint Marc et saint Georges. Les reliquaires et les vitraux diffusent une lumière douce qui contraste avec l’agitation des rues voisines.
En suivant le Shāriʿ el-Maḥallī, se rejoint la mosquée el-Mahalli, deuxième plus grande de la vieille ville, abritant le tombeau du saint Sidi el-Ma’hallī. Plus au sud apparaît la maison d’Asfur, édifiée en 1754, puis la maison el-Amasīli, dont le linteau sculpté et les colonnes coptes réemployées illustrent le raffinement architectural local. À côté, le moulin d’Abu Shahin rappelle l’activité économique d’autrefois, ses meules actionnées par des chevaux étant encore visibles.
Le quartier de Sheikh Qandil concentre d’autres demeures remarquables telles que la maison Thābit, la maison el-Qanādīlī et la maison d’el-Mazuni, célèbre pour son grand dressing et sa cuisine équipée d’une hotte ancienne. Plus à l’est se succèdent la maison el-Toqatli, la maison Farahat et la maison el-Baqrawali, toutes représentatives de l’urbanisme du XVIIIe siècle.
La mosquée Dimiqsis, dite mosquée flottante, s’élève sur deux niveaux : réserves au rez-de-chaussée, salle de prière à l’étage, couverte d’un plafond de bois soutenu par des colonnes de marbre. Son minaret octogonal domine les toits environnants. En poursuivant vers la station de taxis, se découvrent la maison el-Gamal, la maison du Ramadan et la maison Abuhum, alignées comme un catalogue d’architecture ottomane tardive.
Le long du Shāriʿ Zaghlūl se dresse la monumentale mosquée Sidi Zaghlul, en grande partie ruinée mais encore impressionnante avec ses trois cents colonnes réutilisées. Non loin, le Bad Azzuz, ancien hammam du XIXe siècle, conserve sa salle ronde sous dôme et les vestiges de ses fours. Bien que fermé, il évoque la vie quotidienne d’autrefois.
Au sud du centre, près de la corniche, la mosquée el-ʿAbbāsī de 1809 se distingue par sa maçonnerie décorative et son grand dôme couvrant le mausolée de Muḥammad el-ʿAbbāsī. À l’intérieur, les arcades de marbre divisent l’espace en trois nefs tandis que le mihrab richement orné capte le regard.

156. Dumyat (Côte méditerranéenne)
Dumyat, moins communément appelée Dimyat ou Damietta, est une ville égyptienne située dans le delta du Nil, sur la rive orientale du bras de Damiette. Chef-lieu du gouvernorat de Dumyāṭ, elle compte environ 206 000 habitants et se trouve à seulement 13 kilomètres de la côte méditerranéenne. Malgré son passé historique riche et complexe, la ville a su préserver son authenticité et reste largement à l’abri du tourisme de masse. Ses rues et ses ruelles offrent un cadre idéal pour la marche, qui demeure le meilleur moyen de découvrir la cité.
Au cœur de Dumyāṭ, la mosquée ʿAmr-ibn-el-ʿĀṣ domine l’histoire religieuse de la ville. Construite en 642/643 par le général ʿAmr ibn al-ʿĀs sur ordre du calife ʿUmar ibn al-Khattab, elle est la deuxième plus ancienne mosquée d’Égypte et d’Afrique. Transformée en église à deux reprises durant les croisades, elle redevint mosquée et fut agrandie aux périodes mamelouke et ottomane. Sa cour rectangulaire, les riwaqs, le mihrab et le minbar témoignent de l’architecture religieuse classique. La fontaine centrale et les arcades à deux ou quatre nefs confèrent à la cour un caractère solennel et harmonieux.
L’ancien minaret de la mosquée, de plan carré, s’élève à l’ouest et conserve encore la partie inférieure. Il s’effile vers le sommet, jadis surmonté d’une tour octogonale. La mosquée, restaurée en 2009, conserve son charme historique et reste un symbole de la ville. Les visiteurs peuvent admirer les plafonds en bois simples, les frises décoratives et les inscriptions coraniques gravées sur les murs extérieurs des arcades.
La mosquée El-Maʿeinī, construite en 1310 par le marchand Muḥammad ibn Maʿein sous le règne du sultan el-Malik en-Nāṣir Muḥammad, complète le panorama religieux de la ville. Son entrée principale en Ablaq, marquée par des blocs alternés de grès blanc et jaune, s’ouvre sur une cour ceinte d’un iwan. Le mihrab et le minbar se trouvent dans l’iwan sud-est. Les arcs brisés et la mosaïque de marbre coloré au sol témoignent du raffinement de l’architecture mamelouke.
Dumyāṭ abrite de nombreuses autres mosquées historiques, telles que la mosquée et madrasa El-Matbūlī, fondée en 1475 par le sultan Qaitbay, et la mosquée El-Baḥr, rénovée en 1967 dans le style andalou. La mosquée Er-Raḍwānīya, datant de la période ayyoubide, et la mosquée du Tombeau, ainsi que les tombeaux à dôme d’El-Anṣārī et d’El-Diyāsṭī, complètent l’héritage religieux de la ville, offrant un aperçu de plusieurs siècles d’architecture islamique.
Le christianisme copte est également présent, avec l’église de la Sainte Vierge, cathédrale dotée de trois autels, dédiée à saint Sidhum Bishai, à la Vierge Marie et à sainte Damyana. L’iconostase en bois et les reliquaires illustrent la richesse du culte copte local. Le sarcophage de verre de Sidhum Bishai, martyr du XIXe siècle, témoigne de l’importance du culte de l’incorruptibilité physique dans l’Église copte.
D’autres églises notables incluent l’église Saint-Georges, l’église orthodoxe romaine, l’église Saint-Nicolas, siège de l’Église orthodoxe grecque, et l’église Saint-François-d’Assise. Ces lieux de culte témoignent de la diversité religieuse et culturelle de Dumyāṭ, qui a su intégrer les traditions musulmanes et chrétiennes au fil des siècles.
La ville possède également des musées, parmi lesquels le musée des sciences, situé au lycée El Askareya. Il présente une collection de matériel pédagogique scolaire et constitue un centre éducatif et culturel pour les habitants et les visiteurs. Les expositions permettent de comprendre l’évolution scientifique et technique de la région à travers le temps.
Le tissu urbain de Dumyāṭ conserve de nombreux bâtiments datant de l’époque ottomane. La vieille ville présente un ensemble harmonieux de maisons traditionnelles et de mosquées, offrant un panorama vivant de l’architecture domestique et religieuse du delta du Nil. Certaines demeures sont ouvertes au public et permettent de contempler les cours intérieures, les linteaux sculptés et les détails architecturaux hérités des siècles passés.
Le vieux pont de Dumyāṭ, construit au début du XXe siècle, relie les deux rives de la ville. Long de 168 mètres, il illustre les efforts d’infrastructure visant à moderniser les transports tout en respectant l’organisation historique de la ville. Le pont permet de traverser le Nil et d’accéder aux différents quartiers, facilitant la circulation des habitants et des visiteurs.
Les ruelles et les marchés de Dumyāṭ offrent une ambiance vivante, rythmée par les commerces, les cafés et les activités quotidiennes. La ville reste ainsi un centre économique et culturel actif, tout en préservant son authenticité historique.

157. Alexandrie (Côte méditerranéenne)
Alexandrie est la deuxième plus grande ville d’Égypte et un port majeur de la côte méditerranéenne, située sur le bras occidental du delta du Nil. Sa population dépasse 5,3 millions d’habitants, et elle est bordée au nord par la mer Méditerranée et au sud par le lac Maréotis. La ville possède un climat agréable même en été, ce qui en fait une destination estivale prisée par les Égyptiens fortunés et les touristes étrangers. Ses monuments, notamment de l’époque gréco-romaine, témoignent d’un passé prestigieux et attirent de nombreux visiteurs, malgré le déclin de son âge d’or.
Les quartiers d’Alexandrie s’étendent d’ouest en est, depuis El-ʿĀmrīya et Ed-Dachīla, avec ses stations balnéaires comme El-Agamī et El-Hannoville, jusqu’à El-Muntazah et Sīdī Bischr à l’est. La péninsule d’El-Gumruk sépare le port ouest du port central et abrite des sites historiques majeurs tels que la citadelle de Qāitbāy, le palais d’été Raʾs et-Tīn de Muhammad ‘Ali, et la mosquée Abu-el-Abbas-el-Mursi. Le centre-ville, autour des quartiers d’El-ʿAṭṭārīn et de Bab Sharq, concentre les bâtiments administratifs, les gares et les terminus du tramway, ainsi que des musées et des sites archéologiques comme Kūm ed-Dikka et le temple de Ras es-Soda.
L’histoire maritime d’Alexandrie est symbolisée par le phare d’Alexandrie, sur l’île de Pharos, considéré comme l’une des sept merveilles du monde antique. Construit sous Ptolémée Ier et achevé par Ptolémée II, le phare guidait les marins depuis près de dix-sept siècles. Sa structure comprenait trois niveaux : un socle carré de soixante-dix mètres de hauteur, un deuxième étage octogonal et un troisième circulaire, chacun doté d’escaliers et de pièces pour le personnel et le stockage de combustible.
Le sommet portait une statue, probablement de Zeus, Hélios ou Poséidon, et le phare était entouré de temples dédiés à ces divinités. Les séismes et un tsunami au IVe siècle ont progressivement détruit le monument, dont les vestiges ont servi à construire le fort Qait Bay au XVe siècle.
Aujourd’hui, Alexandrie est un mélange unique de modernité et de vestiges historiques. Ses stations balnéaires, ses hôtels, ses musées comme le musée gréco-romain ou le musée national, et ses bibliothèques, notamment la Bibliotheca Alexandrina, en font un centre culturel et touristique majeur. Les quartiers orientaux conservent l’héritage des résidents européens d’autrefois, tandis que les plages et les parcs comme El-Muntazah attirent les familles et les amateurs de loisirs.
157 A. Les quartiers Ouest (Alexandrie)
Les quartiers Ouest d’Alexandrie, également appelés Ḥaiy al-Gharb, s’étendent à l’ouest d’El-Gumruk et du centre-ville. Leur partie orientale accueille le port, des zones industrielles, des complexes résidentiels et plusieurs sites archéologiques. L’extrême ouest, réputé pour ses stations balnéaires, comprend notamment El-ʿAgamī et El-Hannoville. La banlieue d’el-ʿAgamī est connue comme quartier résidentiel huppé, parsemé de villas historiques telles que la villa Wahid el-Wakil, qui témoignent du charme architectural des résidences d’époque.
Les paysages de ces quartiers sont enrichis par le canal d’El Chandaq, où des scènes de bateaux de pêche offrent une vue typique du delta du Nil. Ce canal servait historiquement au commerce et à la circulation des marchandises, tout en maintenant un rôle important pour la pêche locale. La proximité de la Méditerranée confère à la zone un attrait particulier pour les promenades et les loisirs nautiques.
Au nord d’El-ʿAgamī, le phare d’el-Maks, à environ un kilomètre du restaurant Sea Gull, se dresse comme vestige du passé maritime de la ville. Ce phare historique, aujourd’hui inactif, symbolise l’importance des routes maritimes qui ont façonné le développement économique et défensif des quartiers Ouest.

157 B. El-Gumruk (Alexandrie)
Le quartier d’el-Gumruk, situé sur la presqu’île entre les ports Est et Ouest, constitue un centre industriel et maritime. La rive ouest accueille de nombreux ateliers de réparation de bateaux, tandis que sa limite orientale avec le centre-ville est marquée par la rue Shuhada, près de l’hôtel Windsor Palace. Le quartier possède une forte identité religieuse et culturelle, visible dans ses mosquées, nécropoles et bâtiments historiques.
La mosquée la plus emblématique est la mosquée d’Abou al-Abbas al-Morsi, de style néo-islamique, construite entre 1929 et 1945 par les architectes italiens Mario Rossi et Eugenio Valzania, intégrant des éléments andalous. D’autres mosquées notables incluent Tirbāna, de style ottoman (1684-1685), Esch-Shurbagi, construite en 1758, El-Busiri, et la mosquée de Sidi Yaqut el-‘Araschi, chacune reflétant les différentes époques et influences architecturales d’Alexandrie.
Les nécropoles antiques comme le cimetière d’El-Anfuschi témoignent de l’histoire millénaire du quartier. Découverte en 1901, cette nécropole fut utilisée du IIIe siècle avant Jésus-Christ au IIe siècle et présente sarcophages et fragments de bâtiments. Elle est ouverte à la visite avec un tarif symbolique, permettant de découvrir les vestiges de l’ancienne Alexandrie.
Au nord de la presqu’île, la citadelle de Qāitbāy, construite en 1477 par le sultan mamelouk El-Ashraf Saif ed-Dîn Qaitbay, occupe l’emplacement d’un ancien phare. Agrandie en 1480 et transformée à plusieurs reprises, elle servait à la fois de forteresse et de prison. La citadelle abrite aujourd’hui un centre d’accueil des visiteurs et donne accès au musée de biologie marine, ainsi qu’à l’aquarium, ouvert en 1930 et présentant une faune marine variée.
Le quartier d’el-Gumruk comprend également des musées marins uniques, comme le musée sous-marin, où les vestiges de l’époque grecque sont visibles aux plongeurs. Sur le plan laïque, le palais de Ra’s-et-Tin, construit en 1847 par Pietro Avoscani, fut le palais d’été de la famille royale et le lieu où le dernier roi Farūq signa son abdication. Le marché aux poissons, situé au nord, continue de faire vivre la tradition commerciale maritime du quartier.

157 C. El-Manschiya (Alexandrie)
El-Manschiya, partie sud-est d’el-Gumruk, est un quartier d’affaires traditionnel d’Alexandrie, avec une place principale autrefois appelée place des Consuls, devenue Midan al-Manschīya. La place fut reconstruite après les bombardements britanniques de 1882 et abritait des bâtiments emblématiques comme le palais Tossiza, l’église épiscopale Saint-Marc et le palais de justice. Elle conserve encore aujourd’hui son rôle central dans la vie urbaine.
Le quartier abrite plusieurs mosquées historiques, comme Ali Bek Genina, construite en 1853 par le président du Conseil des marchands d’Alexandrie, et Abou Ali, datant de 1279, remarquable par sa colonne centrale et ses quatre coupoles.
El-Manschiya est également un centre chrétien important, avec la cathédrale Sainte-Catherine, de style néo-baroque, construite entre 1847 et 1856 et siège épiscopal du vicariat apostolique. La cathédrale Evangelismos, de style néo-gothique, l’église Saint-Marc, l’église de la Vierge Marie et de Saint Moïse le Noir, l’église orthodoxe arménienne des Saints Pierre et Paul, et l’église Notre-Dame en-Niyāḥ, illustrent la diversité des confessions présentes dans le quartier. La synagogue de Menasce, construite en 1872, témoigne de la communauté juive locale.
Le quartier est rythmé par des places et monuments comme le Mīdān el-Manschiya, le Mīdān Ahmad ʿOrabi, et la statue équestre de Muḥammad ʿAlī Pacha, érigée en 1868 par Henri Alfred Jacquemart. Le monument au marin inconnu, édifié sur l’emplacement de l’ancienne statue du Khédive Ismail Pacha, complète le panorama monumental.
Le quartier d’el-Manschiya, situé au sud-est d’El-Gumruk, constitue un centre historique et commercial majeur d’Alexandrie. Il s’organise autour de Mīdān el-Manschiya et du Mīdān Ahmad ʿOrabi, espaces qui témoignent de l’influence italienne dans l’architecture de la fin du XIXe siècle. Plusieurs immeubles résidentiels et commerciaux rappellent les galeries marchandes milanaises, mêlant élégance et fonctionnalité. L’Okalle Monferrato, achevée en 1887 par l’architecte italien Luigi Piattoli, est un exemple marquant de cette influence. Avec ses trois étages et sa cour centrale, elle représente un équilibre harmonieux entre logement et commerce.
À proximité, le Waqf Yacoub Dahan, également connu sous le nom d’hôtel Majestic, construit en 1912 par Henry Gorra, se distingue par ses deux dômes caractéristiques et sa fonction mixte résidentielle et hôtelière. Le quartier abrite également la galerie Menasce, un passage néo-baroque éclectique conçu par Antonio Lasciac entre 1883 et 1887, avec une longue cour intérieure qui appartenait autrefois à la société anonyme des immeubles d’Égypte.
Les institutions éducatives et sanitaires du quartier témoignent de son rôle central. La pharmacie de l’Ambulance (El Esaaf) sur la rue Mohammed Kareem et l’université Senghor, anciennement Cotton Palace, montrent l’adaptation du bâti ancien aux besoins modernes. Le palais de Justice (Sarāi al-Ḥaqqānīya), de style Beaux-Arts, et le bâtiment Primi, résidentiel et commercial, construits respectivement par Alfonso Maniscalco et Antonio Lasciac, illustrent l’expertise des architectes italiens à créer des bâtiments monumentaux fonctionnels et esthétiques.
Les bâtiments laïques, hôtels et banques participent à la vitalité urbaine. S’y trouvent la banque Ionienne, la banque d’Orient allemande et la banque anglo-égyptienne, aujourd’hui Western Union, tandis que le grand magasin Hannaux et le magasin Pellegrini et Naoum reflètent l’importance du commerce au tournant du XXe siècle. Les immeubles résidentiels au nord-ouest de Mīdān el-Manschīya, probablement commandés par le baron Menasce, complètent le panorama d’un quartier où le commerce, la résidence et la culture se mêlent.
Le quartier abrite également de nombreuses institutions religieuses et cultuelles. L’église épiscopale Saint-Marc, la cathédrale Sainte-Catherine et la synagogue de Menasce rappellent la diversité religieuse du lieu. Ces édifices coexistent avec des monuments civils comme le monument au marin inconnu et l’ancien palais de justice, aujourd’hui emblèmes du patrimoine historique et politique de la ville. Le café Al Boursa, la maison Gerber et le consulat de France complètent la vie urbaine et commerciale, ponctuant la corniche et les axes principaux.
Enfin, les parcs et sites archéologiques offrent un équilibre entre urbanisme et nature. Kōm en-Nāḍūra, jardin archéologique avec tour d’observation, illustre les efforts de préservation et d’aménagement pour les visiteurs. Bien que le site ne soit pas ouvert en permanence, il symbolise le lien entre histoire et espaces verts au cœur d’Alexandrie.
157 D. Karmuz (Alexandrie)
Le quartier de Karmuz ou Karmooz, situé au sud d’El-Manschiya et d’El-Labbān, se distingue par sa densité résidentielle et son riche patrimoine archéologique. Il abrite plusieurs monuments majeurs de l’Alexandrie antique, notamment le parc archéologique de la colonne de Pompée, au cœur du temple de Sérapis et du Sérapéum. La colonne centrale, haute de 25 mètres, fut érigée en 297 pour honorer l’empereur Dioclétien. Autour d’elle, on peut observer sphinx, scarabées et vestiges de temples anciens, offrant une perspective complète sur la grandeur de la cité romaine. Ouvert tous les jours, le site applique un tarif d’entrée de 200 LE pour les visiteurs et 100 LE pour les étudiants.
À proximité, les catacombes de Kom esch-Schuqafa, situées rue Shaheen, constituent le plus grand site funéraire romain de la région. Construites au IIe siècle, ces catacombes furent à l’origine un tombeau familial avant de devenir un cimetière public. Trois niveaux de tombes, une chapelle funéraire et une exposition en plein air de fragments architecturaux et sarcophages permettent aux visiteurs d’appréhender les pratiques funéraires romaines. L’accès aux appareils photo est interdit afin de préserver l’intégrité du site.
Le long de la rue Sharif, plusieurs bâtiments civils et religieux rappellent l’influence italienne dans l’architecture moderne d’Alexandrie. L’église Don Bosco, construite en 1937 pour le prêtre italien Don Bosco, présente une nef unique et un abside décoré de vitraux et sculptures évoquant des scènes religieuses. À ses côtés, les écoles techniques Don Bosco et les anciennes écoles italiennes montrent le rôle éducatif de Karmuz, avec des bâtiments encore en usage pour des collèges et écoles primaires.
Karmuz conserve également des sites funéraires islamiques importants. Le tombeau d’Abī-ed-Dardāʾ, compagnon du prophète Mahomet, et le cimetière d’ʿĀmūd-es-Sawārī, le plus ancien et le plus vaste cimetière musulman d’Alexandrie, témoignent de l’histoire religieuse et sociale de la ville.
Le quartier est animé par le commerce et les marchés traditionnels. Le marché horloger, situé autour de la rue Karmuz, offre un large choix de meubles, tissus et vêtements pour femmes, perpétuant la tradition commerciale du quartier. Les bâtiments résidentiels et commerciaux, mêlant influences européennes et locales, créent un environnement urbain dense mais cohérent, où la vie quotidienne s’entrelace avec l’histoire et le patrimoine.

157 E. Le centre d’Alexandrie (Alexandrie)
Le centre d’Alexandrie, également connu sous le nom de gare de Raml ou Maḥaṭṭat ar-Raml, constitue le cœur historique et commercial de la ville. Situé à l’est d’El-Gumruk et de la rue Shuhada, dans le quartier du port Est, il combine activités urbaines modernes et patrimoine historique. Le quartier doit son nom à la gare emblématique qui relie les lignes locales et régionales, faisant de cette zone un point névralgique de transport. L’urbanisme du centre s’articule autour de larges avenues, de marchés, de bâtiments administratifs et de monuments religieux qui reflètent la diversité culturelle et historique d’Alexandrie.
Le quartier religieux du centre est particulièrement riche. La mosquée El-ʿAṭṭārīn, construite sur le site de sa prédécesseure détruite lors du bombardement britannique de 1882, marque le carrefour entre le Schāriʿ Sīdī al-Mitwalī et le Schāriʿ Masgid ʿAṭṭārīn. Sa petite taille contraste avec la richesse historique qu’elle incarne. La mosquée El-Qāʾid Ibrāhīm, conçue par l’architecte italien Mario Rossi entre 1948 et 1951, et la mosquée du Prophète Daniel complètent le panorama religieux, offrant un témoignage de l’architecture musulmane moderne et traditionnelle.
Les communautés chrétiennes sont également présentes avec plusieurs églises notables. La cathédrale Saint-Marc, située à Shari’ Kanisat al-Aqbat, est le siège de l’église copte et de l’église épiscopale, tandis que l’église Saint-Georges, proche du Canal de Suez, conserve un cimetière copte et interdit les photographies à l’intérieur. Le monastère et église de Sainte Saba, ainsi que l’église catholique arménienne de l’Immaculée Conception et l’église catholique grecque ed-Dabbana (Saint-Pierre), témoignent de la diversité confessionnelle du centre, intégrant des traditions liturgiques variées et des architectures distinctes, allant de l’église-halle au style baroque.
Le quartier juif est représenté par la synagogue Eliyahu-haNavi, située au sud du Mīdān Sa’ad Zaghlul et à l’est de Shari’an-Nabi Danial. Ouverte du dimanche au jeudi et accessible aux visiteurs étrangers munis d’un passeport, elle conserve des vestiges de l’ancienne synagogue datée de 1354, reconstruite en 1850 grâce au soutien de la famille de Muhammad Ali et de l’architecte français Léon Barcilon. La bibliothèque et les cinq nefs de l’édifice illustrent la richesse culturelle et l’histoire de la communauté juive d’Alexandrie.
Le site archéologique de Kom ed-Dikka représente un autre pilier du patrimoine du centre. S’étendant sur 40 000 m², il comprend un amphithéâtre romain du IIe siècle, des citernes, des thermes et des habitations. La maison des oiseaux, ornée de mosaïques de l’époque d’Hadrien, offre un exemple de l’art décoratif romain. Le site est ouvert tous les jours, avec des tarifs de 200 LE pour les visiteurs et 100 LE pour les étudiants, et l’entrée exige une carte bancaire pour la billetterie.
Les vestiges des fortifications de la ville s’étendent dans les jardins de Shallālat. La moitié nord accueille la tour Ouest et la forteresse d’en-Naḥāssīn, datant de l’époque de Muḥammad ʿAlī, tandis que la moitié sud expose les fortifications urbaines tolunaires. La tour Est, proche du stade d’Alexandrie, rappelle l’importance défensive de la ville. La citerne en-Nabīh, au nord de Shari’ al-Shahid Salih Muṣṭafa, constitue le plus grand édifice hydraulique d’Alexandrie, couvrant trois niveaux et offrant un exemple remarquable d’ingénierie antique.
Le tombeau d’albâtre, dans le cimetière latin (Cimitero Latino di Terra Santa), est un lieu emblématique associé aux mystères d’Alexandre le Grand. La porte en fer et le mur nord du cimetière donnent accès à ce monument funéraire, longtemps considéré comme un site de sépulture royale. À proximité se trouve Ras es-Soda, temple fermé pour rénovation mais visible depuis l’extérieur, et le cimetière de Schatbi, récemment restauré et rouvert, permet d’observer hypogées, tombes d’el-Hadra et stèles commémoratives.
Le centre abrite également des bâtiments modernes et culturels. La bibliothèque d’Alexandrie, sur Al Azaritah, au centre-ville, domine la corniche et succède à l’ancienne bibliothèque historique. Elle propose salles de lecture, expositions, musée archéologique, musée de manuscrits et musée Sadate. Les tarifs d’accès varient selon le public, avec des entrées gratuites pour certaines sections et des billets disponibles à la billetterie de la rue Dr. Abd Al Hamid Dayed.
Le quartier conserve des traces de la vie résidentielle aristocratique. La villa du baron Menasce, rue Manasha à Muḥarram Bey, construite par Félix Béhor de Menasce, illustre le style de vie des familles juives influentes d’Alexandrie au XXe siècle. Son utilisation ultérieure comme établissement d’enseignement secondaire montre l’adaptation des bâtiments historiques à des fonctions modernes, tout en préservant le patrimoine architectural.
Le centre d’Alexandrie abrite une riche palette de musées qui illustrent la diversité historique et artistique de la ville. Le musée gréco-romain, situé au 5 Shariʿ al-Matḥaf ar-Rūmānī, fondé en 1893, présente la plus importante collection d’artefacts gréco-romains et coptes d’Égypte, provenant d’Alexandrie, de la côte méditerranéenne et du Fayoum. Les pièces s’étendent du IIIe siècle avant Jésus-Christ au IIIe siècle, et le temple de Batn Ihrit y a été reconstitué. Après une rénovation, le musée a rouvert le 12 octobre 2023 et il est accessible tous les jours de 9h00 à 17h00, avec des tarifs modulés selon le statut du visiteur et un paiement par carte bancaire.
À proximité, le musée national d’Alexandrie, sur le Ṭarīq al-Horrīya, rassemble environ 1 800 œuvres réparties sur trois étages. Le rez-de-chaussée est consacré aux objets pharaoniques provenant de la vallée du Nil, le premier étage aux artefacts gréco-romains et le second aux objets coptes et islamiques issus majoritairement d’Alexandrie. Les collections sous-marines provenant du port Est et d’Abou Qir constituent un joyau du musée. Ouvert de 9h00 à 17h00, il impose l’interdiction des photos avec flash et l’utilisation de carte de crédit pour l’entrée.
Le musée de Constantinos Kavafis, au 4 rue Charm el-Cheikh, occupe la résidence où le poète grec a vécu ses 25 dernières années. Le musée, ouvert du mardi au dimanche, conserve effets personnels, mobilier, livres, photographies et le masque mortuaire de Kavafy. Ce lieu rend hommage à l’un des plus grands poètes lyriques de l’époque moderne, natif d’Alexandrie, et constitue un arrêt essentiel pour comprendre l’histoire intellectuelle et culturelle de la ville.
Le musée des Beaux-Arts, rue Manasha, rassemble environ 1 500 œuvres réparties sur deux niveaux : l’un consacré aux peintres européens du XVIIIe et XIXe siècle, l’autre aux artistes égyptiens du XXe siècle. Fondé par Husein Sobhy en 1954 et rénové en 2013, le musée présente peintures, portraits, paysages, scènes historiques, sculptures et œuvres de commande, offrant un panorama complet de l’art ancien et moderne d’Alexandrie. À côté, le musée de la calligraphie arabe, inauguré en 2015, expose manuscrits, miniatures, céramiques et sculptures ornées de textes calligraphiques, répartis sur deux étages et trois salles par niveau, avec entrée gratuite.
Le centre comporte également de nombreux espaces verts. Les jardins de Shallālat, de part et d’autre du Ṭarīq al-Horrīya, permettent d’admirer les vestiges des fortifications hellénistiques et toulounides. Le jardin Shatbi, au nord de la bibliothèque d’Alexandrie, est entouré de complexes funéraires et de cimetières représentant différentes confessions chrétiennes, dont le cimetière latin, le cimetière orthodoxe grec, le cimetière grec catholique melkite et le cimetière commémoratif de guerre de Shaṭbī, qui abrite les tombes de soldats du Commonwealth tombés lors de la Première Guerre mondiale.
Les cimetières extérieurs du quartier complètent cet ensemble historique. Le cimetière commémoratif de guerre d’El-Ḥaḍra conserve 2 916 sépultures de soldats des deux guerres mondiales, tandis que le cimetière de Mazarita, au nord-ouest des jardins de Shallālat, est un cimetière juif toujours entretenu.
Enfin, le centre se caractérise par ses rues, places et monuments emblématiques. Le Mīdān Sa’d Zaghlūl accueille les hôtels historiques Cecil et Le Métropole, ainsi que le mémorial à Saad Zaghlul, tandis que la place de Khartoum commémore la reprise de la ville par les Britanniques et les Égyptiens en 1898. Les monuments à Alexandre le Grand et à Ismail Pacha, ainsi que la sculpture « voiles blanches » sur la Corniche, symbolisent l’héritage historique et maritime de la cité.

157 F. Le quartier Est (Alexandrie)
Le quartier Est s’étend à l’est du centre-ville d’Alexandrie et se distingue par une combinaison unique de patrimoine historique, culturel et résidentiel. Il conserve des traces importantes de l’histoire de la ville, allant des monuments funéraires aux palais royaux, en passant par des musées et des parcs. Le quartier est également bien desservi par les lignes de tramway et la Corniche, facilitant l’accès aux sites majeurs pour les habitants et les visiteurs.
Au nord-est du quartier se trouve la nécropole de Mustafa Kamil, sur le Shāriʿ Soliman Ezzat, accessible depuis la station Rushdi et à environ 500 mètres du pont Muntaza. Ce cimetière, implanté dans un ensemble résidentiel destiné au personnel militaire, abrite quatre tombes familiales, dont deux présentent un remarquable détail architectural. Ouvert tous les jours de 9h00 à 17h00, il propose un tarif de 100 LE pour les visiteurs et 50 LE pour les étudiants, offrant un aperçu poignant de la mémoire historique et patriotique de la ville.
Le musée des joyaux royaux, situé au 27 rue Ahmad Yehyia Basha dans le quartier Zezenia, occupe l’ancien palais de la princesse Fāṭima ez-Zahrāʾ. Ouvert en 2010 et rénové en 2014, il présente une collection exceptionnelle de plus de 11 500 bijoux et objets ayant appartenu à la dynastie de Muhammad Ali Pacha et à ses descendants, incluant le roi Fouad Ier et ses épouses, ainsi que la princesse Samīḥa Ḥusein. Le palais néoclassique, à deux étages, conserve son aménagement d’origine avec jardins, couloirs, balcons et décorations intérieures détaillées, notamment des peintures, des vitraux et des mosaïques. Les photos avec smartphone sont autorisées, mais le flash reste interdit, et l’entrée est payante selon le statut du visiteur.
Le complexe muséal du peintre Mahmud Sayed, au 6 Shariʿ Mohammed Pasha Saied à San Stefano, expose les œuvres de ce peintre moderne égyptien, mettant en valeur ses compositions influencées par la culture et l’histoire nationale. Ouvert du mardi au jeudi et du samedi au dimanche de 9h00 à 16h00, le musée permet de découvrir une trentaine de peintures majeures dans un cadre intimiste et pédagogique, avec un tarif modique de 20 LE. Cette institution souligne l’importance de la peinture contemporaine dans la vie culturelle du quartier Est.
Parmi les bâtiments emblématiques, le pont Stanley traverse le quartier, offrant une liaison stratégique sur la corniche et une perspective panoramique sur la Méditerranée. Les palais privés, comme la villa de la famille Aziz et le Qaṣr eṣ-Ṣafā, illustrent le style résidentiel raffiné du XXe siècle, bien que le complexe palatial Qaṣr eṣ-Ṣafā ne soit pas accessible au public.
Le quartier Est abrite également plusieurs églises majeures. L’église du Sacré-Cœur, rue Shariʿ Būr Saʿīd, est un lieu de culte catholique ouvert aux fidèles depuis plusieurs décennies. L’église Takla-Haymanot, consacrée au moine éthiopien, relève de la tradition copte orthodoxe et attire des pèlerins pour ses offices réguliers. Enfin, la cathédrale de l’Annonciation et de l’Archange Gabriel, consacrée en 2022, se distingue par ses trois nefs et trois sanctuaires dédiés à la Vierge Marie, à l’ange Gabriel et à saint Ischyrion le Soldat, reflétant la diversité religieuse et culturelle du quartier.
Les espaces verts du quartier sont nombreux et accessibles. Le zoo d’Alexandrie, au nord du parc Nuzha, offre une variété d’animaux et constitue un lieu familial privilégié. Le parc Nuzha, adjacent, présente des allées ombragées et des espaces de détente, tandis que le jardin et palais Antoniadis combinent architecture élégante et végétation luxuriante. Ces parcs assurent un équilibre entre l’urbanisation dense et les loisirs, permettant aux habitants et aux visiteurs de profiter de la nature en plein cœur du quartier Est.
157 G. El-Muntazah (Alexandrie)
Le quartier el-Muntazah situé à l’extrémité orientale d’Alexandrie, est réputé pour ses hôtels de luxe et ses plages parmi les plus fréquentées de la ville. Il borde la ville d’Abū Qīr à l’est et constitue un point de départ idéal pour découvrir les sites historiques et culturels de la région. Ce quartier combine détente, patrimoine royal et activités de loisirs, offrant un contraste saisissant avec l’animation du centre-ville d’Alexandrie.
Au cœur du quartier, le parc el-Muntazah occupe 61 hectares et constitue le plus vaste espace vert d’Alexandrie. Situé au sud-ouest du palais homonyme, il est accessible directement depuis le tramway et propose une promenade au milieu de jardins, de fontaines et d’allées ombragées. Le parc comprend également des ponts, un moulin à vent et le phare du palais de Muntazah, offrant aux visiteurs des panoramas sur la Méditerranée. Le tarif d’entrée est de 75 LE par personne ou véhicule, permettant à chacun de profiter d’un environnement naturel et royal.
Le palais d’Es-Salāmlik, construit en 1892 pour le khédive ʿAbbās Ḥilmī II par l’architecte Dimitrios Fabricius Pacha, domine directement la mer. Transformé aujourd’hui en hôtel, il conserve l’élégance de sa construction néoclassique et offre un accès privilégié aux plages et aux jardins environnants. Le palais el-Muntazah, plus vaste et édifié entre 1923 et 1928 pour le roi Fuʾād I par Ernesto Verrucci Bey, reste une résidence officielle et n’est pas ouvert au public, mais son parc et ses façades constituent une étape incontournable pour les amateurs d’architecture et de patrimoine royal.
Parmi les sites plus petits mais intéressants, le pont vers l’île du thé relie le parc à une maison de thé royale, tandis que les moulins à vent de Muntazah et d’El-Mandara rappellent l’ingéniosité des constructions locales. Le quartier accueille également des lieux de culte, comme la mosquée Sidi Bishr et l’église des Saints, dédiée à saint Marc et au pape Butrus, édifiée en 1971.

158. Sacha (Delta du Nil)
La ville de Sacha, également connue sous le nom de Sakha, est située dans le gouvernorat de Kafr esh-Sheikh. Elle compte près de quinze mille habitants et s’étend au cœur du delta occidental du Nil. Son nom provient de formes anciennes attestées en copte et en grec, notamment Xois, qui rappellent l’importance historique de cette localité. Le cadre rural demeure très présent et l’activité agricole façonne encore le paysage. La ville conserve un caractère paisible, loin des grands centres urbains.
Le principal monument est l’église de la Bienheureuse Vierge Marie, édifiée sur l’emplacement de l’ancien monastère el-Maghtas. Ce sanctuaire, reconstruit au XIXe siècle, ne conserve du monastère primitif que son mur méridional. L’édifice actuel possède trois nefs et trois sanctuaires derrière l’iconostase. Ces espaces sont dédiés à Saint Georges, à la Vierge Marie et à l’Archange Michel. Les murs sont ornés d’icônes modernes réalisées par des artistes coptes.
À l’intérieur de l’église se trouvent de précieuses reliques exposées dans des vitrines. Le visiteur peut y voir l’empreinte appelée Bicha Isous, la relique d’Amba Zacharias, ainsi que des ossements attribués à Amba Taklā. Des objets liturgiques en argent et en pierre témoignent de la richesse spirituelle du lieu. À l’ouest du sanctuaire repose la relique d’Amba Sāwīrūs el-Anṭākī. Les fonts baptismaux près de l’entrée sont associés à Sainte Dimyāna.
Le site attire surtout les pèlerins coptes venus de tout le delta. Les fêtes religieuses donnent lieu à des rassemblements importants et à des processions. Les habitants participent activement à la vie de l’église et entretiennent les traditions locales. Le quartier autour du sanctuaire s’est développé grâce à cette fréquentation spirituelle.

159. Abu Sir Bana (Delta du Nil)
Le village d’Abu Sir Bana se situe au cœur du delta du Nil, dans le gouvernorat d’el-Gharbīya, au sud de Samannūd. Il correspond approximativement à l’emplacement de l’antique cité de Busiris, autrefois centre religieux dédié au dieu Osiris. Le bourg actuel compte plusieurs milliers d’habitants et reste largement tourné vers l’agriculture. L’accueil des villageois est réputé chaleureux. Le lieu demeure préservé du tourisme de masse.
Les vestiges antiques sont peu nombreux mais chargés de symboles. Deux sarcophages visibles en bordure d’un chemin rappellent l’existence de la ville pharaonique. Plusieurs blocs de pierres épars pourraient provenir d’un ancien temple aujourd’hui disparu. Le site n’a jamais fait l’objet de fouilles systématiques. La visite s’adresse surtout aux passionnés d’archéologie.
Le paysage environnant reflète la fertilité célébrée dans les textes anciens. Les champs verdoyants bordent les canaux d’irrigation issus du bras de Damiette. Cette abondance était autrefois associée au culte d’Osiris, maître des cycles agricoles. Les habitants perpétuent un mode de vie traditionnel. Les marchés locaux animent les ruelles du village.
Parmi les édifices récents se distingue la mosquée El-Mitwalli, cœur religieux de la communauté musulmane. L’architecture est simple mais harmonieuse, avec un minaret visible de loin. Les fêtes religieuses rassemblent les familles des villages voisins. La mosquée marque l’identité actuelle d’Abu Sir Bana.
160. Behbeit El-Hagara (Delta du Nil)
Le village de Bahbeit el-Hagara, dans le gouvernorat d’ed-Daqahlīya, abrite l’un des ensembles antiques les plus remarquables du delta. Il correspond à l’ancien Iseum ou Per-Hebit, grand centre de culte dédié à la déesse Isis. La population locale approche dix mille habitants. Le site archéologique s’étend à l’est du bourg actuel. Son importance scientifique attire de nombreux chercheurs.
Le temple d’Isis constitue le cœur du site. Il était entouré d’une enceinte de briques monumentale de près de neuf hectares. Les ruines visibles forment un vaste monticule de blocs de granit. L’édifice mesurait environ cinquante-cinq mètres sur quatre-vingts. Une allée de sphinx érigée par Nectanébo II menait autrefois à l’entrée occidentale.
Les vestiges révèlent une architecture comparable au site de Dendérah. Des chapiteaux hathoriques de quinze mètres, attribués à Ptolémée II, témoignent de la splendeur passée. Un escalier conduisait au toit, tandis qu’un sanctuaire abritait la barque sacrée. Des chapelles étaient consacrées à Osiris-Andjerty et à Horus-l’Enfant. Les fragments sculptés montrent des scènes d’offrandes royales.
Le site n’est pas officiellement ouvert au tourisme mais peut être visité avec un inspecteur. Les déplacements s’effectuent à pied parmi les blocs épars. Au nord-ouest se trouvait autrefois un lac sacré aujourd’hui comblé. L’atmosphère des lieux reste impressionnante. Les habitants du village cohabitent avec ce patrimoine exceptionnel.
161. El-Qanāṭir el-Cheirīya (Delta du Nil)
El-Qanāṭir el-Cheirīya désigne à la fois une ville et les grands barrages du delta du Nil. L’ensemble se situe dans le gouvernorat d’el-Qalyubiya, à environ vingt-cinq kilomètres au nord du Caire. Les ouvrages hydrauliques furent construits au milieu du XIXe siècle sous l’impulsion de Muhammad ʿAlī et de ses successeurs. La ville s’est développée autour du chantier et compte aujourd’hui plus de quatre-vingt mille habitants. Le lieu constitue une étape appréciée lors des excursions fluviales.
Les barrages du delta se composent de deux sections séparées par environ mille sept cents mètres. La partie occidentale mesure quatre cent soixante-cinq mètres et la partie orientale cinq cent trente-cinq mètres. Des portes de style normand rythment les façades de pierre. Deux écluses permettent la navigation entre les branches de Rosette et de Damiette. L’ouvrage a profondément transformé l’irrigation du delta.
Entre les deux bras du Nil s’étendent de vastes parcs et jardins ombragés. S’y trouvent le musée de l’irrigation, le musée des sciences et le musée des enfants. Ces espaces verts attirent les familles du Caire le week-end. La villa présidentielle rappelle l’importance politique du site. Les promenades offrent de belles vues sur le fleuve.
La ville elle-même possède une agréable corniche le long de l’eau. La nouvelle mosquée et l’église de la Sainte Vierge Marie illustrent la diversité religieuse locale. Les quartiers se sont étendus vers le sud avec des marchés animés. Les transports relient facilement la capitale égyptienne.

162. Sunbat (Delta du Nil)
Le village de Sunbat se situe dans le delta du Nil, au sein du gouvernorat d’El-Gharbiya, à une douzaine de kilomètres au nord de Zifta. Implanté sur la rive occidentale du bras de Damiette, il forme une agglomération d’un peu plus de vingt mille habitants. Le paysage est caractéristique, des campagnes du delta, avec ses champs irrigués et ses canaux étroits. La vie locale demeure marquée par les activités agricoles et par un rythme traditionnel. Malgré sa taille modeste, la localité possède un rayonnement religieux important.
À l’ouest du bourg se dresse l’église Sainte-Rebecca, unique sanctuaire d’Égypte dédié à cette sainte. L’édifice, accessible par une cour intérieure, comprend trois nefs et quatre transepts surmontés d’un plafond voûté. Deux sanctuaires principaux y sont aménagés : le sanctuaire de gauche consacré à la Vierge Marie, le sanctuaire du centre dédié à Sainte Rebecca et aux martyrs. Les jubés en bois incrusté constituent l’un des éléments les plus remarquables de la décoration. L’église accueille toute l’année des pèlerins venus de différentes régions.
L’intérieur conserve un riche ensemble d’icônes, parmi lesquelles une représentation de la Cène entourée du Christ et des douze apôtres. Sur le mur occidental se trouvent trois reliquaires supplémentaires, dont deux consacrés à la sainte patronne. Les reliques autrefois placées dans un ancien sanctuaire sont aujourd’hui exposées sur le mur sud. Une grande icône en bois figure plusieurs martyrs, tels Babnuda de Bandara, Agathon, Butrus ou Isaac de Diffra. Cet ensemble témoigne de la profondeur de la tradition copte locale.
À proximité immédiate s’élèvent deux autres églises : l’une dédiée à la Sainte Vierge et à l’archange Michel, l’autre à Abiru et à Atum. Ces bâtiments forment avec l’église principale un petit complexe spirituel très vivant lors des fêtes religieuses. Les célébrations attirent une foule nombreuse et rythment le calendrier du village. Les habitants participent activement à l’accueil des visiteurs et à l’entretien des lieux saints.
Au-delà de son patrimoine religieux, Sunbat offre un aperçu authentique de la vie rurale du delta. Les marchés hebdomadaires animent les rues étroites bordées de maisons traditionnelles.
163. Daqados (Delta du Nil)
Le village de Daqados se trouve à trois kilomètres au nord de Mit Ghamr, dans le gouvernorat d’Ed-Daqahliya, à une vingtaine de kilomètres d’Ez-Zaqaziq. Son nom dérive d’un terme copte signifiant « mère de Dieu ». La tradition locale affirme que la Sainte Famille aurait fait halte ici lors de sa fuite en Égypte. Des textes du VIIᵉ siècle mentionnent déjà plusieurs églises sur ce site, signe d’une implantation chrétienne très ancienne.
La figure la plus célèbre liée au village est la figure de Michel V ad-Daqadusi, futur patriarche d’Alexandrie au XIIᵉ siècle. Le cœur spirituel du lieu est l’ensemble ecclésiastique de la Sainte Vierge, dont les origines remonteraient au IVᵉ siècle. Selon la tradition, une première église aurait été fondée par Hélène, mère de l’empereur Constantin. L’édifice actuel, daté de 1888, a été élevé sur l’emplacement de trois sanctuaires plus anciens.
Parmi les trésors conservés figurent plus de cent manuscrits anciens, dont un commentaire des épîtres de Saint Paul par Abou el-Farag ibn el-Assal. La nouvelle église de la Bienheureuse Vierge Marie possède trois nefs et trois heikale dédiés à l’archange Michel, à la Vierge et à Saint Georges. L’iconostase richement décorée présente les images de Jésus et des apôtres, tandis que les murs latéraux sont couverts d’icônes modernes.
Dans la cour se trouve la vieille source, datée du premier siècle et toujours utilisée par les fidèles. Derrière elle s’élève l’église Saint-Marc-le-Prophète. L’édifice le plus ancien reste cependant l’église de la Vierge Marie et de Joseph le Charpentier, qui conserve une iconostase du IVᵉ siècle incrustée d’ivoire et d’os. Les pèlerinages mariaux y rassemblent chaque année une foule considérable.
164. Deir el-Qiddisa Damyana (Delta du Nil)
Le couvent de Deir el-Qiddisa Damyana, également appelé Deir es-Sitt Damyana ou Saint Demiana Female Monastery, est situé près du village de Balqas Chamis, dans le gouvernorat d’Ed-Daqahliya. Il constitue l’un des plus grands centres de pèlerinage dédiés à Sainte Damiana. Le complexe est entouré d’un vaste jardin monastique qui renforce l’atmosphère de recueillement. Quatre églises s’organisent autour de plusieurs cours intérieures.
Au sud-ouest se trouvent les vestiges du plus ancien édifice religieux du site, daté d’environ quatorze siècles. Cette construction en briques, longtemps enfouie, a été mise au jour au début du XXIᵉ siècle. À proximité s’élève la seconde église consacrée à la sainte, aujourd’hui appelée « vieille église ». Elle ne possède qu’un seul sanctuaire séparé de la nef par un jubé de 1845.
À l’ouest de cet édifice se situe le tombeau de sainte Damiana et de ses quarante vierges. Trois marches mènent à ce lieu sobre dominé par une grande croix de bois. Dans la cour extérieure s’élève la troisième église, commencée en 1932 sous l’impulsion de l’évêque Anba Butrus. Ses vitraux représentent de nombreuses scènes de la vie du Christ et des saints d’Égypte.
La quatrième église, dédiée à la Vierge Marie, occupe l’étage sud de la cour intérieure et porte la date de 1879. Autour se répartissent les bâtiments administratifs et les cellules des moniales. Une exposition permanente présente les dons offerts au monastère. Le lieu associe ainsi fonction spirituelle, vie communautaire et mémoire historique.

165. Mit Damsis (Delta du Nil)
Le village de Mit Damsis est établi dans le delta du Nil, au sein du gouvernorat d’Ed-Daqahliya, à une vingtaine de kilomètres au nord de Mit Ghamr. Il est surtout connu pour le monastère Saint-Georges, haut lieu de pèlerinage chrétien. L’agglomération s’étend sur la rive orientale du bras de Damiette, offrant de belles perspectives sur le fleuve. Le site associe patrimoine religieux et charme des paysages fluviaux.
Dans la cour du monastère se dresse la nouvelle église Saint-Georges, construite en 1880. Au-dessus du portail figure une mosaïque de 1961 représentant le saint cavalier. L’édifice comprend trois nefs et trois sanctuaires dédiés à l’Archange Michel, à Saint Georges et à la Vierge Marie. Un dôme central domine l’ensemble et éclaire l’intérieur.
Le jubé de marbre porte la croix entourée des images de Marie et de Joseph, ainsi que douze icônes d’apôtres. D’autres représentations figurent Sainte Chenouda, Sainte Rebecca, Saint Marc ou Sainte Damiana. Des reliquaires de Georges et Rebecca sont placés près de l’entrée. Les fonts baptismaux se trouvent dans un bâtiment séparé au sud.
Plus au sud s’élève la vieille église Saint-Georges, très fréquentée par les pèlerins en quête de guérison. Elle présente trois nefs soutenues par des piliers et une iconostase incrustée d’ivoire. Au fond se trouve l’ancienne icône miraculeuse du saint. Les célébrations y conservent un caractère populaire et fervent.
Immédiatement au nord du monastère se dresse la mosquée Muhammad bin Abu Bakr, rappel de la coexistence religieuse locale. Depuis les berges, s’aperçoit la ville de Sunbat sur l’autre rive du fleuve.
166. Tall Basta (Delta du Nil)
Le site de Tall Basta ou Tell Basta, connu dans l’Antiquité sous le nom de Bubastis, se situe au sud-est d’Ez-Zaqaziq, au cœur du delta du Nil. Cette cité fut l’un des centres majeurs de la XXIIᵉ dynastie égyptienne, appelée dynastie bubastide, mais son occupation remonte déjà aux premières dynasties. Les fouilles ont révélé une stratification complexe témoignant de plusieurs millénaires d’histoire. Avec Tanis, le lieu constitue l’ensemble archéologique le plus significatif de cette période. Aujourd’hui, le visiteur découvre un vaste champ de vestiges dispersés.
L’accès principal se trouve à l’intersection des routes Shari Mustafa Kamil et Shari Bilbeis, où se situent la billetterie et les services de l’administration des antiquités. La partie sud concentre l’essentiel des monuments visibles. Un parc de sculptures y a été aménagé en 2000 afin de rassembler des œuvres provenant de Bubastis, Tanis et Athribis. Le visiteur peut y admirer une statue en basalte de Ramsès II, un sphinx attribué à Amenemhat Ier, ainsi qu’une représentation du dieu faucon.
Les ruines du temple de Bastet occupent le cœur du site. Cet édifice colossal mesurait autrefois cent quatre-vingts mètres de long et cinquante-cinq de large. Il date principalement du règne d’Osorkon II, bien que des éléments du Nouvel Empire aient été mis au jour sous les niveaux actuels. Colonnes, chapiteaux et architraves gisent encore parmi les herbes, certains portant de fins reliefs. Une statue monumentale d’une fille de Ramsès II a été découverte dans l’angle sud-est.
À l’est du bâtiment administratif s’étend le cimetière du Nouvel Empire, tandis qu’au sud-est apparaissent les fondations d’un complexe palatial du Moyen Empire. Les gardiens peuvent autoriser l’accès à la partie nord, où subsistent les traces du temple Ka de Teti. En revanche, l’ancienne nécropole des chats sacrés a presque totalement disparu. Les trouvailles majeures, dont deux trésors d’argent, sont conservées au musée du Caire.
167. San el-Hagar el-Qibliya (Delta du Nil)
La petite ville de San el-Hagar el-Qibliya s’étend dans le delta oriental, non loin du lac Manzala. À l’est du village se trouvent les ruines de l’antique Tanis, capitale florissante de la Troisième période intermédiaire. La découverte, pendant la Seconde Guerre mondiale, de la nécropole royale au mobilier intact a rendu le lieu célèbre. Pourtant, le site reste moins fréquenté que d’autres centres de la vallée du Nil. Son atmosphère isolée renforce le charme des vestiges.
Le visiteur pénètre d’abord dans le complexe du temple d’Amon par une porte en granit érigée sous Sheshonq III. Devant l’entrée se dresse encore une statue colossale de Ramsès II entouré de Ptah et de Re-Horakhty. Le sanctuaire principal atteignait deux cent trente-quatre mètres de long et comportait trois pylônes. Autrefois, vingt-trois obélisques ornaient l’enceinte, dont l’un se trouve aujourd’hui près de l’aéroport du Caire.
Au nord s’étendent les restes du temple de Khonsou-Neferhotep, attribué à Nectanébo Ier, ainsi qu’un vaste lac sacré de l’époque ptolémaïque. Les colonnes du temple oriental d’Osorkon II rappellent des éléments plus anciens, peut-être réemployés depuis l’Ancien Empire. Plus au sud-est, le temple d’Horus à Mesen témoigne des constructions tardives. Un nilomètre permettait autrefois de mesurer la crue.
Le point culminant de la visite reste la nécropole royale de Tanis. Les tombeaux de Psousennès Ier, Osorkon II et Sheshonq III présentent des reliefs inspirés des sépultures thébaines. Le tombeau de Sheshonq III est visible depuis une plateforme et conserve son sarcophage de granit. Les scènes gravées évoquent les livres funéraires, avec les barques solaires et les divinités Isis, Nephtys et Osiris.
Aujourd’hui, un petit musée accueille les visiteurs à l’entrée du site. Les vastes champs de blocs épars demandent imagination et patience.
168. Site de Dis er-Rub (Delta du Nil)
Le site de Dis er-Rub, identifié à l’ancienne cité grecque de Mendès, se trouve dans le gouvernorat d’Ed-Daqahliya, à proximité du village d’Er-Rubʿ. Cette zone de fouilles, encore peu aménagée, nécessite une autorisation spéciale de l’Autorité des antiquités du Caire. Le paysage est formé de tells couverts de végétation et de fragments de briques crues. Malgré son aspect discret, le lieu fut l’une des métropoles religieuses du delta.
Devant la maison de fouilles gisent divers blocs provenant de campagnes récentes. Le visiteur distingue des sphinx, une statue assise et plusieurs fragments de sarcophages. Des chapiteaux et des morceaux de colonnes rappellent l’existence d’édifices monumentaux. Ces éléments, souvent déplacés, permettent d’imaginer l’ampleur de la ville antique. Les archéologues poursuivent un patient travail de classement.
Le monument le plus spectaculaire est le naos d’Amasis, haut d’environ dix mètres. Ses inscriptions mentionnent le roi Amasis honorant le dieu bélier. Ce sanctuaire appartenait à un ensemble de quatre chapelles disposées au fond d’un grand temple long de cent cinquante mètres. Les fondations en calcaire, encore visibles, dessinent le plan originel. Les images de culte de Rê, Shou, Geb et Osiris y prenaient place.
À proximité repose un sarcophage en calcaire doté d’une cuve interne en basalte. Des pans de murs en briques crues marquent l’emplacement d’anciens quartiers. Plus au sud s’étendent les vestiges de l’agglomération gréco-romaine de Tell et Timai. L’ensemble illustre l’évolution de la cité depuis l’époque pharaonique jusqu’à l’Antiquité tardive. Les niveaux d’occupation se superposent sur plusieurs mètres.
Bien que peu connu du grand public, Dis er-Rub constitue une étape importante pour l’étude du delta. Le culte du dieu bélier y tenait une place centrale, donnant son prestige à Mendès. Le site conserve une atmosphère de recherche encore en cours.
169. Delta du Nil (Delta du Nil)
Le delta du Nil s’étend sur environ vingt-quatre mille kilomètres carrés au nord du Caire jusqu’à la Méditerranée. Sa forme d’éventail inversé résulte de milliers d’années de dépôts alluviaux. Aujourd’hui ne subsistent que les bras de Damiette et de Rosette, mais un réseau dense de canaux artificiels irrigue la plaine. Les collines appelées tells marquent l’emplacement d’anciennes villes. Le relief très plat explique la fertilité exceptionnelle des sols.
Dans l’Antiquité, se comptaient jusqu’à sept bras principaux. Au fil des siècles, plusieurs se sont ensablés, modifiant profondément le paysage. La construction des barrages modernes a réduit l’apport de sédiments et favorise désormais l’érosion côtière. La montée du niveau de la mer menace certaines zones basses. Malgré ces difficultés, la région demeure le grenier agricole de l’Égypte.
La faune du delta a longtemps été variée, abritant ibis, hérons, cormorans et mangoustes. Les crocodiles et les hippopotames ont disparu au XIXᵉ siècle. L’agriculture occupe l’essentiel des terres, représentant les deux tiers des surfaces cultivées du pays. Le coton, introduit massivement à l’époque britannique, reste une culture emblématique. Le tissage du lin et du coton fait vivre des milliers d’ateliers.
L’aquaculture s’est développée autour des lacs Burullus et Manzala, tandis que la pêche en mer demeure secondaire. Les villes portuaires comme Dumyath tentent de retrouver un rôle économique face à Alexandrie. Le tourisme reste surtout national, concentré à Ras el-Barr, Baltim ou lors des pèlerinages de Mit Damsis et Deir el-Qiddisa Damyana. Les infrastructures demeurent modestes mais authentiques.
Le delta du Nil rassemble près de la moitié de la population égyptienne. Mosquées, églises et marchés reflètent une vie quotidienne intense loin des circuits classiques. Les palais et demeures du XIXᵉ siècle rappellent l’époque moderne. Entre tradition rurale et défis contemporains, la région incarne l’âme vivante de l’Égypte.

170. Banha (Delta du Nil)
Banha est une ville du delta du Nil et le chef-lieu du gouvernorat de Qalioubie. Située à une cinquantaine de kilomètres au nord du Caire, elle s’est développée sur la rive orientale du bras de Damiette. La cité compte environ cent cinquante-sept mille habitants et constitue un centre administratif actif. Son économie repose surtout sur l’agriculture fertile de la plaine et sur une industrie électronique en plein essor. Banha demeure avant tout une ville de services plutôt qu’une destination touristique.
La position géographique de Banha en a fait un carrefour de communications. Le grand nœud ferroviaire relie la capitale aux villes du delta et à Alexandrie. À l’ouest s’étendent les localités jumelles de Kafr el-Gazar et de Bata, séparées par le fleuve. À l’est coule le canal de Taufiqi qui distribue l’eau vers les terres cultivées. Cette situation explique l’importance commerciale ancienne de la ville.
Au nord de l’agglomération moderne se trouve le site antique d’Atribis. Ce monticule archéologique était autrefois hors des limites urbaines mais il est désormais entouré d’habitations. Les vestiges visibles datent surtout de l’époque romaine et témoignent d’une cité prospère. Le temple de Khentechtai, presque disparu, rappelle l’origine pharaonique du lieu. La pyramide d’Athribis n’est plus qu’un souvenir mentionné par les voyageurs.
Le patrimoine religieux de Banha reste modeste mais varié. La mosquée Nasir, reconnaissable à ses deux minarets élancés, domine un quartier animé. La mosquée Saiyid-Bek-el-Qadi conserve un décor intérieur apprécié des fidèles. Les communautés chrétiennes disposent de plusieurs églises anciennes. L’église de la Sainte Vierge Marie abrite le siège copte catholique local.
Parmi les bâtiments civils, la gare ferroviaire constitue un repère majeur du paysage. Le palais du chédive Abbas Hilmi Ier, achevé en 1850, rappelle la période ottomane. Ce palais fut le théâtre d’un épisode tragique de l’histoire égyptienne. Les rues commerçantes voisines ont gardé un aspect du XIXᵉ siècle. Les marchés quotidiens animent les abords de la corniche.
La corniche longe le Nil sur près de cinq kilomètres. Elle offre une promenade appréciée au coucher du soleil. De vieilles villas aux jardins ombragés témoignent de l’aisance passée des notables. L’ancien pont routier de Kafr el-Gazar relie les deux rives depuis le début du XXᵉ siècle. Plus au sud, le pont ferroviaire édifié entre 1853 et 1856 reste un ouvrage remarquable.
Banha possède également des activités économiques spécifiques. La bourse de volaille constitue le plus grand marché du pays dans ce domaine. Les ateliers électroniques emploient une main-d’œuvre qualifiée issue des écoles techniques locales. Le palais de la culture accueille des spectacles et des conférences. La ville joue ainsi un rôle culturel à l’échelle régionale.
171. Bilbeis (Delta du Nil)
Bilbeis est une ville du delta oriental du Nil située à l’entrée de l’oued Etumilat. Elle se trouve à environ cinquante kilomètres au nord-est du Caire et à vingt-cinq kilomètres de Zaqaziq. La cité relève du gouvernorat de Sharqiyah et compte près de deux cent mille habitants. Bilbeis fut autrefois une étape importante sur la route caravanière menant vers le Sinaï. La tradition locale l’associe au passage de la Sainte Famille en Égypte.
L’histoire de Bilbeis remonte aux premiers siècles de l’islam. La mosquée de l’Émir el-Geish aurait été fondée en 640, peu après la conquête arabe. Elle fut restaurée au XVIᵉ siècle et conserve un plan ancien. La mosquée Sadat Qureish et la grande mosquée du Cheikh Oublié forment un ensemble religieux très fréquenté. Les quartiers anciens gardent un tracé de ruelles étroites.
La communauté chrétienne occupe une place visible dans la ville. L’église Saint-Georges, reconstruite en 1987, s’élève sur l’emplacement d’un édifice de 1932. Une légende raconte qu’un cavalier mystérieux aurait indiqué le lieu de sa construction. L’église possède deux niveaux dont l’un conserve l’iconostase historique. Une relique de Saint Thomas attire des pèlerins.
Bilbeis s’est aussi tournée vers des projets économiques modernes. Le groupe Sekem y exploite des fermes biologiques depuis plus de trente ans. Autour de ces exploitations se sont développés une école, des centres de formation et des usines textiles. Une université privée accueille des étudiants venus de tout le delta. Cette initiative a donné à la ville une réputation innovante.
La vie religieuse et populaire rythme le calendrier local. Durant le mois de Shawwal se déroulent les mulids d’Abu Isa et d’Abu Alwan. Ces célébrations attirent des foules venues des villages voisins. Un festival de chevaux arabes est organisé chaque année dans les environs. Les traditions rurales demeurent très vivantes.
Bilbeis reste une ville commerçante réputée pour ses marchés. Le grand marché du jeudi rassemble les agriculteurs de toute la région. Les ateliers d’orfèvrerie produisent des bijoux en or appréciés dans tout le delta. Les souks offrent une grande variété de produits artisanaux. Le commerce constitue l’âme de la cité.
172. Damanhur (Delta du Nil)
Damanhur, également orthographiée Damanhour, est une grande cité du delta occidental du Nil et compte près d’un quart de million d’habitants. Elle constitue le chef-lieu du gouvernorat d’el-Buḥeira et s’étend au cœur d’une plaine agricole très dense. Le centre urbain conserve de nombreux immeubles de style colonial élevés durant la première moitié du XXᵉ siècle. La ville occupe une position stratégique entre Le Caire et Alexandrie, ce qui a favorisé très tôt son rôle administratif. Son développement moderne s’est organisé autour des voies ferrées et des canaux d’irrigation. Le paysage urbain mêle quartiers anciens, artères commerçantes et secteurs plus récents.
L’agglomération s’organise à proximité du canal de Mahmudiya, dérivation essentielle pour l’irrigation du delta. À l’est de la gare s’ouvre le Mīdān el-Maḥaṭṭa, place animée dominée par le monument à Muḥammad ʿAbduh. De là part la rue Ahmed Orabi, grande artère commerçante qui conduit jusqu’au Mīdān en-Nāfūra. Un embranchement rejoint le Mīdān el-Gumhūrīya, véritable cœur civique de la cité. Plus au nord s’étire la rue El-Sign, connue autrefois sous le nom de rue Saʿad Zaghlul.
Le quartier ancien d’el-Qalʿa représente la partie la plus historique de la ville même si aucun vestige pharaonique n’y subsiste. Les maisons traditionnelles y côtoient des bâtiments du XIXᵉ siècle. Les marchés populaires rappellent l’importance commerciale de Damanhur pour les villages environnants. Les activités liées au coton ont longtemps assuré la prospérité locale. Les entrepôts et ateliers de tissage demeurent visibles dans plusieurs rues. Cette zone constitue un lien vivant entre le passé rural et la ville contemporaine.
Le patrimoine religieux musulman occupe une place majeure. La mosquée Et-Tuba, édifiée au milieu d’un ancien cimetière, est considérée comme la plus ancienne de la cité. La mosquée Ḥabashi, inaugurée en 1922, illustre l’influence de l’architecture mamelouke et ottomane. La mosquée Nasir domine le quartier de Shubra par ses dimensions imposantes. La plus discrète mosquée el-Marādinī complète cet ensemble spirituel. Chacun de ces édifices structure la vie sociale des habitants.
La présence chrétienne est également bien représentée. L’église de l’Archange Michel, fondée au milieu du XIXᵉ siècle, demeure la plus ancienne. L’église Saint-Georges et la cathédrale de la Bienheureuse Vierge Marie et de Saint Athanase le Grand témoignent de la vitalité de la communauté copte. L’église évangélique copte reflète la diversité confessionnelle locale. Plus près de la gare se dresse l’église de Terra Santa, liée à la tradition catholique.
Autour du Mīdān el-Gumhūrīya s’élèvent plusieurs bâtiments civils remarquables. Le plus prestigieux est l’opéra de Damanhur, inauguré après une longue restauration au début du XXIᵉ siècle. Sa façade mêle influences andalouses et égyptiennes tandis que l’intérieur s’inspire des grandes scènes européennes. À proximité se trouve l’ancien édifice municipal transformé en bibliothèque publique égyptienne. Ces constructions rappellent l’ambition culturelle de la ville sous le règne du roi Fouad Ier. Elles constituent aujourd’hui encore un pôle artistique actif.
L’économie locale reste étroitement liée à l’agriculture du delta. Le traitement du coton, l’industrie agroalimentaire et le commerce de gros animent les quartiers périphériques. Les marchés attirent chaque semaine une population venue des villages voisins. Les ponts enjambant le canal de Mahmudiya facilitent les échanges entre les deux rives. Les transports routiers et ferroviaires assurent des liaisons régulières avec Alexandrie et Le Caire.
La vie culturelle connaît un renouveau grâce aux spectacles organisés à l’opéra de Damanhur. Orchestres et troupes du Caire s’y produisent régulièrement devant un public fidèle. Les écoles de musique et les associations locales profitent de ces infrastructures modernes. Les cafés historiques autour du Mīdān el-Gumhūrīya demeurent des lieux de rencontre intellectuelle. Les fêtes religieuses, musulmanes et chrétiennes, rythment le calendrier urbain. La ville conserve ainsi une atmosphère à la fois traditionnelle et ouverte.
173. Disuq (Delta du Nil)
Disūq, également orthographiée Desouk, Dessouk ou Dasuq, est une ville du delta occidental du Nil, située sur la rive orientale du bras de Rosette, au cœur du gouvernorat de Kafr esh-Sheikh. Avec environ 150 000 habitants, elle constitue la deuxième ville la plus peuplée du gouvernorat. La cité se distingue par sa tradition religieuse centrée sur le Saint Ibrāhīm ed-Disūqī (1255–1296/1297), qui y vécut, enseigna et mourut. Chaque année, fin octobre, le Mūlid attire près d’un million de fidèles venus célébrer la naissance du saint, un événement à portée suprarégionale.
La ville s’étend sur environ six kilomètres du nord au sud et couvre 12 km². Elle se situe à 23 kilomètres au nord-est de Damanhur, 29 kilomètres à l’ouest de Kafr esh-Sheikh, 85 kilomètres à l’est d’Alexandrie et 167 kilomètres au nord du Caire. La limite occidentale de Disūq est marquée par le bras du Nil, qui délimite aussi les gouvernorats d’el-Buḥeira et de Kafr esh-Sheikh. Le canal d’irrigation el-Quḍḍāba traverse la ville et irrigue les terres agricoles voisines, contribuant à la prospérité économique de la région.
À l’intérieur du bras du Nil se trouvent deux îles importantes : la plus petite, l’île d’el-Wakāʾila, au nord, et la plus grande, l’île d’er-Raḥmānīya, au sud, nommée d’après un village de la rive ouest. Ces îles jouent un rôle dans la vie locale, tant pour l’agriculture que pour la pêche. La ville a connu une forte croissance démographique au XXᵉ siècle, favorisée par un taux de natalité élevé et l’immigration des villages voisins. L’activité commerciale et artisanale reste le moteur principal de l’économie locale.
Le patrimoine religieux musulman de Disūq est centré sur la mosquée Sīdī-Ibrāhīm-ed-Disūqī, l’un des plus grands complexes religieux d’Égypte. La mosquée occupe 6 400 m² et comprend quatre minarets octogonaux, un grand dôme sur les tombeaux du saint et de son frère Sharif ed-Din Musa Abī el-ʿImrān, une vaste bibliothèque et des salles de prière séparées pour hommes et femmes. Les fidèles y accèdent par onze entrées principales. La salle de prière masculine, soutenue par 140 colonnes, et la salle des femmes, sur deux étages, peuvent accueillir jusqu’à 25 000 personnes.
Le complexe abrite également les tombeaux et cénotaphes, ornés d’un dôme décoratif avec lustre, ainsi que des inscriptions faisant référence aux proches du prophète Mahomet, dont Ibn Abī Ṭālib. Une pierre portant l’empreinte de la main du prophète est conservée dans l’enceinte, faisant de la mosquée un lieu de pèlerinage majeur. La mosquée est un centre d’enseignement depuis le XIIIᵉ siècle et continue d’attirer les étudiants et fidèles de toute la région.
Disūq possède une seule église : l’église Saint-Georges, copte orthodoxe, fondée en 1919 par décret du roi Fuʾād Ier. L’édifice à nef unique abrite une iconostase en bois et un trône pour l’évêque. Les autels sont dédiés à saint Dimyana, Jésus et Saint Georges. Les murs et vitraux sont décorés d’icônes représentant des scènes bibliques, les apôtres et des figures saintes, offrant un contraste avec l’architecture islamique dominante. L’entrée y est gratuite et l’église joue un rôle central dans la vie communautaire chrétienne.
Le patrimoine civil comprend le pont Disūq, construit en 1927 par l’entreprise anglaise Dorman Long. Ce pont ferroviaire et de tramway long de 610 mètres relie la ville à la rive ouest du Nil et facilite les échanges commerciaux avec Damanhur. Le mémorial des Martyrs, érigé pour commémorer les soldats tombés lors de la guerre d’Octobre 1973, est situé à proximité du parc El-Mīdān el-Ibrāhīmī, qui conduit directement à la mosquée Sīdī-Ibrāhīm-ed-Disūqī.
Le palais culturel Disūq, sur la rue du stade sportif, propose des expositions, séminaires et soirées poétiques. Il contribue à la vie culturelle et éducative de la ville, en complément du rôle spirituel des mosquées et du musée de la tradition locale. La ville valorise également ses espaces de détente avec la Nilcorniche, longue de 3 kilomètres, et le parc familial et pour enfants, qui comprend zoo, aire de jeux et bibliothèque pour enfants, offrant des loisirs pour toute la population.
À l’ouest de la mosquée se trouvent le parc El-Mīdān el-Ibrāhīmī, ouvert en permanence, et le jardin romain, ancien parc de la vallée du Nil, intégrant des fragments architecturaux antiques. Au sud, le parc Eṣ-Ṣafā couvre 24 000 m², tandis que le parc Umm-el-Qurā, situé à l’extérieur de la ville, complète le réseau d’espaces verts.
174. El-Maḥalla el-Kubrā (Delta du Nil)
El-Maḥalla el-Kubrā est la plus grande ville du delta du Nil, avec environ 443 000 habitants en 2006, et la septième d’Égypte. Située à l’ouest du bras de Damiette, sur le canal de Turʿat el-Milāḥ, elle dépasse en population le chef-lieu de Ṭanṭā et se place juste derrière Shubra el-Cheima dans le delta. La ville est un centre industriel majeur, dominé par l’industrie textile, avec l’usine Misr Spinning and Weaving, employant 27 000 personnes et couvrant toutes les étapes de transformation du coton.
Le secteur économique est complété par l’imprimerie et le commerce. La ville abrite de nombreux marchés et magasins, tandis que l’artisanat local et les industries agroalimentaires participent à la vie économique. Les infrastructures permettent des échanges rapides avec le reste du delta, notamment grâce aux routes reliant El-Maḥalla el-Kubrā à Kafr esh-Sheikh et à d’autres villes importantes. La population active participe ainsi à un tissu urbain dense et animé.
Le patrimoine religieux islamique est particulièrement riche. La ville compte 366 mosquées historiques, parmi lesquelles la mosquée Al-Umariya, la plus ancienne, construite en 508 sous le règne d’Al-Hakim bi-Amr Allah. Sa structure conserve des plaques de marbre avec calligraphie coufique et inscriptions sur les imams ismaéliens. La mosquée Al-Mutawalli, ou Al-Tarini, la plus grande d’El-Maḥalla, possède 149 colonnes, un minbar en bois incrusté et un style mamelouk, témoignant de l’importance de l’architecture religieuse.
Parmi les autres mosquées notables, la mosquée Hajj Abdullah Assi du XVIIIᵉ siècle conserve son minaret original, tandis que la mosquée Abu al-Fadl al-Waziri a été reconstruite après la destruction de sa structure initiale. Ces édifices, restaurés à différentes époques, continuent d’animer la vie spirituelle de la ville et sont des repères historiques et architecturaux essentiels pour les habitants et les visiteurs.
Le patrimoine civil comprend la tour de l’horloge, construite en 1947 près de l’usine Misr, symbole de l’industrialisation et de la modernité de la ville. Le quartier juif, avec sa synagogue fondée en 1044, rappelle l’histoire multiculturelle de la cité. Des bâtiments publics et des infrastructures comme les marchés, les bains historiques, notamment le bain Al-Mutawalli, illustrent la vie quotidienne traditionnelle et le rôle social des édifices publics dans l’histoire d’El-Maḥalla.
Les bains publics, aujourd’hui en grande partie disparus, témoignent de l’organisation sociale et sanitaire de la ville. Le bain du prince Jawish Jurbaji, le bain d’al-Basal et d’autres structures ont contribué à la vie communautaire et aux pratiques culturelles. Certains, comme le bain Al-Mutawalli, subsistent et font l’objet de préservation, rappelant l’importance de l’eau et du soin du corps dans la tradition urbaine.
175. Kafr esh-Sheikh (Delta du Nil)
Kafr esh-Sheikh, également appelée Kafr al-Shaykh, est une ville du delta du Nil et le chef-lieu du gouvernorat du même nom. Elle comptait environ 147 000 habitants en 2006 et sert principalement de point de départ pour des excursions vers Sakha, Disuq ou Fuwwa. La ville, modeste sur le plan touristique, conserve cependant un patrimoine religieux et culturel notable, qui témoigne de son rôle dans la région occidentale du delta. L’urbanisme combine des quartiers résidentiels récents et des zones commerçantes traditionnelles.
Le musée de Kafr-esch-Sheikh, situé à Kafr Abu Tabl dans le parc Sana’a, est un édifice circulaire inauguré le 3 novembre 2020. Il présente 735 pièces archéologiques provenant du gouvernorat, notamment de Tell el-Farāʿīn (Bouto). Le visiteur y découvre une statue de Ramsès II accompagnée de la déesse Sekhmet, une fresque de Thoutmôsis II, une statue gréco-romaine d’enfant, la tête d’une statue royale de la XXXe dynastie, ainsi qu’une statue de prêtre de la XXVIe dynastie. Trois salles d’exposition retracent l’histoire locale, de l’Antiquité à l’époque gréco-romaine.
Le paysage religieux de Kafr esh-Sheikh est marqué par de nombreuses mosquées. La mosquée de Talha et-Talmasani, la deuxième plus grande du gouvernorat, mesure 67 mètres de long et 25 mètres de profondeur. Elle abrite le tombeau et le cénotaphe de Talha et-Talmasani, ainsi qu’une importante bibliothèque de textes islamiques. La ville compte également la mosquée Abaza, la mosquée El-Malak, la mosquée d’Ibn Teimiya, la mosquée Abbad-er-Rahman, la mosquée El-Falahin, la mosquée El-Fath, la mosquée El-Chaiyat, la mosquée Abu-el-Aza’im, la mosquée Sidi Qutb et la mosquée Sheikha Zahra Qubtan, formant un réseau spirituel dense.
La population chrétienne dispose de plusieurs lieux de culte. L’église Saint-Georges, fondée au début du XXe siècle, conserve une iconostase richement décorée, avec trois autels et des icônes représentant les apôtres et des scènes bibliques. L’église Sainte-Damiane-et-des-Quarante-Vierges et l’église évangélique complètent l’offre religieuse chrétienne, illustrant la diversité confessionnelle de la ville.
Kafr esh-Sheikh possède des bâtiments historiques remarquables. Le palais du roi Fouad Ier témoigne de l’architecture monarchique égyptienne et se situe au centre-ville. Les espaces publics incluent le jardin de Sanaa, un parc d’attractions apprécié des familles, et le stade Kafr el-Sheikh, où évolue le club de football Kafr El Sheikh SC en deuxième ligue égyptienne. Ces lieux sportifs et récréatifs structurent le quotidien des habitants.
La ville conserve également des infrastructures modernes facilitant la vie quotidienne. Les places, les marchés et les commerces assurent un dynamisme économique, tandis que les services municipaux soutiennent l’éducation et la culture. La combinaison d’espaces verts, de sites religieux et de centres éducatifs contribue à une qualité de vie équilibrée et reflète le rôle administratif de la cité.
176. El-Mansura (Delta du Nil)
El-Mansura, également appelée El-Mansora ou El-Mansourah, est une ville du delta du Nil comptant environ 439 000 habitants. Elle est le chef-lieu du gouvernorat de Daqahliya et possède une riche histoire liée aux cinquième et sixième croisades, respectivement en 1221 et 1250. La ville s’est développée comme centre commercial et plaque tournante pour le traitement des céréales et du coton dès le milieu du XIXe siècle, comme en témoignent de nombreux édifices anciens, principalement à l’ouest de la gare. Aujourd’hui, El-Mansura combine héritage historique et rôle administratif moderne.
La ville est située à 120 kilomètres au nord-ouest du Caire et à 60 kilomètres au sud-ouest de Dumyāṭ (Damiette), sur la rive droite du bras de Damiette, en face de sa ville jumelle Talkha. Au nord, le petit canal Baḥr Aschmūn traverse la région, tirant son nom du village d’Ashmun er-Rumman, également appelé Ashmun Khanna. L’emplacement stratégique d’El-Mansura dans le delta a favorisé le commerce et la culture, en reliant la ville aux grands axes fluviaux et terrestres de l’Égypte.
L’économie repose sur l’agriculture, l’industrie textile, le commerce, l’université et l’administration. Le coton et les céréales ont toujours été cultivés autour de la ville, tandis qu’au XIXe siècle, était cultivé également le tabac, le lin et le chanvre. L’essor du commerce et de la transformation des céréales a permis à El-Mansura de se développer rapidement et de devenir un centre prospère du delta du Nil. Aujourd’hui, l’industrie continue de jouer un rôle central dans l’activité urbaine.
Le musée national el-Mansura, situé sur Port Said St., a été inauguré le 7 mai 1960 par le président Gamal Abdel Nasser. Il commémore la capture de Louis IX lors de la bataille de Faraskur et occupe la maison historique Dar ibn Luqman, construite au XIIIe siècle par Fakhr el-Din Ibrahim ibn Luqman. Le musée conserve des objets médiévaux et des œuvres modernes, retraçant l’histoire de la ville et de la bataille qui a marqué son identité. Il est ouvert tous les jours sauf le lundi, de 8 h à 18 h.
Le musée présente des artefacts tels que le casque en bronze de Louis IX, la cotte de mailles d’un guerrier égyptien, des épées arabes et françaises, ainsi que des bustes en plâtre de Shajr al-Durr, Turan Shah, Gamal Abdel Nasser, et de Louis IX. Des peintures à l’huile illustrent la bataille du Petit Lac, la bataille d’el-Mansura, la bataille de Faraskur et la captivité de Louis IX à Dar ibn Luqman. Ce lieu combine mémoire historique et patrimoine artistique, rendant hommage à l’histoire médiévale de la ville.
La ville possède plusieurs mosquées historiques. La mosquée el-Muwāfī, fondée par le sultan el-Malik eṣ-Ṣāliḥ Naǧm ed-Dīn Aiyūb, se trouve à proximité immédiate de Dar ibn Luqman. La mosquée d’eṣ-Ṣāliḥ Aiyūb est la plus ancienne et la plus importante, abritant la tombe du sultan décédé en 1249. La mosquée en-Naggār, située dans l’ancien marché des marchands, et la mosquée Sīdī-Ḥāla, datant de 1311/1312, témoignent de l’architecture mamelouke de la ville.
Parmi les autres lieux de culte, la mosquée Sidi-Sa’d, la mosquée el-Ḥawār et la mosquée Cheikh Idris al-Hinavi montrent la richesse de la tradition religieuse et la diversité des styles architecturaux.
Les communautés chrétiennes sont également présentes. La cathédrale de la Bienheureuse Vierge Marie et de l’Archange Michel est une église épiscopale importante, complétée par l’église Saint-Georges, l’église Sainte-Damyāna, l’église de la Sainte Vierge et l’église des Saints Antoine et Paul.
Plusieurs palais témoignent du prestige de la ville au XXe siècle. Le palais de Muḥammad Bey esh-Shinnawi, aussi appelé Beit el-Umma, fut construit en 1928 dans le style italien et accueillait les artistes et les personnalités du pays. Il conserve ses salons, salles à manger, chambres et jardins avec fontaines et manguiers. Les autres palais historiques incluent les palais du khédive Ismaïl, de Mahmoud Sami, d’Ibrahim al-Shinnawi et d’Iskandar, bien que la plupart soient fermés au public.
La ville moderne combine patrimoine et vie quotidienne. La rue El-Gumhuriya, anciennement rue Fu’ad el-Awwal, constitue le centre financier et administratif. Elle accueille l’hôtel de ville, des banques, cafés, magasins et le palais de Muhammad Bey esh-Shinnawi. La rue El-Thawra, ancienne rue Ismail, illustre l’architecture occidentale avec ses immeubles résidentiels et commerces, hôtels, théâtres et cafés. L’université, la corniche et les marchés complètent le paysage urbain.
Pour les loisirs et les promenades, el-Mansura offre la corniche du Nil, le palais de la Culture, le zoo el-Mansura, le parc Schagarat-ed-Durr sur Gazīrat el-Ward et le parc Happyland.

177. Tanta (Delta du Nil)
Tanta se situe au cœur du delta du Nil, à environ 95 kilomètres au nord du Caire. Sa position géographique en fait un carrefour stratégique entre les grandes villes du delta, notamment Alexandrie, Rachid et Doumyat, à des distances comparables. La ville est également distante d’environ 125 kilomètres d’Alexandrie et de 135 kilomètres d’Ismaïlia, ce qui renforce son rôle de centre logistique et commercial. Le croisement des routes et des voies fluviales a contribué à son développement économique et culturel depuis plusieurs siècles.
Contrairement à d’autres villes du delta, Tanta ne se situe sur aucun bras du Nil. À l’est, le canal d’el-Qāṣad la relie au Nil de Rosette via Shibīn el-Kaum, tandis que le canal de Ṭanṭā-el-Milāḥīya traverse le sud-ouest de la ville, à proximité du village de Difra. Ces voies navigables ont favorisé le commerce local et le transport des produits agricoles du delta vers les grandes villes égyptiennes. L’agriculture et l’irrigation ont façonné l’identité économique et urbaine de la ville.
La ville est surtout connue pour la mosquée de Cheikh Saiyid Ahmad el-Badawi, un site religieux majeur. Reconstruite au XIXe siècle sous le règne du gouverneur ottoman Abbas Ier Hilmi, elle présente une architecture ottomane avec deux minarets imposants reliés par une galerie. La cour intérieure accueille les salles d’ablution, tandis que le bâtiment principal est coiffé de trois dômes. La mosquée a fait l’objet de rénovations importantes en 1975 et 2005 pour préserver sa grandeur et son caractère historique.
Au centre de la mosquée se trouve le tombeau du Saint soufi Saiyid Ahmad al-Badawī, qui vécut au XIIIe siècle. Les tombeaux de son successeur Sīdī ʿAbd el-ʿĀl el-Fīschāwī et de Sīdī ʿAlī el-Mujāhid, chef de l’Aḥmadīya au XVIIIe siècle, se trouvent dans des pièces adjacentes sous de petits dômes. La salle de prière principale, ornée de colonnes et surmontée d’un dôme lumineux, abrite un lustre en bronze et un mihrab en marbre avec mosaïques polychromes. Les femmes prient depuis une tribune, conservant la séparation traditionnelle.
L’institut Ahmadi, qui appartenait autrefois à la mosquée, est désormais dans un bâtiment séparé près de la gare, à côté du bureau de poste. D’autres mosquées historiques de la ville incluent la mosquée Izz-er-Rigal, construite au XIXe siècle sous Abbas II Hilmi pour Muhammad Izz ad-Din, et la mosquée Cheikha Sabah, construite au début du XXe siècle, dédiée à la cheikha Ṣabāḥ. Ces mosquées témoignent de la continuité de la tradition religieuse et de la richesse architecturale de la ville.
Plusieurs sabils historiques, tels que l’Ahmadi-Sabil et le Sabil des Ali Bey el-Kabir, illustrent les initiatives publiques d’approvisionnement en eau pendant la période ottomane. Ces structures sont aujourd’hui intégrées dans des jardins ou transformées en bureaux pour l’administration des Antiquités. Elles montrent l’attention portée à la santé publique et à la décoration architecturale dans la ville depuis plusieurs siècles.
Les mosquées de Awara, d’El-Chadim-el-Kabir, d’Ed-Damati, de la Liberté, d’Es Saiyid Abd Er Rahim, d’Es-Salam et de Sidi-el-Umari complètent le panorama religieux de Tanta. Chacune possède une architecture distincte, des dômes colorés, des minarets et des salles de prière spacieuses. Ces bâtiments reflètent l’histoire religieuse de la ville et sa vocation de centre spirituel majeur dans le delta du Nil.
La communauté chrétienne est représentée par la cathédrale Saint-Georges, l’église Saint-Georges, l’église Saint-Ménas, l’église Saint-Paul et l’église Saint-Pierre. La cathédrale Saint-Georges est particulièrement importante, construite après 1939 et achevée en 1961. Un musée et un lieu de sépulture des martyrs se trouvent à proximité, rappelant l’histoire récente et les événements tragiques survenus dans la ville, notamment l’attentat de 2017.
Le musée archéologique de Tanta, situé au sud du jardin andalou, présente des artefacts couvrant toute l’histoire égyptienne et celle du delta. Le rez-de-chaussée est consacré aux sites archéologiques du gouvernorat d’El-Gharbiya, tandis que l’étage supérieur organise les pièces par thèmes. Après une longue fermeture, le musée a rouvert en 2019, offrant également des salles de conférence. Il constitue un centre culturel et éducatif incontournable pour la ville et ses visiteurs.
Les bâtiments laïques et les espaces verts de Tanta complètent le paysage urbain. Le palais de la princesse Ferial, transformé en école primaire, témoigne du patrimoine royal. Le jardin andalou et le jardin du Sabil d’Ali Bek el-Kabir offrent des espaces de détente et de promenade.

178. Samannud (Delta du Nil)
Samannud est une ville historique du delta du Nil, située sur la rive ouest du bras de Damiette, au nord-est de Tanta et à l’est d’El-Maḥalla el-Kubra, dans le gouvernorat d’el-Gharbīya. Elle compte aujourd’hui environ 57 000 habitants et est traditionnellement considérée comme une étape du voyage de la Sainte Famille vers l’Égypte. Son ancien nom pharaonique, Sabnuti, et ses noms copte et grec, Djemnuti et Sebennytos, témoignent de son importance ancienne et de son rôle religieux et culturel à travers les siècles.
L’époque pharaonique de Samannud est illustrée par l’ancien temple dédié à Onuris-Shou, dieu de l’air et créateur, reconstruit sous le règne de Nectanébo II. Les vestiges comprennent des tambours de colonnes, des chapiteaux et des colonnes à gorge, provenant également des règnes de Philippe III Arrhidée, Alexandre IV et Ptolémée II. Les scènes sculptées représentent des offrandes à Onuris-Shou et à la déesse Mehit, reconnaissable à sa tête de lionne et sa couronne Atef, ainsi qu’une procession de porteurs d’offrandes devant les divinités.
Pour préserver ces vestiges, un entrepôt a été aménagé à l’est de l’hôpital de la ville, entouré d’un mur, où sont conservés les objets découverts dans Samannud et les villages voisins. L’entrée se situe sur le côté est du bâtiment. Le site archéologique ancien, situé dans l’enceinte du temple, n’est pas officiellement ouvert aux touristes, mais il est possible de le visiter avec l’autorisation payante du conseil suprême des antiquités du Caire, du dimanche au jeudi de 9 h à 14 h.
La ville abrite plusieurs mosquées historiques. La mosquée el-‘Adawy se distingue par son entrée, sa salle à coupole et son minaret, offrant un exemple représentatif de l’architecture islamique locale. Le minaret de la mosquée Sidi Salama et le minaret de la mosquée el-Mitwalli complètent ce panorama religieux. La mosquée el-Qadi Hussein, avec son mausolée et sa chapelle en bois, constitue également un lieu emblématique pour la communauté musulmane de la ville, reflétant la richesse architecturale et spirituelle de Samannud.
La communauté chrétienne est représentée par l’église de la Bienheureuse Vierge Marie et d’Aba Nub, située dans le quartier du bazar. Construite en 1585, l’église à trois nefs abrite les reliques d’Aba Nub, de la Vierge Marie et d’Aba Moussa. L’iconostase est surmontée d’une croix flanquée de deux serpents ailés à quatre pattes et décorée de représentations de Marie, de Marie-Madeleine, de la Cène, des quatre Évangélistes et d’autres figures importantes du christianisme égyptien.
La tradition chrétienne locale rapporte que Marie et son enfant se seraient désaltérés à une source située à l’extérieur de l’église, et qu’un bol en granit dans lequel elle aurait cuit le pain pour Jésus est exposé dans une vitrine. L’église attire de nombreux pèlerins, notamment les 23 de Ba’una et 24 d’Abib, dates importantes pour les festivités religieuses et la dévotion envers Aba Nub.
Parmi les bâtiments laïques, il est possible de citer le hammam Ibrāhīm Sarag-ed-Dīn, le palais de Mustafā en-Naḥḥās Bāsha et le palais de Ghuneim, témoignant de l’architecture résidentielle et de l’histoire sociale de la ville. Les façades en bois, les balcons sculptés et les fontaines illustrent la richesse et l’élégance des constructions, intégrées dans le tissu urbain de Samannud et conservées pour leur valeur patrimoniale.
179. Château Rashid (Delta du Nil)
Le village égyptien du château de Rashid, également appelé Izbat Burg Rashid, est situé dans le delta du Nil, sur la rive ouest du bras occidental du Nil, à environ sept kilomètres au nord de Rashid. Ce village, bien que relativement discret aujourd’hui, a acquis une renommée historique grâce à la forteresse de Qāitbāy, également connue sous le nom de fort Saint-Julien ou fort Rosette. La forteresse a été le lieu de la découverte de la pierre de Rosette, élément central pour le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens.
La forteresse de Qāitbāy fut initialement construite en 1479 par le sultan mamelouk Qāitbāy pour protéger la région contre l’expansion ottomane. Bien que les Mamelouks aient été vaincus par Selim Ier en 1516-1517, la forteresse continua d’être utilisée et renforcée. Elle retrouva son importance stratégique en 1799 lorsque Napoléon Bonaparte fit édifier le fort Saint-Julien sur les ruines de l’ancienne structure. C’est à cette occasion que le lieutenant français Pierre François Xavier Bouchard découvrit la célèbre pierre de Rosette.
La pierre de Rosette, en granodiorite gris foncé, mesure 115 centimètres de haut et 72 centimètres de large. Elle porte un texte trilingue en hiéroglyphes, démotique et grec ancien, à la gloire du roi Ptolémée V, datant de 196 avant Jésus-Christ Cette découverte permit à Jean-François Champollion de décrypter les hiéroglyphes en 1822. D’autres vestiges, tels que des fûts de colonnes et blocs provenant de temples d’Atoum ou de Saïs, furent également mis au jour et sont aujourd’hui conservés au British Museum de Londres.
La forteresse restaurée de Qāitbāy est ouverte au public de 9 h à 15 h. L’entrée coûte 30 LE et 15 LE pour les étudiants étrangers. La forteresse, longue de 90 mètres et large de 65 mètres, possède des bastions carrés et semi-circulaires, ainsi qu’un passage intérieur bordé d’escaliers menant au sommet. La zone centrale comprend plusieurs bâtiments, pour la plupart inaccessibles, et au sud, une grande mosquée témoigne de l’histoire religieuse et militaire du site.

180. Shibin al-Kaum (Delta du Nil)
Shibin al-Kaum est une ville du delta du Nil méridional, située à environ 26 kilomètres au sud de Tanta et 60 kilomètres au nord-nord-ouest du Caire, avec une population d’environ 177 100 habitants. Elle constitue le centre administratif du gouvernorat d’el-Minūfīya. La ville combine activités agricoles et industrielles, étant traversée par un canal d’irrigation qui irrigue les terres et favorise l’activité textile et manufacturière locale.
La ville possède plusieurs mosquées historiques, dont la mosquée abbasside, la mosquée el-Mitwalli et la mosquée de Sidi Chamī, chacune illustrant l’évolution de l’architecture religieuse islamique. Ces lieux de culte témoignent de la richesse spirituelle et culturelle de Shibin al-Kaum, ainsi que de l’importance de l’islam dans la vie quotidienne des habitants. Ces mosquées sont aussi des points de repère pour les visiteurs curieux de l’histoire religieuse du delta.
La communauté chrétienne de la ville est représentée par l’église de la Sainte Vierge, l’église Saint-Georges, l’église des Saints Pierre et Paul et plusieurs autres lieux de culte. Ces églises coptes orthodoxes et évangéliques offrent un aperçu du christianisme en Égypte, de ses traditions et de son architecture. Elles restent des centres d’activités religieuses et communautaires, ainsi que des destinations de pèlerinage régional.
Shibin al-Kaum possède également des musées et bâtiments historiques, notamment le musée de l’agriculture et le palais de Khalil el-Gazzar, ainsi que la place centrale Mīdān esh-Sharaf, où se tiennent marchés et événements civiques.
181. Shubra el-Cheima (Delta du Nil)
Shubra el-Cheima ou Shubra El-Kheima, située au nord du Caire sur la rive est du Nil, est la quatrième plus grande ville d’Égypte. La ville est relativement jeune, née avec la construction du palais d’été de Muhammad Ali au début du XIXe siècle. Elle est devenue un centre industriel et résidentiel majeur, avec plus d’un million d’habitants, accueillant principalement les ouvriers des usines locales.
Le palais d’été de Muhammad Ali, ouvert aux visiteurs depuis 2009, constitue le principal attrait touristique de la ville. Construit entre 1808 et 1823, il comporte plusieurs pavillons et un vaste jardin. Le pavillon de la fontaine, avec son Nymphée central et ses bassins décorés de lions et de crocodiles, offre un exemple unique de l’architecture ottomane et des influences européennes. La galerie du palais est ornée de fresques et de motifs décoratifs symbolisant la mythologie et l’histoire.
Les salles principales du palais comprennent le salon de réception, la salle des Noms, la salle de billard et la salle à manger, chacune présentant des décorations élaborées, des peintures murales et des plafonds ornés. Les meubles et marqueteries d’origine confèrent au palais un charme historique intact. Les visiteurs peuvent observer l’ensemble du complexe depuis la galerie couverte qui entoure le Nymphée et profiter de la beauté des jardins et de l’architecture intérieure.
Shubra el-Cheima est également un centre industriel important, spécialisé dans le textile, la verrerie et le filage du coton. Asfour Crystal, le plus grand fabricant de cristal d’Égypte, emploie près de 28 000 personnes, illustrant le rôle économique majeur de la ville.
182. Ez-Zaqaziq (Delta du Nil)
Ez-Zaqaziq, également orthographié Zagazig, est située dans le delta oriental du Nil, à environ 77 kilomètres au nord-est du Caire. La ville compte environ 303 000 habitants et constitue le centre du gouvernorat d’Ash-Sharqiyah. Elle est proche du site archéologique de l’ancienne cité de Bubastis, capitale des Bubastides et importante pour la XXIIe dynastie de l’Égypte antique.
Le site de fouilles de Tell Basta permet d’explorer les vestiges du temple de Bastet, mesurant à l’origine 180 mètres sur 55 mètres. Le parc de sculptures, créé en 2000, expose des statues provenant de Bubastis, Tanis et Athribis, notamment une statue de Ramsès II, un sphinx en calcaire et une statue en granit rose représentant le roi avec Ptah. Ces vestiges offrent une vision complète du patrimoine pharaonique local.
Le musée archéologique de l’université d’Ez-Zaqaziq, situé sur le campus près de la mosquée El-Fath, conserve des objets allant de la période prédynastique à l’époque gréco-romaine. Les collections comprennent des vases en albâtre, des statues en calcaire, des masques de sarcophages, des bijoux et des statuettes, illustrant la diversité artistique et religieuse de l’Égypte ancienne.
La ville possède également plusieurs lieux de culte, dont la mosquée El-Fath et les églises coptes comme la cathédrale de la Bienheureuse Vierge et de Saint-Jean, l’église Saint-Georges, l’église de Saint Takla Haimanot et l’église évangélique.
183. Zifta (Delta du Nil)
La ville égyptienne de Zifta, également orthographiée Zifte, Zefta ou Sifta, moins fréquemment appelée Minyat Ziftā, se situe dans le delta du Nil, sur la rive ouest du bras de Damiette, dans le gouvernorat d’el-Gharbīya. Avec environ 93 000 habitants, elle est idéalement placée au centre du delta, à proximité de grandes villes comme El-Manṣūra, Ez-Zaqāzīq, Banhā, Ṭanṭā et El-Maḥalla el-Kubrā, toutes situées à une trentaine de kilomètres environ. La ville fait face à sa ville jumelle Mīt Ghamr, sur la rive opposée, et constitue un point central pour la navigation et le commerce dans la région.
Zifta possède un riche patrimoine religieux islamique, illustré par ses mosquées historiques. Parmi les plus notables figurent la mosquée Abū-Sharaf-ed-Dīn sur la rue Saad Zaghloul, la mosquée Aulād-ez-Zubeir ou grande mosquée sur la rue El Bahr, la mosquée Fattouh également sur la rue Saad Zaghloul, et la mosquée Ibn Hassab Allah sur la rue Palestine. Ces lieux de culte témoignent de l’importance spirituelle de la ville et de l’architecture religieuse du delta du Nil, offrant aux visiteurs un aperçu de l’art et des traditions islamiques locales.
La communauté chrétienne est représentée par plusieurs églises coptes orthodoxes dépendant du diocèse d’el-Gharbīya, basé à Ṭanṭā. L’édifice le plus important est l’église Saint-Mercure, consacrée au grand martyr Philopater Merkurius et également connue sous le nom d’église d’Abu es-Seifein. Cette église, reconstruite au XXe siècle sur un site médiéval, abrite un jubé datant de 1868/1869 portant le nom de saint Apa Nūb. Chaque année, les 1er août et 5 décembre, les fidèles se rassemblent pour célébrer les fêtes liées à saint Ischirun de Qallīn.
La ville se distingue également par ses réalisations en ingénierie hydraulique. Le barrage de Ziftā, construit entre 1881 et 1903 et achevé en 1952, régule les eaux du Nil et alimente les provinces d’El-Gharbīya, d’Ed-Daqahliya et d’Esh-Sharqiya. Équipé de 50 vannes de 5 mètres chacune et doté d’une écluse sur la rive droite, ce barrage est un élément stratégique pour l’agriculture et l’irrigation dans la région.




